A la saint Valentin, les marchandises n’aboliront pas le divin ! - AgoraVox le média citoyen
lundi 14 février 2011 - par Bernard Dugué

A la saint Valentin, les marchandises n’aboliront pas le divin !

La saint Valentin fut instituée fête des amoureux lors d’une lointaine époque, quand les téléphones portables n’existaient pas, ni la bourse, les avions, les automobiles, les marchandises produites en masse, les gadgets et autres sex-toys venus de Chine, les panneaux publicitaires de trois mètres sur quatre fleurissant dans d’hideuses banlieues parsemées de centre commerciaux où tout est prévu pour fêter les amoureux sous réserve qu’au moins l’un d’entre eux possède une carte de crédit. La saint Valentin, c’est un peu le marronnier du commentateur de bistrot, alors que le journaliste haut placé saura placer chaque année un article sur l’influence réelle des francs-maçons. Et l’été, c’est le journaliste stagiaire qui s’y colle, avec le marronnier des plans Q pour l’été, de Cap d’Agde à Saint Tropez sans oublier Montalivet. Pas vraiment poétique et quel contraste avec cette fête des amoureux qui pourtant se célèbre en consommant, en offrant des cadeaux, bref, comme Noël mais sous réserve d’être deux. Le grincheux de bistrot saura nous faire la leçon sur la récupération par la marchandise de cette célébration aux sentiments purs qu’un argent forcément sale saura entacher de suspicion. C’est le même qui lors des fêtes de Noël dénonce la profusion d’achat et le commerce réalisé par les vendeurs de choses emballées dans des paquets cadeaux. Allez savoir, peut-être que ces grincheux n’aiment pas Noël, ni d’ailleurs la saint Valentin qu’ils vivent en célibattus, alors ils s’érigent en juges de moralité, enviant ces agapes enguirlandées autour d’un sapin, suivies le 14 février par les jeunes zamoureux s’amourachant avant d’entrer dans le resto pour délecter avec des yeux émerveillés la carte et s’empiffrer avec délicatesse, main dans la main, yeux dans les yeux, des mets servis au son des chandelles. La saint Valentin doit s’imaginer avec une forte dose de romantisme. Une saint Valentin sans romantisme, c’est comme la bière sans alcool ou la paëlla sans riz, c’est triste comme une réunion de l’UMP avec Xavier Bertrand et Jean-François Copé. La saint Valentin se doit d’être une cassure dans le temps, une rupture, une théophanie par laquelle le divin fait irruption entre deux âmes aux passions intactes venues d’un autre monde…

Mais la marchandise prend le dessus. En guise de théophanie, c’est une épiphanie qui se déroule, la fête des rois du marché, on vient de célébrer la seconde place de la Chine, empire du milieu où la saint Valentin se fête aussi, signe s’il en est de l’universalité de l’amour, ou alors de la marchandise, comme le dirait le grincheux de bistrot, qui, moyennant un peu de philosophie marxiste, s’en ira rejoindre le parti de Mélenchon. Quoi, comment, le parti de gauche n’a pas fait de déclaration à l’occasion de la saint Valentin ? Le chef doit être en vacance, sur les pistes de ski, ou ailleurs, mais pas à Djerba ni à Tunis, ce qui serait une faute irrémédiable. La théophanie du divin a fait place à son succédané profane, l’épiphanie de la marchandise et du cadeau qu’on imaginera tendance. Ce 14 février, hormis la mention de la seconde place de la Chine sur la scène capitaliste, il y a le salon des technologies. Les zamoureux devront alors penser non seulement au resto, aux fleurs de circonstance, mais aussi au smart phone et à la tablette qui surfe. Offrir la sempiternelle bague qui moisira dans un tiroir, c’est très ringard. Et me voilà bercé par la vague de l’écriture, enflammé par une musicalité des mots me donnant l’impression de réciter une chronique écrite pour Pascale Clark. Rien de très romantique mais attendons ce qui pourrait déclencher un doux sentiment chez les uns ou un énorme fou rire chez les autres. Car nous l’attendons tous, le fulgurant sourire aux anges de Jean-Pierre Pernaud qui tel un jeune communiant, nous la joue complice et se fend d’une annonce suave nous invitant délicatement à zieuter sur les zamoureux interrogés par le stagiaire de TF1.

