André Pironneau revient à reculons vers la « cavalerie mécanique », comme s’il redoutait de voir tout cela virer à la pantalonnade (72)
Imperturbablement, André Pironneau poursuit son analyse plus ou moins désespérante des possibilités de défense que l’armée française de 1933 parait être en mesure d’opposer à l’Allemagne du tout nouveau chancelier Adolf Hitler, avant que n’apparaisse le miracle « Charles de Gaulle »...
Nous le suivons, cette fois-ci, dans un article de L’Écho de Paris du 10 mai 1933 qui porte le titre : La réorganisation de l’armée - II. Le corps de bataille.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k814804z/f5.item.zoom«
Une nouvelle fois, celui qui était alors le général Pétain y apparaît en bonne place :
« L ’armée de 1918 comprenait, en fait, des divisions d’infanterie homogènes, interchangeables, au service desquelles on mettait des éléments de réserve générale. Le maréchal Pétain avait bien proclamé à Verdun et mis en pratique par la suite : « l’artillerie conquiert, l’infanterie occupe ». Sans doute, la guerre, commencée à coups d’hommes, avait été continuée à coups de canons, poursuivie à coups de tanks ; le fonds de l’armée n’en restait pas moins cette héroïque infanterie qui se heurtait aux mitrailleuses de l’infanterie allemande. »
André Pironneau tient à le dire avec toute la force nécessaire, tandis qu’un élément très différent commence à pointer le petit bout de son nez :
« De quelle substance est donc faite la gloire de nos « poilus », sinon de la valeur et de la résistance de l’infanterie ? La nôtre s’est prodiguée sans compter, ses rangs étaient un véritable creuset où fondaient des générations entières. Que l’hécatombe d’hier nous serve de leçon. Dans un milieu qui sera caractérisé par le foisonnement des mitrailleuses, on ne voit pas bien le combat d’infanterie. On voit l’infanterie occupant, avec ses chars d’accompagnement, un terrain déblayé par d’autres moyens ; on la voit interdisant par son feu le passage de l’ennemi, mais on est tenté d’admettre pour définitif, dans le combat frontal, le mot du général anglais Fuller, père des tanks : « Les grandes unités modernes sont capables de déployer un feu terrible qu’elles ne peuvent affronter. » »
Constat tout ce qu’il y a de plus amer…
« Toujours est-il que, dans l’état actuel des choses, notre armée, avec infanterie, chars d’accompagnement et artillerie, n’est que l’armée d’hier. Ce n’est pas en transportant des divisions par camions ou autrement qu’on augmentera son rendement ; elle ne sera jamais qu’une division avec ses moyens naturels. »
Et voici notre cher Dédé complètement désabusé :
« Aujourd’hui, avec ce que nous avons, nous pouvons organiser une couverture ; doter les bétons, puisque béton il y a, d’une garnison de sûreté ; préparer une troupe de choc dotée de moyens type « la Malmaison » et capable de se déplacer par voie ferrée et sur route avec tout ce qu’il lui faut pour se battre. Cela nous amène à concevoir, non plus une armée homogène, avec des réserves générales, mais :
1° des organes spéciaux, destinés à meubler le théâtre d’opérations : unités de mitrailleuses et de canons antitanks et unités de cavalerie à cheval largement pourvues, elle aussi, de mitrailleuses et de moyens antitanks ; divisions de couverture ; divisions réserve partielle de couverture ;
2° divisions renforts du front ;
3° divisions mobiles et réserves générales mobiles ;
4° force mécanique mobile actuellement limitée à l’aviation. »
C’est sans doute fort joli sur le papier…
« Mais la puissance d’une telle armée est limitée par l’efficacité des armes dont elle dispose. »
Toutefois, il y a une mise entre parenthèses qui semble comporter un petit message, une sorte de discrète allusion…
« (Nous montrerons comment on peut créer cette force terrestre puissante, mobile et à grand rayon d’action.) »
Cependant, le soufflé semble aussitôt retomber de lui-même :
« Elle paraît, évidemment, devoir mieux se prêter au combat défensif qu’à l’offensive décisive. Nous ne parlons pas d’une attitude purement et indéfiniment défensive, nous demandons « à la supériorité tactique de la défensive » le rendement maximum de notre outillage. De grandes victoires ont débuté par une phase défensive : Annibal à Cannes, Napoléon à Austerlitz, le voïvode Putnik sur la Bréganitza. N’oublions pas que Frédéric ne vint à bout de la Guerre de Sept Ans qu’en adoptant une méthode basée sur la défensive, qu’il appelait : « guerre de postes ». »
Bien joli tout cela, mais André Pironneau ne parvient décidément pas à en démordre :
« N’oublions pas que nous en sommes encore à l’armée d’hier. »
À moins qu’il ne soit possible de ne pas perdre de vue le contenu de la petite parenthèse : « (Nous montrerons comment on peut créer cette force terrestre puissante, mobile et à grand rayon d’action.) »
André Pironneau semble n’y revenir qu’à contre-cœur, et seulement par scrupule de conscience…
« Mais, allez-vous nous demander, dans ce retour au passé, que faites-vous de la cavalerie ? À propos de la couverture, nous avions parlé de la cavalerie à cheval ; nous avons montré le rôle que nous lui assignions dans un ensemble. C’est à propos de la masse mobile et puissante que nous serons amenés à traiter la question de la notion de cavalerie mécanique sur un théâtre d’opérations qui se développe sur un front d’au moins 800 kilomètres. »
Qui vivra verra.
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny

