samedi 2 mars - par Omraam

« 2004-2024 : 20 ans de l’« URGENCE du Vivre Ensemble à l’Épreuve du Désaccord » promotionnée par la classe dominante en Haïti. »

Une Lecture Actuelle de ce qui reste du Contrat social du Groupe 184. 

JPEG

Au tournant du 21e siècle, le paysage mondial demeure sous l'influence dominante des grandes puissances, avec l'idéologie impérialiste dictant les dynamiques politiques et économiques à l'échelle planétaire. Les États-Unis, en tant que principale superpuissance, exercent une influence prépondérante, souvent au détriment des nations plus petites et vulnérables. Haïti, positionné au cœur des Caraïbes, a longtemps été considéré comme un pion stratégique dans la politique étrangère américaine, où les intérêts hégémoniques des États-Unis ont prévalu sur la souveraineté nationale et le bien-être de son peuple. En 2024, alors que semble vouloir gommer les 20 ans de la mise en œuvre du Contrat social par le Groupe 184, cette étude s'engage à explorer les implications de cette dynamique sur la gouvernance politique d'Haïti et son influence sur les luttes internes pour le changement au sein de la société haïtienne. En examinant de près les relations entre les intérêts impérialistes défendus par les élites locales et les aspirations démocratiques et sociales des Haïtiens, nous cherchons à démystifier les mécanismes de pouvoir qui sous-tendent la relation entre Haïti et ses véritables gestionnaires, tout en mettant en lumière les résistances et les mouvements contestataires émergents face à cette domination multidimensionnelle. Adoptant une approche critique et analytique, ce travail vise à dépasser les discours dominants et les récits simplistes pour offrir une compréhension nuancée des enjeux politiques et sociaux qui influencent le paysage haïtien. En outre, en établissant des parallèles avec d'autres mouvements de changement à travers le monde, notamment en Amérique latine, nous cherchons à élargir notre perspective et à identifier les tendances et les stratégies communes sous-tendant les luttes pour la justice sociale et la démocratie à l'échelle mondiale. Le début des années 2000 a marqué un tournant dans l'histoire politique d'Haïti, avec le renversement controversé du président élu Jean-Bertrand Aristide le 29 février 2004, sous le prétexte d'un nouveau contrat social. Cette intervention brutale a eu lieu dans un contexte de troubles politiques et sociaux croissants, exacerbés par des années d'instabilité et de tensions internes. La pression pour le départ d'Aristide est venue de diverses sources, y compris des acteurs internes mécontents de son leadership et de la direction du pays. Face à ces pressions, le Groupe 184, une coalition d'organisations de la société civile et de la bourgeoisie haïtienne, a émergé comme une voix influente, prônant un nouvel ordre fondé sur la démocratie et le développement. Cependant, il est crucial de reconnaître les contradictions socio-politiques qui ont caractérisé cette période tumultueuse. Les luttes pour le pouvoir et l'influence au sein de la classe dirigeante haïtienne ont souvent éclipsé les aspirations du peuple à la démocratie et à la justice sociale. Les rivalités entre factions politiques et les intérêts économiques divergents ont contribué à fragiliser les institutions et à compromettre la stabilité du pays.C'est dans cette perspective que nous revisiterons l'expérience haïtienne à travers ces questionnements.

Comment s’enclenchent les coups de force dans le monde ? Où démarrent-ils ? Comment se nouent les alliances anti-populaires et comment s’opèrent les ruptures entre les complotistes ? Quels sont les facteurs qui favorisent la réussite des programmations ? Quels sont ceux qui l’empêchent ? Que traduit ce coup d’état insolite ? Comment cerner la dimension politique de ce moment de contestation de l’histoire d’Haïti ayant conduit au départ en exil du président Jean Bertrand Aristide dit Titid et accouché d’une « transition démocratique » ? Comment mettre en lumière le poids de l’ingérence internationale dans la définition d’un nouveau paysage politique dans le pays de Charlemagne Péralte ? Peut-on se contenter d’une interprétation strictement institutionnelle du coup d’état civilo-militaire contre le pouvoir lavalas ? L’Etat haïtien s’est-il à tout jamais effondré avec ce coup de force singulier conduit par le Groupe des 184 , « l’armée cannibale » , une partie de la presse locale dite indépendante, une frange assez significative d’étudiants particulièrement de l’Université d’Etat d’Haïti , des jeunes « fatigués » et « certains » artistes et intellectuels de la « dernière heure politique » financés par « certaines ambassades », appréciés comme « scelleurs de tombe de dictateurs » et, enfin, de romantiques politiques ?

