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3 % : Le chiffre de la dépendance africaine... ou le signal de la rupture économique ? - AgoraVox le média citoyen
samedi 6 juin - par Nan_Lêhié

3 % : Le chiffre de la dépendance africaine... ou le signal de la rupture économique ?

Pourquoi le continent le plus riche en ressources de la planète ne pèse-t-il que 3 % du commerce mondial face aux 25 % de l'Europe ? Ce grand écart n'est pas une fatalité géographique, c'est le résultat d'un ordre économique hérité qui refuse de dire son nom. Analyse critique d'un modèle d'extraction à bout de souffle, du piège des Accords de Partenariat Économique (APE) et des nouveaux leviers de l'autodétermination africaine.

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Le piège de l'extraction : un modèle d'extraversion à bout de souffle

Comment un continent qui abrite près de 18 % de la population mondiale et regorge des richesses les plus stratégiques du siècle — du cobalt au lithium, des terres rares au pétrole, en passant par le café et le cacao — peut-il être relégué à la marge des échanges mondiaux ?

La réponse tient en un concept mécanique : l'extraversion. Depuis la période coloniale, l'économie de la majorité des États africains est configurée de manière extra-centrée, uniquement pour l'exportation de matières premières à l'état brut et l'importation de produits manufacturés. En clair : le continent donne sa richesse brute à bas coût et rachète la valeur ajoutée au prix fort à l'Occident ou à l'Asie. Ce système capte la valeur là où elle est consommée et maintient les structures locales dans une précarité sys­té­mique. Lorsque les cours mondiaux des matières premières chutent à Londres ou à New York, ce sont les budgets des États africains qui s'effondrent.

L'Europe à 25 %, l'Afrique à 3 % : le miroir de la fragmentation

Pendant que l'Europe consolide son quart du marché mondial grâce à une intégration régionale poussée et des industries protégées à forte valeur ajoutée, l'Afrique paie le prix politique de sa fragmentation. Historiquement, les réseaux de transport et les réglementations ont été pensés par et pour les puissances extérieures.

Il a longtemps été plus simple et moins taxé d'expédier un conteneur depuis le port d'Abidjan vers Rotterdam que de l'envoyer vers Lagos ou Malabo. Les infrastructures de transport (chemins de fer, routes) ont été dessinées pour acheminer les ressources vers les côtes maritimes, et non pour interconnecter les peuples, les filières et les marchés intérieurs africains.

Le cheval de Troie des APE : la fin d'une illusion néolibérale

On ne peut pas comprendre le surplace de ces 3 % sans autopsier les fameux APE (Accords de Partenariat Économique) imposés de longue date par l'Union européenne. Présentés sous le vernis de la "modernisation" et du "codéveloppement", ces accords constituent en réalité le véritable verrou institutionnel de la souveraineté économique africaine.

Le principe fondamental des APE repose sur une duperie : imposer une réciprocité commerciale totale entre des économies asymétriques qui n'ont absolument pas les mêmes armes. En échange d’un accès libre (déjà largement existant) des produits africains au marché européen, l'Afrique doit ouvrir jusqu'à 80 % de son propre marché intérieur aux produits industriels et agroalimentaires de l'UE, en supprimant ses barrières douanières.

Ce mécanisme libéral produit deux effets dévastateurs bien documentés :

  1. Le suicide fiscal et budgétaire : Les droits de douane constituent une part majeure et immédiate des recettes des budgets publics des États africains. En les supprimant pour complaire aux exigences de Bruxelles, les gouvernements se privent de milliards de ressources souveraines indispensables pour financer les services publics essentiels, la santé, l'éducation et les infrastructures autonomes.

  2. Le dumping et la désindustrialisation : Comment des producteurs de lait locaux, des éleveurs ou des industries manufacturières naissantes en Afrique de l'Ouest peuvent-ils rivaliser avec les excédents de l'agroindustrie européenne ultra-subventionnée déferlant sans aucune taxe ? C'est une machine à briser le tissu agricole local, à détruire l'emploi et à alimenter l'exode.

L'impasse politique face au bloc africain : Devant ces menaces directes, la résistance s'est organisée. Plusieurs pays leaders et de nombreuses organisations de la société civile africaine ont refusé de ratifier ces accords globaux. Cette résistance populaire et institutionnelle a grippé la stratégie européenne : l'UE a été contrainte de se rabattre sur des accords "intérimaires" ou bilatéraux fragmentés (comme avec la Côte d'Ivoire ou le Ghana), fracturant délibérément l'unité des blocs régionaux de solidarité comme la CEDEAO.

