samedi 18 janvier 2014 - par Karol

Allocations familiales, allocations chômage, des paroles et peu d’actes

Depuis ce 14 janvier, tous les journalistes sont en pâmoison. Notre président a fait son "outing" : il est social-démocrate ! Ca y est, s'est fait. ouf ! Il peut entrer enfin dans le club des grands de ce monde et dans la normalité européenne. On en a fini avec cette gauche française qui n'arrivait pas à se dépêtrer d'un discours "social-vieillot", qui n'a plus lieu d'être dans ce monde ultralibéral du capitalisme global. Les chiens de garde qui, il y a quelques jours, vouaient aux gémonies notre président, lui prêtent aujourd'hui un "avenir à la Shröder" ; celui qui, en Allemagne avec les lois Hartz, a "sauvé le pays", ou plutôt le capitalisme allemand, en réduisant les prestations versées aux chômeurs et en instituant les "minijobs" à 400 € pour 16 heures de travail par semaine.

Notre pays entre enfin dans la modernité !

 Cette révélation faite, notre président se devait de donner des gages au patronat et aux commissaires de Bruxelles. La remise en cause du financement des allocations familiales devrait faire consensus. Depuis leur création en 1948 , c'est une cotisation de 5,4 % sur les salaires bruts, qui finance en grande partie cette aide allouée aux familles. En la supprimant, on réduit immédiatement le "coût" du travail, et on augmente les marges des entreprises. Pour vendre l'affaire à l'opinion, M. Gattaz du MEDEF l'a crié haut et fort, le patronat "s'engage à" ( avant la conférence de presse ) puis " a pour objectif de" ( après la conférence de presse ) "créer plus de 1 million d'emplois". La droite et la gauche de gouvernement saluent l'audace de notre Président. On sort ainsi de plus de soixante années d'immobilisme sur la question. Quant au financement futur des allocations familiales, ça attendra...

Ce 17 janvier, commence la négociation sur l'assurance-chômage entre les organisations syndicales ouvrières et patronales ; Avec l'envolée du chômage, les caisses sont vides et les déficits s'accumulent. Que faire ? Diminuer les droits des allocataires ? Impossible avec un tel niveau du taux de chômage et en cette année électorale. Alors on attendra que la promesse du patronat de créer un million d'emplois avec la ristourne sur les alloc. fasse son effet.. .et, ce fut le cas ce jeudi à l'émission "des paroles et des actes", nos journalistes ont fait diversion en dissertant sur les imprudences du Président en matière de conduite de sa vie privée, et sur le rôle de la Première dame de France. Sujet de ntla plus haute importance en ces temps de crise sociale où la précarité et la pauvreté ne cesse de se développer. Faute de mieux, il faut bien distraire le peuple de ses problèmes quotidiens et le filon Dieudonné s'épuise.

Ne nous faisons aucune illusion, de création du million d'emplois il n'y aura pas. On ne peut pas augmenter la masse salariale sans grignoter les marges que l'on vient d'augmenter dans un marché totalement atone à cause d'une demande bridée par des salaires en rade et des chômeurs et des précaires en masse. Le financement de l'aide aux familles et des allocations aux chômeurs attendra que les déficits des CAF et de Pôle-Emploi explosent, accentuant la crise de ces organismes de solidarité jusqu'à ce qu'il devienne "évident" que la seule solution "réaliste" soit de couper dans les aides allouées aux familles et aux chômeurs. Les reportages au journal de 20 heures sur les "abus" de ces chômeurs professionnels ou sur ces familles immigrés avec une kyrielle d'enfants feront passer l'amère pilule. "La stratégie de choc et le capitalisme du désastre" parfaitement décrit par Naomi Klein en fera son affaire.

Pourtant il existe de quoi financer largement et immédiatement ces systèmes de solidarité. La richesse accumulée dans notre pays n'a jamais été aussi importante. Depuis dix ans elle n'a cessé d'augmenter alors que la crise frappe violemment les plus pauvres.