Constats. 2004.

Dans le contexte du désordre mondial, les États-Unis agissent comme s'ils étaient le seul pays à demeurer guidé par les principes de la théorie réaliste au sein d'un monde interdépendant. Par conséquent, ils peuvent non seulement légitimer leur comportement en affirmant qu'un état d'anarchie peut être surmonté par un processus conduisant à la formation d'une société internationale, mais ils peuvent également placer le transnational au cœur de leur stratégie. Nous nous servons de la réflexion de Renée Fregosi pour compléter : « De 1946 à 1991, l’École des Amériques qui enseignait la doctrine de Sécurité nationale forma 60 000 militaires environ à la « lutte antisubversive » et à la pratique du golpe. Et sur le terrain, la CIA et les ambassades étasuniennes ont soutenu de multiples coups d’État, en alliance avec les élites locales. Alors, la séparation civil/militaire prônée en théorie, signifiait en fait tenir les militaires aux ordres des civils lorsque se faisait sentir le besoin d’une intervention face à des demandes sociales trop pressantes. »

Au tournant du 21e siècle, sous l'égide des grandes puissances, l'idéologie impérialiste a continué de modeler les équilibres politiques et économiques à l'échelle mondiale. Les États-Unis, en tant que superpuissance dominante, ont exercé une influence majeure, souvent au détriment des nations plus petites et fragiles comme Haïti. Cette ingérence extérieure, en particulier celle des États-Unis et d'autres puissances occidentales, a eu des répercussions désastreuses sur la souveraineté nationale et les aspirations démocratiques et sociales du peuple haïtien.

En parallèle, la classe dirigeante haïtienne, souvent complice des intérêts étrangers, a maintenu le statu quo politique et économique, privilégiant ses propres intérêts au détriment de la majorité de la population. En contrôlant les secteurs clés de l'économie haïtienne, cette élite a favorisé une exploitation continue des ressources et de la main-d'œuvre haïtiennes, renforçant ainsi les inégalités sociales et économiques.

Les tensions politiques et sociales en Haïti ont été exacerbées par les politiques néolibérales imposées par les puissances étrangères, notamment les États-Unis, qui ont entraîné une détérioration des conditions de vie pour de nombreux Haïtiens. Les mesures d'austérité, la privatisation des services publics et l'ouverture des marchés ont accru le chômage, la pauvreté et l'instabilité sociale, piégeant la population dans un cycle de dépendance et de misère.

Le renversement controversé du président Aristide en 2004, largement influencé par les pressions diplomatiques et économiques des États-Unis et d'autres puissances étrangères, a contribué à l'instabilité politique et sociale en Haïti. Cette intervention a ouvert la voie à une série de gouvernements marqués par la corruption, l'incompétence et l'incapacité à répondre aux besoins du peuple haïtien.

La crise économique et sociale en Haïti a créé un environnement propice à l'émergence de mouvements politiques radicaux, souvent soutenus par des éléments étrangers hostiles, cherchant à exploiter le mécontentement populaire pour renverser le régime en place. Les groupes armés, basés tant en Haïti qu'en République dominicaine, sont devenus des instruments de déstabilisation politique, menaçant la sécurité et la stabilité du pays.

Au final, l'ingérence étrangère et la complicité de la classe dirigeante haïtienne ont contribué à perpétuer l'instabilité politique et économique en Haïti, compromettant les aspirations du peuple haïtien à la souveraineté nationale, à la démocratie et à la justice sociale. Pour que Haïti puisse vraiment progresser, il est essentiel de remettre en question les mécanismes de pouvoir qui sous-tendent cette dynamique et de promouvoir un véritable changement politique, économique et social basé sur les besoins et les aspirations du peuple haïtien.

