lundi 31 août - par Michel J. Cuny

André Pironneau face au million d’hommes qu’Hitler mobilise contre le bolchevisme : « Plus que jamais, neutralité cent pour cent ! » (108)

Tandis que, de temps à autre, André Pironneau utilise la une de L’Écho de Paris pour revenir sur la nécessité impérieuse de créer enfin le « corps cuirassé » tel que Charles de Gaulle s’en est fait le prophète, celui-ci se met peu à peu à harceler Paul Reynaud pour autant qu’il est possible de pressentir en lui un futur président du Conseil… Ainsi lui écrit-il le 3 août 1936 :

« Vous avez ramassé, à l’occasion des événements extérieurs, tous les arguments les plus forts et saisissants pour une politique française nouvelle. Je suis parfaitement convaincu que le jour n’est pas loin où il faudra bien que le pays se tourne vers vous et vous prie de le diriger dans les voies qui sont les vôtres. Mais ce que je puis observer des hommes et des choses me convainc également que vous ne ferez de politique nouvelle qu’avec un gouvernement d’hommes nouveaux. » (Idem, pages 408-409)

Dont De Gaulle évidemment… De même, le 26 août…
« Qui lui donnera [à la France] le ministre assez clairvoyant pour comprendre, assez hardi pour entreprendre, assez ferme pour exiger ? » (Idem, page 410)

Et puis, vient le 23 septembre 1936…
« Tous les signes montrent que votre heure approche… », à quoi s’ajoute le récit de cette très intéressante visite rendue au ministre d’État, en délicatesse avec le ministre de la Défense nationale :
« J’ai été convoqué par M. Chautemps (assez en secret, car il n’aime guère, je crois, M. Daladier). Il m’a demandé de lui exposer le problème militaire et la solution que nous poursuivons. Il m’a paru très favorable, frappé qu’il est par les alarmes de nos associés européens depuis la constatation le 7 mars dernier de notre impuissance militaire au point de vue de l’intervention. Il a même beaucoup insisté (ce que je me serais gardé de faire de moi-même…) sur l’importance que prendrait le Corps spécialisé, au milieu des troubles, présents et futurs, en ce qui concerne l’ordre public (intérieur et Afrique du Nord).  » (Idem, pages 411-412)

Mais pas l’Allemagne, bien sûr… Morceau un peu trop gros, à l’évidence !...

D’autant que, depuis le 24 août 1936, Adolf Hitler a brusquement déclenché une nouvelle étape de la croissance de ses forces d’agression… C’est ce qu’André Pironneau a rapporté dans le numéro du 25 août 1936 de L’Écho de Paris, en y ajoutant son petit grain de sel, ainsi que nous allons pouvoir bientôt le constater.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k816006s/f1.image.zoom

Le titre général en était : Hitler porte à deux ans la durée du service militaire - L’armée d’active allemande comptera ainsi plus d’un million d’hommes, mais André Pironneau avait choisi d’introduire un intitulé différent pour sa propre prise de position : Plus que jamais, neutralité cent pour cent ! 

Cela concernait… la guerre d’Espagne, et venait se ranger sous une citation reprise du journal allemand Die Deutsche Allgemeine Zeitung :


« Si l’Europe ne veut pas s’éveiller, les seuls qui sont éveillés doivent prendre la garde. Ils doivent être assez forts pour enlever, par leur présence, à la révolution mondiale toute tentation agressive et toute envie d’aventures. »

Ensuite, notre Dédé national nous rapporte les dernières nouvelles :
« Deux événements d’une importance capitale ont marqué la journée d’hier. Dans la matinée, le gouvernement allemand faisait savoir au gouvernement français qu’il appliquait sans délai le principe de non-intervention, recommandé par ce dernier, en ordonnant l’embargo sur toutes les armes à destination de l’Espagne. Dans la soirée, publication était faite par le même gouvernement du Reich d’un décret du chancelier Hitler portant à deux ans la durée du service militaire précédemment fixé à un an. Qu’on ne s’y méprenne pas, les deux actes se tiennent. » 

