mardi 15 novembre - par C’est Nabum

De la percussion à la collision

 

Changement d'époque en Ovalie.

 

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Le monde de l'Ovalie se réjouit de la belle série du quinze de France qui sort du bois pour se présenter clairement comme un favori de la prochaine coupe du monde qui aura lieu en France en 2023. À ce titre, la victoire sur les champions en titre a été vécue comme un point d'orgue, un signal fort adressé à leurs adversaires.

Au-delà de ce message interne au microcosme ovale, l'intensité délirante du dernier match pose question sur la nature même de ce qui devrait rester un sport et non un combat de tranchées, un champ de bataille duquel les gueules cassées sortent les unes après les autres. Il y a une limite qui ce soir-là à Marseille a été allégrement franchie.

Le Rugby avait fait sa révolution, abandonnant ce qui faisait son charme pour les anciennes gloires, prince de la main courante et abonné à la buvette. Adieu les parties de marrons, les belles générales, les coups de marteau et les délicates fourchettes, le terrain n'était plus un coupe gorge, les déménageurs de piano avaient appris à mettre leurs poings dans leur short et les godasses bien loin des joueurs à terre. Le jeu s'était policé, prenant avec succès le virage du professionnalisme et du succès télévisuel.

Le Rugby école de la vie, pratique de gentlemen supportés par des connaisseurs qui se conduisent à rebours des manchots, avait le vent en poupe d'autant plus que le championnat domestique est réputé être le meilleur de la planète. Le quinze de France mettant lui aussi fin à des années de défaites encourageantes et de déceptions chroniques pour s'offrir une cure de jouvence et de victoires.

Et soudain l'ogre Sud-africain est venu démontrer que ce sport est aussi un combat impitoyable, une sorte de pancrace moderne où les pratiquants offrent leur corps au spectacle, à la belle et noble incertitude du sport. Devenus gladiateurs bardés de protections et d'un gainage de Golgoth, ils s'envoient de plus en plus fort, se fracassant joyeusement les uns les autres.

Et ce fut une boucherie, victorieuse certes pour le courageux coq mais au goût de sang dans la bouche. Cinq protocoles commotion, un plancher orbital fracturé, tous les remplaçants appelés à suppléer les victimes de la furia sud-africaine. Est-ce encore du sport quand l'intégrité physique et mentale sont en jeu ? Le Rugby était ce soir-là un chamboule-tout, une palpitante hécatombe avec des gros plans saisissants.

Du sang, des plaies, des bosses et des blessures, deux cartons rouges pour rester dans le ton et des joueurs allant au-delà de leur force, sacrifiant sans doute, quelques années d'espérance de vie. Il ne m'en fallut pas plus pour couper le téléviseur avant le dénouement de cette terrifiante tragédie. Trop c'est trop quand le sport atteint un tel degré de violence au point de décourager nombre de parents qui entendaient inscrire leurs rejetons à ce magnifique sport.

Car le Rugby est un jeu flamboyant quand il est fait d'évitement et de fixation, de force et de vitesse, d'astuce et de sacrifice, d'abnégation et de coup de génie. Il l'est comme l'ont démontré les féminines qui apportent un grand vent de fraîcheur sur la pelouse. Mais que diable avions-nous besoin d'assister à cette désastreuse opération de promotion avec une équipe championne du monde qui n'a d'autre projet que de détruire ceux d'en face ?

J'espère que l'équipe du Japon (prochain adversaire des tricolores) apportera une tout autre conception de ce jeu merveilleux qui doit prendre garde à ne pas tomber dans les jeux du cirque. J'en serai fort marri.

À contre-esprit.

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32 réactions


  • Fergus Fergus 15 novembre 13:39

    Bonjour, C’est Nabum

    Je partage votre amour du rugby.

    Dommage qu’il n’y ait, dans ce texte, pas un mot sur les superbes prestations des trois meilleures nations féminines lors de la Coupe du monde qui vient se s’achever : Nouvelle Zélande (or), Angleterre (argent), France (bronze).

    La finale, notamment, a été un très grand moment de rugby.


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 novembre 15:54

      @Fergus

      Relisez mieux
      C’est évoqué


    • Fergus Fergus 15 novembre 17:16

      @ C’est Nabum

      C’est vrai, mais de manière si furtive que cela m’avait échappé. Je pense que les filles méritaient mieux que ces quelques mots.


    • Aristide Aristide 16 novembre 07:11

      @Fergus

      Je partage votre amour du rugby.

      Vous ne faites plus la fine bouche sur les salaires et revenus des joueurs !!! 