La ZLECAf et le réveil de l'autodétermination

Aujourd'hui, l'esprit des APE est moribond. Il appartient au logiciel obsolète du vieux monde, celui des plans d'ajustement structurels et du libre-échange asymétrique. Face à ce modèle importé, le grand projet de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) propose une tout autre philosophie : s'intégrer d'abord entre soi, se protéger collectivement, et transformer sur place avant d'affronter les marchés mondiaux.

En levant les barrières douanières à l'échelle du continent, la ZLECAf pose les bases d'un marché commun de plus d'un milliard de consommateurs. L'enjeu historique n'est plus de plaire aux bourses occidentales, mais de développer le commerce intra-africain. C'est par l'échange de proximité, la co-production régionale et des mécanismes de solidarité endogènes que naîtra l'industrialisation. Transformer le cacao sur place, raffiner les minerais là où ils sont extraits : voilà les clés de l'autodétermination.

Vers 2050 : Le basculement démographique et la souveraineté populaire

Les derniers rapports de la CNUCED montrent déjà une résilience remarquable des dynamiques commerciales africaines, qui affichent des taux de croissance des échanges supérieurs à ceux des zones occidentales. D'ici 2050, un être humain sur quatre sera africain. Ce poids démographique immense va mécaniquement transformer le continent en principal moteur de la demande et de la création de richesse.

La bataille pour dépasser le plafond de verre des 3 % n'est pas une simple affaire de technocrates ou de comptables. Elle est profondément politique, sociale et culturelle. Elle exige de rompre définitivement avec l'illusion de l'aide internationale pour imposer des rapports de force d'égal à égal. La souveraineté de l'Afrique se construira par la maîtrise de ses propres ressources et la fin des tuteurs extérieurs. Le XXIe siècle se fera avec les peuples africains maîtres de leur destin, et le marché mondial devra s'y conformer.



17 réactions


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 6 juin 18:18

    Salutations, merci..hum tout ceci aurait aussi à voir avec le fait que tous les humains sont en combat terrifiés par la vie qui dit à chaque seconde naître = mourir, alors je veux oublier ça donc la vie elle même, impossible ,puis posséder ++++ pour l’éternité, impossible, etc , que c’est un choix car moi je veux plus parce que et puis c’est tout point barre.

    Derrière tout ça règne une démence auto induite par la pensée devenue totalitaire sur la psyché cerveau des humains au détriment de nos autres capacités non éveillées à la naissance, cause de cerveau pas fini etc

    soyons rassurés cela, ce plongeon dans la démence se produisit il y a des millénaires mais mais mais on continue à s’enfoncer dedans avec une haine remarquable en tous points, la haine des autres vient d’abord de la haine de sa vie, de la vie, qui elle même vient du refus que naître = mourir.. etc qui lui même vient d’un désir de continuité qui lui même vient de ? cherchez un peu !! Être riche n’est pas la finalité ni une finalité dit l’univers, être uni l’est mais ne peut être décrété. ni être imposé etc, mais nous ne voulons que cela dans l’espoir d’échapper au sort ultime, demain je suis mort vivre est le miracle, pour nous était le miracle dont nous ne voulons pas.. Dommage passer à coté d’un côtoiement avec ce qui est non né, dans le sens non né vers l’humain, était au programme.. ça ne l’est plus depuis longtemps..

    ceci est remplacé par ce que chaque MOA veut, et qui est différent pour tous, alors bagarre générale bien sur.. etc inutile d’en dire plus ceci est en surface de la surface des choses, et n’étant pas perçu le reste non plus et sera peine perdue..non pas que ce soit un but mais rien n’y va faire. business et commerce sont la guerre..compétition aussi etc jusqu’à tortures alors bonne bagarre à tous et que les plus « salopards » gagnent ce qui sera le cas bien sur.. ils vont gagner car eux ils coopèrent et même à 1% nous les gens bons ne faisons pas le poids Mes respects bien sur..

    les gens auto promus bons ne coopèrent sur rien.. Alea jacta est bien sur Cela dit mes respetcs..si si..


  • alinea alinea 6 juin 22:26

    En tout cas, il faut que les Français s’engagent à voter pour le candidat qui supprimera le Franc CFA ! alors les Africains pourront commencer à réapprendre à respirer ! et ça changera la face du monde.


    • La Bête du Gévaudan 6 juin 22:37

      @alinea

      oui, il est urgent de se débarrasser du Franc CFA qui a garanti par les impôts des Français, qui n’ont rien demandé...


    • alinea alinea 7 juin 10:41

      @La Bête du Gévaudan

      oui tout à fait mais qui empêche surtout les africains de dépenser leurs sous comme ils en ont besoin !


