mardi 14 avril - par Zolko

Analyse des élections 2026 en Hongrie

Ce 12 avril 2026 ont eu lieu les élections parlementaires en Hongrie, qui déterminent le premier ministre et la gouvernement, avec un changement de majorité où le parti Tisza (de Magyar Péter) a gagné une majorité de 2/3 des sièges, et où le parti Fidesz (de Orbán Viktor) a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis 16 ans. Analysons ce que ces résultats signifient. A noter qu'on a l'habitude en Hongrie d'écrire le nom avant le prénom, ce qui fait que le sketch de Rowan Atkinson sur Elton John serait moins drôle en Hongrie.

Un peu d'histoire

Un des évènements majeures de l'histoire moderne hongroise est l'invasion le 4 novembre 1956 par les chars soviétique, suite à la déclaration d'indépendance la même année par Nagy Imre, qui sera exécuté par le régime soviétique le 16 juin 1958. Orbán Viktor crée le parti FIDESZ 30 ans plus tard, en 1988, à l'âge de 24 ans, et est arrêté le 16 juin de la même année lors d'une manifestation de commémoration de l'exécution de Nagy Imre. Il est relâché et un an plus tard, le 16 juin 1989, en commémoration de l'exécution de Nagy Imre, devenu héros national, il prononce un discours historique qui signalera la fin du régime soviétique et entraînera la chute du mur de Berlin quelques mois plus tard en novembre 1089. Il acquiert par ces faits d'armes une très grande réputation et respect dans la population hongroise.

Il devient premier ministre de 1998 à 2002, mais est battu ensuite. Il s'oppose à la guerre en Irak en 2003, et est moyennement favorable à l'adhésion de la Hongrie à l'Union Européenne en 2004 (par référendum). C'est le parti successeur de l'ancien parti communiste soviétique qui est au pouvoir pour 8 ans, avec notamment Gyurcsányi Ferenc comme premier ministre – l'homme politique le plus détesté en Hongrie – qui a ruiné l'économie Hongroise et l'a obligé à demander un prêt au FMI.

Le parti de Orbán retourne au pouvoir en 2010 et vire le FMI. Il ferme les frontières à l'invasion de millions de migrants – 1.5 millions selon les estimations – qui passent par le frontière avec la Serbie en 2015, se mettant à dos l'ensemble de la classe dirigeante Européenne, mais obtient le soutient d'une grande partie de la population Européenne.

Suivent plusieurs années de succès économiques, jusqu'en 2022 et le début de la guerre Russie/OTAN. Il est souvent comparé à un De Gaulle Hongrois.

Magyar Péter, un membre du parti FIDESZ, quitte le parti en 2024 et crée le parti politique Tisza (du nom du deuxième fleuve le plus grand après le Danube). Ce pseudo ou meta parti regroupe en fait tous les autres partis de l'opposition, de l’extrême gauche à l'extrême droite, en dehors du parti Mi Hazánk – Notre Patrie – qui est le troisième parti à se présenter aux élections en 2026.

 

Résultats 2026

Le système politique Hongrois est un système parlementaire avec élections à un tour, où la moitié (environ) des sièges est attribué nominalement et l'autre moitié à la proportionnelle par liste. Les résultats sont sans appel : sur 199 représentants,

  • Tisza remporte 53% des voix et 138 représentants
  • Fidesz remporte 38% des voix et 55 représentants
  • Mi Hazánk remporte 6% des voix et 6 représentants
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    Analyse

    Pourquoi le parti Fidesz est-il passé de 128 représentants à 55 ? Il y a plusieurs explications à cela.

    D'abord les plus faciles :

    Premièrement : la fatigue, la corruption. Il est certains qu'après 16 ans d'un pouvoir sans partage avec une majorité absolue, la population est fatiguée du gouvernement en place. Il est aussi vrai que l'entourage d'Orbán est soupçonné de corruption ... qu'il soit plus ou moins corrompu que Zelensky ou von der Leyen n'est certain, mais, contrairement à ce que disaient les médias occidentaux la liberté de presse en Hongrie existe et a joué son rôle, rapportant largement les accusations de corruption.

