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Affaire Epstein : le Parlement face au péril du silence - AgoraVox le média citoyen
mardi 17 février - par Chroniques citoyennes

Affaire Epstein : le Parlement face au péril du silence

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a refusé la création d’une commission d’enquête parlementaire demandée par le groupe La France insoumise sur le volet français de l’affaire Jeffrey Epstein. Motif avancé : une telle initiative pourrait « entrer en concurrence avec le travail de la justice ». Présentée comme une décision de prudence institutionnelle, elle soulève pourtant une question démocratique majeure  : jusqu’où le Parlement peut‑il – et doit‑il – exercer son rôle de contrôle, surtout lorsqu’il s’agit de réseaux de pouvoir et de violences sexuelles  ?

L’affaire Epstein dépasse largement le cadre d’un simple dossier pénal. Elle révèle un système international d’exploitation sexuelle de mineures, soutenu par des réseaux d’influence, d’argent et de protections pour les puissants. Les révélations montrent que ce système ne se limite pas à un pays et que de nombreuses sphères politiques, économiques et culturelles ont été, à des degrés divers, concernées. Dans ce contexte, les éventuelles ramifications françaises sont un enjeu d’intérêt public évident.

Face à un tel scandale, le silence ou l’inaction des institutions ne peut se justifier par des arguties procédurales. Contrairement à l’argument officiel, la création d’une commission d’enquête parlementaire ne constitue pas, en soi, une ingérence dans le travail de la justice. Le droit français est clair  : une commission peut parfaitement coexister avec des procédures judiciaires dès lors qu’elle n’enquête pas sur des faits précis faisant l’objet d’une instruction, mais qu’elle examine des responsabilités politiques, des dysfonctionnements institutionnels ou des défaillances de l’État. De nombreuses commissions passées l’ont démontré — Benalla, Lubrizol, Covid, Bétharram… toutes ont cohabité avec des enquêtes judiciaires, prouvant qu’un contrôle parlementaire rigoureux peut s’exercer sans nuire à la justice.

En l’espèce, la commission proposée par le groupe LFI ne vise ni à juger, ni à condamner, mais entend enquêter et comprendre  : analyser d’éventuels réseaux d’influence, identifier des liens politiques ou financiers, évaluer une inertie éventuelle des autorités françaises, et déterminer si des victimes ont été ignorées ou mal protégées. Refuser cette démarche revient à priver la représentation nationale de l’un de ses outils fondamentaux de contrôle et de transparence.

Au-delà du droit, il y a l’humain  : les victimes. Dans les affaires de violences sexuelles impliquant des personnes puissantes, la justice pénale est souvent longue, éprouvante, parfois dissuasive et inaccessible. Une commission d’enquête pourrait leur offrir un espace institutionnel de reconnaissance, d’écoute et de visibilité. Le Parlement peut — et doit — être ce lieu complémentaire où la parole se libère, où la société reconnaît ce qui a été subi  : non pour se substituer aux juges, mais pour reconnaître publiquement les faits, exposer les dysfonctionnements et interroger les défaillances collectives.

Le refus de cette commission pourrait être interprété comme une priorité donnée à la préservation de l’ordre institutionnel plutôt qu’à la recherche de la vérité. Il alimente l’idée d’une asymétrie persistante  : rigueur maximale pour les citoyens ordinaires, prudence extrême dès que les sphères de pouvoir sont concernées.

Madame Yaël Braun-Pivet affirme protéger l’institution, éviter toute instrumentalisation politique et respecter la séparation des pouvoirs. C’est une ligne classique, mais terriblement restrictive. La fonction de présidente de l’Assemblée nationale impose, certes, une neutralité exigeante. Mais cette neutralité ne saurait se confondre avec une prudence paralysante et une abstention politique face aux sujets sensibles. Anticiper un risque juridique sans laisser l’Assemblée débattre et décider collectivement constitue un choix politique, même lorsqu’il est habillé par le droit. Garantir le fonctionnement des institutions ne signifie pas empêcher le débat. La séparation des pouvoirs ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction, ni un principe d’auto-limitation systématique du contrôle parlementaire.

Cette décision limite le débat public sur un scandale international majeur et soulève des questions sur l’exercice effectif des responsables politiques. Dans un contexte de majorité relative et de fragilisation de l’exécutif, elle affaiblit encore la perception du Parlement comme contre-pouvoir et peut donner l’impression d’une indifférence face à la souffrance des victimes lorsque le scandale devient bruyant.

Le choix de Mme Yaël Braun-Pivet est certes justifié juridiquement, mais constitue ainsi également une décision politique qui dépasse la neutralité procédurale attendue du perchoir. Le débat n’est donc pas celui de la légalité, mais celui de l’ambition démocratique  : veut-on un Parlement qui accepte d’enquêter sur les zones d’ombre du pouvoir, ou un Parlement qui se retire dès que l’exercice devient inconfortable  ?

Une démocratie mature ne se contente pas d’observer. Le Parlement ne se contente pas d’enregistrer les décisions de l’exécutif ni d’attendre que la justice réponde seule à toutes les questions. Le Parlement enquête, contrôle, éclaire. Non pour se substituer aux magistrats, mais pour répondre à une exigence fondamentale  : la vérité, la transparence et la considération due aux victimes.