  • La Bête du Gévaudan 6 juin 22:47

    Pourquoi posez-vous la question alors que vous donnez vous-mêmes la réponse : parce-que l’Afrique n’est pas industrialisée. Donc, au lieu de chouiner, industrialisez-vous. Tout cela n’a rien à voir avec la colonisation.

    Il est d’ailleurs comique de voir les gauchistes réclamer le « paiement des matières premières » au détriment de la « transformation industrielle »... C’est vraiment un raisonnement de gros rentier réactionnaire ! ... il est au contraire parfaitement légitime que la majorité de la plus-value aille au « travail de transformation » plutôt qu’au « capital minier »... heureusement que le marché capitaliste permet de rémunérer beaucoup plus fortement le « travail de transformation » plutôt que le « capital minier »... le capitalisme est beaucoup plus à gauche que le gauchisme, ah ah ah !

    Avant que les « méchants blancs » sachent quoi faire de ces « ressources minières », elles n’avaient aucune valeur ! Ce sont les « méchants blancs » qui par leur intelligence créative ont transformé des tas-de-cailloux en précieuses ressources. Les Africains devraient donc remercier les « méchants blancs » de cela !

    Que les Africains appliquent le capitalisme, et ils seront riches comme tout le monde... regardez les Asiatiques... après avoir abandonné la débilité marxiste, la Chine est devenue la première économie du monde en 40 ans. Je crois que c’est clair. Faites pareil !


    • La Bête du Gévaudan 6 juin 23:00

      - Je vous rejoins sur un point... les « partenariats escroc-démagos » doivent être abandonnés... cela vous démontre que le gauchisme a coulé l’Afrique... non seulement c’est la gauche qui a lancé la colonisation, mais c’est encore la gauche qui a fait la néo-colonisation. Il est donc temps d’en finir avec cela.

      - Les euro-gauchistes ne comprennent rien aux droits de douane. Dans le libéralisme, les droits de douane peuvent être parfaitement utiles pour remplir les caisses du gouvernement. Par contre, ils doivent être « neutres » et ne pas favoriser un secteur économique au détriment d’un autre. Le libéralisme classique ne demande donc pas l’abolition des droits douaniers mais leur neutralité.

      - je suis pour l’abolition des subventions à la production en UE. Mais, encore une fois, ce sont vos amis gauchistes qui mettent ces subventions productives. En réalité, cela fait que le contribuable européen subventionne la consommation africaine. Je suis donc pour un véritable libre-marché, sans subventions.

      Néanmoins, il faut comprendre que le consommateur africain est favorisé par ces importations subventionnées. De même que le consommateur européen est favorisé par les importations chinoises. Car la Chine et l’UE, dirigées par des débiles gauchistes, subventionnent leurs productions. Il en découle que le contribuable chinois subventionne le consommateur européen comme le contribuable européen subventionne le consommateur africain ! Cependant, cela crée un déséquilibre excessif des deux côtés... il faut donc abolir tout cela, je suis d’accord avec vous.


    • La Bête du Gévaudan 6 juin 23:07

      sur la démographie : si les Africains sont nombreux, c’est largement grâce à la colonisation et à l’importation des techniques occidentales qui ont permis au continent de surmonter le « verrou malthusien »...

      Je m’en réjouis. Je trouve heureux et respectable que les Africains soient jeunes, dynamiques et nombreux. Leur avenir leur appartient, et s’ils s’y prennent bien, ils seront demain le centre économique du monde.

      Mais je ne vois pas en quoi ils se grandissent à oublier la complexité du passé. En 1900, l’Afrique comptait à peine 100 millions d’habitants. De même que les Amériques comptaient 50 millions d’habitants avant l’arrivée des Occidentaux. Ce n’est pas lié à un « complot blanc ». C’est simplement un fait scientifique parfaitement connu. Dans une économie primitive, peu productive, il y a un plafond au développement de la population. C’est l’intensification de la production économique qui permet de surmonter ce paradigme.

      C’est ce même mécanisme qui permet à la France de passer de 20 millions d’habitants au sommet de l’agriculture traditionnelle (vers 1700) à 70 millions d’habitants dans une économie intensive moderne (aujourd’hui). Alors même que nous exploitons désormais moins de terres agricoles que sous Louis XIV.


    • La Bête du Gévaudan 6 juin 23:32

      concernant des échanges prétendument « inégaux »... c’est une vieille fable gauchiste erronée... A partir du moment où l’échange est libre (libre-marché authentique), le marché est nécessairement bénéfique aux deux parties... c’est le principe du gagnant-gagnant basé sur les avantages comparatifs.

      Si le commerce n’était pas bénéfique pour les deux parties, alors personne ne commercerait ! C’est la stricte logique. Si les gens commercent, c’est parce-que les deux parties sont gagnantes. Chacun étant spécialisé dans un domaine, il peut valoriser cela dans l’échange et empocher un bénéfice.