Un gouvernement de facto en lieu et place du gouvernement élu pour Perpétuer l'exploitation néocoloniale. La démarche constituante de 1987 ou la première pierre du contrat social de 2004 Ce n’est pas qu’en reprenant l’idiome du pacte fondateur de l’Etat Pétion consacré par l’assassinat de l’Empereur d’Haïti, Jacques 1er et le rapport du Comité de Constitution introduit lors de la séance du 27 décembre 1806 à l'Assemblée Nationale, visant à doter Haïti d'une nouvelle constitution que l’idée constituante réussit à s’introduire dans le langage politique, à briser l’unicité du pouvoir de faire la loi. Elle fut présente dans l’architecture de la dite constitution en débutant par les termes suivants : « Pour rendre une révolution utile, il faut, après s'être fait justice d'un tyran, frapper encore sur la tyrannie et lui ôter tous moyens de se reproduire. Tel a été le vœu ainsi que l'objet du peuple en vous nommant pour lui donner une Constitution. Chargés par vous, Citoyens, de recueillir les principes et les institutions les plus propres à fonder et à assurer la liberté et le bonheur de nos concitoyens, nous venons vous présenter le résultat de notre travail… C'est par la séparation des pouvoirs, Citoyens, que les Américains sont devenus nombreux et florissants dans une progression tellement rapide, que les annales d'aucun peuple n'offrent un pareil exemple. La séparation des pouvoirs a jeté sur l'Angleterre un éclat que n'ont pu ternir les défauts de son gouvernement… Gouvernés par de tels principes, obéissant à une Constitution qui sera la boussole qui nous empêchera de nous égarer dans la route que nous avons à suivre, que nous manquera-t-il pour être heureux ? Rien, Citoyens, si nous savons user des bienfaits de cette Providence Divine qui nous a protégés dans toutes nos entreprises ; et qui, en nous plaçant au centre de cet Archipel, sous un Ciel heureux, sur une terre de merveilleuse fertilité, semble nous avoir destinés à être le Peuple le plus fortuné de l'Univers. (Signé) PETION, CEZAR THELEMAQUE, THEODAT TRICHET, MAGLOIRE AMBROISE, BRUNO BLANCHET, DAVID-TROY, MANIGAT, BONNET, LYS. »** L'État Pétion s'installe au sommet du pouvoir en utilisant symboliquement les restes et l'exil mémoriel du Père de la patrie, révélant ainsi une entreprise complexe d'instrumentalisation du bien-être du peuple. Malgré ses déclarations démocratiques, il demeure en harmonie avec une vision d'un monde réservé aux vainqueurs et modelé sur leur quête de contrôle. En adoptant un discours contradictoire avec les pratiques effectives, ils dissimulent difficilement une attitude négationniste en refusant de reconnaître les diversités d'opinions et identitaires nationales. Un dispositif dédié à maintenir la population haïtienne sous son joug. Chacun y fait ce qu’il veut tant qu’il reste dedans (à l’intérieur des normes), inconscient des murs qui l’enferment. Mais même ce « ce qu’il veut » est trompeur puisqu’à l’intérieur du système les individus sont aliénés à tout ce qui les contraint.

Décortiquons la stratégie des putchistes :Communication maîtrisée / Mobilisation des partisans / Reconnaissance internationale, Prise et Consolidation du pouvoir.

Phase 1.- Déclaration de principe sur le Bicentenaire.

Phase 1 (en continu) : Position de « principe de la presse dite indépendante » via le communiqué du 7 février 2004 du GRALIP.

Phase 2. Mobilisation des partisans : Les Universités et le « peuple ».

Phase 2.b. La plèbe revendicative contre Big Brother (Titid).