Il faut sans cesse rappeler ces chiffres (1) que nos élites ne veulent pas voir :

  • De 2004 à 2010, le patrimoine des 10 % les plus pauvres ( environ 1200€ ! ) a augmenté de ....9 % soit 114 €, engloutis par une inflation de 9,7 % ; le patrimoine des 10 % les plus riches ( 850 000€ en 2004 ) a augmenté de 47.6 % soit de 400 000 € ! ; il s'élèvent en 2010 à 1250 000€.
  • Plus fort encore, de 2008 à 2010, dans une France en crise, les 10 % des ménages les plus pauvres se sont appauvris de 520 millions d'€, les 10 % les plus riches se sont enrichis de 14 milliards, en captant 58 % de la richesse créée pendant ces deux années ( 24 milliards ).
  • De 2001 à 2011, la sphère publique s'est appauvrie de 717 milliards d'€. et la  sphère privée s'est enrichie de 720 milliards. (1)
  • En 2013 la fortune des 300 personnalités les plus aisées dans le monde s'est élevée à 3.700 milliards de dollars, soit 524 milliards de dollars, 14 % de plus qu'en 2012 ! Nos fortunes tricolores font aussi bonne figure.

ALORS COMMENT FINANCER LES ALLOCATIONS FAMILIALES MONSIEUR LE PRESIDENT ?

Aujourd'hui les aides aux familles se décomposent en une allocation inconditionnelle variable avec le nombre d'enfants et un système de réduction d'impôt avec le quotient familial qui malgré son plafonnement reste un système injuste qui pénalise les foyers aux revenus modestes et non imposables. Il renforce ainsi les différences sociales.

Réformer ce système d'aide aux familles avec son financement est bien un chantier à ouvrir. Mais au lieu d'attendre la création de millions d'emplois et une reprise économique à venir très hypothétique, il serait plus juste et plus réaliste de remettre en circulation une partie de la richesse qui dort dans ces patrimoines. La solidarité de ceux qui ont pu accumuler de la richesse vers les générations futures devrait être le fondement de toutes les sociétés. N'est-ce pas ce que chacun essaie de faire pour ses enfants ?

Le problème est que la moitié des Français n'ont presque rien à transmettre à leurs enfants alors que les 10 % les plus riches disposent de la moitié de la fortune nationale.

Le patrimoine moyen par français est de de l'ordre de 150 000 € ; consacrer 1% par an de ce capital ( en moyenne) à une allocation familiale universelle et inconditionnelle, représente la mobilisation d' environ 100 milliards € qui permettrait par exemple de financer une allocation de 200€ à tous les enfants jusqu'à 16 ans et de 800 € pour les jeunes jusqu'à 24 ans.

Ainsi à partir de 16 ans, Quelle que soit son origine familiale, c'est avec plus d' autonomie que le jeune adulte pourrait aborder sa formation et son insertion professionnelle. S' il opte pour un emploi à temps complet et met fin à une formation avant ses 24 ans, il lui restera un crédit temps avec une allocation mensuelle qu'il pourra utiliser plus tard pour une formation complémentaire, pour exercer une activité bénévole, pour créer une entreprise, ou réaliser un projet personnel.

Dans ce cas, on pourrait alors supprimer les cotisations des allocations familiales sur le travail et en profiter pour renforcer le budget des allocations chômage.

Cette taxe sur le patrimoine net pour financer cette allocation universelle serait un moyen efficace de recycler une partie de la richesse accumulée par toute la classe d'âge des adultes , richesse souvent improductive, vers l'éducation et l'insertion dans le monde de la génération suivante. Nul doute que ces 100 milliards € alloués aux familles et aux jeunes seraient totalement injectés chaque année dans l'économie et seraient bien cette fois créateurs d'emplois.

Monsieur le président de la République, posez votre caisse à outils et cessez de bricoler. Social libéral, social démocrate, socialiste, on s'en fout à vrai dire, soyez à la hauteur des enjeux que la réalité vous impose. Remettez à l'endroit ce que vous avez commencé par monter à l'envers pour rénover un système social fondé sur la solidarité, le partage et l'équité et qui soit réellement au service de tous sans stigmatiser ni diviser.

LA SCIENCE DU PARTAGE

____________________

(1) les chiffres sont extraits des études de l'INSEE et de l'Observatoire des inégalités.

 



15 réactions


  • claude-michel claude-michel 18 janvier 2014 09:07

    Toutes les prestations vont baissé d’ici peu...c’est déjà dans les cartons..Une demande de Bruxelles depuis pas mal de temps.. !


