mercredi 21 septembre 2011 - par Paul Villach

À ne pas rater, « Le Client », une comédie d’Arnauld Mercadier sur TF1, le 26 septembre !

 On s’adresse aux gourmets. Surtout ne pas manquer, lundi 26 septembre 2011, sur TF1 à 20h45, le nouveau film d’Arnauld Mercadier, « Le client  » ! À ceux qui ont vu ses deux précédents films diffusés aussi sur TF1, « Au bas de l’échelle  » et « À dix minutes de nulle part  », il suffit de dire que cette troisième comédie s’inscrit dans la même veine de qualité.

 Le sujet : le divorce et sa guerre pour le bonheur des avocats

« Au bas de l’échelle  » traitait des relations dans l’entreprise entre patron et employés, en opposant un fils, « un jeune loup inhumain  » bardé de diplômes, manageant des chiffres, et un père pour qui « diriger une entreprise est aussi une aventure humaine » (1). « À dix minutes de nulle part  » organisait une joyeuse collision entre trois intégrismes avec les étincelles qu’on imagine (2), l’intégrisme écologiste, l’intégrisme de l’addiction au travail et l’intégrisme religieux.

« Le client  » aborde un sujet tout aussi dramatique, le divorce et la guerre qu’il déclenche entre deux époux qui se séparent. Contrairement à une idée répandue, un divorce est une épreuve qui se passe rarement dans la sérénité : celui qui part, peut être aux anges, tout entier emporté par un nouvel amour ; celui qui reste, plonge parfois « plus profond que n’a jamais plongé Cousteau  », comme dit de lui-même Me Banville dans le film, et peut macérer dans une obsession de représailles, en voulant faire payer son abandon au prix fort. C’est le cas de Viviane Fondary quand son mari Fred, ancien pilote de course, s’éprend de Mélanie, une jeune femme d’au moins 30 ans sa cadette. Elle veut tout simplement, lui crache-t-elle à la figure, « (l’)empêcher d’être heureux  », en faisant durer le plus longtemps possible la procédure, alors que lui souhaite en finir au plus vite. Sa compagne ne supporte plus cette vie bancale qu’il lui fait mener, sans pouvoir être ensemble. Dans ce genre de conflit, des détectives sont parfois aux trousses de « l’infidèle » pour rapporter les photos compromettantes qui permettront de lui faire porter la responsabilité de la rupture avec les conséquences financières qui en découlent.

Mais Fred Fondary qui n’en peut plus, est prêt à laisser tous ses biens à sa femme pourvu qu’on en finisse. C’est justement le point de désaccord avec son avocate, Me Vivier, un ténor du barreau qui n’accepte pas l’idée même de perdre une procédure. Le sujet annexe du film est précisément une observation du monde des avocats dont nombre d’entre eux vivent des divorces. Or, M. Fondary est « un client » spécial : il ne veut pas gagner mais perdre la procédure de son divorce pour en finir au plus vite. Il engage donc un « tocard  », comme il dit, Me Banville, un jeune avocat inexpérimenté, lui-même divorcé : il a perdu les six procédures qu’il a eu à défendre avec en prime un coup de boule par deux de ses clients. Quand il plaide, « ce n’est pas un avocat, pouffe Viviane Fondary, c’est un prêtre !  » « Pour qui veut mourir dans un duel, ironise, de son côté, au nez de Fred Me Vivier qui a laissé le dossier, rien de tel qu’une arme non chargée !  » 

Une fable comique pour rire et non pleurer

Tous les éléments du drame sont donc réunis pour assister à une tragédie prévisible, comme dans « Kramer contre Kramer  », ce film où deux époux s’entredéchirent. (3) Mais non, la marque de fabrique d’Arnauld Mercadier est de réussir le tour de force à la Molière de traiter du tragique de façon comique.

