mercredi 29 octobre 2025 - par Jacques-Robert SIMON

Analyses qualitative et quantitative

Il y a deux façons de décrire la Réalité, l'une qualitative fait appel aux ressentis, l'autre quantitative utilise mesures et nombres. La première a fait place peu à peu à la seconde au fil du temps laissant les dieux en marge comme références absolues pour laisser la domination aux lois et aux votations.

PNG

Une définition précise de l'analyse qualitative est difficile à trouver mais quelques images permettront de la cerner.

En Chimie, l’analyse qualitative consiste à déterminer la nature de différents ions dans une solution sans aucune mesure quantitative telle que la pesée ou l'usage de spectromètres. Pour ce faire une suite de réactifs sont successivement ajoutés en observant à chaque étape la nature de la couleur obtenue ou l’apparition d’un précipité. Ainsi 5 ou 6 cations comme Fe3+ ou Cd2+ peuvent être détectés, mais on ne connait rien de leurs concentrations. La gravimétrie permet de déterminer celles-ci en pesant les filtrats qui se forment en ajoutant un réactif qui s'associe spécifiquement à un cation donné. Il s’agit alors de l’analyse quantitative.

Les aspects qualitatifs et quantitatifs se retrouvent dans le monde des humains. Lorsque vous rencontrez une créature vous pouvez dire, avec le tact et la distance qui conviennent, si elle est belle, charmante, attirante ou bien disgracieuse, peu amène, peu accorte. Vous pouvez même en tomber amoureux ou la haïr dès qu'elle ouvre la bouche. Il s'agit de l'approche qualitative. Le même individu, selon une description quantitative, parlera du nombre de ses yeux (en général deux), la longueur en centimètres de ses cheveux, sa taille, son poids, le montant de son PEL (Plan épargne logement). La perception globale précédente fait place à la dissection en de nombreux facteurs élémentaires auxquels on associe un nombre pour caractériser le tout. Les sentiments affrontent les mesures.

La vie n'est faite que de décisions et il importe de déterminer si l'une ou l'autre des méthodes est la plus efficace.

Vous avez le choix entre une glace à la vanille et une plaquette de chocolat, vous pouvez dans l'instant vous précipiter sur votre gourmandise préférée sans réfléchir un instant. Le "pourquoi" de cette action n’a aucune importance pour vous, mais vous êtes satisfait. Etait-ce votre friandise habituelle ? Suivez une sollicitation publicitaire récente ? Votre mère vous avait-elle donné cette préférence ? En fait la vision des deux friandises déclenche chez vous toute une série de réactions chimiques l'une d'entre elles liée à la dopamine dite hormone du plaisir. C'est un neurotransmetteur libéré par un neurone vers un autre neurone selon un processus dit non-linéaire, l'effet n'est pas proportionnel à la cause. Ainsi un message d'entrée complexe et même brouillé peut être transformé en une réponse de sortie simple et déterminée.

Le choix entre la glace à la vanille et la plaquette de chocolat peut être fait d'une façon bien plus rationnel en disséquant la composition chimique de l'un et de l'autre (triglycérydes, lactose, saccharose, carotène, sucres, riboflavine...), en déterminant le poids de chacun des composants et en décidant en fonction de ce que l'on pense être le plus approprié pour son désir de l'instant ou son régime alimentaire. La seconde méthode est logique, rationnelle mais compliquée si l’on veut tenir compte de tous les facteurs. Par exemple il faut aussi considérer les interactions possibles entre les constituants deux à deux puis tous ensembles.

Un mélange qualitatif-quantitatif peut survenir dans de nombreux cas. Un homme (ou une femme) peut être attiré viscéralement par quelqu'une ou quelqu'un de très riche, par une voiture de prix, par un bijou couteux.Dans ce cas, la vision globale se transorme en un nombre précis, le plus important étant généralement le plus intéressant.

Le choix ou la décision peuvent être aussi "éduqués". Un Homme seul obéira aveuglément à un Dieu dont il ne perçoit que très faiblement les contours, un autre se soumettra sans barguigner à des lois que d'autres ont écrites, mais ces autres, souvent des élus, sauront-ils échapper à leurs émotions. De plus, l'art d'utiliser les faits divers pour faire avancer une cause n'a pas à être appris aux politiciens de tous acabits.

