jeudi 15 janvier 2015 - par Dwaabala

Allô ! Papa... et le triangle des Bermudes ?

Le droit au blasphème, - ou le refus de ce droit, est une revendication qui doit être laissée aux adeptes d'une religion. Il est très étonnant d'entendre ce mot si souvent prononcé.

Chez les athées et chez les républicains français le blasphème n'existe pas, sauf dans le dictionnaire : il s'agit d'une catégorie appartenant au corpus des religions.

Avec quelques autres comme le péché, sa rémission, la punition (fût-ce dans la bouche du pape F. Hollande), l'absolution, la pénitence, l'hérésie, le schisme, l'idolâtrie, etc.

La caricature est autre chose.

L'athéisme n'approuve pas aveuglément celle qui blesse dans leur être le plus intime les croyants. Il la tient pour une manifestation d'un anarchisme de droite qui sous couvert de liberté de pensée ou d'expression fourvoie dans des chemins qui ne mènent nulle part, sauf à l'exacerbation du sentiment religieux chez ceux qu'elles ne fait pas ricaner.

Et il ne pense pas pour autant que cette blessure peut faire d'eux des assassins en puissance ou en acte.

Ceux qui le deviennent actuellement brandissent l'étendard de la religion, mais l'athée ne juge pas un individu, pas plus qu'un mouvement d'ailleurs, sur l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes et de la raison de leurs crimes : il doit être capable de mettre au jour leurs causes profondes en allant les chercher dans l'état du monde dans lequel ils agissent. Aux larmes de la critique, il oppose la critique des larmes.

La croyance est à combattre pour ce qu'elle a de réactionnaire, ce qu'elle se montre être à tout coup quand elle s'insinue dans les champs des idées politiques, de la vie en société, de la morale, et de la philosophie ou des sciences ; et elle est d'autant plus pernicieuse qu'elle avance souvent sous des raffinements sophistiques, mais elle n'a pas à être affrontée en tant que telle sur son propre terrain et dans ses sanctuaires.

Chacun est libre de penser que les étoiles et le papillon qui butine les fleurs, ou son moi intime sont l'œuvre et à l'image d'un créateur... aussi longtemps que ses billevesées ne viennent pas, ouvertement ou plus subtilement sous des masques divers, empiéter sur les domaines précités où elles doivent alors, par l'argumentation et non par la violence, se faire régler leurs comptes.

C'est ce qui s'appelle l'athéisme, ou le matérialisme militants.

Le matérialisme militant est pour les exploités le bien spirituel le plus précieux, qui écarte sans faiblir tous les obscurantismes, ceux qui bouchent l'horizon de leurs luttes de libération.

Il est même cependant loisible au croyant de penser que sa foi qui, peut-être estime-t-il, anime ses actes, est supérieure aux lois de la République et que les siennes sont au-dessus de celles de la laïcité, mais seulement aussi longtemps qu'il ne le proclame pas, ne l'affiche pas, et qu'il se conforme aux règles de la vie de la société dont il est membre.

Bref, ce ne sont pas les personnes, croyantes (ou celles mal intentionnées dans les caricatures qu'ils font de leur foi) que l'athéisme combat mais, avec des idées, - et non pas avec des caricatures d'idées, les idées religieuses, (ou sans doute encore moins acceptables : les idées caricaturalement anti religieuses), quand elles lui barrent son chemin vers la liberté.



22 réactions


  • Pyrathome Pyrathome 15 janvier 2015 14:08

    Le triangle des Bermudes, on ne sait pas, par contre il y aurait des fossiles sur Mars..
    http://french.peopledaily.com.cn/n/2015/0109/c31357-8833772.html
    Encore un coup des terroristes créateurs ?


  • takakroar 15 janvier 2015 15:19

    Personnellement, me revendiquant farouchement athée, je suis convaincu que le « vivre ensemble », avec ses différences, ne peut se faire en prétextant de son droit à la libre expression pour agresser l’autre dans ses convictions et ses croyances et parfois dans ce qu’il a de plus cher. Pour moi le maître mot, c’est le « respect ».