    Deuxièmement : la situation économique nationale. Pendant longtemps, Orbán a joué sur, et gagné avec, les investisseurs internationaux. Que ce soient les grands groupes automobiles – BMW, Mercedes, Audi, Suzuki – ou les grands groupes industriels internationaux – Bosch, National Instruments – la Hongrie représentait un pays avec une main d'œuvre très qualifiée et des infrastructures de qualité au centre de l'Europe. Mais cela s'est fait au détriment des l'industrie locale qui n'a pas créée beaucoup d'entreprises nationales, peu de PME, et la Hongrie est devenue dépendante des investisseurs internationaux, qui sont devenus frileux depuis un an et les incohérences de Trump, dont Orbán s'est montré proche.

    Troisièmement : la situation politique internationale. Pendant longtemps, Orbán a joué la carte du rebelle, celui qui se dresse seul contre le reste du monde en ayant raison au final. C'était le cas avec la crise migratoire de 2015, avec la guerre en Ukraine depuis 2014, avec le soutient de Trump en 2024. Mais ses choix sont devenus mauvais depuis 2025, avec le comportement erratique de Trump, avec le soutient du criminel Nethanyahu, avec le gel du front Ukrainien. Les Hongrois pensent qu'il a perdu la flamme, qu'il n'a plus le flux, qu'il est devenu "has-been", et que le pays a besoin de sang neuf. Comme Trump, il a trahi son discours de souveraineté nationale en léchant les bottes des sionistes Israéliens.

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    Maintenant les plus subtils :

    Mais il existe aussi, à mon avis, d'autres raisons plus subtiles à la défaite d'Orbán !

    Personnelle : il est en politique depuis presque 40 ans, il a tout réussi, il va probablement rester dans l'histoire Hongroise comme un des plus grands chefs d'état du pays. Il a 62 ans et 5 enfants, que peut-il encore faire ou prouver ? Par cette défaite, il a, en plus, prouvé qu'il n'était pas l'autocrate que tous les médias prétendaient. Par cette défaite, il ridiculise les von der Leyen et autre Macrons ou Zelensky, qui s'accrochent à leur pouvoir comme des morpions, alors que plus personne ne peut les blairer. Par l'acceptation de cette défaite il marche dans les pas du général de Gaulle, son exemple, qui s'en va après le referendum perdu en 1969.

    Idéologique : bien qu'il ait perdu les élections, il a imposé ses idées à toute l'Europe, et peut-être même au de-là. Il était le premier à s'opposer à l'immigration incontrôlée, c'est maintenant accepté et défendu par tous les politiciens Européens, et pas seulement ceux qualifiés d'extrême droite. Il a parlé avec le président Russe Putin quand tous les politiciens Européens le décrivaient comme "Putler" (contraction de Putin et Hitler). Il a défendu la souveraineté énergétique quand tous ne juraient que sur le solaire et l'éolienne. Il a gardé la monnaie nationale – le forint – quand tous s'alignaient sur l'€urodollar. Il s'est opposé à l'Ukraine, qui va probablement s'effondrer dans les mois qui viennent.

     

    L'avenir

    Et maintenant, que va-t-il se passer en Hongrie ? Que fera le nouveau pouvoir ? Que pourra faire le nouveau gouvernement ?

    Est-ce qu'il va s'aligner sur l’Union Européenne de von der Leyen, de Macron, Merz, Stramer, Kallas ? Ces personnes sont encore plus has-been qu'Orbán, et seront désavouées – et virées – dans quelques mois, un an maximum. Est-ce qu'il va défendre l'Ukraine de Zelensky, qui est à genoux et ne survit plus que par l'obole d'une Europe elle-même en faillite et sans armée ? Est-ce qu'il va s'opposer à Trump qui se ridiculise déjà tout-seul et ne sait pas où il habite ?

    Le nouveau gouvernement a une majorité de 2/3 et pourrait modifier la constitution ... mais avec quel objectif ? Le parti Tisza est une union de bric et de broc de partis qui n'ont aucun programme commun, un peu comme la NUPES en France aux législatives de 2025. Mis à part leur opposition à Orbán, ces partis ne proposent strictement rien. Les citoyens Hongrois eux-mêmes sont largement en accord avec les politiques du Fidesz de ces 15 dernières années, et le nouveau premier ministre Magyar Péter est d'ailleurs issu de ce parti. Le nouveau premier ministre Magyar Péter ne pourra probablement pas faire une politique bien différente d'Orbán Viktor, et ne le voudra pas de toutes façons.

