jeudi 11 mai 2017 - par Jacques-Robert SIMON

À LA SCHLAGUE

L’acceptation par le plus grand nombre d’un modèle de consommation compatible avec les ressources disponibles pouvait se faire grâce à l’internationalisme et la raison ou l’américanisation des peuples et des consciences. Mais de nos jours, un choix est-il encore possible ?

 Beaucoup dénoncent un système médiatico-politico-judiciaire qui imposerait une Police de la pensée sur les gens du commun. Non seulement cette police de la pensée existe bien, mais elle est indispensable pour le fonctionnement de démocraties essentiellement basées sur des élections : il faut mettre en valeur les uns pour éliminer les autres selon un processus apparemment non-autoritaire. Plus personne n’essaie d’expliquer les tenants ou les aboutissants d’un problème social ou économique : pour gagner les élections on augmente la dette du pays concerné. Plus personne n’essaie d’analyser les conséquences d’une décision politique : pour plaire ou complaire il suffit de présenter longuement les côtés positifs d’une nouvelle loi en minorant ceux qui sont négatifs. Plus personne ne tente de savoir pourquoi on vend massivement des armes à ceux auxquels on fait la guerre : il suffit d’attacher l’image des bons avec celle d’enfants que nos préférés chérissent, et ceux des mauvais avec l’image d’un enfant déchiqueté, brûlé, empoisonné, torturé. L’image prend le pas sur le réel.

 La scénarisation de la vie politique et sociale des pays occidentaux ne doit rien au hasard. Une élite, une infime minorité dont ceux qui souffrent sont parfaitement absents, met en place toutes les pièces du puzzle qui consiste à transférer la quasi-intégralité du secteur industriel hors des pays riches pour irriguer les pays émergents, la Chine principalement. Si l’intention n’a rien de charitable, il s’agit de trouver des zones à croissance rapide pour combler les investisseurs-rentiers, une des conséquences est bénéfique : la constitution d’une classe bourgeoise capable de diriger au sein des pays du tiers-monde.

 « On est toujours assez fort pour supporter la souffrance des autres. » La pensée des élites allait toujours, hasard ou nécessité, dans le même sens : il faut favoriser le secteur des services au détriment de la production et des industries qui peuvent parfaitement s’installer dans les pays du tiers monde. En d’autres termes, le devenir d’un fils d’ouvrier métallurgiste était de pouvoir commenter à la télévision les reconversions difficiles ou impossibles de ses parents par manque de culture, de diplôme et même quelquefois par manque d’allant, surtout lorsqu’ils étaient au chômage. Dans le secteur des services, s’il n’était pas assez brillant pour savoir ne rien dire d’intelligent pendant des heures tout en assurant une bonne audience, il pouvait devenir livreur de pizzas, aide-soignant, garde d’enfants, garde-malade… métiers éminemment respectables mais dont aucun fils d’analystes politiques à la télévision n’avait envisagé de prendre.

 Le bien-être (ou au moins un meilleur-être) des populations provenait entièrement des milieux scientifiques et techniques, ceux qu’ont sacrifiaient au nom de la modernité. Ces dieux étant morts, il en fallait un autre, ce fut le marché. Les transactions commerciales existaient depuis l’origine de l’Homo sapiens et toutes les civilisations les cantonnaient au raisonnable par une puissance tutélaire : le monarque, le pape, l’empereur, le Président de la République. Tous ces hiérarques ne dominaient que des morceaux de la planète, or les problèmes environnementaux concernaient tout le Monde : la seule valeur transcendante ne pouvait être que l’argent. Encore fallait-il asservir la populace qui n’en avait pas, c’est à ce point qu’interviennent les « communicants », appellation nouvelle des faiseurs d’opinions et des manipulateurs des masses. Pour ceux-ci, le peuple n’existe pas, il n’y a que des pauvres qui n’ont pas réussi à être riches ; les politiciens n’ont pas à avoir d’idéologie car la seule qui est licite est dérivée du modèle de Tirole : « En économie, l’on part généralement des comportements individuels pour déterminer les comportements agrégés, sachant bien sûr que les premiers sont influencés par ces derniers pour de nombreuses raisons, dont les effets de mode, effets informationnels, pression sociale, normes sociales etc… ». La multitude n’est plus consultée que sur des sujets précis pour lesquels des groupes d’intérêt distincts s’allient ou s’opposent. L’action politique se résume à constituer ces coalitions.

 Soit ! Le dieu qui a acheté le temple est vainqueur, mais il faut encore un messie.