      Mais il y a mieux. Dans un marché libre, c’est toujours le plus développé qui « fait progresser » le moins développé. C’est-à-dire que les pays sous-développés opèrent un plus grand bénéfice que les pays développés.

      Un exemple : un paye industrialisé échange un ordinateur contre une tonne de bananes à un pays non-industrialisé (le prix correspond). Chacun gagne grâce aux avantages comparatifs. Mais le producteur de banane empoche un second gain : il bénéfice du niveau de développement nécessité pour construire l’ordinateur sans avoir eu à accomplir le chemin nécessaire.

      C’est une vérité dérangeante mais bien réelle. C’est ce mécanisme qui explique que « la colonisation » et « la globalisation » ont été historiquement bénéfiques aux peuples sous-développés. Et cela explique pourquoi les pays sous-développés rattrapent tendenciellement les pays développés.


    • @La Bête du Gévaudan

      Place lui des source qu’elle s’instruise un peu en dehors de sa secte

      sinon elle ne te croira pas et tu sera taxé de raciste ou peut être pire encore

      https://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/afrique-population/

      Elle s’est multiplé par plus de 10 en un peu moins de 100 ans

      La raison principale est que .. les « sales occidentaux nazis fascistes d’ultra méga giga extra drouatteuu » (et j’en passe)...comme cela je lui fais gagner du temps à notre LFIste ..

      ont amené la médecine occidentale, que les mères ne perdent plus la majorité de leurs gosses comme autrefois en très bas âge , comme chez nous ici avant encore ...

      Sauf que la bas ils continuent comme avant (lorsque plus de la moitié mourraient) donc à un moment.... ça va coincer

      Rien que pour pouvoir instruire les enfants , c’est d’ailleurs pour cela que lorsque la Chine étais plus pauvre que l’Afrique

      Le jour ou celle-ci à décrété l’enfant unique, à pu mettre « le paquet » sur l’éducation, cela explique pourquoi l’Afrique en est la ou elle en est et que la Chine désormais en est la ou elle en est... Cad à des milliers de kms devant l’Afrique (et devant nous aussi)

      Bref ...


  • ca ne semble pas si bien se passer (actu) dont personne ne cause ici

    https://x.com/viddefrance/status/2062907093904925149/video/1


  • SilentArrow 7 juin 01:37

    @Nan_Lêhié

    L’Afrique est-elle sous développée parce qu’elle a été colonisée ou a-t-elle été colonisée parce qu’elle était sous développée ?

    Posez-vous la question : pourquoi le Japon n’a-t-il pas subi le même sort que les pays africains ?

    Au lieu de pleurnicher parce que tout ce que vous exportez sont des matières premières, développez l’industrie qui vous permettra d’exporter des produits à forte valeur ajoutée à partir de ces matières premières.


    • Eric F Eric F 7 juin 16:24

      @SilentArrow

      Les multinationales s’y implanteront quand la main d’oeuvre sera trop couteuse en Asie, la fast fashion commence, le reste suivra.


  • sylvain sylvain 7 juin 14:32

    Il me semble que l’afrique exporte deja plus ses matieres premieres vers la chine que vers l’europe, et de loin.


    • Eric F Eric F 7 juin 16:18

      @sylvain

      Exportation des matières premières vers la Chine, et de population surnuméraires vers l’Europe. Cette population transfère une grande partie des allocations qu’elle reçoit vers le continent d’origine, pour certains pays c’est la principale ressource.


  • Mustik 8 juin 17:20

    Je rappelle quand même aux zuns ze aux autres que :

    lorsque les Gabonais ont voulu se soulever contre Omar Bongo... La Mitte a envoyé l’armée française pour calmer le jeu. Je vois encore le reportage de note grand journal du 13hr à Paris...

    Kadaffi avait un projet pour l’Afrique mais les USA ont missionné GB et F pour nettoyer le bonhomme... d’où une avalanche de migrants...

    ET je remonterai pas jusqu’au regretté Patrice Lumumba assassiné par la CIA


  • Octave Lebel Octave Lebel 10 juin 09:46

    Le niveau d’ignorance crasse et de bêtise contente de soi sous cet article ferait pleurer s’il ne s’agissait pas ici que d’une petite poignée, toujours les mêmes dont on se demande sur quelle planète et dans quelle caverne reculée ils vivent.Ils ont au moins la cohérence de frayer visiblement dans les eaux de la même famille politique qui recrute même dans les cavernes, ce qui est un point de plus concernant sa représentativité.Vite faisons un sondage.Si Agoravox n’existait pas, on devrait l’inventer smiley


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