Autrement dit : le martinet est prêt !... Avis aux amateurs… Car, Front populaire ou non, ce n’est décidément pas le moment, pour la France, de se mêler de quoi que ce fût en Espagne… sans quoi gare à la fessée que lui promet le Führer qui sait lui-même très bien ce qu’il fait en mettant en œuvre cette politique qui…
« du moins dans son expression officielle, est tout entière dirigée contre le bolchevisme. Or, le bolchevisme gagne l’Europe puisque le voici maintenant à Madrid. Il ravage l’Espagne et s’il y est victorieux, l’incendie peut gagner une France trop prête à s’embraser. Faisons tous nos efforts pour circonscrire le fléau. Ne lui fournissons pas le moindre aliment : d’où l’embargo. »

La suite immédiate est particulièrement étrange…
« Mais, dans le même temps, prenons nos précautions pour le combattre s’il menaçait, quand même, de venir jusqu’à nous, d’où cet accroissement des effectifs allemands qui vont être, sur le pied de paix, de plus d’un million d’hommes. » 

Ici, tout s’embrouille donc : la France peut s’appuyer, elle aussi, sur le million d’Allemands mobilisé pour aller anéantir le bolchevisme terriblement envahissant !... Il lui suffira de ne pas bouger.

Malheureusement, la voici trahie par le Front populaire…
« Une violente campagne se développe et s’amplifie de jour en jour pour une intervention ouverte en faveur de l’Espagne révolutionnaire. De vastes collectes s’organisent dans la France entière, notamment dans les administrations publiques. Aujourd’hui même, à Paris, doit avoir lieu une formidable manifestation dont le thème principal affiché dans toute la capitale (sur papier tricolore !) est le suivant : Des avions pour l’Espagne ! Des orateurs du parti communiste, du parti socialiste et même du parti radical doivent y prendre la parole. Toute la majorité de M. Blum y sera donc représentée. » 

Alors qu’au contraire, il faudrait ne pas tarder à faire le mort en présence d’Adolf Hitler qui s’apprête à régler définitivement la question du bolchevisme en Espagne et ailleurs, non sans que la France puisse de son côté œuvrer chez elle de la bonne manière, ainsi que l’indique le titre de l’article qu’André Pironneau publie dans L’Écho de Paris le 7 septembre 1936 : Devant la menace qui grandit, le seul atout de la France est la création immédiate d’un corps d’élite 
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k8160198/f1.image.zoom

En effet, s’il s’agit d’en finir avec le Front populaire et avec son égalitarisme de bas étage, il faut y venir une énième fois :
« Pour renforcer nos moyens de défense deux directions s’offrent à notre pays : la masse et la qualité. Il n’est que trop évident que c’est la seconde qui s’impose. » 

Si André Pironneau s’est déclaré pour la neutralité en ce qui concerne les activités d’un Adolf Hitler dressé contre la menace bolchevique en Espagne et dans les environs, il conserve sa petite idée à propos de ce qui a pu se dire, aussi bien du côté de Paul Reynaud que de celui de Camille Chautemps, quant à la bataille interne, et c’est pourquoi il y revient :
« Devant la menace qui grandit, le seul atout de la France – mais de quelle valeur ! – c’est la création immédiate du corps d’élite, puissant, rapide, prêt à agir à tout instant, que, d’accord avec la plus haute pensée militaire de ce temps, nous réclamons dans ce journal depuis près de trois années. C’est cet atout qu’il faut jouer, mais jouer sans arrière-pensée, ni lésinerie, ni restrictions.  » 

Mais que s’agissait-il donc de laisser se faire étouffer en Espagne au titre de la lutte contre le bolchevisme ? Pour le comprendre, tournons-nous vers les débats qui ont eu lieu à la Chambre des députés le 4 décembre 1936, en commençant par la prise de parole du député communiste Gabriel Péri :
« Le 18 juillet, en Espagne, un gouvernement régulier, issu d’élections récentes, dirigées et contrôlées, d’ailleurs, par un cabinet de droite, élections non contestées, élections confirmées par des scrutins ultérieurs, un gouvernement républicain voit se dresser contre lui des militaires qui ont trahi leur fonction et violé le serment de fidélité qu’ils avaient prêté à la République et qu’ils avaient volontairement renouvelé après les élections du 16 février. » (page 3319)

Décidément, le bolchevisme, c‘est vraiment l’horreur qu’il faut aller, d’urgence, noyer dans le sang, où qu’il se présente !...

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine Cuny




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