Refuser une commission d’enquête sur l’affaire Epstein ne protège pas les institutions  : au contraire, cela les fragilise et mine leur légitimité. Pire encore  : c’est un signal fort, alarmant, envoyé à toutes celles et ceux qui attendent depuis des années que la République les regarde enfin. Un Parlement qui choisit le silence cesse d’être une démocratie protectrice pour les victimes.

 

Chroniques citoyennes



15 réactions


  • Com une outre 17 février 09:28

    Mme YBP semble craindre des révélations qui mettraient une partie des politiques français à mal, peut-être elle-même, qui sait à ce jour ? Cette décision, comme vous le dites, ne peut que laisser imaginer le pire sur les relations entre ce criminel Epstein et le monde politico-affairiste français, surtout après les déclarations de Macron qui renvoie le bébé aux US comme on met la poussière sous le tapis. D’autant plus incompréhensible que cela dure depuis 20 ans côté judiciaire.


    • Com une outre 17 février 11:00

      @Com une outre
      Sans parler de l’aspect évoqué par Alain Soral...


    • Armelle Armelle 17 février 15:59

      @Com une outre
      « ...Macron qui renvoie le bébé aux US comme on met la poussière sous le tapis », tout en arguant qu’il s’agit d’une affaire Américaine, et c’est là où l’on constate que nos journalistes sont des C......molles car celui-ci aurait pu lui rétorquer que le 11 avenue Foch, là où des perquisitions ont eu lieu, ne se trouve pas aux Etats-Unis mais bien à Paris ! Serait-il lui aussi impliquer lourdement ? Alors dites moi Comme une outre, je vais occulter la naïveté que vous me prêtez, juste 5 minutes et vais donc pouvoir dire que Macron a belle et bien trempé (ce qu’il a voulu dans ce qu’il a voulu aussi) dans cette horreur ! C’est plié, circulez y a rien à voir de plus.


    • Com une outre 17 février 16:41

      @Com une outre
      Il est cité dans les carnets, peut-être plutôt pour le côté financier et fuites d’infos sensibles. Macron, Rothschild, Epstein, tous ces gens ont des liens entre eux, des secrets. 
      Vous pouvez aussi lire l’article sur le sujet de T. Meyssan sur www.voltairenet.org même si ce n’est pas votre tasse de thé. C’est assez édifiant et permet de comprendre bien des choses.


    • Louis 19 février 14:21

      @Com une outre
      voyez le cas d’Arthur Shapiro mort de 2 balles dans la tête c’était l’avocat de Leslie Wexner de Victoria secret .*

      « Le rapport de police de Columbus, longtemps étouffé, sur le meurtre d’Arthur Shapiro en 1985, qui évoque les liens du milliardaire de l’Ohio, Leslie Wexner, avec le crime organisé ».

      https://archive.org/details/shapiromurderfilecomplete1

      j’ imagine pour ma part qu’il existe un lien intime et complice entre les « élites » et les dirigeants des organisations criminelles ;leurs hommes de main. 


  • rogal 17 février 09:53

    Il est fort à craindre que le mal ne soit fait.
    Un coup de plus porté à la confiance en la République.


  • sylvain sylvain 17 février 10:19

    Tu m’etonnes. L’oligarchie doit serrer les fesses. Heureusement les fachos arrivent bientot au pouvoir, ils vont respirer un peu ! 

    Le dossier Epstein finira par servir a faire tomber les opposants du pouvoir.


  • tinga1 17 février 13:37

    Pam bondi sans doute pas très maline l’a dit devant les parlementaires, ont ne peut dévoiler les noms caviardés car ça ferait sauter tout le système !


  • Gérard Luçon Gérard Luçon 17 février 14:39

    ses poules auraient-elles été outragées par la volaille, l’été dernier ? 


  • Eric F Eric F 17 février 14:44

    Il y a lieu d’enquête parlementaire effectivement, notamment pour établir pourquoi la justice n’a pas été saisie sur des cas déjà connus, tel ce « diplomate » (certes pas de premier rang) recasé à l’UNESCO.


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 19 février 14:02

    Elle protège les institutions qui protègent les pancriminels du réseau Epstein.

    Elle protège les privilégiés du système dont les privilèges s’étendent jusqu’au crime, au viol, contre des mineurs et qui sont les vrais décideurs de la macronie.

    Elle devra être jugée pour complicité, comme toutes celles et tous ceux qui ont agi de même.

    La France n’est plus pays de droits, mais un pays de passe-droits où des personnages sordides comme Jack Lang ou Bruno Lemaire, et auparavant Olivier Duhamel, Frédéric Mitterrand ou Gabriel Matzneff restent ou sont restés impunis et intouchables.

    Quant aux Français moyens, ils restent ébahis devant les personnages qui passent à travers leur télévision sans rien comprendre ni vouloir, jusqu’à leur ruine spirituelle et économique totale et complète.


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 19 février 14:34

    Au Royaume uni, l’ex prince Andrew a été arrêté.

    Voir ici

    Les médias français ont l’air de vouloir ne pas en parler. Omerta complète.

    En France, tout est verrouillé.

    La France sous Macron, Bernard Arnault, Bolloré et compagnie, est en train de devenir un des pays les plus abjects et corrompus d’Europe.


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