vendredi 30 octobre - par Michel J. Cuny

André Pironneau souhaite la bienvenue, en France, à Adolf Hitler (7 juin 1940) : « Le PLAN DE GAULLE… réalisé par les Allemands » (134)

Le 5 juin 1940 à midi, Charles de Gaulle devient sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le gouvernement de Paul Reynaud… Que venait-il faire là ? Et qu’en aura pensé Maxime Weygand, le généralissime des armées françaises ?

 Pour le savoir avec un maximum d’objectivité, tournons-nous vers la thèse de doctorat que nous devons à Thibault Decomble (avril 2019), sous le titre Le général Maxime Weygand face à la guerre (mai 1940-septembre 1940)...
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02087919v1/file/2018%20-%20DECOMBLE%20His%20.pdf

«  Tout comme à Pétain et à Baudouin, la nomination de Charles de Gaulle au sous-secrétariat à la Défense nationale lui déplaît fortement. A Reynaud qui lui demande quel grief il a contre le spécialiste des chars, Weygand lui répond : « C’est un enfant  ». Cette pique rappelle que le généralissime français ne voyait en de Gaulle qu’un cadet indiscipliné, qui ne respectait pas les codes de la hiérarchie militaire – notamment en s’adressant directement aux dirigeants politiques et militaires. Il entend également par-là que ce tout nouveau général de brigade avait des idées farfelues, donc dangereuses, du point de vue tactique – Weygand avait peu goûté aux ouvrages de l’entre-deux guerres du futur chef de la France Libre.  » (page 208 du document papier)

S’il lui avait fallu une piqûre de rappel quant à la possible outrecuidance du personnage en question, il avait pu la trouver dans la lettre que celui-ci lui avait écrite le 2 juin 1940 pour revendiquer, disait l’impétrant, « sans aucune modestie, mais avec la connaissance d’en être capable » de commander les dernières unités cuirassées. (Lettres, notes et carnets, tome I, p. 500.)

Thibault Decomble poursuit :
« Suite à la lettre que ce de Gaulle lui avait envoyée le 2 juin 1940 à propos de ce qu’il convenait de faire des unités blindées restantes, Weygand n’a pu voir, dans la haute opinion que son subordonné se faisait de lui-même, que la confirmation de l’ambition qu’il lui prêtait. Par conséquent, Weygand voit de Gaulle comme un homme qui se mettra forcément au travers de son chemin. D’autant plus que ce dernier vient d’être nommé sous-secrétaire d’État à la Défense nationale. A ce poste, il pourra donc non seulement influer sur les décisions militaires du gouvernement, mais également s’opposer dans ce domaine au commandant en chef sans se soucier de la hiérarchie.  » (Idem, page 208)

Deux jours après l’arrivée du général Charles de Gaulle dans le gouvernement de Paul Reynaud, un article très étrange paraît dans le journal L’Époque sous la plume d’André Pironneau, à la page 2, dans un encadré placé en son milieu !... Quel sens est-il possible de donner à ce document plutôt « renversant », alors que la situation de la France est, à ce moment-là, tout simplement désespérée ?…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6821070n/f2.item.zoom

Le mieux est d’en reprendre, ici même, l’intégralité – de même qu’il est absolument nécessaire de fournir, dès maintenant, une photographie de ce terrible encadré qui porte un titre à couper le souffle…

« LE PLAN DE GAULLE… réalisé par les Allemands 

Au moment où M. Paul Reynaud appelle à ses côtés le général de Gaulle en lui confiant le sous-secrétariat d’État à la Défense nationale, nous ne croyons mieux faire, pour expliquer et justifier ce choix que de reproduire l’article qu’en février 1936 nous publiâmes dans l’Écho de Paris. Cet article prenait sa place dans la série de ceux que, depuis juillet 1933, nous avons consacrés à l’étude du projet de réforme de notre système militaire auquel ce magnifique officier a donné son nom.

On est maintenant renseigné sur la composition des trois divisions blindées et mécanisées (Panzerdivisionen) que l’Allemagne achève de mettre sur pied, en attendant les trois autres qu’elle se prépare à organiser.