Le couple Homme-chose montre déjà l'inextricable entremêlement entre les ressentis humains et la rationalité 'apparente) des nombres, mais qu'en est-il d'interactions entre humains surtout lorsqu'il s'agit de prendre une décision tranchée qui concerne l’essentiel ?

Un couple se promène main dans la main. Chacun est également et éminemment structuré, leurs capacités mentales ne différent en rien. Un arbre bouche leur chemin, l'une veut aller à droite, l'autre à gauche, si aucun accord préalable et arbitraire n'a été pris auparavant, une forte probabilité de choc va s'ensuivre. Les ressentis de l'homme comme de la femme n'y peuvent rien, une décision implique une part d'arbitraire. Pour une collectivité, presque toujours emprise aux émois, un Dieu immatériel mais tout puissant fera l'affaire. Des livres sacrés permettront de savoir quoi faire pour les cas les plus improbables. Les livres de référence seront écrits par des savants en liaison direct avec l’être suprême qu’il est plus prudent de ne pas remettre en cause. Généralement les préceptes sont le gage de la perpétuation de l'espèce. Les sociétés suffisamment opulentes pour être plus réalistes vont se doter de lois inspirés par d'autres sages mais complétées par des cénacles peuplés d'élus. Les votations deviennent ainsi un nouveau sacré et même dans les dictatures les plus féroces il est de bon ton d'organiser des élections quitte à les truquer. Mais en général, un simple modelage des opinions par l'ensemble des médias ou des moyens de communication suffit largement à assurer d'avance le résultat de toute élection. On invoque souvent à cet égard la désolante nécessité de l'arbitraire.

 

Le propre de l'humain n’est pas le nombre ou la machine mais les sentiments, l'affectif, les émois qu'il sublime dans des valeurs immatérielles comme la loyauté, l'honnêteté, la Justice. Alors rien n'est intangible, tout est fugace, rien n'est certain, il n’a que son bon sens pour se coltiner avec la réalité. Son intelligence peut le conduire dans des endroits où des certitudes peuvent le rassurer : celui des chiffres, des nombres, des équations, des lois physiques, juridiques. Les chiffres apparurent il y a environ 30 000 ans pour compléter les notions devenus un peu trop frustres pour aller au-delà de l’unité, de deux et de beaucoup. Durant le Néolithique, il y a environ 10 000 ans, la transformation des chasseurs-cueilleurs en agriculteurs par la division du travail que cela imposait nécessita l'apparition de la monnaie pour remplacer le compte sur les doigts qui existait déjà. Au fil des siècles, la complexité augmenta.

Depuis lors il a y eu maints Progrès techniques même si l'élévation de l'âme humaine peut être contestée. Rembrandt était bien seul au sommet de son art que le plus grand nombre ne rêvait même pas d'égaler. Ce fut possible d'une certaine façon avec l'usage de la photographie qui permit à la plupart de rêver être des artistes. Mais les chefs d'oeuvre qui changent le monde ne se font pas grâce aux innovations du jour ; ils proviennent des plus grandes profondeurs de tout un être, de son coeur, de ses tripes, et personne ne sait vraiment par quel mécanisme.

Les caractéristiques des approches qualitatives et quantitatives du Réel doivent aussi être considérées par leurs extremums : l'Amour et l'Argent bibliquement antagonistes non pas pour des raisons morales mais par leurs façons de voir le Monde. Il est impossible de décrire le sentiment amoureux, ce n'est qu'à l'usage du temps que l'on s'aperçoit qu'il apporte tout ce que l'on souhaite pour le présent comme pour l'éternité. Bien évidemment même si l'argent permet de connaître des extases tarifés hors du commun, il n'a rien à voir avec l'Amour qui reste toujours un idéal inaccessible

Et même : l'amour de l'Argent est à la racine de tous les maux car il implique de dominer suffisamment de gens "ordinaires" pour pouvoir en tirer profit. Toutes ces considérations sont de toute façon caduque : le post-humain s’annonce.



2 réactions


  • SilentArrow 29 octobre 2025 09:21

    @Jaques-Robert SIMON

    Vous avez raté l’occasion de citer cette thèse dialectique de Hegel, Marx et Engels : « La quantité se transforme en qualité ».

    Autrement dit, une différence quantitative peut conduire à une différence qualitative.

    Prenons par exemple le dromadaire. Ajoutez-lui une bosse, rien qu’une, et vous obtenez un chameau.


Réagir