jeudi 6 novembre 2025 - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

50e anniversaire de la Marche verte : le peuple marocain reprend son Sahara… sans une arme

Le 6 novembre 1975, à l’aube, sous un ciel encore poudré d’étoiles qui s’éteignaient une à une au-dessus de Tarfaya, 350 000 Marocains franchirent la ligne imaginaire qui séparait leur pays de leurs provinces du Sud. Paysans aux mains calleuses, instituteurs aux lunettes cerclées, pêcheurs aux visages burinés par le sel, étudiants aux yeux brillants d’espérance : tous avançaient. Pas un coup de feu. Pas une goutte de sang. Seul le froissement de centaines de milliers de djellabas blanches dans le vent du désert, le murmure de prières mêlé au grondement sourd des cœurs et l’éclat vert émeraude des drapeaux qui claquaient comme des voiles de liberté.

Ce jour-là, le Maroc ne conquit pas un territoire. Il le retrouva. Par la seule force d’une conviction populaire si dense qu’elle en devenait palpable, comme une chaleur qui monte du sable. Cinquante ans plus tard, les enfants de ces marcheurs dirigent des fermes high-tech à Dakhla et pilotent des éoliennes géantes face à l’Atlantique. L’écho de cette marée humaine résonne encore dans les ports qui s’allongent comme des promesses, dans les autoroutes qui fendent l’ancienne solitude du désert, dans les voix de diplomates du monde entier qui reconnaissent enfin ce que les Marocains n’ont jamais cessé de savoir : le Sahara n’a pas été pris. Il a été rejoint.

Et derrière ce miracle, un seul homme : Hassan II, le roi qui a su transformer l’amour de son peuple en arme absolue.

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1956-1975 : un Maroc tronçonné, un roi qui refuse l’amputation Quand le protectorat français s’effondre en 1956, Hassan II n’est encore que prince héritier. Mais déjà, il porte en lui la certitude que le Maroc ne sera jamais complet sans son Sahara. Devenu roi en 1961, il fait de cette cause sa raison d’État. Charismatique, adoré, craint aussi, il parle au peuple comme un père parle à ses enfants. Dans les mosquées, dans les stades, dans les villages les plus reculés, sa voix résonne : "Le Sahara est marocain et il le restera".

 

Le roi du Maroc

 

À Rabat, les diplomates s’épuisent. Lui, non. Il attend. Il calcule. Il sait que la force brute ne suffira pas. Il sait que l’Histoire ne se gagne pas seulement avec des soldats mais avec des cœurs.

Le 16 octobre 1975, la Cour de La Haye rend son avis. Hassan II lit le texte, referme le dossieret sourit. Ce n’est pas une victoire totale mais c’est assez. Il a désormais la légitimité juridique. Il va la transformer en raz-de-marée humain.

 

Hassan II, génie stratégique : 350 000 civils font plier un régime franquiste à l’agonie

À l’aube, la plaine de Tarfaya est noire de monde. Et au centre de cette mer humaine, un seul homme a tout orchestré : Hassan II.

 

Marche Verte : Feu SM Hassan II et le Maroc écrivent une nouvelle page de  l'Histoire – Aujourd'hui le Maroc

 

C’est lui qui a choisi le chiffre : 350 000, assez pour impressionner le monde, pas assez pour déclencher une guerre. C’est lui qui a ordonné qu’on distribue des Corans et des drapeaux verts, pas des fusils. C’est lui qui a murmuré à la radio, d’une voix si calme qu’elle en devenait irrésistible : "Si Dieu le veut, demain vous franchirez la frontière".

 

Le général El Kanabi et les arcanes de la Marche verte

 

Et le peuple a suivi. Parce qu’il l’aimait. Parce qu’il croyait en lui comme on croit au soleil qui se lève.

Le lendemain, ils avancent. Lentement. Dignement. Le sable crisse sous les sandales. Les soldats d’un régime franquiste déjà en coma regardent cette marée blanche qui monte, inexorable. À Madrid, Juan Carlos, qui tient les rênes depuis le 30 octobre, comprend que l’Histoire bascule. Franco, relié à des machines, n’a plus voix au chapitre.

Le 14 novembre, les accords de Madrid sont signés. L’Espagne capitule.