      Étonnant, que vous passiez outre, vous qui désigniez le professionnalisme comme la plus grande tare du sport !!! Allez, les joueurs de l’équipe de France, et seulement pour le tournoi, perçoivent 200.000 €, quelle honte… Les meilleurs autour de 1M par an…


    • Fergus Fergus 16 novembre 09:08

      Bonjour, Aristide

      Je ne me fais pas d’illusions : le fric gangrénera le rugby comme il a gangrené le football.
      Mais on n’en est pas encore là.
      Et surtout, vous oubliez que ce qui motive mes préventions contre le football professionnel tel qu’il a évolué, ce ne sont pas uniquement les salaires des « stars », aussi indécents soient-ils, mais les ingérences géopolitiques, les comportements inadmissibles sur les terrains et dans les tribunes, les matches truqués, l’indécence des joueurs lors des catastrophes, etc.
      Bref, un ensemble de dérives que le rugby ne connaît encore que de manière embryonnaire relativement au football. 


    • Aristide Aristide 16 novembre 12:11

      @Fergus

      Gangrener !!! Rien que cela… 

      Voilà un sport comme bien d’autres où ceux qui rapportent de l’argent sont payés à hauteur des revenus qu’ils génèrent. Quelle honte que ces salariés soient payés sur la base de la valeur ajoutée de ceux qui les emploient !!! Vous vous rendez compte de l’injustice !!! Il faut plafonner tous ces revenus de salariés comme le propose Mélenchon, c’est vrai que la part réservée au travail ne cesse de grignoter les revenus du capital.

      Sur le reste, je vous savez représentant insoumis du camp du bien, bravo !!! Voilà que dans cette volonté caractérisée par le discernement et la modération, vous accusez tous ces professionnels et tous les acteurs économiques de ce secteur sur la base de comportements exceptionnels… Dieu reconnaîtra les siens…

      Affligeant…


  • juluch juluch 15 novembre 17:00

    c’est clair que ça remue !!!


  • Clark Kent Clark Kent 15 novembre 17:08

     » Les gars en face de vous ils sont comme nous ! Ils ont 15 bras et 15 jambes ! « 


  • mosel 15 novembre 18:28

    Disparu le rugby de ROGER COUDERC les jp RIVES BLANCO SELLA MASO PRAT SPANGHERO PAPAREMBORDE CASTAIGNEDE BONIFACE GACHASSIN et bien d’autres artistes de l’ovale il y a longtemps que je ne regarde plus ce rugby americain. 


  • the clone the clone 16 novembre 07:37

    Heureusement qu’il y a Netflix pour échapper a la télé réalité, a BFM-LCI et au foot-rugby-tennis imposés par les merdias ...


  • Aristide Aristide 16 novembre 07:39

    Ce match est atypique dans le paysage du rugby moderne. Les Sud-Africains sont des adeptes du « rugby total ». Leur dernier titre de champion du monde les a confortés dans cette vision d’un rugby où le combat, la dureté remplace la technique et la rapidité. Même s’ils ne sont pas manchots non plus !!!

    Ce sport a totalement changé, les gabarits n’ont pas beaucoup évolués, c’est la préparation physique qui est en cause. Est-ce vraiment un mal ? Je m’interroge, car les adversaires disposent des mêmes types de préparation. Ce sport changerait de nature s’il existait un déséquilibre. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 novembre 08:22

      @Aristide

      Ce n’est pas du rugby total, je le qualifierai bien plus de FATAL

      En ce qui concerne la préparation, il y a une petite différence d’ordre chimique


    • Aristide Aristide 16 novembre 12:00

      @C’est Nabum

      C’est toujours le problème, voilà donc le dopage pour en rajouter !!!

      Quand il faut tuer, etc.


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 novembre 13:23

      @Aristide

      J’ai baigné dans le milieu et je n’ai pas l’attention d’accuser mon chien d’une rage que j’ai inoculée


    • Aristide Aristide 16 novembre 14:23

      @C’est Nabum

      Vos pirouettes ne trompent que vous…

      Voilà que Nabum a dopé des sportifs, les repentis croient toujours que tout le monde est à leur image…


  • grangeoisi grangeoisi 16 novembre 08:54

    Bonjour Nabum, merci de cet article.

    Depuis pas mal d’années la musculature le poids et la qualité athlétique des joueurs ont augmenté et...le placage aussi. Il y a non seulement la technique mais préalablement il y a surtout l’impact, sinon vous ceinturez au mieux mais pour un court laps de temps vous volez comme une bannière au vent entraînée par la montagne de muscle sans grand effet d’arrêt but recherché.

    Certes le placage aux jambes  quant on arrive à le faire  est toujours probant mais n’empêche plus guère la passe.

    Donc toujours impact + ceinturage des bras = arrêt de l’action de jeu mais avec les risques de dégradations physiques , blessures et commotions du fait de mouvements d’évitements et des élans de part et d’autre.

    C’est donc toute une méthodologie et philosophie du rugby à revoir en effet.

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