    Et là, on remarque qu'il y a un troisième parti dans le parlement, un vrai parti qui existe depuis longtemps, Mi Hazánk, qui signifie Notre Patrie. Leur programme est la souveraineté nationale, et siègent au parlement Européen avec la AFD allemande qui a le vent en poupe et est la force montante en Allemagne. Ils sont opposés à l'immigration, mais aussi à l'OTAN et toutes ses guerres, en particulier au génocide à Gaza, au Liban et en Iran. Bien qu'ils n'aient que 6 siège, ils seront probablement la force motrice du futur parlement Hongrois des prochaines années.

     

    Conclusion

    Par cette défaite, Orbán a, paradoxalement, assuré son héritage politique, imprimé dans l'amour de son pays et le respect des institutions. Il s'est inscrit en succésseur du général de Gaulle. Par l'acceptation humble de cette défaite, après 40 ans de pouvoir, il entre dans la légende. Et le petit parti souverainiste Mi Hazánk sera la puissance montante Européenne. Le parti Tisza, malgré sa large majortité, sera paralysée par ses dissensions et contradictions internes, par son soutient aux politiques désavouées de l'UE et ne pourra probablement rien faire de particulièrement particulier.

     



21 réactions


  • Gérard Luçon Gérard Luçon 14 avril 12:20

    je ne connais la Hongrie, et dans la foulée les hongrois, que depuis 1975, des gens adorables mais très fiers d’eux-mêmes, de leur passé ... je me demande si Magyar n’est pas Orbàn, mais en pire !!!


    • Zolko Zolko 14 avril 13:53

      @Gérard Luçon : on ne sait pas vraiment ce que Magyar Péter pense et représente. A part être contre Orbán


    • Gérard Luçon Gérard Luçon 14 avril 15:08

      @Zolko
      le « divorce » entre les deux a eu lieu après les sordides affaires judiciaires de Magyar dont la compagne était la ministre de la justice, par ailleurs Fidesz a fait une campagne particulièrement faible, comme si refiler le bébé à un autre n’était pas une solution transitoire !


    • Zolko Zolko 15 avril 11:47

      @Gérard Luçon : on commence à voir ce que « pense » ce Magyar Péter !
       
      Il ferme les médias publics (sous prétexte qu’ils sont aux bottes des amis de Orbán) et il exige le départ du président actuel, légitime, de la Hongrie, Sulyok Tamás. En gros, il veut concentrer TOUS les pouvoirs.
       
      J’imagine que ça plait à von der Macron.


    • Zolko Zolko 16 avril 10:03

      @Zolko : ça y est, Magyer Péter a demandé l’abandon de la monnaie nationale forint pour adopter l’€uro


  • Enki Enki 14 avril 14:51

    J’ai demandé à Grok, et je ne suis pas allé plus loin, qui explique que c’est le marasme économique, d’un pays sans croissance qui use l’électorat. La jeunesse émigre pour chercher à travailler, tandis la la population baisse de façon continue depuis cinquante ans. Ce sont donc des raisons domestiques qui l’ont emporté, avec un Viktor Orban qui a du charisme, mais sans trouver un modèle économique de développement. On sait que l’UE refuse de payer 17 milliards d’euros qu’elle doit à la Hongrie à cause de sa désobéissance et ça pèse.

    Magyar Peter je ne connais pas.


    • Gérard Luçon Gérard Luçon 14 avril 15:12

      @Enki
      et Grok a lu Le Monde et Le Figaro et vous a dit que la jeunesse hongroise se barrait .... j’ai comme un doute !!!


    • Enki Enki 14 avril 15:32

      @Gérard Luçon

      Encore une fois, je dis simplement ce que j’ai lu, je n’affirme pas ce qui est vrai.
      J’ai demandé à Grok d’aller chercher dans les médias hongrois de différentes tendances pour me répondre.
      Et j’ai regardé après :
      https://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/hongrie-population/
      Il y a bien un problème structurel, économique et démographique et Orban, avec ses 16 ans de pouvoir n’ a pas changé la donne. Pas pour dire que c’est simple et que c’est de sa faute, mais qu’il peut aussi y avoir des raison internes à la Hongrie. Nous on cherche surtout à savoir si un président est atlantiste ou non aligné.


