mardi 14 novembre - par Franck ABED

Apologie de la Tradition par Roberto de Mattei

L’Eglise traverse une des crises les plus profondes de son histoire. Il serait difficile de le nier, d’autant plus que les autorités romaines, à commencer par le Pape Emérite Benoit XVI, le reconnaissent aisément. Les premières lignes de l’ouvrage posent clairement le débat : « Dans son discours à la curie romaine du 20 décembre 2010, Benoit XVI a comparé la crise de Notre Temps avec celle qui, au Vème siècle, vit décliner et s’écrouler l’Empire Romain  ». Cependant, si cette analyse semble pertinente au premier abord, il convient de rappeler : « qu’il existe cependant une différence fondamentale entre la décrépitude de la société romaine et celle de l’Occident contemporain. Dans l’obscurité des invasions Barbares, entre le Vème et le VIème siècle, lorsque les institutions sociales et politiques s’effondraient, l’Eglise Catholique demeurait l’unique facteur d’ordre et de stabilité. » Malheureusement en ce début du XXIème siècle, l’Eglise Catholique romaine rencontre d’énormes difficultés à incarner le phare de la civilisation qu’elle fut. L’auteur précise sa pensée : « Aujourd’hui, l’Eglise Catholique se trouve en position de faiblesse. Elle se montre souffrante et fragile. » Une fois ce constat lucide posé, il demeure vital de comprendre et de savoir à quel moment se produisit ce basculement. Mattei l’écrit sans détour : « Une étape importante de cette crise fut le Concile Vatican II qui se tint à Rome d’octobre 1962 à décembre 1965. Dès lors, l’Eglise semble s’être laissée séduire par le monde moderne auquel elle aurait pourtant dû s’opposer. Aujourd’hui, elle se débat encore contre son étreinte mortelle. » Toutefois, il faut raison garder. En effet, comme me l’avait confié le Père Abbé d’un monastère bénédictin : « la crise fait partie de l’historie de la maison depuis 2000 ans ». Par le passé, l’Eglise connut des ébranlements profonds, lorsque des « Papes » pactisèrent avec l’hérésie arienne. Les déstabilisations ne naquirent donc pas toujours dans le cerveau d’ennemis extérieurs. Mattei rappelle très justement l’idée suivante : « L’Eglise dans sa partie humaine, peut commettre des erreurs, et ces erreurs, ces souffrances, peuvent être provoquées, selon Léon XIII, par ses simples fidèles, mais aussi par ses ministres  ». Cela remet-il en cause l’Eglise et sa mission d’annoncer la Bonne Nouvelle ? Mattei précise immédiatement dans la foulée : « Mais cela ne porte en rien atteinte à la grandeur et à l’indéfectibilité du Corps Mystique du Christ. » Cependant nous posons une réserve théologique et philosophique, lorsque Mattei développe l’idée suivante : «  L’infaillibilité du Magistère de l’Eglise ne signifie pas que celle-ci n’a pas connu, au cours de son histoire, des schismes et des hérésies ayant douloureusement divisé entre eux les successeurs des apôtres, et, dans certains cas, touché le Siège de Pierre lui-même ». En effet selon ce que nous avons appris, retenu et compris de la doctrine catholique, un Pape ne peut errer dans la foi… 

 

Mattei définit clairement son rôle : « je n’ai pas l’intention de prendre des airs de théologien mais simplement de rappeler quelques éléments doctrinaux fondamentaux qui devraient être connus de n’importe quel catholique de culture moyenne ». Il prend le soin de présenter ses références : « les théoriciens les plus sûrs de la Scolastique, de la Contre-Réforme et de l’école romaine des XIXème et XXème siècles, encore florissante, ajouté - naturellement et bien évidemment - au nécessaire Magistère des Souverains pontifes (jusqu’à nos jours). » Puisant aux sources de la longue histoire de l’Eglise, Mattei démontre que : « l’Eglise a subi des persécutions venant de l’extérieur, mais elle a aussi connu des crises internes. Elle les a toujours affrontées avec un esprit militant. » Il explique que la « première se noue au concile de Jérusalem, en l’an 50, au cours duquel l’apôtre Paul résista ouvertement (Ga 2, 11) au chef des Apôtres Pierre, remettant en cause son attitude vis-à-vis des païens. » Par la suite, Mattei revient avec une clarté fort appréciable sur les différentes hérésies (donatisme, arianisme, nestorianisme etc) que l’Eglise a combattues, aux premiers temps de son existence. Au plus fort de la tempête, Elle sut constamment garder le cap, et Mattei d’écrire : « même dans les moments de décadence spirituelle et morale subie par l’Eglise tout au long de son histoire, la vérité du Christ et sa loi demeurèrent immuables, et identique la façon d’accéder à la sainteté  ». Indépendamment des épreuves qu’Elle affronte perpétuellement : « L’Eglise continue d’être sainte dans ses dogmes, dans ses sacrement et dans les âmes que le Saint-Esprit remplit de sa grâce. » Nonobstant les difficultés visibles que l’Eglise subit, l’Esprit Saint ne cesse jamais de souffler sur Elle. En période de crise, selon Mattei, il faut rester fidèles aux vérités enseignées par l’Eglise depuis toujours. Nous partageons bien évidemment cet avis. Subséquemment, Il convient de résister à toutes ces attaques puissantes, même si : « maintenant on demande à l’Eglise de s’ouvrir avec servilité et sans résistance à un monde moderne pourtant caractérisé par un processus de déchristianisation ». La règle suprême reste la Tradition, fondée sur le témoignage et l'enseignement des Apôtres, enseignement qu'ils reçurent directement de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Cet ouvrage propose une réflexion globale et intéressante consacrée à l’histoire de l’Eglise. Mattei remet les pendules à l’heure avec un livre pertinent et efficace (en dépit d’une réserve que nous avons émise plus haut). Il revient, avec talent et pédagogie, sur les différentes crises intellectuelles et politiques qui ont frappé l’Eglise, dont certaines furent dramatiques. Il expose que le Magistère et la Tradition doivent être les boussoles pour notre temps, étant donné que la situation actuelle de l’Eglise se montre confuse voire plus… Il appelle de ses voeux un Souverain Pontife pour remettre de l’ordre dans la barque de Saint-Pierre. Quoiqu’il arrive, il faut constamment rappeler que l’Eglise a reçu les promesses de la vie éternelle. L’Esprit-Saint ne cessera jamais de l'assister, quand bien même il ne resterait qu'un petit troupeau de fidèles. De fait, il n’est pas étonnant que : « la Tradition a toujours été haïe par les ennemis - extérieurs aussi bien qu’intérieurs - de l’Eglise, car elle est la règle suprême de la foi catholique, règle qui mesure et qui n’est pas mesurée, fondée sur les paroles de Jésus-Christ, lui-même confiées à son Corps mystique, de génération en génération, grâce à l’influence du Saint-Esprit ». La mission de l’Eglise reste immuable depuis 2000 ans : conserver et transmettre le dépôt de la foi. Pour cela, accomplissons l’apologie de la Tradition.

