Analyse des élections 2026 en Hongrie
Ce 12 avril 2026 ont eu lieu les élections parlementaires en Hongrie, qui déterminent le premier ministre et la gouvernement, avec un changement de majorité où le parti Tisza (de Magyar Péter) a gagné une majorité de 2/3 des sièges, et où le parti Fidesz (de Orbán Viktor) a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis 16 ans. Analysons ce que ces résultats signifient. A noter qu'on a l'habitude en Hongrie d'écrire le nom avant le prénom, ce qui fait que le sketch de Rowan Atkinson sur Elton John serait moins drôle en Hongrie.
Un peu d'histoire
Un des évènements majeures de l'histoire moderne hongroise est l'invasion le 4 novembre 1956 par les chars soviétique, suite à la déclaration d'indépendance la même année par Nagy Imre, qui sera exécuté par le régime soviétique le 16 juin 1958. Orbán Viktor crée le parti FIDESZ 30 ans plus tard, en 1988, à l'âge de 24 ans, et est arrêté le 16 juin de la même année lors d'une manifestation de commémoration de l'exécution de Nagy Imre. Il est relâché et un an plus tard, le 16 juin 1989, en commémoration de l'exécution de Nagy Imre, devenu héros national, il prononce un discours historique qui signalera la fin du régime soviétique et entraînera la chute du mur de Berlin quelques mois plus tard en novembre 1089. Il acquiert par ces faits d'armes une très grande réputation et respect dans la population hongroise.
Il devient premier ministre de 1998 à 2002, mais est battu ensuite. Il s'oppose à la guerre en Irak en 2003, et est moyennement favorable à l'adhésion de la Hongrie à l'Union Européenne en 2004 (par référendum). C'est le parti successeur de l'ancien parti communiste soviétique qui est au pouvoir pour 8 ans, avec notamment Gyurcsányi Ferenc comme premier ministre – l'homme politique le plus détesté en Hongrie – qui a ruiné l'économie Hongroise et l'a obligé à demander un prêt au FMI.
Le parti de Orbán retourne au pouvoir en 2010 et vire le FMI. Il ferme les frontières à l'invasion de millions de migrants – 1.5 millions selon les estimations – qui passent par le frontière avec la Serbie en 2015, se mettant à dos l'ensemble de la classe dirigeante Européenne, mais obtient le soutient d'une grande partie de la population Européenne.
Suivent plusieurs années de succès économiques, jusqu'en 2022 et le début de la guerre Russie/OTAN. Il est souvent comparé à un De Gaulle Hongrois.
Magyar Péter, un membre du parti FIDESZ, quitte le parti en 2024 et crée le parti politique Tisza (du nom du deuxième fleuve le plus grand après le Danube). Ce pseudo ou meta parti regroupe en fait tous les autres partis de l'opposition, de l’extrême gauche à l'extrême droite, en dehors du parti Mi Hazánk – Notre Patrie – qui est le troisième parti à se présenter aux élections en 2026.
Résultats 2026
Le système politique Hongrois est un système parlementaire avec élections à un tour, où la moitié (environ) des sièges est attribué nominalement et l'autre moitié à la proportionnelle par liste. Les résultats sont sans appel : sur 199 représentants,
- Tisza remporte 53% des voix et 138 représentants
- Fidesz remporte 38% des voix et 55 représentants
- Mi Hazánk remporte 6% des voix et 6 représentants
Analyse
Pourquoi le parti Fidesz est-il passé de 128 représentants à 55 ? Il y a plusieurs explications à cela.
D'abord les plus faciles :
Premièrement : la fatigue, la corruption. Il est certains qu'après 16 ans d'un pouvoir sans partage avec une majorité absolue, la population est fatiguée du gouvernement en place. Il est aussi vrai que l'entourage d'Orbán est soupçonné de corruption ... qu'il soit plus ou moins corrompu que Zelensky ou von der Leyen n'est certain, mais, contrairement à ce que disaient les médias occidentaux la liberté de presse en Hongrie existe et a joué son rôle, rapportant largement les accusations de corruption.
Deuxièmement : la situation économique nationale. Pendant longtemps, Orbán a joué sur, et gagné avec, les investisseurs internationaux. Que ce soient les grands groupes automobiles – BMW, Mercedes, Audi, Suzuki – ou les grands groupes industriels internationaux – Bosch, National Instruments – la Hongrie représentait un pays avec une main d'œuvre très qualifiée et des infrastructures de qualité au centre de l'Europe. Mais cela s'est fait au détriment des l'industrie locale qui n'a pas créée beaucoup d'entreprises nationales, peu de PME, et la Hongrie est devenue dépendante des investisseurs internationaux, qui sont devenus frileux depuis un an et les incohérences de Trump, dont Orbán s'est montré proche.