Phase 3. Support international

Phase 4. Prise et Consolidation du pouvoir ***

Un document de 12 pages dit « Caravane de l’espoir » fit office de projet de société. Il reprend une partie du Préambule de la constitution de 1987 (une société plus juste, plus équitable) et certains de ses articles. Les acteurs ont convenu de la nécessité d’instaurer une justice citoyenne, protéger la vie, dynamiser et moderniser l’économie et promouvoir l’éducation à la citoyenneté en Haïti. Les membres du Groupe des 184 prônent dans leur document la pratique du sport et des loisirs, l’accès universel aux soins de santé, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine et de la créativité culturelle, le développement régional équilibré, la régulation du développement urbain, l’intégration réelle des haïtiens vivant à l’étranger dans toutes les sphères d’activités, la protection de l’environnement comme priorité nationale et enfin la reconquête de la souveraineté.**** Le document énumère les points de blocage qui constituent une entrave à la cohésion sociale. On peut y lire : les discriminations contre la paysannerie, le créole, le vodou, les femmes haïtiennes, les handicapés ; une vision réductrice de la notion de peuple, le préjugé de couleur etc. Les promoteurs du Nouveau contrat social ont, entre autres, pris l’engagement de respecter et de promouvoir l’égalité des genres, le rôle de la famille dans le renforcement du tissu social, d’accorder un égal respect à toutes les pratiques religieuses. Ils s’engagent également dans ce livret de douze pages à valoriser l’esprit d’initiative ainsi que toute création de richesses matérielles, culturelles ou artistiques à quelque niveau que ce soit, à renforcer de manière active les associations de la société civile et les institutions politiques que sont le parlement, les assemblées locales et les partis politiques, à inclure les valeurs de la citoyenneté dans les programmes de l’éducation formelle et non formelle, à redistribuer les fruits de la richesse nationale aux secteurs sociaux en donnant l’impulsion à une « vraie solidarité nationale ».Les acteurs se donnent pour mission, dans le document, d’appuyer les secteurs paysan, syndical, professionnel, éducatif ; les associations de femmes, les organisations populaires dans leurs activités. Par ce travail, la plateforme prend l’initiative de porter comme siennes, les aspirations des citoyennes et citoyens tant dans la vie privée que dans la vie publique. Le moyen d’action avancé par les initiateurs est un plaidoyer qui s’étendra sur « plusieurs années ». Trois grands axes sont visés : une campagne d’information soutenue, un programme d’éducation et la promotion systématique des dispositions du Nouveau contrat social auprès du parlement et des instances décisionnelles ».

Aboutissements de cette « bluffante publication » : Le coup d’Etat contre le pouvoir Lavalas. En prenant le pouvoir le 29 février 2004 et installant son gouvernement au timon des affaires en Haïti à partir de fallacieuses promesses de progrès et de changement, la classe dominante haïtienne via le Groupe 184 a pris et a maintenu son emprise sur le pouvoir politique et économique. Dès son origine jusqu'à aujourd'hui, l'écart entre les proclamations démocratiques et les actions concrètes restreignant toute forme de contradictions témoigne d'une falsification démocratique. La prétendue défense de la patrie justifie fréquemment des actes répressifs, par la violence envers les dissidents ou la mise en œuvre de politiques exclusives visant à standardiser le tissu social et à exploiter les masses. Ainsi, l'État Pétion favorise l'idée d'unité nationale pour préserver le pouvoir en réprimant ceux qui défendent un projet différent, exposant un double jeu intrinsèque et soulignant les lacunes d'une démocratie de façade. Les élections successives ont été entachées par des accusations de fraude et de manipulation, renforçant le sentiment de méfiance et de désillusion parmi la population. Pendant ce temps, les conditions de vie des Haïtiens ordinaires ont continué de se détériorer, avec une pauvreté généralisée, un accès limité aux services de base et une augmentation de la violence et de l'instabilité.

Comprendre, aussi, que l'ingérence impérialiste américaine en Haïti ne se limita/limite pas à une simple influence politique, mais s'inscrit dans un schéma plus large d'exploitation économique. Les entreprises multinationales, soutenues par les politiques favorables aux entreprises imposées par les États-Unis, ont continué d'exploiter les ressources naturelles et la main-d'œuvre bon marché d'Haïti, contribuant ainsi à perpétuer un système d'exploitation néocoloniale qui maintient le pays dans la pauvreté et la dépendance. A noter que les accords commerciaux inéquitables imposés par les États-Unis et d'autres puissances économiques ont ouvert les portes à l'exploitation des ressources haïtiennes par des entreprises étrangères, sans garantir des avantages équitables pour la population locale. Les secteurs agricole, minier et manufacturier sont particulièrement vulnérables à cette exploitation, avec des pratiques telles que l'accaparement de terres, l'exploitation minière non réglementée et l'exploitation des travailleurs dans les usines de sous-traitance.

Pour preuve ces politiques économiques néolibérales favorisèrent également la concentration des richesses entre les mains d'une petite élite économique, souvent en collusion avec les intérêts étrangers. Les oligarques locaux profitèrent de ces politiques pour consolider leur pouvoir et leur richesse, tout en perpétuant l'exploitation et la marginalisation des populations les plus vulnérables.

