mercredi 3 septembre 2025 - par C BARRATIER

Amis et ennemis de la laïcité

Le sous-titre de « La laïcité une exception française » est : "Regards croisés sur un principe républicain". 

Regards croisés, car ils se sont mis à dix pour le rédiger. Voici la présentation des contributeurs :

  • Jean-François CHALOT, ancien instituteur, a terminé sa carrière dans l'animation comme responsable chez les "Francas" ;
  • Claude BARRATIER, ancien instituteur, professeur et chef d'établissement, militant laïque de toujours ;
  • Jean-Marie BONNEMAYRE, Président du CNAFAL, des DDEN des Hautes-Pyrénées, administrateur de la FOL de ce département ;
  • Guylain CHEVRIER, docteur en histoire, ancien militant ouvrier, ancien membre de la mission laïcité du Haut conseil de l'intégration ;
  • Caroline FOUREST, journaliste, essayiste et réalisatrice ; lutte contre les intégrismes religieux catholiques, juifs et musulmans, l'antisémitisme et les extrémismes politiques ;
  • Julien GUERIN, professeur d'histoire, conseiller municipal ;
  • Eddy KHALDI, ancien enseignant, auteur notamment de L'ABC de la laïcité ;
  • Jean MOUROT, ancien instituteur, ancien responsable de la rubrique « laïcité-anticléricalisme » de la revue L'Ecole Emancipée ;
  • C.NABUM, ancien instituteur, conteur.
  • Nathalie ROCAILLEUX, psychologue clinicienne, Présidente du CDAFAL du Var.

Chacun(e) a participé à la rédaction d'un ou de plusieurs des 20 chapitres parmi lesquels « Laïcité et question sociale », « Liberté de conscience et caractère propre », « La gauche et le voile », « L'Eglise contre la loi »...

Le livre se termine par la présentation de cinq livres complémentaires (notamment celui de Jean-Pierre OBIN) pour ceux qui voudraient encore aller plus loin.

Quelques citations pour vous donner l'eau à la bouche :

  • D'abord, Jean JAURES en 1904 : « La démocratie a le devoir d'éduquer l'enfance ; et l'enfance a le droit d'être éduquée selon les principes mêmes qui assureront plus tard la liberté de l'homme. Il n'appartient à personne, ou particulier, ou famille, ou congrégation, de s'interposer entre ce devoir de la nation et ce droit de l'enfant. »
  • Georges WEILL, député allemand et correspondant de L'Humanité, qui était assis en face de Jaurès lors de son assassinat, écrivait : « L'idéal positif qui unit les partisans de la société laïque est facile à indiquer. Ils croient à l'existence d'une morale naturelle, accessible à tous les humains puisque tous sont doués de raison. Cette morale enseigne le respect de la personne humaine, de la nôtre aussi bien que des personnes étrangères. Elle enseigne le respect de la science, l'admiration pour les conquêtes accomplies par elle, l'espoir qu'elle en fera de plus grandes encore. Elle enseigne enfin l'amour de l'humanité, la confiance dans ses progrès, le désir d'y contribuer. »
  • Dans le chapitre « La laïcité et le Cnafal » Jean-Marie BONNEMAYRE écrit : « La laïcité est la condition essentielle de l'apprentissage de la liberté, de l'esprit critique et de la responsabilité. »
  • Dans le chapitre « Liberté de conscience et caractère propre », Eddy KHALDI remarque que « L'enseignement catholique suggère que la somme des intérêts particuliers et spécifiques constitue l'intérêt général. »
  • Claude BARRATIER (un homme), écrit dans le chapitre « Ennemis et défenseurs de la laïcité » : « La laïcité dans le monde se fait rare, menacée par tous les totalitarismes mais elle est comprise partout...Elle est ardemment souhaitée par les femmes. C'est peut-être par les avancées féministes que ce concept reprendra vie et force. »

Nous l’avons dit, la laïcité a eu des ennemis et il en demeure encore.

Hier, Hitler (voir plus bas), aujourd’hui des intégristes à contre courant d’une époque rationaliste.



Xavier de Beauvais, ancien curé de la paroisse de St Nicolas de Chardonnet, conseiller doctrinal de l’association catholique intégriste Civitas, a fait un discours intitulé « Sus à la laïcité » lors de sa « Fête du pays réel à Rungis le 24 mars 2018. On y a entendu ceci :
« Pour la laïcité, pas de quartier !..
La laïcité, avec la loi de 1905 est un principe produit par la Franc-Maçonnerie, c’est une conception naturaliste de la vie qui introduit l’athéisme dans le domaine politique, social, scientifique…aux antipodes de la doctrine chrétienne.
Pour l’Etat, l’homme est la valeur suprême, alors que c’est Dieu. »

Et de s’en prendre longuement à Jean Jaurès qui avait affirmé que la République devait être laïque et sociale, et qu’elle ne resterait laïque que si elle savait être sociale.

Ce n’est pas faux, l’Etat laique par notre constitution même fait du social tous azimuts, avec des déductions fiscales dont profite le Secours catholique aussi bien que le Secours populaire.

