mardi 20 octobre - par Gilles RICHER

A qui profite la peur ?

 

Si l'on en croit nos écrans, le nouveau péril de la République aurait le genou fragile, une hanche en titane et son fils réviserait ses partiels entre deux jets de pavés. Soyons sérieux deux minutes : depuis quand nos retraités au thermos et nos lycéens en quête d'avenir ont-ils le souffle et l'organisation nécessaires pour ravager le mobilier urbain ?

Pourtant, la magie télévisuelle opère à chaque manifestation. Prenez un million de marcheurs pacifiques, ajoutez-y une poignée de silhouettes cagoulées, secouez le tout sur les chaînes d'info en continu, et pouf ! La revendication sociale disparaît, remplacée par le magasin pillé, la mairie en feu. Le tour de passe-passe est parfait, saupoudré de l'éternel épouvantail magique de « l'ultra-gauche » que la procureur de Paris a indiqué ne pas correspondre à la réalité. Par l'artifice du montage, le manifestant lambda devient le complice silencieux du chaos.

Il faut dire que le casseur est le meilleur attaché de presse de l'exécutif. Quelle aubaine !


Sans lui, nos ministres seraient condamnés au pire des supplices : devoir répondre sur le fond. Discuter des retraites, des salaires, de la précarité... Un véritable cauchemar politique. Heureusement, grâce à ces mystérieux voltigeurs de la casse – qui s'évaporent toujours à temps et semblent curieusement moins ciblés par les gaz lacrymogènes que les chorales syndicales –, le débat public se résume confortablement à la météo des dégradations et pillages.

La mécanique est vieille comme le monde : la peur appelle le besoin de protection, la protection exige l'ordre, et l'ordre muselle la contestation. Le chaos ne sert jamais ceux qui marchent pour leurs droits ; il sert ceux qui ont tout intérêt à ce que l'on regarde la vitrine brisée plutôt que le doigt qui pointe les revendications légitimes. Face à ce scénario cousu de fil blanc, refusons le rôle de moutons effrayés et posons-nous l'unique question qui vaille :
à qui profite la peur ?

 



5 réactions


  • sylvain sylvain 20 octobre 16:25

    Toujours au pouvoir. Mais si un pouvoir se sert de la peur pour gouverner et se maintenir, le pouvoir en lui meme vient de la dependance


  • LeMerou 20 octobre 17:02

    Peut être aussi quelque chose de plus machiavélique, genre 

    Regardez ce qui risque d’arriver en cas de prise de pouvoir par le RN, les « forces » de gauche n’ont elle pas appelées à une sorte de révolte ?

    De la part des syndicats, dont les effectifs sont massivement, pour ne pas dire quasi exclusivement dans la fonction publique et les assistés permanents. 

    Alors voyez et votez pour moi....


    • Goldo Du Goldo Du 20 octobre 19:29

      @LeMerou

      Peut être aussi quelque chose de plus machiavélique, genre 

      Regardez ce qu’ils veulent que vous regardiez pour vous faire croire à ce qui risque d’arriver en cas de prise de pouvoir par le RN, les « forces » de droite n’ont elle pas organisées une sorte de révolte ?

      La connerie d’un raisonnement de jésuite peut mener loin...


  • ZenZoe ZenZoe 20 octobre 18:00

    Paradoxalement, j’espère que vous avez raison, parce que l’autre hypothèse, c’est que le pays ne tient plus rien, ne maîtrise plus rien, que c’est vraiment devenu un ventre mou, et que là, tout le pays est en grave danger....Et là, il ne suffira plus de changer de régime ou de président !


    • Com une outre 20 octobre 20:07

      @ZenZoe
      Parce que vous croyez que nous sommes actuellement gouvernés dans l’intérêt de la France ? Je ne crois pas non.


Réagir