mercredi 21 février - par Jacques-Robert SIMON

Apocalypse Now ?

 

 Dérèglement climatique, manque (ou surplus malfaisant) d'énergies fossiles, biodiversité en chute libre, virus ravageurs à l'échelle mondiale, inondations incessantes, incendies monstrueux, sécheresses persistantes, guerres mondiales voire nucléaires qui s'annoncent, peut-on rêver pire ?

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 Les accords de Paris de 2015, signés par la quasi-totalité des pays dont les USA, la Chine et la Russie, ont permis de prendre acte que le monde antérieur ne pouvait pas se perpétuer beaucoup plus longtemps. Les objectifs étaient relativement clairs, pas les moyens pour y parvenir. Que s'est-il passé depuis lors ? Le monde semble se décomposer en volontés d'empires, chacun possédant sa logique propre.

 L'occident tend à se scinder en deux sous-unités, l'une propre aux Amériques, l'autre en Europe, l'une comme l'autre vacillantes et tendant à se recroqueviller sur leur passé. L'Europe coloniale n'est plus. Elle a tenté de fournir aux anciennes colonies des valeurs spirituelles, des cadres politiques, contre des biens bien plus matériels sans tenir compte du fait, qu'en fin de compte, c'est le peuple qui impose ses volontés à condition d'éclairer quelque peu le chemin à suivre. Les Lumières furent longtemps des références mais elles laissèrent dans l'obscurité les marges de l'empire. La Démocratie n'est pas un but, encore moins une promesse, c'est un résultat, elle ne s'impose pas, elle se gagne et la plupart des peuples par le passé n'y jetèrent qu'un coup d'oeil dédaigneux préférant s'ancrer à des croyances laissant une large place à la force. Au sein de l'Europe elle-même les Républiques firent donc place aux démocraties, les unes étaient conquérantes et voulaient par dessus tout élever le peuple au dessus des instincts, les autres n'avaient pas une ambition de cette nature et cachaient leur impuissance sous une foultitude de mots ronflants. Les démocraties excluaient l'usage par trop visible de la force pure essentiellement parce qu'elles n'en n'avaient plus.

 Les Etats-Unis avaient essuyé une telle succession de revers militaires qu'ils consentirent à ne plus dominer que par leur monnaie, leurs places financières et les innovations technologiques, en particulier celles liées à l'informatique. De fait le mode de vie quotidien de la totalité de la planète ne différait que par quelques détails : les mêmes autoroutes, les mêmes gratte-ciel, les mêmes portables, les mêmes fast food et peu à peu les mêmes moeurs. L'immigration était affichée comme un problème crucial mais, contrairement aux pays occidentaux, elle concernait des personnes solubles dans un substrat judéo-chrétien.

 La Chine s'était fixée comme objectif de retrouver au plus tôt sa splendeur d'antan. Elle y parvint non pas en imposant tout ce qui faisait la grandeur de sa civilisation mais en copiant toute nouveauté en provenance de l'occident, puis en produisant à moindre coût tout ce qui était vendable. Le processus conduisit peu à peu à vider les pays occidentaux de leur substantifique moelle, et ils durent instituer la spéculation en bien suprême qu'ils dominèrent grâce à d'innombrables institutions. Consciente que l'avidité des plaisirs est une valeur universelle incontournable, la Chine devait encore se défier des sirènes occidentales passées maîtres pour tenter le quidam des classes moyennes avec tous les désirs possibles. La Chine adopta en conséquence un régime encore plus autoritaire que celui qu'elle connaissait auparavant aidée en cela par une technologie de surveillance et d'information qui réduisait à néant la notion même de vie privée ou d'intimité. Le totalitarisme 2.0 était né et resplendissait.

 La Russie n'avait jamais connu la démocratie au sens où les pays occidentaux l'avaient instituée. Elle emprunta une voie légèrement différente de celle de la Chine pour imposer à son peuple une discipline qu'elle jugeait indispensable : la dictature à visage inhumain, le dictateur est encore élu mais les contradicteurs sont neutralisés ou éliminés. La guerre est un moyen infaillible de coaliser les forces dites vives derrière leur lider. Peur ou indifférence règnent alors en maître permettant à quelques uns de penser qu'ils sont en train d'aller vers une certaine grandeur.