En renversant un gouvernement démocratiquement élu au profit d'un gouvernement de facto plus favorable aux intérêts économiques étrangers, les puissances impérialistes cherchent à préserver et à renforcer ce système d'exploitation néocoloniale. En installant un gouvernement complice, elles garantissent la continuité des politiques favorables aux entreprises et la protection des intérêts économiques étrangers, tout en réprimant toute opposition qui pourrait remettre en question ce statu quo. En effet, un tel coup d'État ne fit qu'aggraver la crise en Haïti, plongeant le pays dans une spirale de violence et d'instabilité politique. Au lieu de favoriser les intérêts du peuple haïtien, il ne fit que renforcer les élites économiques et politiques corrompues, compromettant davantage les perspectives d'un changement réel et significatif.

A noter que ce renversement de régime controversé a laissé des cicatrices profondes dans le tissu politique et social d'Haïti, posant des défis persistants pour la construction d'une société plus juste et plus équitable. Par conséquent, il est impératif de promouvoir des solutions pacifiques et démocratiques pour répondre aux défis sociaux, économiques et politiques en Haïti, en mettant l'accent sur la participation citoyenne, la justice sociale et la réforme institutionnelle.

Remarque non moins importante. Le Déni de la souveraineté nationale.

L'interventionnisme américain en Haïti, sous prétexte de promouvoir la stabilité et la démocratie, viole systématiquement la souveraineté nationale du pays. Les décisions politiques prises à Port-au-Prince sont souvent dictées par les intérêts étrangers, mettant ainsi en péril la capacité du peuple haïtien à déterminer son propre avenir et à exercer ses droits démocratiques fondamentaux sans ingérence extérieure. La doctrine Monroe, qui proclame l'hégémonie américaine dans l'hémisphère occidental et justifie l'interventionnisme dans les affaires intérieures des pays latino-américains et caribéens, est souvent invoquée pour légitimer l'ingérence américaine en Haïti. Cette doctrine, qui remonte au 19e siècle, est utilisée pour justifier les interventions militaires, les coups d'État et les pressions économiques visant à maintenir les pays de la région dans la sphère d'influence des États-Unis.

En intervenant dans les affaires intérieures d'Haïti et en imposant un agenda politique et économique qui servent leurs propres intérêts, les États-Unis et d'autres puissances impérialistes non seulement violent la souveraineté nationale du pays, mais aussi les principes fondamentaux de la démocratie et du respect des droits humains. Cette ingérence a des conséquences désastreuses pour le peuple haïtien, compromettant ses aspirations à la justice sociale, à la dignité humaine et à la souveraineté nationale.

En outre, il convient de souligner la complicité de la classe dominante haïtienne dans le maintien du statu quo. Cette élite économique et politique, souvent associée aux intérêts étrangers, bénéficie de la perpétuation de l'ordre établi, même au détriment de la majorité de la population haïtienne. En protégeant leurs privilèges et en préservant les structures de pouvoir existantes, ces élites font obstacle aux efforts visant à instaurer un véritable changement social et politique en Haïti. Les membres de la classe dominante haïtienne contrôlent souvent les secteurs économiques clés du pays, notamment les industries de l'agriculture, du commerce et de la finance. Leurs intérêts sont étroitement liés à ceux des entreprises étrangères et des puissances impérialistes, ce qui les incite à maintenir un système qui favorise l'exploitation des ressources et de la main-d'œuvre haïtiennes au profit de quelques-uns, au lieu de promouvoir un développement économique et social inclusif pour tous.

Les parallèles entre les mouvements de changement en Haïti et en Amérique latine mettent en lumière l'universalité des aspirations à la justice sociale, à la solidarité et à la démocratie participative. Ils soulignent la nécessité d'une solidarité internationale et d'une coopération transnationale pour lutter contre les forces de l'oppression et de l'injustice, et pour construire un monde meilleur pour tous. Dans les années 2000, plusieurs pays d'Amérique latine et d'Afrique ont également entrepris des projets de contrat social visant à instaurer une gouvernance plus inclusive et à promouvoir le développement socio-économique. En Amérique latine, des gouvernements comme celui de la Bolivie sous Evo Morales et du Venezuela sous Hugo Chávez ont cherché à mettre en place des politiques de redistribution des richesses, à renforcer les droits des populations autochtones et à lutter contre les inégalités sociales. Cependant, malgré ces ambitions louables, ces initiatives ont souvent été entravées par des tensions politiques, des conflits d'intérêts et des difficultés économiques, conduisant à des résultats mitigés voire à des échecs. En Afrique, des projets similaires ont été entrepris dans des pays comme le Nigeria, l'Afrique du Sud et le Kenya, avec des objectifs de lutte contre la corruption, d'amélioration des services publics et de promotion de la participation politique des citoyens. Toutefois, ces efforts ont souvent été contrecarrés par des gouvernements autoritaires, des conflits ethniques et des crises économiques, entravant ainsi la concrétisation des aspirations démocratiques et sociales de ces nations.

