jeudi 9 février 2012 - par Le Canard républicain

Affaire Louis Renault : une manipulation grossière de l’information sur France 2, le 12 janvier 2012 dans l’émission « Télématin »

Depuis près d’un an, les petits enfants de Louis Renault ont engagé une énorme campagne de presse sur le thème « Louis Renault n’a pas collaboré », et ont été reçus plusieurs fois sur France 2, seuls, et sur France 3, en compagnie de deux historiens qui disaient ne pas connaître ce cas de collaboration. Jusqu'ici, on n’a jamais entendu sur le service public ceux qui soutiennent que « l’ordonnance de confiscation du 16 janvier 1945 était justifiée par la collaboration exceptionnelle de Louis Renault ». Le 9 mai, les héritiers ont assigné l’Etat en indemnisation, mais la juge du TGI a rendu le 11 janvier 2012 une ordonnance d’incompétence invitant les héritiers Renault à mieux se pourvoir, interprétée comme un sérieux échec.

Le lendemain matin, 12 janvier, sur France 2, Gérard Grizbec, pour la seconde fois (après mars 2011), s’est engagé de façon décisive à leurs côtés. Répondant à William Leymergie, il a affirmé que « le bureau de Berlin », pour y voir enfin clair sur ce sujet, était allé interroger un « chercheur allemand, une femme » (citation de M. Grizbec), une « historienne » (incrustation à l’écran), en la personne de Monika Ostler, ayant travaillé sur Renault en Allemagne et en France.

Madame Monika Riess-Ostler, n’est ni historienne ni chercheuse. Son site professionnel bavarois expose que, grâce à son expérience en marketing, vente et relations publiques, elle a fondé une entreprise de soutien scolaire en 2003 avec une amie professeur de latin et d’allemand dans une école catholique de Garmisch-Partenkirchen. Il ne mentionne même pas des études en histoire : « elle a passé trois ans à Paris, au service culturel de l’ambassade d’Allemagne, et dans une filiale française du groupe Bertelsmann. »

Ceci constitue donc une imposture. Mais ce n’est pas fini.

Madame Monika Riess a effectivement soutenu en 2001 à Passau une thèse sur Louis Renault et la collaboration¸ C’est son seul travail universitaire, avec une mini-maîtrise de 48 pages. Sa thèse, très brève et bâclée, publiée à compte d’auteur, a mis fin à son expérience en histoire, qu’elle dissimule en Allemagne.

L’avant-propos de sa thèse contient, après les remerciements classiques à ses parents et son professeur, des remerciements appuyés à Laurent Dingli, qui lui a prodigué des conseils attentifs, et qui l’a guidée, ainsi qu’à sa femme Hélène, sans qu’il soit précisé que Hélène Renault-Dingli est la petite fille de son sujet de thèse et qu’elle n’est pas historienne.

Suivent des remerciements à Patrick Fridenson pour « l’entretien d’une heure » qu’il lui a consacré, ainsi qu’à la Société d’Histoire du Groupe Renault.


Naguère étudiante en histoire, Monika Riess a été « pilotée », dès 1995-2002, par la famille Renault-Dingli.

Cette présentation unilatérale des évènements par France 2 et Télématin n’est pas convenable et France 2 n’aurait pas dû s’y laisser prendre. Quant à Gérard Grizbec, qui a déjà soutenu les héritiers, interviewé avec complaisance le couple Renault Dingli en mars 2011 sur France 2, et certifié, le 12 janvier, que « Renault a résisté, a traîné les pieds pour livrer », pourquoi ne puise-t-il son « information » qu’auprès des Dingli-Renault ? Quelles sont ses motivations, quels sont ses objectifs pour qu’il porte aussi gravement atteinte au pluralisme des opinions ?

Communiqué de l'Association Esprit de Résistance : http://espritderesistance.fr/

Pour avoir davantage d'informations sur cette manipulation, consulter la lettre ouverte de l'historienne Annie Lacroix-Riz publiée sur le site du Canard Républicain : http://www.lecanardrépublicain.net/

P.S. : lettre adressée le 4 février dernier à Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication



8 réactions


  • zelectron zelectron 9 février 2012 12:12

    Pourquoi alors les archives à décharge ont-elles disparues purement et simplement, un certain courant politique à l’époque aurait-il tout fait pour s’approprier ce qui allait devenir la RNUR ?
    Non ! pas du tout, ce n’était pas dans ses méthodes de bisounours gentil et tendre...


  • Scual 9 février 2012 17:02

    Merci pour cet excellent article très instructif sur les collaborations, l’ancienne et la nouvelle...


  • BarbeTorte BarbeTorte 9 février 2012 23:17

    C’est bien possible qu’il ait collaboré, mais c’est aussi possible qu’il ait plutôt résisté. Les faits ne sont pas aussi clairement établis que vous semblez le laisser entendre. 
    Je pense qu’une lecture éclairée de ce qu’on trouve sur la toile vous inciterait à modérer vos propos.


  • Emmanuel Aguéra LeManu 10 février 2012 09:06

    A propos de Renault... désolé rien à voir... mais que Louis ait été un traitre (ce dont je me fous complêtement, mais il faut de tout pour faire un monde) reste peut-être une matière à débat...
    mais que dire en ce jour de M. Carlos Ghosn ?


  • ARMINIUS ARMINIUS 10 février 2012 09:07

    Wikipedia en langue anglaise (beaucoup plus développé que la version française) cite aussi Monika Ostler en précisant qu’elle n’apporte pas de preuve de la réelle collaboration de Louis Renault. L’article précise une phrase de L.Renault qui semble bien résumer sa position par rapport aux nazis : « Il vaut mieux refiler le beurre à l’envahisseur, sinon il saisit les vaches ! »
    Bon en fait le résultat est le même : Renault a effectivement soutenu l’effort de guerre nazi.
    C’est de la collaboration light, comme la pratiquèrent beaucoup trop de Français...et l’argent du beurre ? Mamie Zinzin dans une autre rubrique issue de la même collaboration en a fait profiter la campagne de notre actuel président...


  • zouky12 12 février 2012 14:28

    Pour info d’actualité, reçu aujourd’hui de la liste www.historiographie.info


    Cher(e)s ami(e)s,

     

    Nous sommes parvenus à un niveau d’intoxication médiatique qui mérite réaction, d’autant plus que les héritiers Renault poursuivent leur offensive en vue d’indemnisation, durablement transformée, à destination du public, et avec l’aide des media, service public compris, en entreprise de « réhabilitation » morale.

     

    J’insiste sur l’importance de la réunion du lundi 13 février 2012 à 17h30, à l’Assemblée Nationale, salle Victor Hugo, 101 rue de l’Université, 75007 Paris, où le point sera fait sur la situation.

     

    Merci de diffuser sur vos propres listes aussi largement que possible.

     

    Amitiés,

     

    Annie Lacroix-Riz

     

     

     

    Le « Dossier Renault » est consultable ici :

     

    http://www.historiographie.info/renault.html


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