Chacune de ces divisions comprend la valeur :
1. D’une brigade de chars modernes (cinq cents chars) ;
2. D’une brigade d’infanterie mécanisée (sur voitures tous terrains, side cars, motocyclettes, etc.) ;
3. D’une brigade d’artillerie mécanisée tous terrains et tous azimuts ; le tout complété par :
4. Des éléments de reconnaissance, un détachement de pionniers (génie), des troupes de transmission, et enfin the last, but not the least ;
5. Une escadre organique d’aviation.

Le personnel se compose, bien entendu, de militaires servant par contrat : militaires de carrière et engagés volontaires, la plupart de ces derniers sortant tout instruits du « Corps automobile national socialiste ».

Autrement dit, le Reich est en train de se constituer un corps d’élite spécialisé, prêt à marcher au premier signal, d’une extrême puissance de manœuvre et de choc. Il le fait exactement – ;ans en omettre même un détail – d’après le plan que le colonel de Gaulle a proposé, voici deux ans, dans son ouvrage Vers l’armée de métier.

Devant la menace qui grandit, tout commande à la France, pays « de qualité » et dont la sécurité repose en fin de compte sur l’assistance mutuelle, une certaine réforme de son système militaire. Il s’est trouvé dans notre armée un officier d’élite pour lui en fournir la formule. Il s’est trouvé, parmi nos législateurs, un homme d’État pour en proposer la réalisation. Mais l’incompréhension et la routine ont si puissamment résisté que cette carte, qui pourrait être le meilleur atout de la France, ce sont les Allemands qui la jouent…

Il est vrai que pour nous consoler, nous pouvons toujours relire la condamnation prononcée par le rapport de M. Sénac, au nom de la Commission de l’armée de la Chambre, à l’égard de la proposition de M. Paul Reynaud. Nous y lisons tout à la fois que la création du corps spécialisé « apporterait à l’armée française un indéniable élément de puissance », mais… qu’elle n’est ni possible ni souhaitable, et qu’elle a contre elle « la logique et l’histoire » !

Ainsi rassurés, nous dormirons tranquilles, en plaignant les Allemands de se lancer dans une entreprise inconsidérée et en évitant de penser à l’année 1867, où un certain projet Niel fut, lui aussi, noyé sous de très probantes objections.


André PIRONNEAU.

À qui s’adresse ce « panneau » ravageur, pour autant qu’il porte le titre : « LE PLAN DE GAULLE… réalisé par les Allemands  » ?

Aux Allemands, bien sûr !… dont on se souvient à quel point ils avaient pu être « secoués » par la publication, en allemand, du livre du lieutenant-colonel Charles de Gaulle, d’abord publié en français au mois de mai 1934, puis repris dans une version abrégée de moitié, mais traduite en allemand à la demande d’Adolf Hitler, en février 1935.

Comment les Allemands ne se seraient-ils pas trouvés redevables envers l’officier français… pour autant qu’il leur aurait effectivement livré les clefs de… Paris, et de la France, tout à la fois ?…

De fait, son arrivée, tardive mais tellement significative, dans le gouvernement d’un pays bientôt à genoux, doit avoir un sens, et c’est bien ce que souligne le petit paragraphe d’introduction soigneusement rédigé par André Pironneau :
« Au moment où M. Paul Reynaud appelle à ses côtés le général de Gaulle en lui confiant le sous-secrétariat d’État à la Défense nationale, nous ne croyons mieux faire, pour expliquer et justifier ce choix que de reproduire l’article qu’en février 1936 nous publiâmes dans l’Écho de Paris.  »

Au surplus, trop tard arrivé au gouvernement pour avoir à subir le reproche d’y avoir longtemps tenu tête aux envahisseurs tellement bien renseignés, depuis 1934, sur le caractère décidément « défaitiste » de l’encadrement politique et militaire de la France… De Gaulle va se dénicher un acolyte de choix pour figurer, à ses côtés, lorsqu’il s’agirait de faire, à ses vainqueurs nazis, les honneurs de la Maison France abattue…

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY




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