lundi 10 novembre 2014 - par Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral

25 ans après la chute du Mur de Berlin

En 1919, 52 ans après qu'un historien allemand eut écrit que le capitalisme devra être remplacé par un mode de production fondé sur la propriété commune, des révolutionnaires inspirés par cette idée débutent l'expérience qui débouchera sur l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Pour l'idéologue et ses exégètes, pour sortir de la "lutte des classes" ("bourgeoisie" contre "prolétariat"), la fin (l'horizon communiste) passe par une phase socialiste. C'est la trame du manifeste du Parti Communiste. Le but est de créer un "homme nouveau", débarrassé de ses "anciens déterminismes".
 
Parallèlement, en Italie, un ancien membre du Parti Socialiste Italien pousse le concept d'homme nouveau jusqu'au bout de sa logique (le fascisme). Ce leader italien inspire son alter égo autrichien, membre du Parti National Socialiste des Ouvriers Allemands. En URSS aussi, on précipite l'expérience, en évitant le débat (fin de la démocratie) et en faisant comprendre, de force, ce que les gens doivent faire (kolkhozes agricoles par exemple). 
 
On peut donc dire que, le socialisme, c'est un homme ou un groupe qui, sous prétexte de mieux savoir que les gens ce qui est bon pour eux, mettent en place un système coercitif et répressif afin que les objectifs globaux soient atteints. Aux anciens régimes antilibéraux (empires autoritaires, monarchies non démocratiques, etc), le socialisme ajoute donc le fait de se parer des couleurs du bien.
 
En 1939, le dirigeant de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), Joseph Staline, signe un pacte avec l'Allemagne National-Socialiste d'Adolf Hitler. C'est le pacte Germano Soviétique, approuvé par les communistes du Parti Communiste Français et du journal l'Humanité.
Ce pacte prévoyait notamment la répartition entre les deux puissances antilibérales des territoires tels que celui de la Pologne.
 
En 1945, l'Armée Rouge dirigée par Joseph Staline pérennise ses positions prises sur les nazis en Europe de l'Est, et met en place des régimes de "démocraties populaires", d'inspiration socialiste et pro soviétiques, dans les pays sous occupation, de la Bielorussie à la République Démocratique Allemande (Allemagne de l'Est). Les partis politiques sont supprimés et réprimés, mais c'est pour le bien de tous. Et surtout, la liberté de circuler est supprimée. C'est une constante dans les dictatures : les dirigeants ne veulent pas que les citoyens partent. 
 
Spécifiquement, en Allemagne, non seulement les allemands de l'est n'avaient progressivement plus le droit d'aller s'installer en zone occupée par les Anglais, les Français et les Américains, mais dans Berlin également, il en fut de même. En 1961, les soviétiques emmurent les secteurs Anglais, Français et Américains afin d’empêcher les habitants de Berlin Est de fuir à l'ouest, et pour les faire rester dans le paradis socialiste. Ce système durera 28 ans. 
Paradoxalement, le coût de gestion des frontières est-allemandes (jusqu'à 2% du PIB durant les années 80) contribuera à la chute du bloc de l'est). 
 
En 1989, suite à une combinaison de désorganisation au sein de l'appareil politico-administratif de la RDA, de manifestations géantes à Leipzig, de l'action de Jean-Paul II et d’essoufflement de l'URSS dans sa course avec les Etats Unis, le Mur finit par tomber. 
 
 
Il y a plusieurs observations à tirer de l'échec, car c'est un échec, de la parenthèse des démocraties populaires en Europe de l'Est. 
 
Premièrement, les régimes socialistes, dirigistes, centralisés, ne marchent pas. Toutes les tentatives de diriger l'économie aboutissent au mieux à une pauvreté partagée, au pire à des graves pénuries. Dans le cas de la RDA, on dispose d'un cas d'école. Rappelons que la Prusse et Berlin ont été le théâtre d'un vrai développement, Berlin étant par exemple la première ville d'Europe à disposer d'un éclairage public électrique, pas Frankfurt ou Munich. Les destructions par bombardement massif des alliés, en 1944, ont de plus fait repartir l'Allemagne à zéro après la Seconde Guerre Mondiale. Or, en 1989, la différence technologique et économique entre l'est et l'ouest était gigantesque. Au niveau écologique également, l'écart était considérable (1). Alors que les véhicules ouest allemands étaient tous équipés de pots catalytiques en 1989, en Allemagne de l'Est, ce n'était pas le cas, loin de là. 
 