 Au total, les démocraties semblent aller d'une inconséquence à une lâcheté, les régimes totalitaires 2.0 d'une nouveauté dans les tortures morales à une autre, les despotismes plus obscurs qu'éclairés d'un accident d'avion à un empoisonnement assassin. Sont-ils tous devenus oublieux du péril climatique qui les lie ensemble dans un même destin ? La sobriété incontournable qui doit s'imposer nécessite une méthode pour pouvoir être mise en oeuvre, et l'exercice de la raison et de la sincérité a été banni par toutes les instances se voulant dirigeantes de la planète : la route qui sera suivie est en dehors même du pensable pour la plupart des gens non encore décivilisés.

 La religion de la soumission regroupe de nos jours une personne sur terre sur quatre, son essor démographique est le plus important comparé à toutes les autres religions. L'expansion s'explique par le prosélytisme dû à une grande facilité de conversion, à la simplicité des préceptes à suivre, aux taux de fécondité et aux migrations. Toutes les strates sociologiques des pays originaux tendent à étendre l'emprise de cette religion, de l'omniprésence de richissimes émirs dans le domaine sportif jusqu'à l'assistance aux plus miséreux par l'intermédiaire de fondations de bienfaisance. Le contenu idéologique n'a qu'une importance secondaire, l'important c'est de conduire à la soumission du plus grand nombre afin d'obtenir un tout cohérent. Un alliage d'absolu, d'obéissance et de coercition qui n'avait plus cours pour les autres sacrés presque oubliés depuis longtemps jusqu'à devenir quelquefois des repoussoirs. Mais les temps qui s'annoncent réclameront une abnégation de la plupart qui ne pourra pas être obtenu par la probité et le bon sens.

 L'état des lieux.

 Un continent empli de bons sentiments mais vide de sens s'imbibe jour après jour d'un sacré venu d'ailleurs. Une Amérique s'unifie loin des principes fondateurs du protestantisme. Une Asie conquérante attend son heure, certaine de son succès. Une Russie qui fourbit ses armes.

 Prévoir un futur est beaucoup plus simple qu'il n'y paraît : c'est toujours le plus fort qui gagne. L'Europe mise sur sa vertu de papier et ses plaisirs terrestres pour terrasser le Mal qui se profile. La plus grande barbarie organisée de l'humanité a toutefois été anéantie grâce à une autre barbarie presque aussi sanguinaire, l'habillage par les bons sentiments n'a été possible qu'après la victoire au prix de 25 millions de morts au front. La civilisation qui s'imposera devra être totalitaire, numérique, implacable, sobre et ouvrir une échappatoire vers un sacré accessible sans trop d'efforts. Il ne s'agit pas de choisir ni la meilleure solution ni la moins pire, le futur s'imposera de lui même. L’occident glisse insensiblement vers un système totalitaire qui mettra à mal ses propres valeurs, les empires non religieux concurrents continueront de parfaire leur tutelle sur les masses, la religion de la soumission qui permet d’enrégimenter le corps comme l’âme de tous les individus continuera de s’étendre.



22 réactions


  • tashrin 21 février 15:44

    Mouais, suis partagé

    Intéressant et bien écrit, meme si l’on y apprend finalement peu qu’on ne sache déjà, l’état des lieux est clinique 

    En revanche, je ne suis pas d’accord sur ce point : les démocraties n’ont pas failli en tant que telles, ca fait longtemps qu’elles n’en sont plus si tant est qu’elles aient déjà réellement existé.

    La démocratie est obligatoirement liée à la notion d’interet general national, ainsi qu’à l’éducation du citoyen, ce qui va de pair avec l’idée même de nation. Et ce qui differencie les US (dans la merde mais avec de l’espoir), la Chine et la Russie, de l’Europe (dans la merde tout court)

    c’est cette idée même de nation.

    Les seuls à avoir abandonné (bien inspiré par nos « alliés » qui se sont bien abstenus de faire pareil) le patriotisme, le protectionnisme, le nationalisme, ben c’est nous. Tous les autres ont précieusement conservé comme objectifs la defense de leurs interets propres, à commencer par les US qui pourtant préchaient le contraire chez nous.

