André Pironneau (alter ego de Charles de Gaulle) : « Le Front populaire, voilà l’ennemi » (105)
Revenons, pour quelques instants, sur l’article publié par Jean Delage à la page une de L’Écho de Paris, au lendemain de la grande manifestation du 14 juillet 1935 qui aura signé la venue, sur la place publique, de ce Front populaire qui ne tarderait pas à être abhorré par les… possédants.
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De fait, il n’apparaissait qu’en bas à droite, et dans un espace étroitement mesuré… Tandis que ce qui retentissait à la une avait une tonalité totalement différente et une présence massive… En voici quelques exemples :
« Le Paris patriote a magnifiquement célébré la fête nationale »
« Une foule innombrable a acclamé avec une particulière ferveur l’armée, ses troupes, ses chefs et ses drapeaux »
« Cinquante-deux mille Croix de Feu au milieu d’un enthousiasme indescriptible ont défilé devant le "Soldat inconnu" »
« Six cents avions ont défilé dans le ciel de Paris »
« Le colonel de La Rocque a été l’objet d’ovations frénétiques »
Le temps de reprendre notre souffle… et nous passons en bas et à droite… où nous atteignons un titre légèrement acide : 150.000 manifestants défilent en désordre de la Bastille à Vincennes.
Évidemment, tout cela ne marche pas au pas… ce qui permet d’épingler, sans doute, le laisser-aller des principaux responsables : « Sous la conduite de MM. Daladier, Pierre Cot, Frot et Marty, femmes, enfants, vieillards, tout était descendu ».
Mais Pierre Cot, c’est aussi Jean Moulin… et puis la création – par ces deux-là - de ce que Charles de Gaulle rebaptiserait le… Conseil National de la Résistance… qui est donc né du Front populaire de lutte contre le fascisme, dont Jean Delage croit pouvoir se moquer en sous-titrant ainsi la photographie qu’il joint à cet article-là : « Les « troupes » du Front populaire comprenaient beaucoup de femmes. En voici qui, pour faire le salut communiste, tendent méchamment leur petit poing ».
Rigolade, donc, que tout cela ?
Peut-être pas autant qu’il y paraît sur cette première page… Passons à la deuxième, et retrouvons le même Delage qui ne peut manquer d’avouer que c’est l’ensemble du monde du travail qui est venu, ce jour-là, faire face à… l’armée, et à la France des possédants plus ou moins rangée derrière elle…
Et voici la liste éblouissante des organisations venues dire qu’elles refuseraient de se séparer avant d’en avoir terminé avec le fascisme :
« La Ligue des droits de l’homme ; le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes Amsterdam-Pleyel ; les anciens combattants ; le parti radical républicain et radical-socialiste ; le parti S.F.I.O. ; le parti communiste ; l’intergroupe des partis socialistes (socialistes de France, socialistes français, républicains socialistes) ; le parti socialiste français ; le parti socialiste de France ; le parti radical-socialiste Camille Pelletan ; les pupistes, la République rouge ; le Secours rouge international ; les amis de l’U.R.S.S. ; le Réveil intellectuel des femmes ; la Ligue internationale des combattants de la paix ; le Comité national du Cinquantenaire de Victor Hugo ; la Fédération des locataires de la région parisienne ; la Fédération ouvrière et paysanne des associations de mutilés, veuves, orphelins de la guerre et anciens combattants ; l’Union des Jeunesses pacifistes de France ; la Fédération autonome des fonctionnaires ; le Secours ouvrier international ; la Fédération sportive et gymnique des travailleurs ; la Fédération nationale des P.T.T. ; la Fédération nationale des libres penseurs de France et des colonies ; la Fédération du petit commerce et de l’artisanat ; le Cercle des coopérateurs révolutionnaires ; le Comité fraternel des francs-maçons révolutionnaires ; la Fédération des officiers de réserve républicains ; l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires ; la Ligue anti-impérialiste ; la Ligue des médecins contre la guerre ; l’Université ouvrière ; l’Union des comités de chômeurs ; la Ligue des femmes pour la paix et la liberté ; l’Union fraternelle des femmes contre la guerre et la misère ; la Ligue internationale contre l’antisémitisme ; l’Union des municipalités communistes, etc., etc. »
Et puis – serait-ce pour couronner le tout, et annoncer indirectement la venue, pourtant alors très lointaine, de Jean Moulin au Panthéon ? -, une photographie apparaît, qui porte la légende : « M. Pierre Cot, juché sur un taxi, adopte en souriant d’aise, le salut communiste ».