Deuxièmement, la démocratie libérale, bien qu'imparfaite, au même titre que la nature humaine, attire plus que les régimes socialistes. Ce qui est frappant, c'est, d'une part, que la RDA se soit sentie obligée d’empêcher sa population de fuir. Or, il n'y a aucun pays de la CEE de l'époque qui se soit doté d'un système équivalent, pas plus qu'il n'y a eu d'exode ou de tentative d'exode massif, entre 1945 et 1989, d'ouest vers l'est.
La leçon de 1989, c'est que les gens préfèrent, in fine, être libres. Aucun habitant de Hambourg n'a construit de tunnel ou de ballon pour fuir vers la RDA.
 
Troisièmement, la liberté reste un combat actuel, y compris et surtout dans les pays tels que la France ou les Etats-Unis. 
En effet, la RDA aurait rêvé d'avoir à sa disposition les moyens technologiques et légaux à la disposition de la France ou des US de 2014. Aux fiches cartons de l'époque répondent maintenant les fichiers de tout type qui traquent les citoyens sans que des organismes comme la CNIL aient leur mot à dire. Paranoïa ? Non, simplement, constatation que la technique de la grenouille plongée dans l'eau tiède fonctionne. On commence par dire, par exemple, que le FNAEG ne concerne que les violeurs, et au final, de simples manifestants doivent voir leur ADN fiché par l'Etat. 
 
En fait, parfois, on se demande si la démocratie libérale a vraiment gagné en 1989, ou si ce n'est pas l'étatisme qui a trouvé un compromis, partout dans le monde. Déjà, sur le seul plan économique, les pays vraiment libéraux sont rares. Il y a certainement la Suisse, les Pays Bas, Hong Kong, mais la France certainement pas, et les Etats Unis dans une certaine mesure, non plus. Ensuite, sur le plan des libertés civiles, c'est pire. Edward Snowden a beau être piégé, son message est passé.
Partout dans le monde, on sait que les gouvernements interviennent, interfèrent, fichent, traquent, taxent, imposent, surveillent, et ce en profitant du fait que nous nous éloignons de la démocratie directe. En France, à 57% du PIB qui passe par l'Etat, nous ne sommes pas encore aux 99,9% de la RDA, mais nous nous en inspirons, parce que le rêve de 99% de nos politiciens n'est pas de laisser les gens se débrouiller.
 
Enfin, sur le plan purement politicien, la différence de traitement médiatique, en France, entre une extrême gauche qui a une filiation directe avec les régimes socialistes d'Europe de l'Est, et l'extrême droite, est choquante.
Comment se fait-il que le hashtag #MoiMaGauche, lancé par le Parti Communiste, n'ait pas été massivement dénoncé par les journalistes, à l'image de la réaction qui aurait été déclenchée par un hashtag du type #MoiMonNationalSocialisme ? 
 
 
(1) Ecologie Libérale Chute du Mur de Berlin - 9 Novembre 1989 9 novembre 2011
 
 
LPL - Le Parisien Libéral
 


10 réactions


  • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 10 novembre 2014 10:21

    A QUOI ONT SERVI LES 3 MILLIONS DE MORTS DE 14-18 ????

    en répondant vite on peut dire a RIEN !!!!!!!!!!!!!!!

    MAIS SI SUR LE PLAN EUROPEEN ILS ONT ENRICHI LES MARCHANDS DE CANONS COMME KRUPP renault et compagnie

    une pensée pour les combattants des 40 pays belligérants meme les maoris sénégalais marocains et tunisiens bretons corses dont 600 ont été faits fusillés alors qu’ils ne pouvaient pas se défendre ne parlant pas le FRANCAIS par des généraux débiles comme NIVELLE ET DE CASTELNAU planqués dans des bunkers a 50 kms du FRONT livrant une guerre par estafettes et telephone de campagne ou pigeons ...comme les poilus !!!!!!! !

    CUPIDES ET LACHES CES GALONNES QUI ONT SACRIFIE PAR ORGUEIL ET FAYOTAGE DES MILLIERS DE POILUS POUR RECONQUERIR UNE BUTTE QU ILS PERDAIENT LE LENDEMAIN au moins les generaux us des marines etaient au front avec leurs hommes§§§§§§§§§§§


    • titi titi 10 novembre 2014 16:20

      « en répondant vite on peut dire a RIEN !!!!!!!!!!!!!!! »

      Alors en répondant très vite alors...

      A l’issue de la guerre 14-18, l’empire Allemand a disparu, l’empire Ottoman a disparu, l’Autriche Hongrie a disparu, et la Russie tsariste a disparue. Ces états étaient multi séculaires.
      La fin de 14-18 marque la fin des « monarchies de droit divin », c’est à dire les modèles de société qui ont dirigé le monde pendant 1000 ans. Un détail...