 

 

Franck ABED



6 réactions


  • Decouz 14 novembre 14:19

    Je viens de lire « Les clefs de St Pierre » de Peyrefitte, rien de scandaleux, gentiment satirique, il a enlevé un chapitre qui devait porter sur l’homosexualité, toujours très bien renseigné comme d’habitude dans ses romans qui sont plutôt des reportages romancés, avec souvent les noms réels des acteurs.
    L’histoire se passe au temps de Pie XII, avant Vatican II donc.
    Un chapitre savoureux  : le compte-rendu d’une congrégation de Monseigneurs, Eminentissimes et Révérentissimes, qui doivent statuer sur une demande de remise en vigueur du culte du Saint Prépuce, pour le bénéfice d’un église isolée qui dit posséder cet objet sacré, un des problèmes comme pour d’autres reliques étant la multiplication de tels restes, sans qu’il soit facile de trier entre les vrais et les faux.
    Le résultat de la consultation  : il demeure interdit sous peine d’excommunication de parler ou d’écrire au sujet du St Prépuce sans autorisation, excommunication réservée au Saint Siège, qui passe de la catégorie « speciali » à « specialissimo ». De plus les contrevenants seront classés dans la catégorie mineure « infâmes tolérés », en cas d’endurcissement dans la catégorie « infâmes à éviter ».

    En ce qui concerne les différentes indulgences attachées à telle ou telle visite, les compétitions entre les congrégations pour promouvoir leurs saints respectifs ou les grâces attachées à tel ou tel objet, les rivalités de personnes, la minutie du rituel qui n’a rien à envier au judaisme ou à l’islam (tellement complexe que les cardinaux ont auprès d’eux un assistant qui leur souffle les gestes appropriés) etc, je ne sais pas ce qui a été éliminé ou simplifié lors du Concile.


    • JC_Lavau JC_Lavau 14 novembre 17:38

      @Decouz. Martin Luther écrivait que si l’on mettait ensemble tous les « morceaux de prépuce du christ », le rouge de la honte monterait au front de tout la chrétienté.


  • lp_riders07 14 novembre 15:29

    Une fois de plus, les écrits de Monsieur Abed donnent envie d’approfondir les différents sujets évoqués, ici la Sainte Eglise Catholique dans les tourments.


    J’aime beaucoup ce format. Si vous me lisez cher auteur, j’espère que vous continuerez ainsi encore longtemps.

  • JC_Lavau JC_Lavau 14 novembre 17:41

    Des témoins gênants sont tous ceux qui sont allés au caté, et qui en ont conclu que tout ça c’est un gros tas de mensonges qu’on raconte aux enfants.


  • sukhr sukhr 14 novembre 21:14

    La mission de l’Eglise reste immuable depuis 2000 ans : lutter contre les cultures locales, le paganisme, et la science ; imposer un contrôle politique par une entité supra-nationale, empêcher le développement de l’ (Empire Romain d’) Occident pour assurer la sécurité des prêtres abrahamïtes (en organisant des croisades en Judée Samarie si nécessaire.) 

     
    Un jour, nous ferons du Vatican une mairie au service de la République.

  • ysengrin ysengrin 16 novembre 11:48

    bonjour,


    Je suis une force du Passé Tout mon amour va à la tradition Je viens des ruines, des églises, des retables d’autel, des villages oubliés....

    Pier Paolo Pasolini

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