    Si des crimes ou des délits sont commis aux nom de convictions. Ce sont les faits qui doivent être jugés, et non les convictions qui ne sont qu’une interprétation personnelle d’une même croyance ou d’un même courant de pensée partagé par beaucoup d’autres qui l’interprètent, eux, de manière beaucoup plus pacifique.

    Nous sommes dans une société où le droit est devenu l’art d’interpréter les textes, eux-mêmes conçus de manière volontairement ambiguë, laissant l’opportunité à ceux qui en ont les moyens relationnels et financiers, de jouer sur les mots et les vices de forme pour échapper à toute sanction.


  • Dwaabala Dwaabala 15 janvier 2015 16:54

    Addenda

    Tout en étant un adversaire irréconciliable de la religion, je peux reconnaître la dualité paradoxale du phénomène : son rôle dans la sacralisation de l’ordre établi, mais aussi, selon les cas, son rôle critique, protestataire et même révolutionnaire.

    Pour illustrer ce deuxième aspect de la religion, il suffit de rappeler ce que furent le christianisme primitif, les hérésies médiévales et la guerre des paysans allemands au XVIe siècle, ainsi que le puritanisme anglais révolutionnaire du XVIIe siècle.

    Et dans l’histoire moderne ou contemporaine, il ne faut pas négliger la résurrection possible de la religion comme idéologie et culture d’un mouvement anti-capitaliste révolutionnaire comme celui de la gauche chrétienne des années 30 aux années 70, et celle, latino-américaine (théologie de la libération), des années 60 à nos jours.

    Ce qui est tragique aujourd’hui, c’est le dévoiement actuel de l’islamisme radical qui aurait pu jouer un tout autre rôle dans sa contestation de l’impérialisme.


    • lsga lsga 15 janvier 2015 18:05

      ce qui est révolutionnaire un jour devient conservateur le lendemain puis réactionnaire le surlendemain, rien d’étonnant à cela. C’est le progrès.

       
      Exemple : Le Capitalisme et la Bourgeoisie étaient Révolutionnaire au 18ème siècle, conservateur à partir de la fin du 19ème, et réactionnaire depuis ce début de 21ème siècle. (on peut débattre sur les dates, mais l’idée est là).
       
      Un jour, le Socialisme et la Démocratie de Conseil seront réactionnaires. Vivement. 

  • lsga lsga 15 janvier 2015 17:39

    Avec quelques autres comme : les valeurs, la justice, la morale, la fraternité, l’éthique, le bien, le mal, l’équité, l’avidité, l’humanisme, la nation, le peuple, l’égalité, le pouvoir d’achat, la liberté, et toutes les autres niaiseries idéalistes petites bourgeoises.

     

    • Dwaabala Dwaabala 15 janvier 2015 17:47

      Quand on est communiste, on évite aussi d’être aussi péremptoire.


    • lsga lsga 15 janvier 2015 17:49

      lol, tu devrais lire Marx et Lénine. Sur le côté péremptoire (comme sur 1000 autres choses), je ne leur arrive pas à la cheville.

       
      La Révolution est une affaire sérieuse. Ceux qui défendent « la justice, la morale, l’éthique » seront ceux qui feront fusiller les révolutionnaires. C’est leur manière à eux d’être péremptoire. Personne n’est plus anti-révolutionnaire que ceux qui ne sont pas révolutionnaires jusqu’au bout. 
       


  • lsga lsga 15 janvier 2015 17:47

    « Chacun est libre de penser  » : un très bon exemple d’un énoncé qui ne veut absolument rien dire. Rappelez-nous : ce serait quoi l’inverse de cet énoncé ? Un monde où on ne serait pas libre de penser ? c’est simplement impossible.

     
    Le concept de liberté est assez mal défini. C’est un concept moral. 

  • lsga lsga 15 janvier 2015 17:51

    « mais elle n’a pas à être affrontée en tant que telle sur son propre terrain et dans ses sanctuaires. » : Historiquement, pas une seule révolution ne s’est produite sans verser le sang des curés. C’est eux qui ne nous laissent pas le choix. (vous noterez : je ne dis pas « c’est bien », ou « c’est mal », je dis : « Historiquement ». )

     
    Ce ne sont pas les révolutionnaires qui décident du niveau de violence de la Révolution, ce sont les forces réactionnaires qui le décident. 