Troisièmement : la situation politique internationale. Pendant longtemps, Orbán a joué la carte du rebelle, celui qui se dresse seul contre le reste du monde en ayant raison au final. C'était le cas avec la crise migratoire de 2015, avec la guerre en Ukraine depuis 2014, avec le soutient de Trump en 2024. Mais ses choix sont devenus mauvais depuis 2025, avec le comportement erratique de Trump, avec le soutient du criminel Nethanyahu, avec le gel du front Ukrainien. Les Hongrois pensent qu'il a perdu la flamme, qu'il n'a plus le flux, qu'il est devenu "has-been", et que le pays a besoin de sang neuf. Comme Trump, il a trahi son discours de souveraineté nationale en léchant les bottes des sionistes Israéliens.
Maintenant les plus subtils :
Mais il existe aussi, à mon avis, d'autres raisons plus subtiles à la défaite d'Orbán !
Personnelle : il est en politique depuis presque 40 ans, il a tout réussi, il va probablement rester dans l'histoire Hongroise comme un des plus grands chefs d'état du pays. Il a 62 ans et 5 enfants, que peut-il encore faire ou prouver ? Par cette défaite, il a, en plus, prouvé qu'il n'était pas l'autocrate que tous les médias prétendaient. Par cette défaite, il ridiculise les von der Leyen et autre Macrons ou Zelensky, qui s'accrochent à leur pouvoir comme des morpions, alors que plus personne ne peut les blairer. Par l'acceptation de cette défaite il marche dans les pas du général de Gaulle, son exemple, qui s'en va après le referendum perdu en 1969.
Idéologique : bien qu'il ait perdu les élections, il a imposé ses idées à toute l'Europe, et peut-être même au de-là. Il était le premier à s'opposer à l'immigration incontrôlée, c'est maintenant accepté et défendu par tous les politiciens Européens, et pas seulement ceux qualifiés d'extrême droite. Il a parlé avec le président Russe Putin quand tous les politiciens Européens le décrivaient comme "Putler" (contraction de Putin et Hitler). Il a défendu la souveraineté énergétique quand tous ne juraient que sur le solaire et l'éolienne. Il a gardé la monnaie nationale – le forint – quand tous s'alignaient sur l'€urodollar. Il s'est opposé à l'Ukraine, qui va probablement s'effondrer dans les mois qui viennent.
L'avenir
Et maintenant, que va-t-il se passer en Hongrie ? Que fera le nouveau pouvoir ? Que pourra faire le nouveau gouvernement ?
Est-ce qu'il va s'aligner sur l’Union Européenne de von der Leyen, de Macron, Merz, Stramer, Kallas ? Ces personnes sont encore plus has-been qu'Orbán, et seront désavouées – et virées – dans quelques mois, un an maximum. Est-ce qu'il va défendre l'Ukraine de Zelensky, qui est à genoux et ne survit plus que par l'obole d'une Europe elle-même en faillite et sans armée ? Est-ce qu'il va s'opposer à Trump qui se ridiculise déjà tout-seul et ne sait pas où il habite ?
Le nouveau gouvernement a une majorité de 2/3 et pourrait modifier la constitution ... mais avec quel objectif ? Le parti Tisza est une union de bric et de broc de partis qui n'ont aucun programme commun, un peu comme la NUPES en France aux législatives de 2025. Mis à part leur opposition à Orbán, ces partis ne proposent strictement rien. Les citoyens Hongrois eux-mêmes sont largement en accord avec les politiques du Fidesz de ces 15 dernières années, et le nouveau premier ministre Magyar Péter est d'ailleurs issu de ce parti. Le nouveau premier ministre Magyar Péter ne pourra probablement pas faire une politique bien différente d'Orbán Viktor, et ne le voudra pas de toutes façons.
Et là, on remarque qu'il y a un troisième parti dans le parlement, un vrai parti qui existe depuis longtemps, Mi Hazánk, qui signifie Notre Patrie. Leur programme est la souveraineté nationale, et siègent au parlement Européen avec la AFD allemande qui a le vent en poupe et est la force montante en Allemagne. Ils sont opposés à l'immigration, mais aussi à l'OTAN et toutes ses guerres, en particulier au génocide à Gaza, au Liban et en Iran. Bien qu'ils n'aient que 6 siège, ils seront probablement la force motrice du futur parlement Hongrois des prochaines années.
Conclusion
Par cette défaite, Orbán a, paradoxalement, assuré son héritage politique, imprimé dans l'amour de son pays et le respect des institutions. Il s'est inscrit en succésseur du général de Gaulle. Par l'acceptation humble de cette défaite, après 40 ans de pouvoir, il entre dans la légende. Et le petit parti souverainiste Mi Hazánk sera la puissance montante Européenne. Le parti Tisza, malgré sa large majortité, sera paralysée par ses dissensions et contradictions internes, par son soutient aux politiques désavouées de l'UE et ne pourra probablement rien faire de particulièrement particulier.