 La campagne électorale française de 2017 fut exemplaire dans la scénarisation de la moindre des actions : (i) promouvoir graduellement un nouveau Kennedy grâce à une maîtrise du monde politique inégalée et probablement inégalable d’un Président normalement de tous les Français, (ii) le candidat promu ne sera ni de droite, ni de gauche, ni d’ailleurs, pour briser la moindre parcelle d’idéologie ou d’idéalisme toujours présente chez les sectateurs du monde ancien, (iii) détruire méthodiquement, par des méthodes indignes d’une démocratie mais avec l’aval de tous les démocrates, un des compétiteurs gênants (iv) porter sur un nuage fait de paillettes l’heureux élu pour le mettre hors de portée de la populace.

 Un maître de la terre devient dieu du ciel, un messie qui transcrit ses volontés, une façon de diriger, d’asservir les foules en agitant les affects, les émotions, l’attrait du spectacle… Tout est en place pour une nouvelle société. Il était peut-être d’ailleurs temps de se débarrasser de tous les humanistes qui s’étaient battus pour tout autre chose. Et ce n’est pas en participant à moult commémorations l’air empreint de gravité qu’on les maintiendra en vie. Oublions-les donc, d’ailleurs on n’a pas le choix : il s’agit de faire mieux que les Etats-Unis dans la société du spectacle et les événements récents montrent, qu’au moins en politique, on peut y parvenir.

 Notre avenir, c’est l’Amérique donc. Et je crains que ce soit la seule voie raisonnable pour sauver la planète si l’on ne goûte que modérément les autocrates qui se profilent en France comme ailleurs. La troisième voie, celle qu’aurait dû prendre l’Europe, celle que son passé lui indiquait, que son futur lui imposait, ne sera même plus essayée dès que les successeurs de celui qui avait redonné une dignité à la France eurent un pouvoir qu’ils transformèrent en impuissance faite de compromissions et de soumission.

 



14 réactions


  • Francis JL 11 mai 2017 09:08

    Bonjour JR SIMON,

     
    j’approuve cet article.
     
    vous écrivez : ’’le candidat promu ne sera ni de droite, ni de gauche, ni d’ailleurs, pour briser la moindre parcelle d’idéologie ou d’idéalisme toujours présente chez les sectateurs du monde ancien’’
     
    Macron n’est ni de droite ni de gauche, au contraire : il est de droite et en même temps il est de gauche !

    vous écrivez : ’’Un maître de la terre devient dieu du ciel, un messie qui transcrit ses volontés, une façon de diriger, d’asservir les foules en agitant les affects, les émotions, l’attrait du spectacle’’

    Le libéralisme, où le compassionnel a remplacé l’analyse politique, et la gouvernance tient lieu de pensée unique.
     
    PS, et c’est le plus important : je ne comprends rien à votre dernier §.

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 11:30

      @JL
      Je vous répond à mon retour.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 17:26

      @JL
      Le péril du dérèglement climatique est tout à fait réel et doit, d’une façon urgente, trouver une solution. Une solution européenne aurait reposé non sur la domination mais sur la sagesse : les peuples étaient prêts pour cela. À la place nous devrons nous plier au dirigisme américain (pour ne pas écrire impérialisme) qui a toujours existé mais qui a de nos jours un but « noble » : sauver la planète.
      La liberté s’obtient par l’effort de tous, depuis très longtemps les montages financiers ont permis de vivre à crédit tout en démantelant nos industries pour complaire à ces mêmes financiers.


    • Francis JL 11 mai 2017 18:07

      @Jacques-Robert SIMON
       

      ’’nous devrons nous plier au dirigisme américain (pour ne pas écrire impérialisme) qui a toujours existé mais qui a de nos jours un but « noble » : sauver la planète. ’’
       
      Ben voyons. Comme tous leurs buts de guerre depuis si longtemps.
       
      J’ai regardé mardi soir : ’’Arctique, la conquête glaciale’’, sur Arte. 
       
      Arte c’est une belle chaîne culturelle mais niveau information et documentaires, c’est du bourrage de crâne.
       
      On nous présente comme étant le fait du réchauffement ce qui en réalité est la conséquence du commerce maritime transcontinental si polluant :on n’a pas vu un grand paradis blanc, mais plutôt un enfer noir.
       
      Sauf à imaginer que la Terre a basculé sur à un moment donné de son histoire, j’imagine mal qu’il puisse y avoir sur la banquise, au fond de l’océan arctique à des profondeurs importantes, des réserves de pétrole aussi importantes (1/4 des réserves mondiales ?). Ce discours est tout juste bon pour ceux qui n’ont jamais regardé une mappemonde mais seulement des planisphères, qui multiplie la surface apparente des latitudes extrêmes au détriment des latitudes équatoriales, et qui ne savent pas que pour qu’il y ait du pétrole, il faut qu’il y ait eu par le passé, une végétation intense.