  • lsga lsga 15 janvier 2015 18:02

    Pour terminer : 

     
    « quand elle s’insinue dans les champs des idées politiques, de la vie en société, de la morale, et de la philosophie ou des sciences ; »
     
    Saint Augustin dans la cité de Dieu donne trois rôles à la Religion :
     
    1. Un rôle cosmologique : expliquer le monde
    2. Un rôle morale et spirituel : comment se conduire individuellement
    3. Un rôle politique : comment se conduire collectivement
     
    Enlever ces 3 attributs à une doctrine religieuse, et ce n’est simplement plus de la religion. 
     
    Le Christianisme se meurt d’avoir perdu son rôle cosmologique et politique ; l’Islam tente désespérément de résister pour ne pas suivre la même voie : c’est peine perdue, l’Islam a déjà énormément reculé au Maghreb et dans les pays arabes en général, d’où sa forme ultra-réactionnaire actuelle.
     
    Le rôle spirituel est aujourd’hui en passe d’être accaparé par les sciences cognitives et les philosophies orientales (qui ne sont pas des religions).
     
    Bref, disons les choses clairement : la religion n’est acceptable que sous forme de curiosité historique, de fable dont ont sait qu’elle est fausse. La Religion sous forme de Religion est inacceptable ( cosmologie + politique + morale/spiritualité). Il est du devoir de la collectivité d’empêcher tout un chacun d’y croire. Les enfants ont mieux à faire que d’apprendre ce ramassis de conneries. 

    • Aldous Aldous 15 janvier 2015 18:40

      Le christianisme meure, puis il ressuscite. smiley


    • lsga lsga 15 janvier 2015 19:06

      il ressuscite : à Disney Land.

       
      Le Christianisme tel que pratiqué aux USA est un excellent exemple de ce que donne une religion sans pouvoir politique, sans prétention cosmologique, et strictement réduite à la moralité et à la spiritualité. Une religion de consommation, qu’on achète entre deux burgers, pour écouter du négro-spiritual après avoir participé à une expérience de transe... Bref, tout sauf de la religion, du mysticisme tout au plus, une nouvelle forme de paganisme, des veaux d’or à bon marché. 
       
      Saint Augustin l’avait compris : le Monothéisme basé sur des textes sacrés censés être vérités révélées n’est possible que si il a le pouvoir politique, scientifique, et moralo-spirituel.
       
      Mais bon,vu que les « vérités » révélées sont un ramassis de conneries sans fin (la création du monde en 6 jours, Adam et Ève, le roi Salomon, etc.) ; que le fond politique des textes est incompatible avec le progrès technologique (la Torah et le Coran n’ont rien prévu concernant les licences Open Source : étonnant non ? ) ; et que leur spiritualité est extrêmement faible comparée à leurs concurrentes asiatiques...
       
      Nous vivons la fin des grands monothéismes occidentaux. Un processus en cours d’achèvement. Vivement. 
       

    • Dwaabala Dwaabala 15 janvier 2015 21:14

      C’est le coucoumunisme.


    • Pascal L 15 janvier 2015 21:38

      « Nous vivons la fin des grands monothéismes occidentaux » 

      Désolé de vous contredire, mais ce n’est pas ce que je constate tous les jours. Il faut dire que le vide moral qui nous est présenté aujourd’hui conduit beaucoup de monde à se retourner vers les religions - en bien ou en mal.