Encore plus ridicule, la cuisine moléculaire de l’amour déclinée par les scientifiques. Le désir amoureux serait une question d’hormones et de neuromédiateurs. Bref, du point de vue amoureux nous fonctionnons comme des chiens et chiennes en chaleurs, prêt à foncer sous la couette pour copuler en molécules affinités grâce aux atomes crochus que détectent nos neurones. La science a cela d’étrange qu’elle aboutit vers une vision dépourvue de romantisme et bien sûr de divin. Les marronniers servent la sauce de la chimie moléculaire qui désenchante la magie des dieux. La science, c’est au fond une même soupe servie par de piètres biologistes qui vendent de la daube métaphysique du désir pour faire les intéressants et parfois, vendre des livres. La science et la marchandise, deux absurdités contemporaines dévoilées en filigrane et en négatif par la saint Valentin qui ne doit pas faire oublier que l’amour existe, même si la haine semble gagner le monde et que les peuples détestent leurs dirigeants.

L’amour semble venu de nulle part et conduire ailleurs. Les molécules, pas plus que les cadeaux offerts, ne peuvent altérer ce qui se révèle à travers le monde imaginal, quand la conscience est relâchée, accueillant les signes du destin alors que se projette un avenir prometteur qui se dessine et s’écrit avec les fioritures du temps et les écritures de chaque instant. Bien au dessus de la marchandise et des billevesées neuroscientifiques, une histoire d’amour se projette par delà le temps profane vers un temple hors du temps où l’on peut non seulement lire le Livre mais aussi l’écrire à deux.



3 réactions


  • Marie Marie 14 février 2011 15:19

    Bonjour l’auteur.

    Je ne comprends pas l’intéret de votre article, en tant qu’il me semble une redite inversée de celui de M. WATREMEZ http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/rabais-de-50-sur-l-amour-lundi-88752
    La raison d’etre de votre article semblant s’inscrire contre son ainé ci-dessus, qualifiant de « grincheuse » toute personne qui refuserait de se faire dicter des fêtes avant tout mercantiles.
    Mais ça fait du buzz, n’est il pas ?
    De plus ces personnes se verraient frappées d’anathème car selon vous l’amour serait d’essence divine ce qui reste à prouver. Assurément si l’amour existe il est avant tout une manifestation humaine, à moins de revisiter Platon ; dans ce cas allons y à fond et déclinons tout...
    Ce serait ainsi passer très vite en métaphore au nom d’une transcendance ainsi prônée, ne croyez vous pas ?
    Les personnes ne fêtant pas noel seraient donc dépourvues de sentiments et d’affection ?
    Les personnes qui ne me souhaitent pas mon anniversaire ne m’aimeraient pas ?
    Et s’il y avait la fête commerciale des « gens heureux », ceux qui refuseraient cette tentation suiviste seraient victimes de malheur ?
    La tendance actuelle même parmi les plus romantiques est de délaisser un peu tous ces gadgets, dont les dates clefs permettent essentiellement de conjuguer la rengaine et la ringardise au nom de l’économie marchande.
    Je n’ai rien de grincheux mais je n’ai pas besoin de dates pour, commme vous le dites si bien : « me projeter par delà le temps profane vers un temple hors du temps » surtout en amour.

    Cordialement et bonne fête malgré tout si tel est votre choix. smiley

  • Radix Radix 14 février 2011 19:41

    Bonjour monsieur Dugué

    Je me faisais la même réflexion que Marie, même si je n’en ai pas tiré des conclusions identiques.

    Bon pour la saint Valentin je fait un bisou peut-être un peu plus appuyé que d’habitude, j’évite de tomber dans des excès qui pourraient faire (douloureusement ?) remarquer à ma compagne qu’ils ne sont pas habituels !

    Radix


  • Arthur 123 16 février 2011 14:56

    N’oublions pas d’où vienne la plupart les belles roses, qui sont offerte ce jour là, il y a un scandale écologique qui se niche là.


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