Dans ce contexte, les échecs des projets de contrat social en Amérique latine et en Afrique dans les années 2000 soulignent les défis complexes auxquels sont confrontées ces régions dans leur quête de développement durable et de justice sociale. Ces échecs ont mis en évidence l'importance cruciale de la gouvernance démocratique, de la transparence institutionnelle et de la participation citoyenne dans la mise en œuvre de politiques efficaces et durables. Ils ont également souligné la nécessité d'une approche holistique prenant en compte les réalités socio-économiques, politiques et culturelles spécifiques à chaque pays pour garantir le succès des initiatives de contrat social.

En guise de conclusion

Alors qu'Haïti a traversé l'épreuve du faux contrat social en 2004 et fait face à une série de défis, l'idée de forger un nouveau pacte social pour sortir de la crise émerge. Les idées de Hobbes résonnent dans notre quête de vivre ensemble dans une société diversifiée, soulignant la nécessité d'une réflexion approfondie sur la nature humaine, le pouvoir et la cohabitation malgré nos différences. Cette réflexion est cruciale en Haïti, offrant une orientation vers un avenir où la solidarité, la justice et le respect mutuel seront les piliers d'une société harmonieuse, évitant ainsi les écueils du passé récent. Pour mettre fin à l'exploitation néocoloniale et promouvoir un développement durable en Haïti, il est impératif de s'attaquer aux racines de cette injustice économique et politique. Cela implique d'abandonner les politiques néolibérales qui favorisent les intérêts étrangers au détriment de la population haïtienne, et de privilégier des politiques de développement centrées sur les besoins du peuple. Restaurer la souveraineté nationale d'Haïti et promouvoir un développement autonome exigent une opposition ferme à toute ingérence étrangère et la défense du droit du peuple haïtien à déterminer son propre destin. Cela nécessite une solidarité internationale pour mettre fin à l'exploitation néocoloniale et établir un ordre mondial basé sur la justice et l'égalité entre les nations. Les deux dernières décennies ont été le théâtre d'une lutte constante entre le besoin de vivre ensemble et les défis du désaccord en Haïti. Pour progresser, le pays doit surmonter les obstacles à la réalisation d'un véritable pacte social, en s'engageant envers la justice, l'égalité et la solidarité, et en résistant à toute ingérence étrangère ou exploitation locale.

Vingt ans plus tard, les conséquences de cette complicité sont évidentes : pauvreté, chômage et inégalités persistent, tandis que la classe dominante s'enrichit aux dépens de la majorité. Pour que Haïti progresse, il est essentiel de remettre en question le pouvoir de cette classe et de promouvoir une véritable démocratie économique et politique, ainsi qu'une culture de transparence et de participation citoyenne.

Face à cette situation, les luttes pour le changement en Haïti sont cruciales, reflétant la résilience et la dignité du peuple haïtien. En s'unissant aux mouvements progressistes, les acteurs du changement en Haïti peuvent construire un avenir meilleur, où la justice sociale et la dignité humaine sont une réalité pour tous.

Aujourd'hui, avec la montée des gangs, la violence d’État, la corruption et la misère croissantes, l’arrivée imminente d’une force militaire des Nations Unies devant « ramener la démocratie » en Haïti, l'avenir du pays semble plus incertain que jamais, exacerbé par l'ingérence à visage découvert des parrains de l'ombre imposant au pays des dirigeants télécommandés mais rejetés par les masses souffrantes.