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 20:15

      @JL
      Le basculement de la Terre a existé mais je ne sais pas si les périodes de temps seraient adaptées.


  • devphil devphil 11 mai 2017 09:20

    "Un maître de la terre devient dieu du ciel, un messie qui transcrit ses volontés, une façon de diriger, d’asservir les foules en agitant les affects, les émotions, l’attrait du spectacle… Tout est en place pour une nouvelle société. Il était peut-être d’ailleurs temps de se débarrasser de tous les humanistes qui s’étaient battus pour tout autre chose. Et ce n’est pas en participant à moult commémorations l’air empreint de gravité qu’on les maintiendra en vie. Oublions-les donc, d’ailleurs on n’a pas le choix : il s’agit de faire mieux que les Etats-Unis dans la société du spectacle et les événements récents montrent, qu’au moins en politique, on peut y parvenir.

    "Notre avenir, c’est l’Amérique donc. Et je crains que ce soit la seule voie raisonnable pour sauver la planète si l’on ne goûte que modérément les autocrates qui se profilent en France comme ailleurs."

    C’est bon rien que cela me suffit à comprendre l’ineptie de cet article.

    Comment on peux écrire que notre avenir est l’Amérique  ???

    Pays endetté , dirigé par les puissances financières , les lobbys militaro - financier , les magnats du pétrole ...

    Pays qui massacre son sous sol , les populations dans les monde , qui soutient le terrorisme d’état , qui déstabilise des régimes en Amérique du Sud , en Asie , en Europe , au Moyen Orient

    Pays de l’esclavage , de la haine raciale , de l’extermination des indiens

    Au fou , celui qui a écrit ça vie sans communication avec la folie destructrice des USA depuis des siècles.

    Philippe


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 17:28

      @devphil
      Je me souviens pourtant parfaitement que les bombardements américains sur le Vietnam ont fait 3 millions de morts. Je n’approuve pas, j’écris que nous n’avons pas le choix.


    • devphil devphil 11 mai 2017 17:59

      @Jacques-Robert SIMON

      Ne pas avoir le choix pour 3 millions de victimes me laisse un goût amer .....

      On n’a jamais le choix quand il s’agit de justifier des actes répréhensibles....
      On n’a jamais le choix quand il faut déclarer a guerre car c’est toujours la faute de l’autre ...

      Ça fait 2.000 ans que l’on n’a pas le choix , on est obligé de s’entretuer pour la puissance d’un pays , d’un dirigeant , pour prendre des ressources naturelles ou pour de l’argent.....

      Certains ont eu le choix ne 1917 et ils ont été passé par les armes.

      Les hommes sont fous surtout ceux qui accède au pouvoir , il semblerait que ce rapprochement des astres les rendent insensibles à toute forme d’humanité.

      Vous avez tort on a toujours le choix , quel qu’en soient les conséquences même irréversibles

      Philippe


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 20:18

      @devphil
      À titre individuel, on a, c’est vrai, le choix, mais durant la guerre de 1914 c’est collectivement que les gens furent appelés à combattre.


    • Montcale 12 mai 2017 08:50

      @Jacques-Robert SIMON
      vous oubliez Hiroshima, Nagazaki,la Corée,le Nicaragua,le Chili, l’Irak,l’Afghanistan, la Syrie...bientôt,pour faire plus court, on fera la liste des pays qui N’ont PAS été victimes du bellicisme US !


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 14 mai 2017 15:33

      @Montcale
      Les États-Unis ont à peu près toujours été en guerre depuis leur création.


  • pierrot pierrot 11 mai 2017 11:20

    Analyse très superficielle d’un phénomène que l’on ne peut uniquement rapprocher à Kennedy pour le physique et à un messie.
    Faite plutôt une bonne analyse politique.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 mai 2017 17:31

      @pierrot
      C’est exact que tout est reporté d’une façon superficielle, mais il était nécessaire de montrer (à mon avis) les liens entre le déclin des Démocraties, les sociétés du spectacle et la Police des pensées qui se sont tissés.


    • pierrot pierrot 12 mai 2017 10:18

      @Jacques-Robert SIMON
      Bonjour, si vous êtes satisfait, c’est l’essentiel, mais j’aurais préféré une analyse plus fine.
      Bonne journée..


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