mercredi 11 janvier - par C’est Nabum

Mâcher ses mots

 

Articulation et grincement de dents

 

JPEG Quoique fort peu amateur de gros mots, il est prudent pour ne pas choquer le Palais, de mâcher ses mots sept fois dans sa bouche avant que de dévorer à pleines dents les félons qui nous gouvernent. Deux précautions valent mieux qu'une, il est judicieux d'éviter de confier des maux à une langue de vipère, vous pourriez vous en mordre les doigts.

La langue des signes du destin pourrait parfaitement vous surprendre au mot, le risque étant alors d'en venir aux mains avec ceux contre qui vous déversez votre bile et vos rancœurs. Peser ses mots n'est certes pas suffisant avant de se les mettre en bouche, les conseils des dialecticiens poussent à la modération lexicale.

Pour pimenter vos propos, vous pouvez agrémenter votre syntaxe d'une pincée de ponctuation pour rallonger la sauce, diluer la diatribe dans un nuage de mots doux. Puisque la concordance détend, n'hésitez pas à prendre le temps de suivre les modes sans compter sur personne.

Si votre sujet manque d'objet, accordez lui les circonstances atténuantes, votre plaidoirie prendra alors une toute autre saveur, se faisant relative tout en se subordonnant à vos états d'âme, cette délicate conjonction exigeant une coordination parfaite pour conserver le sens sans de pénibles retours en arrière.

Les mots se bousculent, les formulations n'en font qu'à leur tête si bien que vous perdez le fil de votre pensée. Il y a toujours dans l'auditoire quelqu'un qui tente de vous tirer les vers du nez et les mots de la bouche. Ne vous laissez surtout pas faire, il s'accaparerait vos propos sans la moindre honte. Le droit d'auteur est sacré, surtout pour qui aime prendre de la hauteur.

L'articulation n'est pas à prendre par dessus la jambe. C'est une exigence tout autant qu'une politesse tout en s'appliquant à ne pas tomber dans l'excès de vitesse. Pour être intelligible, le rythme du phrasé ne doit en aucune façon prendre pour modèle les désolantes joutes verbales de nos parlementaires. Ceux-là feraient mieux de se taire plutôt que de tirer la langue vers sa plus vile expression.

Mâcher ses mots, c'est prendre à rebours ces misérables tribuns de pacotille, tributaires de la seule présence des caméras, pour hausser le ton, jouer de la langue de bois, débiter des sornettes ou bien se lancer dans des esclandres dignes d'une cours d'école maternelle. Tenir sa langue n'est pas de leur ressort, il nous appartient de relever le niveau et le gant pour élever le débat à leur place.

Qui grince des dents ne mord pas son interlocuteur pas plus qu'aboyer ne permet de se faire entendre. L'art oratoire est bien plus subtil que ce que nous démontrent à longueur d'antennes et de débats les guignols de la République. Faire taire le parlement est devenu une nécessité pour que le débat public soit enfin audible. Le brouhaha des hémicycles couvre les plaintes du peuple tandis que le tumulte de leurs vulgaires diatribes étouffent les propositions des gens sensés, ceux à qui l'on ne présente jamais un microphone.

L'époque ne tend l'oreille que pour amplifier ceux qui ne méritent même pas d'être entendus. Seule la petite phrase ou le mot assassin résonnent en boucle sur les médias, chambre d'écho de la vacuité de nos élites. Finalement à trop mâcher les mots, ils en font une bouillie insipide, tout simplement parce ce que nulle sincérité n'émane de leurs discours.

Je doute fort que ce petit traité de bien parler en public puisse leur être d'une quelconque utilité. Pour dire des mots venus du cœur, encore faudrait-il que le portefeuille n'étouffe pas ce si précieux organe.

À contre-voix.

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