 

Notes

* Lazaro Gamio, Constant Méheut, Catherine Porter, Selam Gebrekidan, Allison McCann and Matt Apuzzo, La rançon, Les Milliards Envolés, The New York Times, 20 mai 2022 in https:// http://www.nytimes.com/.../haiti-france-dette-reparations.... L’histoire. Plongée dans la Double Dette d’Haïti. Des journalistes du New York Times ont calculé le montant que les Haïtiens ont payé à la France en contrepartie de leur liberté, et comment Haïti s’en trouve toujours impacté.
**Extraits tirés de CONSTITUTION D'HAÏTI Du 27 Décembre 1806 ET SA RÉVISION Du 2 Juin 1816, an 13.DE L'INDÉPENDANCE, AU PORT-AU-PRINCE, DE L'IMPRIMERIE DU GOUVERNEMENT. 1816
*** Cette partie de mon analyse est intégrée dans mon ouvrage intitulé Comprendre pour sortir du chaos : Manuel d'histoire critique, Tome 1, qui paraîtra à la fin de février 2024
**** Haïti : Un aperçu du "Nouveau contrat social" du Groupe des 184, Alter Presse du 17 novembre 2005 In https:/ /www.alterpresse.org/spip.php ?article3603#.XYa7Xi17Su5.
Bibliographie commentée
Livres :

- "Haïti : De la Révolution à la Dictature" par Michel-Rolph Trouillot - Cette œuvre offre une analyse profonde de l'histoire d'Haïti, en mettant en lumière les événements clés qui ont façonné le paysage politique et social.

- "Les damnés de la terre" par Frantz Fanon - Bien que centré sur la décolonisation en Afrique, ce livre offre des réflexions puissantes sur les mécanismes de l'impérialisme et de la domination coloniale qui peuvent également être appliquées à la situation d'Haïti.

- "Haïti et la France : Histoire, mythes et enjeux contemporains" par Pierre Buteau et Philippe Girard - Ce livre explore les relations historiques et contemporaines entre Haïti et la France, en mettant en lumière les dynamiques de pouvoir et les enjeux économiques qui ont façonné ces relations.

- "Le contrat social haïtien : Bilan et perspectives" par François-Xavier Fortin - Cet ouvrage analyse les tenants et aboutissants du contrat social de 2004 en Haïti, en évaluant son impact sur la société et en proposant des pistes de réflexion pour l'avenir du pays.

- "Haïti après le tremblement de terre : Contributions à une réflexion nationale" sous la direction de Régine Michelle Jean-Charles - Cet ouvrage collectif examine les conséquences du séisme de 2010 en Haïti et propose des pistes de réflexion pour la reconstruction nationale.
"Séisme du 12 janvier 2010 en Haïti. Entre l’incertain, le probable et ..." par Muscadin Jean-Yves Jason, Edilivre, Paris, 2015
Cet ouvrage apporte une perspective importante sur le séisme dévastateur de 2010 en Haïti. Il explore les dimensions incertaines et probables entourant cet événement majeur, offrant un éclairage sur les impacts sociaux, économiques, et politiques.
Articles :

- "Haïti : Les enjeux de la reconstruction après le séisme de 2010" par Mathieu Grammond et Stéphane Martelly - Cet article examine les défis socio-économiques auxquels Haïti a été confronté après le séisme de 2010 et les implications de la reconstruction pour l'avenir du pays.



- "La question de la dette d'Haïti envers la France : Entre histoire et réparation" par Frédéric Thomas - Cet article explore l'histoire de la dette d'Haïti envers la France, mettant en lumière les implications politiques et économiques de cette dette pour le développement d'Haïti.

- "Luttes politiques et sociales en Haïti : Entre résilience et désespoir" par Jean-Claude Fignolé - Cet article analyse les mouvements de protestation et les luttes sociales en Haïti, en mettant en lumière les défis rencontrés par la population dans sa quête de justice sociale et de démocratie.

- "Haïti et l'impérialisme américain : Entre ingérence politique et domination économique" par Philippe Laurent - Cet article examine l'histoire des relations entre Haïti et les États-Unis, en mettant en lumière le rôle de l'impérialisme américain dans la politique et l'économie haïtiennes.

- "Les conséquences socio-économiques de l'ingérence étrangère en Haïti" par Marie-Laurence Dubois - Cet article analyse les effets de l'ingérence étrangère sur le développement socio-économique d'Haïti, en mettant en lumière les défis rencontrés par le pays dans sa quête de souveraineté et de prospérité.
Bibliographie commentée sur le contrat social, en mettant l'accent sur ses aspects conceptuels et méthodologiques :

- "Le Contrat Social" par Jean-Jacques Rousseau - Ce classique de la philosophie politique offre une exploration profonde des fondements du contrat social, en examinant les notions de liberté, d'égalité et de souveraineté du peuple. Rousseau propose une analyse critique de la société civile et du gouvernement, en mettant en avant l'idée du contrat social comme base légitime du pouvoir politique.