Tous ces gens-là – hommes, femmes, enfants, vieillards – sont-ils donc tellement dangereux ? Mais, bien sûr, s’exclamera André Pironneau dans le numéro du 11 août 1935 de L’Écho de Paris, puisque, ainsi que le proclame le titre qu’il choisira de donner à son article : C’est le sort du pays, c’est le sort du régime qui sont en jeu
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Or, ainsi que nous l’apprenons aussitôt : il s’agit là d’une formule que Pierre Laval – président du Conseil et ministre des Affaires étrangères - vient d’utiliser comme conclusion à l’allocution qu’il adressait aux préfets… Trop mou, cependant, le gaillard, aux yeux du grand promoteur de Vers l’armée de métier !
« Déjà le chef du gouvernement a trop attendu. S’il tergiverse encore, l’œuvre de redressement économique et financier qu’il a courageusement entreprise sera détruite, à peine commencée. La bonne volonté des Français à supporter les sacrifices qui leur sont imposés se détendra, le sentiment de leur efficacité s’affaiblira, tandis que l’irritation prévaudra qu’aura suscitée leur rigueur. Les exploiteurs de cette irritation auront beau jeu. Le langage qu’ils ont déjà tenu, les menaces qu’ils ont déjà proférées, les désordres qu’ils ont déjà provoqués attestent qu’ils ne reculeront devant rien pour réaliser leur dessein ; l’installation d’un pouvoir révolutionnaire par la violence et, s’il le faut, par la suppression des personnes. »
Et ce corps cuirassé qui tarde tant à naître !... et dont le lieutenant-colonel de Gaulle a déjà fourni à Paul Reynaud le mode d’emploi dans le cadre d’un usage interne de très bon aloi ! N’est-ce pas la solution radicale ?...
« Or, nous sommes en période pré-révolutionnaire. Le Front populaire, voilà l’ennemi ; entre nous et lui, c’est maintenant une question de force. Au gouvernement, gardien de l’ordre et de la sécurité publique, de mettre à leur service et pour leur sauvegarde la force que lui donnent la loi, le droit et la volonté de l’immense majorité des citoyens. »
Toutefois, en ce temps-là, il y avait bien mieux à espérer de Charles de Gaulle sur le plan extérieur, en offrant au poulain d’André Pironneau une éventuelle reconnaissance allemande de ses talents de stratège militaire… Certes, il eût été un peu risqué d’aller répéter à tue-tête que, grâce à une initiative d’Adolf Hitler et depuis presque un an (février 1935), il était devenu un auteur à succès outre-Rhin grâce à son très français : Frankreichs Stoßarmee – Das Berufsheer – die Lösung von morgen.
L’Histoire mondiale nous fournit-elle un exemple aussi criant de trahison éhontée que ce qui se trouve formulé, le 20 janvier 1936, en titre à la une de L’Écho de Paris, et sous la signature de son secrétaire général ? Le plan de Gaulle… réalisé par les Allemands…
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Ici le « corps cuirassé » aura perdu son titre d’origine… mais n’est-ce pas plus parlant de lui voir prendre la belle identité que voici en bout de phrase ?...
« Le personnel se compose, bien entendu, de militaires servant par contrat : militaires de carrière et engagés volontaires, la plupart de ces derniers sortant tout instruits du Corps automobile national-socialiste. »
Et rendons immédiatement à César ce qui est à César (coucou, Adolf !)…
« Autrement dit le Reich est en train, de se constituer un corps d’élite spécialisé, prêt à marcher au premier signal, d’une extrême puissance de manœuvre et de choc. Il le fait exactement – sans en omettre même un détail – d’après le plan que le colonel de Gaulle a proposé, voici deux ans, dans son ouvrage Vers l’armée de métier. »
Vivement juin 1940 !
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine CUNY