Comme les deux films précédents, « Le client  » est une fable avec la stylisation qui lui est propre, celle de l’action, des personnages et des échanges. Les scènes sont retenues pour leur valeur symbolique et s’enchaînent sur un rythme soutenu par l’usage de l’ellipse supprimant tout ce qui n’est pas nécessaire à la compréhension. Mais stylisation ne signifie pas caricature : il ne s’agit que d’un dépouillement pour aller à l’essentiel qui est d’explorer cette guerre du divorce avec les avocats qui en font leur fonds de commerce. Avec Arnauld Mercadier, les gags et les bons mots ne sont jamais gratuits : ils visent seulement une distanciation face à la situation tragique pour faire rire plutôt que pleurer, même si selon le mot de Musset, « lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer !  » (1) C’est toute la profondeur du comique d’Arnauld Mercadier.

De remarquables acteurs

On se gardera bien de raconter l’histoire. Il suffit de prévenir qu’elle tourne au roman policier tant un conjoint peut être inventif pour pourrir la vie de son ex. Il convient de saluer la justesse du scénario signé de S. Kaminka et A. Stern d’après une idée originale de J.-B Delafon, ainsi que la performance des acteurs.

- Gérard Darmon, à la crinière chenue, campe un ancien pilote de course, Fred Fondary, savoureux et toujours fringant, amoureux d’une jeune femme de 30 ans sa cadette, et qui, plus est, se pique de publier un livre sur sa vie, au titre sans surprise, « Piloter sa vie  » avec force aphorismes qu’il n’applique évidemment pas lui-même.

- Éric Berger est un avocat « tocard » aussi brillant qu’il était un « Tanguy » inoubliable dans le film du même nom d’Étienne Chatiliez. Il apprendra à son gamin en perdition sur un court de tennis pour le galvaniser, ce que vient de lui enseigner son aventure avec Fondary : « Le courage, ce n’est pas l’inverse de la peur, c’est ressentir la peur, la maîtriser et vouloir la faire changer de camp ». 

- Catherine Jacob à qui É. Chatiliez a réservé aussi de jolis rôles dans « La vie est un long fleuve tranquille  » et dans « Tatie Danielle  », est une femme délaissée teigneuse à souhait, bien qu’elle ait trouvé consolation auprès de son avocat.

- Mais les seconds rôles ne sont pas moins soignés. Me Vivier, le ténor du barreau qui n’accepte pas de perdre une procédure, est jouée avec éclat d’abord puis grâce par Laurence Arné … qu’on a déjà vue dans « Au bas de l’échelle » : elle incarnait Iris, une vraie garce, fille de riche parfaitement puante ; et Annelise Hesme qui était déjà une amie bafouée par Tanguy évoqué plus haut, donne à Mélanie, la jeune compagne de Fred qui n’en peut plus d’attendre son divorce, toute sa tendresse et sa fermeté. 

 

Avec ce troisième film, Arnauld Mercadier réussit un nouveau coup de maître. On souhaiterait que ses films puissent être accessibles en DVD. Car « Au bas de l’échelle  », « À dix minutes de nulle part  » et « Le client  » sont trop finement ciselés et subtils pour n’être regardés qu’une fois. Ils demandent à être vus et revus pour être dégustés à volonté par les gourmets sans se lasser. (5) Paul Villach

 

(1) Paul Villach, « L’anti-Jean Sarkozy : « Au bas de l’échelle », une comédie haut de gamme sur TF1 », AgoraVox, 11 novembre 2010

(2) Paul Villach, « Une joyeuse collision d’intégrismes : « À dix minutes de nulle part », un nouveau film d’A. Mercadier sur TF1  », 15 juin 2011

(3) Robert Benton, « Kramer contre Kramer  », 1979.

(4) Alfred de Musset, « Une soirée perdue  », 1840.

(5) « Le client  » d’Arnauld Mercadier faisait partie de la sélection du dernier Festival de la Fiction TV de La Rochelle, du 7 au 11 septembre 2011.



1 réactions


  • Ganesha Ganesha 21 septembre 2011 17:05


    Je l’ai vu et c’est effectivement très drôle : de bons acteurs et un scénario plein de rebondissements.
    Un conseil : ne lisez pas trop l’article ci-dessus et ne regardez pas les extraits vidéos : découvrez le film par vous-même !


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