  • Daniel D. Daniel Q. 18 janvier 2014 09:54

    "Le patrimoine moyen par français est de de l’ordre de 150 000 € ; consacrer 1% par an de ce capital ( en moyenne) à une allocation familiale universelle et inconditionnelle, représente la mobilisation d’ environ 100 milliards € qui permettrait par exemple de financer une allocation de 200€ à tous les enfants jusqu’à 16 ans et de 800 € pour les jeunes jusqu’à 24 ans."

    C’est bien joli tout ca, mais comment allez vous récupérer ces 1% du patrimoine des français ?
    Le patrimoine inclus la totalité des biens et liquidités, vous comptez appliquer votre taxe de quelle manière ?

    Réfléchissez plutôt a un revenu minimum inconditionnel basé sur la création monétaire raisonnée et une monnaie nationale sous contrôle de l’État, et donc sans dette a intérêt pour plomber l’économie.


    • claude-michel claude-michel 18 janvier 2014 10:11

      Par Daniel Q....Vous avez raison mais c’est le contraire qui sera fait comme toujours..regardez ou nous en sommes aujourd’hui.. ?


    • heliogabale heliogabale 18 janvier 2014 10:38

      Le patrimoine inclus la totalité des biens et liquidités, vous comptez appliquer votre taxe de quelle manière ?

      Par exemple pour l’immobilier, appliquer une taxe foncière proportionnelle à la valeur du bien... ça ferait chuter l’immobilier drastiquement... par exemple entre 0,5% et 1% de la valeur du bien... en contrepartie on baisse la taxe d’habitation tout en veillant à ce qu’elle soit indexée à la valeur du bien...


    • Karol Karol 18 janvier 2014 10:43

      Bonjour

      Merci pour votre remarque. La création monétaire, d’euros-francs par la banque de France permettrait en effet de lancer un programme pour une allocation universelle.Des auteurs comme Yoland Bresson développe cette thèse et j’y souscrit pour amorcer un programme de ce type ; je pense que les deux solutions sont complémentaires pour le pérenniser à longue echéance.

      Aujourd’hui la création monétaire à la Bernanke ne gonfle que les portefeuilles d’actions des milliardaires américaines et fait s’envoler le prix de l’immobilier. Il faudrait, vous avez raison allouer directement à toute la population cet argent créé.


    • Karol Karol 18 janvier 2014 11:47

      T.Piketti dans « Le capital au XXI siècle » montre que la spirale inégalitaire au niveau des patrimoines et en particulier du patrimoine financier s’accélère. Cette spirale d’accumulation est insoutenale à terme.Il est donc nécessaire de mettre en place des outils de régulation au taux progressif, c’est le sens de ma proposition ; il reste à confectionner les outils les plus pertinents pour opérer cette redistribution.


    • philippe913 18 janvier 2014 16:44

      @heliogabale

      une taxe sur le capital frappant l’immobilier ? elle existe déjà, il s’agit de la taxe foncière.
      vous voulez en créer une autre ? 1% du prix vous dites ? et comment déterminer le prix d’un bien ? enfin, passons sur ce point.
      ça va donc représenter, grosso modo, 2 mois de loyer.
      la rentabilité de l’immobilier, qui est déjà basse, va donc encore diminuer pour ne plus être intéressante, voire négative pour certains profils. Il faudra donc augmenter les loyers.... mais vous l’interdirez j’imagine, vous aurez donc un effondrement du prix de l’immobilier car les investisseurs vont s’en détourner massivement et personne ne voudra acheter. Autant dans l’ancien, ça se régulera peut être, les prix baissant, la rentabilité augmentera, mais dans le neuf, rien n’est moins sur, et l’incertitude que vous allez créer va engendrer une défiance importante des nouveaux investisseurs (il n’y a qu’à voir ce qui se passe actuellement sur ce marché..) et la construction dans le neuf va s’effondrer encore plus, engendrant une pénurie sur le long terme.

      une idée superbe.


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 18 janvier 2014 10:34

    J’voudrais ben ..., mais j’peux point... !

    Cessez de vous creuser la cervelle pour trouver des solutions intelligentes, ou distributives, ou sociales, ou ce que vous voudrez, au bénéfice de l’intérêt général, ce n’est plus possible dans le cadre des Traités européens.

    « IL N’Y A PLUS DE POLITIQUES INTÉRIEURES NATIONALES, MAIS DES POLITIQUES EUROPÉENNES »

    C’est Viviane Reding, non élue Vice Présidente de la Commission européenne, qui est venue l’expliquer aux députés, qui visiblement n’avaient toujours pas compris qu’ils ne servaient plus à rien, la politique de la France étant décidée par la Troïka et Washington.

