André Pironneau en route pour fournir à l’élite militaire de quoi « appliquer aux révolutionnaires le traitement qu’ils méritent » (114)
Tandis qu’il s’efforçait de démontrer, à travers la publication d’un brûlot dont le contenu n’aura jamais pu être authentifié, que le parti communiste français était directement impliqué dans le déclenchement de la guerre d’Espagne à laquelle il aurait voulu donner aussitôt une tonalité sanglante, André Pironneau en était venu à écrire ceci :
« Nous sommes convaincu que M. Daladier, ministre de la Guerre et de la Défense nationale, a ordonné que soient prises les mesures préventives de défense et de protection qui s’imposent. Au surplus, nous avons confiance dans notre armée, dans ses cadres, dans ses chefs qui, eux, ont fait la guerre et sauraient, avec une rigueur impitoyable, appliquer aux révolutionnaires le traitement qu’ils méritent. » (L’Écho de Paris, 14 janvier 1937)
Onze jours plus tard, c’est-à-dire dans le numéro du 25 janvier, il publiait un article intitulé : À la veille du grand débat - La rénovation de notre politique militaire
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k816159z/f1.image.zoom
« On sait que les très importants crédits, demandés à cet égard par le gouvernement, ont été votés déjà en même temps que le budget. »
Désormais, la question était, donc, de savoir de quelle façon l’augmentation annoncée des moyens consacrés à la défense allait se répartir au sein même de cette armée dont André Pironneau espérait vivement voir les cadres, les chefs « qui, eux, ont fait la guerre » pouvoir, « avec une rigueur impitoyable, appliquer aux révolutionnaires le traitement qu’ils méritent ».
Commençons par ceci :
« Si l’on voulait condenser dans une formule le caractère de renforcement qui est, enfin, entrepris, on pourrait dire qu’il vise à accroître la puissance des armées françaises par un vaste effort de qualité. »
Ajoutons-y aussitôt cela :
« On voit que la modernisation de notre système militaire nous conduit, d’une part à développer les éléments mécaniques de nos forces et, d’autre part, à fournir ces éléments d’un personnel d’élite. »
Et rassurons-nous, enfin :
« C’est à quoi, effectivement, sont destinés en majeure partie les quatorze milliards et demi de crédits extraordinaires que la France entend, en quatre ans, consacrer à ses moyens de défense. »
Prudent, puisque le débat parlementaire est tout proche, et qu’il se présente sous des auspices très favorables – grâce en particulier au vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense nationale et de la Guerre du gouvernement de Front populaire, Édouard Daladier -, André Pironneau souligne ce qui ressemble à un équilibre parfait :
« Assurément, le principe de la nation armée, en vertu duquel la défense nationale incombe aux masses mobilisées, demeure valable et même s’étend désormais à toutes les ressources matérielles du pays. Mais un autre principe s’impose avec une force égale, savoir : la nécessité de spécialiser, sur terre, sur mer et dans les airs, divers corps de qualité, utilisant un matériel de choix et capables d’agir à tout moment, sans délai ni apprentissage. »
Or, c’est bien Édouard Daladier qui « pouvait annoncer que l’effectif de nos militaires de carrière était monté, en un an, de 116.000 à 144.000 – sans compter les jeunes engagés – et ne cessait de s’accroître ! »
Maintenant que l’affaire est apparemment bien engagée – et compte tenu de ce qu’entre-temps auront révélé les combats en Espagne qui ne font pas toujours la part belle à la cuirasse et au moteur –, André Pironneau le concède assez volontiers…
« Sans doute, est-il bien vrai que les divisions blindées ne sont pas une panacée et que le char n’est pas invulnérable. »
Certes, celui-ci ne pourrait pas être ramené au seul rôle de hors-d’œuvre qui, sans la suite, ne mènerait pas très loin… Mais, sous la forme d’une entrée de choix…
« Le char moderne est, par excellence, l’instrument de l’attaque et de la contre-attaque. »
L’expérience espagnole a toutefois fortement réduit les espérances de ses plus chauds partisans, jusqu’à contraindre André Pironneau à devoir même paraître remettre en cause son rôle dans la spécialité qui semblait devoir être la sienne…
« Sous prétexte qu’il peut périr, devrons-nous nous en passer et, le cas échéant, faire attaquer ou contre-attaquer, seule, la glorieuse infanterie qui, elle, est « justiciable » de toutes les armes sans exception ? »
Il lui faut donc en convenir, bien malgré lui…
« La vérité est, sans doute, que les chars ne produiraient tous leurs effets que s’ils étaient employés en masse et par surprise. De là, précisément, la nécessité de les grouper en un corps, lequel doit, au surplus, être doté de fractions d’infanterie et d’artillerie spécialisées dans la tâche de les appuyer comme il faut. »
Sinon, la catastrophe est pratiquement assurée !... À moins qu’il s’agisse d’aller faire imploser des foules plus ou moins désorganisées… et de s’en retourner ensuite tranquillement à la caserne !...
Il faut donc y insister : l’armée de métier et son « corps cuirassé » sont une très bonne chose… qui ne pourra pas échapper à ce curieux raisonnement qu’André Pironneau aura forgé pour convaincre les derniers incrédules d’une nécessité imparable :
« Eh quoi ! dit-on quelquefois, voulez-vous donc couper l’armée en deux ? D’un côté, une fraction privilégiée, de l’autre, une masse mal pourvue. Cela fait, on verra l’opinion s’engouer de ce qu’il y aura de plus moderne et de plus brillant. Du même coup, le prestige et les crédits iront de préférence au corps spécialisé, non sans dommage pour la nation armée. Quelles graves conséquences risquerait d’entraîner une pareille discrimination ! »
Nenni, point du tout, répond-il lui-même… C’est que, déjà, les jeux sont faits…
« Si ces critiques tendent à s’opposer à l’évolution actuelle, en vertu de laquelle des unités choisies, maniant certains engins nouveaux, exerceront, désormais, une sorte de privilège, nous ne voyons aucun moyen de leur donner satisfaction. Dans un avion, un char moderne, une tourelle d’ouvrage de fortification, c’est un fait qu’une poignée d’hommes, habiles et résolus, ont une puissance hors de proportion avec celle d’une unité beaucoup plus nombreuse, mais du type ordinaire. »
Une foule, quoi !...
Rien, ici, qui puisse concerner l’armée française en tant qu’elle aurait à tenir tête à l’armée allemande… Décidément, du point de vue de cette clique dont André Pironneau est l’un des porte-parole : « Le Front populaire, voilà l’ennemi ! »
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine CUNY