Et Hassan II, sans avoir tiré un seul coup de feu, vient de remporter la plus grande victoire territoriale pacifique du XXe siècle.

 

Après la fête : l’Algérie dégaine, Hassan II construit l'avenir

L’Algérie voit rouge. Elle arme le Front Polisario. Elle rêve d’un État tampon.

Hassan II, lui, ne rêve pas. Il agit. C’est lui qui ordonne la construction du "mur de défense", cette ligne invincible qui protège 80 % du territoire. C’est lui qui lance les premiers grands projets : routes, écoles, hôpitaux, puits. C’est lui qui, soir après soir, dans son palais, suit les cartes, déplace les pions, et répète à ses généraux : "On ne négocie pas le Maroc. On le construit".

Et derrière le mur, la vie gagne. Parce que le peuple sait que son roi ne l’abandonnera jamais.

 

Le Sahara en 2025 : l’héritage vivant du roi qui a fait fleurir le désert

À Laâyoune, à Dakhla, à Boujdour, les boulevards portent son nom. Les écoles aussi. Les stades. Les hôpitaux.

 

 

Et pour cause. C’est Hassan II qui a planté la première graine. C’est lui qui a dit, dès 1976 : "Le Sahara ne sera pas un fardeau. Il sera un moteur".

C’est lui qui a lancé les premiers barrages, les premières serres, les premiers ports.

C’est lui qui a fait venir les ingénieurs, les investisseurs, les rêveurs. Aujourd’hui, quand un jeune Sahraoui code une application à Dakhla, quand une tomate marocaine plus grosse et plus rouge que celles d’Espagne arrive sur une table parisienne, quand un cargo chinois accoste à Laâyoune, c’est encore Hassan II qui gagne.

Et quand les États-Unis, la France, l’Espagne elle-même reconnaissent enfin la marocanité du Sahara, c’est encore sa voix qu’on entend, grave et calme : "Je vous l’avais dit".

 

la Marche verte, c’est Hassan II pour l’éternité

La Marche verte n’est pas un souvenir. C’est un roi.
Un roi qui a su parler au cœur de son peuple et faire trembler les empires.
Un roi qui a préféré 350 000 pèlerins à 350 000 soldats.
Un roi qui a gagné une guerre sans la faire.

Cinquante ans après, le désert fleurit.
Et au milieu des éoliennes, des ports, des serres, des rêves,
il y a toujours cette silhouette immobile,
ce regard qui voit plus loin que l’horizon,
cette voix qui murmure encore :

"Le Sahara est marocain.
Et il le restera.
Parce que je vous aime.
Et parce que vous m’aimez".

Hassan II n’est plus là.
Mais il est partout.

 



10 réactions


  • juluch juluch 6 novembre 2025 21:31

    Ma mère à lors du protectorat avait croisé le roi qui etait prince à l’époque dans une « boite de nuit » des 50’s

    Quand il est mort elle etait triste...c’était un grand Roi ...assez craint et éliminant tous ses opposants comme Oufkir par exemple

    Maintenant faudra voir comment va réagir l’Algérie qui va perdre un accès à l’Atlantique.


    • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 6 novembre 2025 22:33

      Bonsoir @juluch,

      Merci pour votre commentaire ! Quel beau souvenir de votre mère avec le jeune prince Moulay Hassan ! Ce charisme des années 1950 n’a jamais quitté Hassan II : craint par ses ennemis (Oufkir en sait quelque chose), adoré par son peuple qui pleurait comme pour un père.

      L’Algérie ? Elle n’a jamais eu d’accès à l’Atlantique et ne l’aura jamais. Après la gifle française de 2024 et la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 sans aucun vote contre (11 pour, 3 abstentions), Alger grince des dents mais plie.

      J’ai eu l’honneur d’être présenté au roi Hassan II, au début des années 1990. J’ai été impressionné par sa connaissance parfaite de la langue de Molière et son charisme. J’en garde un excellent souvenir.

      Lorsque Mohammed VI n’était encore que le prince héritier, je l’ai souvent apperçu dans les lieux branchés de Bruxelles ou, parfois, d’Amsterdam. A mon avis, il ne voulait pas être roi. Il voulait rester libre.