Mes recherches internet font apparaître une publicité pour Civitas, évoqué ci-dessus et qui lance son appel :

« Faites un don et déduisez de vos impôts »

Xavier de Beauvais stigmatise les « laïcards qui refusent la révélation chrétienne et considèrent que la religion serait une affaire strictement privée.
« la laïcité est la peste de notre époque… le pluralisme conduit à l’anarchie »

Et il combat la liberté de conscience qui ne se soumet pas à Dieu.

Aujourd’hui, pour notre tribun, « la France n’est plus chrétienne. Il faut avoir le courage de combattre les principes de la Révolution de 1789, avec Charles Mauras… jamais nos enfants n’iront dans une école où on a enlevé le crucifix.
Les chefs de la laïcité doivent être traduits en Haute Cour. Il faut tout faie pour une reconquête. »

Xavier de Beauvas n’a pas inventé la poudre ! Le 26 avril 1933 Hitler avait dans un discours précisé que « les écoles laïques ne doivent pas être tolérées car elles ne dispensent pas d’instruction religieuse, et une éducation morale sans fondement religieux est construite sur du vent. En conséquence la formation du caractère doit venir de la Foi. Nous avons besoin d’un peuple croyant. »



6 réactions


  • L'apostilleur L’apostilleur 3 septembre 2025 14:46

    En disant « les écoles laïques ne doivent pas être tolérées car elles ne dispensent pas d’instruction religieuse, et une éducation morale sans fondement religieux est construite sur du vent »

    Hitler était d’accord avec Robespierre qui fêtera l’Etre Suprême (toujours en préambule de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), considérant que la morale indispensable pour un peuple devait être enseignée par une religion.

    Pour Napoléon  « Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole...  »

    Rousseau développera une proximité avec Spinoza. Acteur de la déchristianisation, il avait néanmoins souligné cette nécessité d’accompagner le politique d’une religion de l’Homme. Il proposait une « introspection menant à retrouver en soi l’instinct de Dieu… mais aussi l’instinct moral » avec cet avertissement ; « ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront rien à chacune des deux ».

    ...

    https://onenpensequoi.over-blog.com/2020/11/la-religion-est-une-affaire-d-etat.html


  • L'apostilleur L’apostilleur 3 septembre 2025 14:56

    Robespierre a manifesté son anticléricalisme et sa foi en un Dieu. « … Il n’a point créé les prêtres pour nous atteler comme de vils animaux au char des rois, et pour donner au monde l’exemple de la bassesse, de l’orgueil, de la perfidie, de l’avarice, de la débauche et du mensonge ; mais Il a créé l’univers pour publier sa puissance ». La religion guide les mœurs pour Robespierre qui en use pour imposer ses principes éthiques ;  « Commandez à la victoire mais replongez surtout le vice dans le néant. Les ennuis de la République ce sont des hommes corrompus ».

     « .. La liberté et la vertu sont sorties ensemble du sein de la Divinité : l’une ne peut séjourner sans l’autre parmi les hommes. Peuple généreux, veux-tu triompher de tous tes ennemis ? Pratique la justice, et rends à la Divinité le seul culte digne d’elle. » (Robespierre)

    https://onenpensequoi.over-blog.com/2017/11/en-2017-le-conseil-d-etat-ose-ce-que-les-revolutionnaires-de-1789-n-avaient-jamais-imagine-il-decapite-la-croix-de-ploermel.html 


  • rogal 4 septembre 2025 09:22

    Ceci rappelé, on ne sait toujours pas si ce Dieu existe ou pas. Lequel, d’ailleurs ?


  • Francis Francis, agnotologue 4 septembre 2025 10:18

    Tout ce que dit en classe un enseignant laïc doit pouvoir être entendu par les parents de ses élèves sans qu’aucun d’eux n’y trouve à redire, quelles que soient leurs opinions politiques ou leurs croyances :

     
    « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire. » Jules Ferry


  • armand 4 septembre 2025 10:27

    Il ne faut hésiter à rappeler ce qu’est la laïcité.

    C’est une barrière etanche entre LES religions et le reste de la société/état/république/société.


  • Francis Francis, agnotologue 4 septembre 2025 10:42

    Sur l’athéisme (qui n’est pas la laïcité) :

    Les églises ont toujours été à la traine devant les avancées scientifiques de l’humanité. Le génie de la religion est d’avoir créé dans l’esprit des hommes un lien indéfectible entre le libre arbitre (la liberté) et l’âme, cette invention qui a fait la fortune des prêtres de tous ordres.

    Les athées qui acceptent ce lien se voient ipso facto dépossédés de leur libre arbitre, donc de leur nature humaine, aussi bien par des religieux que par des démons, j’ai cité les transhumanistes (*). En ce sens, les déistes et les démons sont des alliés objectifs.

    Je revendique la notion de libre arbitre athée : si déterminisme, il est de nature divine en ce sens que rien n’est au dessus. C’est ainsi que je comprends Sspinoza.

     

     (*) ne pouvant faire que les IA aient un libre arbitre, ils dépossèderont si on les laisse faire, les hommes du leur.

    « La clé de voûte de la doctrine Harari tient en une phrase : « le libre arbitre, qui sous-tend la liberté individuelle et donc la légitimité démocratique, est un mythe ! Par conséquent, rien ne s’oppose à ce qu’une intelligence artificielle prenne le contrôle du cerveau humain » (C’est là)


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