    C’était d’ailleurs tout l’objectif de l’UE que de couper court aux nationalismes, considérés comme sources de conflits. UE construite par et pour les USA, évidemment. 

    Par ailleurs, il manque l’Inde au tableau, dont le PIB va rapidement dépasser celui des USA et dont la population est déjà largement supérieure à la Chine. Et les BRICS d’une manière plus large, dont l’heure vient.

    Ce qui est sûr c’est qu’on ne sera pas sur l’affiche du film...

    Ce qui est probable, c’est que tout ca va soit tourner à une horrible dystopie dont les contours sont d’ores et déjà visibles pour ceux qui regardent, soit exploser dans un immense feu d’artifice de betise, de technologie non maitrisée, de chair, de sang et de poussiere.

    Et je crois que des deux je prefere encore la seconde option.

    Les feux d’artifice, c’est jouli surtout quand on est aux premières loges


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 22 février 09:27

      @tashrin
      C’est exact, je n’écris que des choses banales mais souvent elles sont ensevelies sous des tombereaux de bien-pensance. Votre analyse est malheureusement pertinente. L’Inde et les BRICS auront leur rôle bien entendu. 


  • Clocel Clocel 21 février 16:09

    Quels sont donc les pays qui ont connu la démocratie que n’a pas connu la Russie ?

    Laissez-moi deviner... 

    Ceux qui ont importé le père Noêl, halloween et les LGBTQ !? smiley


  • Com une outre 21 février 19:11

    Pessimisme et fatalisme. A quand le suicide ?


  • zygzornifle zygzornifle 22 février 09:00
    Macroncalypse Now ....

  • zygzornifle zygzornifle 22 février 09:06

    La démocratie est une vue de l’esprit, une invention que les politiques utilisent comme paravent pour masquer au peuple ce qui se cache derrière, par contre la dictature existe bel et bien et a différents niveaux, en plus quand un gouvernement met un pied dedans comme c’est le cas ici elle ne recule plus, chaque jour elle croit et se multiplie ....


  • zygzornifle zygzornifle 22 février 09:10

    On parle de démocratie alors que les politiques ont l’immunité et ne vont pas en prison, ils s’en tirent toujours avec un non lieu, bel exemple avec ce sénateur accusé de viol et qui siège toujours et qui en plus il a été augmenté de 700€ .... 


  • Eric F Eric F 22 février 11:25

    Il n’y a pas dans la pratique d’état parfaitement démocratique, mais une gradation entre un état offrant des élections pluralistes et le respect de l’expression de l’opposition politique, et à l’inverse un état d’idéologie imposée où toute opposition est interdite.

    Objectivement, nos pays d’Europe sont davantage démocratiques que ne le sont la Corée du Nord, Iran, ou Arabie Saoudite. La Russie ? eh bien c’est entre les deux, un formalisme dérivé de la démocratie mais une réalité qui tend vers l’autocratie [ça peut se révéler efficace, du moins pour un temps].

    Or la fin de l’article pointe à juste titre la tendance de dérive autoritaire de nos états, avec une mise en oeuvre est basée sur des progrès technologiques (vidéosurveillance avec reconnaissance faciale, géolocalisation, traçage de messages etc.). On l’avait expérimenté par exemple avec avec le pass sanitaire par QR code.
    Bizarrement -ou pas-, c’est inefficace en matière de lutte contre l’insécurité.

    Certains considèrent que mieux vaut un policier corrompu qui vous laisse passer si vous glissez un billet dans le passeport qu’il contrôle, qu’un malfrat qui vous égorge pour voler ce billet...


    • tashrin 22 février 13:31

      @Eric F
      Certains considèrent que mieux vaut un policier corrompu qui vous laisse passer si vous glissez un billet dans le passeport qu’il contrôle, qu’un malfrat qui vous égorge pour voler ce billet...

      Dans les deux cas on s’est fait dépouiller...


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 février 11:53

      @Eric F
      Le problème c’est que dans un système donné on ne peut plus qu’obéir au système 


  • Ffgismo 22 février 11:29

    Et dire que sa a été professeur sa… A part le titre, le reste !


  • zygzornifle zygzornifle 22 février 12:39

    A pot catalytique new, la fin du thermique ..... 


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