    • juluch juluch 7 novembre 2025 11:49

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      hello

      Se que je voulais dire, j’ai répondu trop vite, c’est qu’elle espérait avoir cet accès


  • titi titi 6 novembre 2025 21:52

    @L’auteur

    Le Maroc est un pays encore féodal.

    Tous les ans, les chefs des familles tribales se rendent à Rabat, où elles font allégeance au Roi.

    Les principales familles des tribus Reguibat (Joumani, etc...) ont fait allégeance depuis des années : c’est cette allégeance qui a remené le Sahara dans le giron marocain.

    « Le Sahara ne sera pas un fardeau. Il sera un moteur »

    Pour administrer la province, l’Etat marocain paie ses fonctionnaires « double solde ».

    Pour dynamiser la province, la zone « est franche » avec des facilités sur la TVA et l’IS.

    Pour fidéliser les familles, l’Etat leur a remis les clefs de l’exploitation halieutique.

    Moteur ? franchement pas sûr.

    Le territoire est immense, vide, aride (pas une goutte d’eau à laayoune depuis 7 ans )

    Les jeunes rêvent tous de Marakesh, Casa, Tanger.

    Je pense que le Maroc va s’user et s’essouffler pour développer ce territoire.


    • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 6 novembre 2025 22:20

      Bonsoir @titi,

      Le Maroc féodal ? Permettez-moi de sourire. Cette bay’a renouvelée chaque année par les grands caïds Reguibat, Oulad Tidrarine, Tekna et Aït Oussa n’est pas un reliquat médiéval : c’est le ciment historique qui a toujours maintenu l’unité du Royaume, du Rif au Draâ. Sans ces serments solennels prêtés au Palais royal, la Marche verte n’aurait été qu’une démonstration sans lendemain. Ce sont eux qui ont ramené le Sahara dans le giron marocain bien avant les caméras de télévision.

      Double solde, exonérations fiscales, concessions halieutiques aux notables locaux… évidemment que l’État investit massivement. Mais regardez le bilan : 1,2 million d’habitants stables (recensement 2024), 34 consulats ouverts, 112 pays reconnaissant la marocanité, port de Dakhla Atlantique déjà en phase 1, 5 GW d’énergies renouvelables installés, 1,7 million d’hectares irrigués et une croissance annuelle de 14 % dans les provinces du Sud.

      Pas une goutte d’eau à Laâyoune ? Les unités de dessalement de la ville (60 000 m³/jour) et d’Oum Dbaa (120 000 m³/jour) fonctionnent à plein régime depuis 2023. Les jeunes ? Leur taux de départ vers le nord a chuté de 42 % en cinq ans ; ils restent pour les emplois dans l’aquaculture, les parcs éoliens et les startups du Phosboucraâ.

      Hassan II l’avait annoncé dès 1976 : « Le Sahara ne sera pas un fardeau, il sera un moteur ».

      Cinquante ans plus tard, le moteur tourne à plein régime. Et il est entièrement marocain.

    • titi titi 6 novembre 2025 22:55

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      « Sans ces serments solennels prêtés au Palais royal, la Marche verte n’aurait été qu’une démonstration sans lendemain »

      C’est ce que j’ai écrit : c’est bien ce ralliement qui fait la « marocanité » du Sahara, et qui la rend indiscutable.

      « Pas une goutte d’eau à Laâyoune ? »
      Oui. La pluie n’est pas tombée depuis 7 ans.
      Les usines de déssalement ne règlent pas tous les problèmes.

      La croissance de la région, ce sont les subventions qui l’alimentent.
      Ce qui n’est pas tenable dans la durée.

      Je ne remet pas en cause la rattachement du Sahara au Maroc.
      Mais ça reste une zone immense, peu peuplée, et très franchement l’argent pour passer en 2x2 voies la N1 jusqu’à Dakhla aurait mieux servi le pays au doublement de l’autoroute Casa/Rabat.


    • titi titi 6 novembre 2025 23:04

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      « leur taux de départ vers le nord a chuté de 42 % en cinq ans  »

      Même à Agadir, les jeunes ne restent pas. 
      Au nord les salaires sont meilleurs, et les modes de vie plus modernes.