- "Le Contrat Social en Afrique" par Mamoudou Gazibo - Cet ouvrage examine les diverses manifestations du contrat social en Afrique contemporaine, en mettant en lumière les défis et les opportunités liés à la construction d'un consensus social et politique dans des contextes postcoloniaux. Gazibo propose une analyse comparative des différents modèles de contrat social en Afrique, en soulignant les implications pour la gouvernance démocratique et le développement économique.

- "Le Contrat Social : Fondements théoriques et implications pratiques" par Philippe Van Parijs - Dans cet ouvrage, Van Parijs explore les fondements théoriques du contrat social à travers les œuvres de divers philosophes politiques, en mettant en avant les implications pratiques de ces théories pour la justice sociale et la démocratie. Il propose également une réflexion sur les défis contemporains du contrat social dans un contexte de mondialisation et de diversité culturelle.

- "Le Contrat Social et la Justice Distributive" par Samuel Freeman - Cet ouvrage examine la relation entre le contrat social et la justice distributive, en explorant les différentes conceptions de la justice sociale à travers l'histoire de la philosophie politique. Freeman propose une analyse critique des théories du contrat social, en mettant en lumière les tensions entre l'égalité des droits et l'égalité des résultats dans la théorie politique moderne.

- "Le Contrat Social : Approches méthodologiques et applications empiriques" par Martin van Hees et Wlodek Rabinowicz - Dans ce recueil d'articles, les auteurs explorent les différentes approches méthodologiques à l'étude du contrat social, en mettant en avant les défis et les opportunités de la recherche empirique dans ce domaine. Ils proposent également des applications pratiques du contrat social dans des contextes politiques et sociaux variés, en examinant les implications pour la gouvernance démocratique et la justice sociale.
Bibliographie commentée sur Hobbes et le contrat social, mettant en lumière les principales œuvres et interprétations :

- "Le Leviathan" par Thomas Hobbes - Considérée comme l'œuvre majeure de Hobbes, "Le Leviathan" offre une exploration approfondie de sa théorie du contrat social. Hobbes y expose sa vision de l'état de nature comme un état de guerre de tous contre tous, et propose le contrat social comme moyen de sortir de cet état de nature en échangeant la liberté individuelle pour la sécurité offerte par un souverain absolu.

- "Hobbes et le Contrat Social" par Quentin Skinner - Cet ouvrage propose une analyse approfondie de la théorie du contrat social de Hobbes, en mettant en lumière ses origines historiques et ses implications politiques. Skinner explore les différentes interprétations de la pensée de Hobbes sur le contrat social, en examinant ses liens avec d'autres concepts politiques tels que la souveraineté et la légitimité du gouvernement.

- "La Théorie du Contrat Social chez Hobbes" par Jean Hampton - Dans cet ouvrage, Hampton offre une analyse contemporaine de la théorie du contrat social de Hobbes, en mettant en avant ses implications pour la théorie politique moderne. Elle examine les arguments de Hobbes en faveur d'un souverain absolu et explore les critiques contemporaines de sa vision du contrat social.

- "Hobbes : Le Contrat Social comme fondement de la modernité politique" par Yves Charles Zarka - Cet ouvrage examine le rôle de Hobbes dans l'émergence de la modernité politique, en mettant en lumière sa contribution à la théorie du contrat social. Zarka explore les principaux concepts hobbesiens tels que l'état de nature, le contrat social et la souveraineté, et propose une analyse critique de leur pertinence dans le contexte contemporain.

- "Hobbes et le Contrat Social : Approches critiques" par David Johnston - Dans ce recueil d'essais, Johnston rassemble les principales critiques de la théorie du contrat social de Hobbes, en mettant en lumière les divergences d'interprétation et les implications philosophiques de sa vision politique. Les contributeurs examinent les tensions entre la vision autoritaire de Hobbes et les idéaux démocratiques contemporains, et proposent des alternatives à sa théorie du contrat social.



2 réactions


Réagir