    A Washington, justement où perche le FMI, qui a fixé la feuille de route pour la France en octobre 2012, c’est ici.

    Feuille de route en 14 points où en lisant attentivement vous retrouverez les blablas de Hollande et Hérault.

    Bruxelles a accordé un délai à la France pour la dette à 3% du PIB, en contrepartie de réformes dites structurelles (comprenons la fin des acquis) , la réforme du travail, des retraites et encore des dérégulations (taxis, pharmacies etc)

    « France les trois réformes exigées par Bruxelles »

    Nous vivons dans un système où ce sont des non- élus qui décident et des élus qui ne décident plus de rien. (Sauf sur les questions de société, la mariage pour tous etc)

    Le seul moyen pour sortir de ce Titanic, c’est de quitter les donneurs d’ordre en quittant l’ UE.


    • Karol Karol 18 janvier 2014 10:54

      Il est vrai que le naufrage de la « communauté » européenne obère l’avenir et que rien ne se fera sans l’adhésion d’une forte majorité à un programme alternatif à celui qui nous est imposé. Il y a du travail pour expurger des consciences le fameux TINA ( il n’y a pas d’autre alternative ) cher à Madame Tatcher...


    • claude-michel claude-michel 18 janvier 2014 11:04

      Par Fifi Brind_acier+++Vous avez tout dit...mais les gens ne veulent pas entendre...c’est bizarre non.. ?


  • heliogabale heliogabale 18 janvier 2014 10:42

    Une politique de gauche et souveraine ne pourrait se passer de l’arme du défaut de paiement... qui pourrait prendre la forme d’un moratoire sur les intérêts...

    Il faudrait également une politique monétaire plus laxiste pour que le choc ne soit pas systémique : taux directeur nul ou même légèrement négatif.

    Et possibilité d’échanges de dettes (consolidation) + nationalisation des banques + nouveau système monétaire international...


  • Francis JL 18 janvier 2014 12:23

    Il me parait évident que la récente conversion de Hollande à la politique de l’offre qui consiste à alléger les charges qui pèsent sur le Travail, s’inscrit dans la perspective du Traité transatlantique ou TAFTA : Transatlantic free trade area.

    Ceci dit, personnellement, je trouve que ce système de perception des impôts et charges sociales sur le travail est archaïque, pour ne pas dire aberrant. Ce n’est pas le travail qui doit financer la protection sociale, c’est la plus-valueFinancer la politique sociale par les revenus du Travail revient à en exonérer les entreprises qui emploient peu de main d’œuvre relativement à leurs profits, ce qui est désastreux au plan de l’emploi.

    Par conséquent, ces charges doivent être prélevées sur la plus-value, laquelle plus-value doit être à mon sens, partagée entre le Capital, le Travail, et l’investissement public. Ce dernier comprend d’une part les infrastructures à savoir le matériel, et d’autre part la politique sociale, à savoir le renouvellement de la main-d’œuvre. Quant aux investissements à buts lucratifs, ils relèvent naturellement des initiatives privées.

    Ni le rôle ni le but des entreprises n’est de créer des emplois ; on n’entreprend que pour faire du profit, point barre. Et c’est le profit qu’un gouvernement digne de ce nom doit encadrer, qualitativement et quantitativement par une stratégie gagnant gagnant.. Mais ça, c’est sans doute trop intelligent pour ces gens plus obsédés par leur ’vie privée’ et leur carrières que par l’intérêt de la Nation ou du peuple.

    Il faut dénoncer cette idée absurde - aussi stupide que la théorie du ruissellement - que c’est l’offre qui crée la demande. Ce n’est pas parce que les gens même pauvres achètent des gadgets électronique à bas coûts comparés aux dégâts écologiques causés, qu’il mangeront mieux : la daube que produit l’industrie agro-alimentaire nous montre ce que cette politique de l’offre peut comporter d’effets pervers et désastreux.


  • soi même 19 janvier 2014 02:24

    Jadis en France , un Roi avait beaucoup promit, malheur à lui il c’est enfuit, il a perdue la tête à l’occasion !

    Hollande relit l’histoire, cela finie toujours mal quand on prend les français pour des cons !


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