mercredi 19 septembre 2018 - par Claude Courty

À propos des multinationales

Faisant preuve de cette candeur que seules peuvent inspirer les grandes utopies, l’auteur d’un article récemment publié ici même https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/migrants-207685 conclut « Enfin, il sera toujours préférable de se rappeler que l’homme est grégaire, et donc solidaire, plutôt que flatter à des fins électorales les plus mauvais instincts des électeurs, plutôt qu’attiser le réflexe xénophobe qui pourrit le climat de l’Europe humaniste sans rien résoudre des problèmes sur lesquels il prospère. Cela coûterait moins cher qu’une guerre, et même les multinationales qui cherchent de nouveaux consommateurs y trouveraient leur compte. »

 

C’est méconnaître, d’abord que l’instinct grégaire ne porte pas systématiquement à la solidarité – ne serait-ce pas plutôt le contraire ? La multitude n’est-elle pas précisément la cause de la cacophonie, de l’incompréhension et de conflits puis des violences qui s’ensuivent, compte tenu du fait qu’il y a autant de “vérités” que d’êtres humains, qui de plus privilégient par atavisme leur intérêt personnel ? C’est ensuite lourdement se tromper, en pensant que les multinationales ont besoin de chercher de nouveaux consommateurs. Ne leur suffit-il pas que naissent des êtres humains en nombre suffisant ? Ces êtres humains qui avant toute opinion ou toutes autres considérations, sont des consommateurs et pour cela des producteurs, ou en d’autres termes, autant d’agents économiques par lesquels l’humanité prospère et s’enrichit sans limites depuis qu’elle existe. Un agent économique, c’est qu’est chacun de nous, depuis avant sa naissance jusqu’après sa mort, les marchés prénatal et funéraire n’étant en rien anodins et générant d’ailleurs eux aussi leurs multinationales. Et c’est à la cadence de 250 à 280 000 supplémentaires quotidiennement, soit près de 100 millions par an ou la population de la Belgique, de la France et des Pays-Bas réunis, ou encore 10 fois celle de la Suède, pays dont il s’agissait dans l’article précité que ces agents économiques se mettent spontanément au service, non seulement des multinationales, mais de toutes les formes de développement économique. Il semble pourtant échapper au plus grand nombre que c’est la première raison par laquelle les multinationales existent. Point besoin de multinationales pour servir une population de “taille humaine”. Ce ne sont pas les multinationales ni leurs actionnaires qui font les consommateurs, ce sont les consommateurs qui provoquent leur création, par la démesure de leur population, entraînant celle de leurs besoins. Ceci avec toutes conséquences sur les ressources nécessaires à la satisfaction de ces derniers puis sur la démesure des déchets qui en résultent, comme sur celle des flux économiques dans lesquels les uns trouveront de quoi s’employer et d’autres de s’enrichir. N’en déplaise aux frustrés qui ne voient que ce dernier aspect du processus – en omettant l’avantage qu’en tire la puissance fiscale, dont chacun peut comprendre que ceux qui le subissent puisse exploiter tous les moyens d’y échapper que leur offre un arsenal juridique lui-même trop démesurément compliqué pour ne pas comporter des failles qu’exploitent les plus malins.

 

Tant que la population humaine croîtra, les multinationales se créeront et se développeront, tout simplement pour répondre à ses besoins massifs, auxquels les microstructures relevant d’un passé démographique révolu sont dorénavant incapables de répondre efficacement.



5 réactions


  • Nicolas_M bibou1324 19 septembre 2018 14:39

    Pour relativiser, sachez que l’agriculture c’est 40% de la population mondiale. Des besoins massifs vous dites ? Non, ce sont plutôt des envies massives de confort qui sont à l’origine de la création de multinationales. Du superflu qui n’est demandé que dans les pays riches. 


    Regardez l’Afrique où la population a explosé ces dernières décennies. Une multiplication des multinationales Africaines ? Non, les Africains sont toujours majoritairement agriculteurs et cela ne change pas car c’est la tradition de produire soi même sa nourriture. C’est un mode de vie qui n’a pas besoin de confort donc pas besoin de multinationale.

    • Claude Courty Claudec 21 septembre 2018 11:48

      @bibou1324


      Besoin ou envie, l’être humain en est-il pour autant privé de son statut d’agent économique ? Et le résultat n’est-il pas le même ?

  • Ciriaco Ciriaco 20 septembre 2018 10:11
    Le monde est parfois si simple sur AV : nous sommes des agents - dois-je vous appeler Mr l’Agent - et nous crééons les multinationales.

    Un terme repris du domaine technologique des années 70 - ça fait toujours plus sérieux, et que cela vous assimile à un robot n’a pas d’importance, et des modèles qui glissent sans cesse sur le côté naturel de la prédation économique, comme dans un meilleur des mondes.

    A ce propos, il y a peu de temps, un tribunal commercial privé vient d’annuler la condamnation, prononcée par un tribunal national de droit public, de l’entreprise pétrolière Chevron (filiale de la multinationale Texaco) dans une des plus grandes affaires de pollution pétrolière en Amazonie.

    Solidaire ou Agent ?

    • Claude Courty Claudec 21 septembre 2018 12:03

      @Ciriaco

      Appelez-moi donc agent économique, ce que je suis en toute simplicité, tout comme vous-même, à moins que votre message nous parvienne depuis l’île dont vous êtes le seul occupant.
      Restera à se demander comment vous l’avez envoyé ; sans ordinateur et bien entendu sans électricité ni tout ce qui va avec, de près ou de loin, pour le meilleur et pour le pire.



  • Oceane 20 septembre 2018 10:31

    Encore un qui fouille dans les jupons des appauvries productrices de chair à canons pour guerres entre enrichis.


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