    • Zolko Zolko 14 avril 16:10

      @Enki : oui, la population Hongroise diminue ... mais est-ce un problème ? Peut-on à la fois dire que « nous » consommons trop de ressources planétaires et vouloir être de plus en plus nombreux ? 
       
      Orbán a reconnu ce fait, mais au lieu d’accepter la diminution de la population et construire une société  et une économie  basé sur ce fait, il a pondu des politiques natalistes, mais qui ne marchent pas. Il a donc failli sur les 2 tableaux. 
       
      Mais c’est toujours mieux qu’en Allemagne, où ils cherchent à compenser la baisse de la population par une immigration de masse issue de cultures incompatibles.


    • Enki Enki 15 avril 06:14

      @Zolko

      Oui, c’est sûr qu’une invasion migratoire coranique d’Afrique ruinerait ce pays peuplé de moins de 10 millions d’habitants encore plus rapidement. Pour le reste, je n’irai pas plus loin, ne connaissant rien de ce pays et sachant que nos médias atlantistes ne sont d’aucune aide pour comprendre.


    • Enki Enki 15 avril 06:20

      @Gérard Luçon

      Ok, Viktor ayant été élu la première fois en 2010, on voit une bonne progression du PIB. Pas la même photo que celle du Worldometer.
      Langue au chat.


    • Gérard Luçon Gérard Luçon 15 avril 06:51

      @Enki
      pour la population il y a diminution mais le processus a commencé bien avant l’arrivée d’Orban au pouvoir
      https://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/hongrie-population/#google_vignette


    • Zolko Zolko 15 avril 09:26

      @Enki

      Viktor ayant été élu la première fois en 2010

       
      non, c’était en 1998. Il a ensuite été battu en 2002, puis ré-élu en 2010.

  • placide21 14 avril 16:35

    Hongrie : Ce que Macron et von der Leyen n’ont pas lu : le programme conservateur et souverainiste de Péter Magyar, à compter du 1er juin 2026, le programme interdit l’importation de travailleurs immigrés venus de pays hors d’Europe ect......https://www.breizh-info.com/2026/04/13/258882/hongrie-le-programme-de-peter-magyar-decrypte-ce-que-macron-von-der-leyen-et-la-presse-europeenne-nont-pas-lu-ou-ont-feint-dignorer/


  • Mustik 14 avril 17:59

    Quand Wonder Lesgaines est contente c’est mauvais signe pour le peuple...

    Les Hongrois ont fait le coup des Français à De Gaulle en 1969, z’ont pas fini de regretter...


  • miko 14 avril 20:00

    qqn qui écrit un soutien avec un T à plusieurs reprises et qui écrit le « criminel » Netanyahou, passons notre chemin, qualité zéro


    • Com une outre 14 avril 20:52

      @miko
      Vous avez raison, Neta est plutôt un terroriste criminel.


    • Zolko Zolko 14 avril 22:16

      @miko

      qqn qui écrit un soutien avec un T à plusieurs reprises

       
      vous avez raison que c’est pénible, mais il est impossible de corriger un article une fois qu’on l’a proposé, même si on a repéré des erreurs. J’ai aussi écrit 1089 au lieu de 1989, « qqn » avec un oeuil aussi aiguisé que vous aurait pu le remarquer. 

      Enfin ... vous ne pouvez pas savoir puisque vous n’avez écrit aucun article


  • Krokodilo Krokodilo 15 avril 01:36

    Il paraît que le taux de participation de la communauté gitane de Hongrie a été particulièrement élevé, un peu comme si des euros avaient un peu aidé ! Vrai ou faux, je n’en sais rien, j’attends les enquêtes de nos médias mainstream pour savoir s’il y a eu ingérence pro-UE comme en Roumanie...

    Le nouveau est d’accord pour les fournitures militaires à Kiev, mais veut son gaz et son pétrole russe  ce qui s’oppose aux sanctions européennes-, et demande le respect linguistique du hongrois en Ukraine. Ca s’annonce compliqué...


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