  • César Castique César Castique 10 novembre 2014 10:43

    « Le but est de créer un »homme nouveau« , débarrassé de ses »anciens déterminismes« . »



    Il est intéressant de relire ce que Trotsky prophétisait à ce propos, dans « Littérature et révolution » :

    "...l’homme commencera sérieusement à harmoniser son propre être. Il visera à obtenir une précision, un discernement, une économie plus grands, et par suite, de la beauté dans les mouvements de son propre corps, au travail, dans la marche, au jeu. Il voudra maîtriser les processus semi-conscients et inconscients de son propre organisme : la respiration, la circulation du sang, la digestion, la reproduction. Et, dans les limites inévitables, il cherchera à les subordonner au contrôle de la raison et de la volonté. L’homo sapiens, maintenant figé, se traitera lui-même comme objet des méthodes les plus complexes de la sélection artificielle et des exercices psycho-physiques.

    "Ces perspectives découlent de toute l’évolution de l’homme. Il a commencé par chasser les ténèbres de la production et de l’idéologie, par briser, au moyen de la technologie, la routine barbare de son travail, et par triompher de la religion au moyen de la science. Il a expulsé l’inconscient de la politique en renversant les monarchies auxquelles il a substitué les démocraties et parlementarismes rationalistes, puis la dictature sans ambiguïté des soviets. Au moyen de l’organisation socialiste, il élimine la spontanéité aveugle, élémentaire des rapports économiques. Ce qui permet de reconstruire sur de tout autres bases la traditionnelle vie de famille. Finalement, si la nature de l’homme se trouve tapie dans les recoins les plus obscurs de l’inconscient, ne va-t-il pas de soi que, dans ce sens, doivent se diriger les plus grands efforts de la pensée qui cherche et qui crée ? Le genre humain, qui a cessé de ramper devant Dieu, le Tsar et le Capital, devrait-il capituler devant les lois obscures de l’hérédité et de la sélection sexuelle aveugle ? L’homme devenu libre cherchera à atteindre un meilleur équilibre dans le fonctionnement de ses organes et un développement plus harmonieux de ses tissus  ; il tiendra ainsi la peur de la mort dans les limites d’une réaction rationnelle de l’organisme devant le danger. Il n’y a pas de doute, en effet, que le manque d’harmonie anatomique et physiologique, l’extrême disproportion dans le développement de ses organes ou l’utilisation de ses tissus, donnent à son instinct de vie cette crainte morbide, hystérique, de la mort, laquelle crainte nourrit à son tour les humiliantes et stupides fantaisies sur l’au-delà. L’homme s’efforcera de commander à ses propres sentiments, d’élever ses instincts à la hauteur du conscient et de les rendre transparents, de diriger sa volonté dans les ténèbres de l’inconscient. Par là, il se haussera à un niveau plus élevé et créera un type biologique et social supérieur, un surhomme, si vous voulez.« 

    Voilà, un genre d’âneries euphoriques, plongeant ses racines dans le romantisme poisseux de ce XIXe siècle que Léon Daudet a, fort justement, qualifié de stupide, auquel les communistes d’aujourd’hui n’osent plus se référer. En rêvent-ils encore en secret ? Sans doute, pour les plus jobards d’entre eux, qui ne sont pas forcément des bacs -5.

    Quant à Mussolini, ses succès, bien réels, ont été obtenus, au cours des dix premières années du régime (1922-32), dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’architecture et de l’urbanisme, mais quand il a prétendu transformer ses bâtisseurs et ses paysans en légionnaires impériaux à l’antique, ce fut l’échec cinglant, qui est, au XXe siècle, celui de l’Homme nouveau en général. L’Hymne triomphal du Parti National Fasciste parle d’Italiens que Mussolini a refaits (sic) »pour la guerre de demain"...

    On sait ce qu’il en fut.


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 10 novembre 2014 10:55

    À l’auteur :
    "Il y a plusieurs observations à tirer de l’échec, car c’est un échec, de la parenthèse des démocraties populaires en Europe de l’Est."

    Oui, vous avez raison : ce fut un échec.
    Mais, à partir de 1989, le choix socio-économique qui a été fait fut encore un échec.

    Pauvre peuple russe : Spolié en 1917 et en 1991 !

  • Loïc Decrauze Loïc Decrauze 10 novembre 2014 12:38

    Un acrostweet en hommage à la chute du mur de Berlin : http://acrostweet.blogspot.fr/2014/11/chute-du-mur-de-berlin-la.html?view=mosaic


  • cathy30 cathy30 10 novembre 2014 13:11

    Ce qui est étonnant et qui n’a pas fonctionné en Allemagne de l’Est, a fonctionné en Corée du Nord.


  • taktak 10 novembre 2014 22:26

    A lire quelques chiffres sur la situation des ex lander de RFA 25 après la chute du mur, lu en modération

    http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=159213


  • christian pène 11 novembre 2014 10:09

    le 9 novembre jour anniversaire 25 ans après la fin du mur de Berlin, je n’ai entendu qu’UNE fois , sur France 2 (une étourderie sans doute ) prononcer le mot « communisme ».......

    personne pour dire que la RDA communiste empêchait ses citoyens d’aller-et-venir librement .....

    aucune personnalité française pour fustiger ce comportement communiste sous couvert de « socialisme » assassin , sachant qu’en République à la française, le pouvoir continue à subventionner le PCF, la CGT avec de l’argent volé au peuple , à décorer leurs leaders« bienaimés » de la Légion du déshonneur .....

    le régime ne veut rien dire des exactions du PCF pendant la Résistance , son rôle dans l’affaire d’Oradour et des pendaisons des otages de Tulle ......son comportement ultra-capitaliste via la « banque commerciale pour l’Europe du nord » (soviétique ) où il avait ses comptes.....ses mensonges quand il était pris en flagrant délire de mauvaise foi, le comportement d’Aragon......

    pendant la Résistance (théoriquement à l’occupant ), le PCF préparait l’après-Libération en s’en prenant davantage à des citoyens français, pas seulement miliciens, voir comment le marquis de Commarque a été exécuté en Dordogne alors qu’il n’était en rien de connivence avec la milice .....mais ces « résistants » ont été ensuite amnistiés tandis que le régime de De Gaulle copulant avec le PCF a commencé par épurer les suppôts du régime de Vichy jusqu’à des exécutions capitales , sans qu’aucun communiste ne soit jamais inquiété......

    pourtant c’est bien l’extrême gauche sur le passé de laquelle on nous invite à faire table rase ! elle qui a du sang français sur les mains jusqu’à mai 1968.......

    ....tandis que l’extrême droite n’existe qu’à l’état de fantasme dans les têtes des partis politiques aux abois ; cette extrême droite que cette classe politique rapproche des nazis alors que le nazisme est évidemment « cousin GERMAIN » du communisme , que Hitler et Staline ont fait un bout de chemin ensemble.....jusqu’au 22 juin 1941 ; que le PCF s’est adressé à l’occupant nazi pour faire reparaître L’HUMANITÉ.......

    le gouvernement allemand a eu bien raison de n’inviter personne aux cérémonies du 25è anniversaire , et surtout pas le gouvernement « socialiste » révolutionnaire à la française.... particulièrement répugnant......qui copule avec les lambeaux du PCF, qui ferme les yeux sur les exactions de la CGT .....

    c’est « ça » la gauche française......Chirac avait raison de dire que le PS était un parti révolutionnaire (d’extrême gauche ) au même titre que le PCF......


  • christian pène 11 novembre 2014 10:16

    qu’on se le dise :en ce 11 novembre, les morts des conflits sont morts pour RIEN , et surtout pas POUR la patrie, car ON les a obligés à aller au front ; ils n’y sont guère allés volontairement ;

    qui a déclaré la guerre en août 1914 ? en sept 1939 ? la guerre d’Indochine , colonie finalement abandonnée aux communistes ? la guerre d’Algérie finalement abandonnée au FLN ?

    la République ment plusieurs fois de plus ; c’est cette République chancelante que Sarkozy veut sauver alors qu’elle est dans ce triste état par la seule faute des partis politiques, la faute des PRÉSIDENTS que le peuple aveuglé s’est donnés.......

    ...laissons Sarkozy s’épuiser dans les meetings où il fait donner la claque avant que le peuple ne lui inflige une nouvelle claque après 2012..... : il ne comprend RIEN et n’a pas changé quoi qu’il dise......

    quant à ses troupes , elle s’adonnent à la logorrhée débile formée par la République des crétins (Jean Paul Brighelli)


  • Jean 11 novembre 2014 18:37

    ma petite anecdote sur cette chute de mur (d’autres ont poussé depuis...) j’étais ce jour là dans un superbe hotel à Garmisch Partenkirchen en séminaire avec mes collègues Allemands, la joie était très grande effectivement mais aussitôt beaucoup on dit : « il faut vite construire le mur de l’ouest » amusant non ? quelques jours après Munich était encombrées de traban abandonnées dont une figure au Deustsches Museum. Auteur au dela de cela ne voyez vous pas que les murs poussent très bien en ce moment ?????


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