      Pour les conneries, je vois que vous n’arrivez pas à comprendre des choses un peu abstraites comme des mythes. Evidemment que le monde ne s’est pas fait en 6 jours. La Bible n’est ni un livre de science, ni un livre d’histoire, mais témoigne de l’existence de Dieu et donne des clés pour que Dieu nous soit sensible. De plus, nous ne comprenons pas Dieu aujourd’hui comme à l’époque de Gilgamesh. Il y a une évolution permanente.
      Si Dieu n’existe pas, tout ce qui est écrit est de la connerie, mais vous ne pouvez pas prouver que Dieu n’existe pas. Donc Dieu existe peut-être et si c’est le cas, vous avez tout faux. 
      Je vous souhaite de faire l’expérience de la présence de Dieu, car cela vous aportera une joie immense. Il n’est pas nécessaire de se faire baptiser pour cela. C’est même un préalable pour qu’un adulte demande le baptême dans l’Eglise catholique.
      Il est tout de même recommandé de ne pas garder de cadavres dans les placards et de regarder toute personne avec la même bienveillance ; que ce soit vous-même ou une autre personne. Mais de toute façon, Dieu nous surprend toujours.

    • lsga lsga 16 janvier 2015 00:32

      Je me contrefous totalement de l’existence de Dieu. Cette question ne m’intéresse pas. Si Dieu existe, qu’il rende le monde infiniment meilleur en l’instant même : sinon, je n’ai que faire de lui. 

       
      Les textes sacrés ne sont pas des vérités révélés, et leurs énoncés n’ont pas à être considérés comme vrai par la communauté. Ni les énoncés cosmologiques, ni les énoncés politiques, ni les énoncés spirituels. 
       
      J’en profite pour saluer Dwaabala (un peu tardivement, j’aurais du le faire avant, désolé). Si comme à mon habitude, ma critique est peut-être un peu trop énergique, je suis d’accord avec le fond de l’article. C’est assez rare que je sois d’accord avec les articles publiés sur agoravox, mais c’est le cas pratiquement avec presque tout tes articles. 
       
      Sur le fond : Il faut attaquer la religion en refusant à ses énoncés politiques, cosmologiques, et spirituels toute valeur de vérité a priori. Dwaabala vise juste : saint Augustin lui-même place ces trois types d’énoncés au coeur de ce qu’est la religion. 
       
      Cependant attention : le problème n’est pas QUE la religion. Ce sont toutes les idéologies servant à diviser la société en classe et à faire respecter cet ordre de classe. C’est par exemple le cas des systèmes moraux bourgeois, tel que l’Humanisme (L’Humanisme est au Capitalisme ce que le Christianisme a été à la féodalité). 
       
      Donc Dwaabala : excuse moi d’être un con désagréable (cela fait partie des choses que je fais le mieux au monde). Mais comprend s’il te plait que le concept de « Liberté » avec lequel tu termines ton article, est tout aussi dangereux que le concept « Blasphème ». C’est un concept moral, appartenant au bourgeois. Laisse le leur : il est dépourvu de signification claire. 
       
      Terminons donc avec une citation de Lénine :
      Lénine (qui finira par confisquer le pouvoir au « peuple » russe, qui votait massivement pour les forces réactionnaires.... )
       


    • Dwaabala Dwaabala 16 janvier 2015 09:07

      Ce que je crois avoir compris chez Marx et Lénine, c’est qu’ils s’exprimaient dans un contexte et qu’ils avaient toujours une cible en vue ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller choisir chez eux une citation quand elle exprime de façon percutante ce que l’on pense soi-même, mais qu’ils ne prétendaient pas comme des prophètes aux vérités absolues dans chacun de leurs propos.


  • Crab2 16 janvier 2015 11:44

    Le gouvernement entend replacer la laïcité au centre de l’école

    Sans, abroger le Concordat ?

    Sans, cesser de subventionner les écoles confessionnelles ?

    Sans, dans les cours d’histoire enseigner le Fait athée ?


    • Dwaabala Dwaabala 16 janvier 2015 12:30

      D’accord, sauf sur la question du Concordat qui ne s’applique qu’en Alsace-Lorraine : une exception ne devrait pas infirmer la règle. D’ailleurs les départements concernés sont eux-mêmes pour la suppression du délit de blasphème que le pape F. Hollande voudrait inscrire dans la Constitution.


  • leon et paulette leon et paulette 16 janvier 2015 12:03

    Merci Dwaabala. Je partage totalement et j’en profite pour relayer votre billet sur le petit journal pour que Léon puisse le consulter depuis là-haut 


    Paulette


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