  • njama njama 7 novembre 2025 10:50

    J’ai passé 4 mois au Maroc en été 77 et 78, des jeunes marocains m’ont raconté que beaucoup de leurs compatriotes avaient été enrôlés, qui le matin à l’entrée des usines et d’entreprises, qui ailleurs... et conduits dans le sud en bus, en camions... sans même avoir été prévenus la veille

    Il est peu vraisemblable que cette Marche Verte ( une revendication au nom de l’islam ? oups !) ait été spontanée, rien que d’un point de vue logistique cela demande un minimum de deux mois de préparation... pour gérer quelques dizaines de milliers de personnes... le chiffre de 350 000 paraît exagéré, peut-être pour donner plus de consistance nationaliste à l’événement (?)

    La manipulation est plus que probable

    Certes un coup de maître « politique » de Hassan II !

    seul le résultat compte dirons certains... au mépris du peuple sahraoui qui était favorable à son indépendance, ce que l’ONU avait reconnu, mais le Maroc, enfin le roi, s’opposait à un référendum d’autodétermination... ce qui le conduisit à cette stratégie de revendication populaire.

    L’enjeu du sud pour le Maroc ce sont les ressources naturelles du Sahara occidental, les mines de phosphate, l’enjeu de la côte les richesses halieutiques, pétrole exploitation off-shore...


  • njama njama 7 novembre 2025 11:51

    La Marche Verte, un calcul démagogique... ?

    Maroc. Hassan II, « pote » et despote
    Omar Brouksy > 22 juillet 2019
    (...) Très fragilisé par ces deux coups d’État en moins d’un an, Hassan II décide de promulguer une nouvelle Constitution en novembre 1972, en vain : l’essentiel des partis politiques la boycotte. Il continue de végéter dans son autoritarisme en se méfiant de tout le monde, jusqu’en 1975. Apprenant l’agonie et la mort imminente du chef d’État espagnol, le général Franco, il imagine avec son ami Alexandre de Marenches, directeur général du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français depuis 1970, une « cause nationale » capable de mobiliser les Marocains, partis compris, autour de la monarchie : la Marche verte pour la récupération du territoire du Sahara occidental, occupé par l’Espagne. L’objectif de cette opération est double : se débarrasser d’une partie de l’armée marocaine (une menace potentielle) en l’envoyant s’embourber dans les sables mouvants de ce désert de 266 000 km2 ; inciter les partis d’opposition, dans un élan patriotique appelé « unanimité nationale  », à intégrer un jeu politique dont il restera le seul marionnettiste. Objectif atteint : un an plus tard, lesdits partis participent aux élections municipales et, en 1977, aux législatives. La « démocratie hassanienne », selon la propagande officielle, se met enfin en branle.
    ...
    https://orientxxi.info/magazine/maroc-hassan-ii-pote-et-despote,3201


  • Decouz 7 novembre 2025 18:16

    J’ai trouvé en solde « La rivière des grenades » de Michel Jobert, en dehors de sa carrière politique, il était un bon écrivain, observateur du Maroc, où il a vécu, il décrit à travers ce roman, à base de faits réels, la réalité marocaine sur une longue durée à travers divers personnages, centré sur la région de Meknès ; quand on connait un peu, on retrouve beaucoup d’éléments authentiques, il décrit entre autres une fête avec la confrérie un peu originale des aïssawouis, spécialisée dans les tours de force, jeux avec le feu, serpents, objet tranchants sans en souffrir, à cette époque la ville de Moulay Idriss, berceau des dynasties marocaines était fermée aux non musulmans, un européen se trouve malgré lui au milieu de la foule et des fakirs en délire, situation assez dangereuse, sa voiture en panne,  il s’en tire bien grâce à une compagnon.

    https://www.oasis-aventure.com/fr/moulay-idriss-zerhoun-2/

    https://www.babelio.com/livres/Jobert-La-riviere-aux-grenades/93834

    https://www.monde-diplomatique.fr/1982/05/FLORENNE/36698

    On a reproché au roi d’avoir des palaces dans diverses villes, mais c’était un moyen de manifester régulièrement sa présence dans un pays où les tribus étaient turbulentes et enclines aux révoltes, d’autre part si l’artisanat traditionnel a été préservé c’est aussi grâce aux commandes royales.


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