vendredi 11 septembre - par Patrice Bravo

Après des années d’hostilité les relations entre Israël et les EAU se normalisent

Une information sensationnelle a bouleversé le 13 août les médias du Moyen-Orient et du monde entier. Les autorités israéliennes et émiraties ont passé un accord sur la normalisation à part entière des relations bilatérales et la reconnaissance d'Israël par les Emirats arabes unis. 

Après cette annonce, le président émirati Khalifa ben Zayed Al Nahyane a signé, le 29 août, la loi fédérale annulant la loi de 1972 sur le boycott d'Israël. 

La nouvelle loi fait partie des efforts des EAU pour élargir la coopération diplomatique et commerciale avec Israël et se présente sous la forme d'une feuille de route pour entamer la coopération bilatérale en stimulant la croissance économique et la promotion des innovations technologiques. 

Après la levée du boycott économique les entrepreneurs et les compagnies émiratis pourront effectuer des opérations financières et commerciales avec les hommes d'affaires israéliens. De son côté, Israël peut exporter aux EAU toutes les marchandises dont le commerce est admis dans ce pays. Il est prévu de développer le tourisme. 

Les événements évoluent avec une rapidité frappante. Le 31 août, un Boeing 737 d'une compagnie aérienne avec l'inscription "Paix" en hébreu, en arabe et en anglais en survolant le territoire de l'Arabie saoudite (également un scoop – un avion israélien au-dessus de ce pays) a déposé dans la capitale émiratie d'Abou Dabi deux délégations – l'israélienne avec le président du Conseil de la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, et l'américaine avec le conseiller du président américain à la sécurité nationale Robert O'Brien, ainsi que des dizaines de directeurs généraux de ministères israéliens, de compagnies publiques et privées. Ce vol est devenu le premier dans l'histoire des vols commerciaux d'Israël aux EAU. 

Les délégations des trois pays se sont réunies afin d'établir les relations diplomatiques et lancer le processus de coopération économique. Un accord sur la normalisation à part entière des relations entre Israël et les EAU pourrait être signé à Washington à la Maison Blanche ce 18 septembre. 

C'est un événement unique d'un point de vue historique. L'histoire des relations entre Israël et ses voisins arabes c'est une histoire de guerre, notamment propagandiste, d'attentats, d'opérations spéciales et de batailles diplomatiques. 

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Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré le 13 août que l'accord de normalisation des relations entre Israël et les EAU était une "percée historique vers une véritable paix au Proche-Orient… Cet accord inclut des relations diplomatiques à part entière, l'ouverture des ambassades, l'échange d'ambassadeurs, de vastes investissements, les communications, le tourisme et la communication aérienne, notamment les vols directs entre Tel Aviv et Abou Dabi. Tout cela profitera à l'économie israélienne. Les EAU sont l'un des pays les plus puissants et les plus avancés dans le monde." 

Selon Benjamin Netanyahou, "Israël est un pays leader des innovations, une puissance mondiale grandissante comme les EAU. Nous cultivons le progrès, ils cultivent le progrès. Nous cultivons les connaissances et l'entreprenariat, eux aussi, nous sommes devenus un pays prospère. Nous avons vu leurs vaisseaux spatiaux lancés dans l'espace. Ensemble, ensemble nous pouvons garantir un excellent avenir pour nos peuples, nos pays et nos régions." 

Le secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres a salué la signature d'un accord de paix entre les EAU et Israël. 

L'Union européenne a soutenu les actions d'Israël et des EAU. La déclaration publiée par le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell stipule que l'UE salue l'annonce sur la normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis et reconnaît le rôle constructif joué par les Etats-Unis en ce sens. Elle indique également que depuis plusieurs années l'UE contribue au développement des relations entre Israël et les pays de la région. Israël et les EAU sont des partenaires importants de l'UE. L'engagement d'Israël de suspendre ses projets d'annexion unilatérale des régions du territoire palestinien occupé est une démarche positive. 

Cependant, plusieurs pays n'expriment pas encore leur position officielle sur la paix israélo-émiratie. 

Parmi les pays qui ont condamné cet accord l'Autorité palestinienne se trouve évidemment au premier rang. La Palestine a annoncé son rejet résolu et a condamné l'accord trilatéral entre Israël, les EAU et les Etats-Unis. "Le gouvernement palestinien considère cette démarche comme une tentative de saper l'initiative de paix arabe et les décisions de la Ligue arabe. Cette démarche est également une trahison d'Al-Aqsa, de Jérusalem et de la cause palestinienne, une agression contre le peuple palestinien", stipule la déclaration du porte-parole du président palestinien. 

Les groupes palestiniens militarisés le Hamas et le Djihad islamique s'opposent également à un accord entre les EAU et Israël le considérant comme un "coup dans le dos de la cause palestinienne et une capitulation". 

Parmi les pays en dehors de la région, cet accord a été particulièrement critiqué par la Turquie et l'Iran. 

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est dit prêt à rompre les relations diplomatiques avec les EAU à cause de leurs liens avec Israël. D'après le dirigeant, les EAU ont trahi les Palestiniens. Le président Erdogan a même menacé Abou Dhabi par des sanctions économiques pour ses liens avec Israël qui, d'ailleurs, dispose d'une ambassade à Ankara, "mais sans ambassadeur". De toute évidence, la Turquie adopte une position ambiguë à ce sujet et poursuit en réalité ses propres intérêts. La Turquie se trouve en confrontation militaro-politique et diplomatique avec les EAU dans les événements chauds en Libye et au Yémen. C'est probablement ce qui suscite surtout cette réaction du président turc. Ainsi que l'aspiration au leadership islamique au Moyen-Orient. 

Mais avec l'Iran tout est plus compliqué. Le président Hassan Rohani a déclaré : "Malheureusement, les EAU ont commis une grande erreur et nous espérons qu'ils reviendront sur le droit chemin. Nous les avons mis en garde contre l'invitation d'Israël dans la région du Golfe, sinon ils seront traités autrement." 

Plus tard, le 1er septembre, le guide spirituel suprême de l'Iran l'ayatollah Khamenei a déclaré que les EAU ont trahi le monde islamique et les Palestiniens en signant un accord de normalisation des relations avec Israël. "La trahison des EAU ne sera jamais oubliée. Ils ont permis au régime sioniste d'entrer dans la région (du Golfe) et ont oublié la Palestine", a-t-il déclaré en direct à la télévision nationale. 

Aujourd'hui, le monde entier et le Moyen-Orient notamment changent à vitesse grand V. Et la région du Proche-Orient ne fait pas exception. Elle sera certainement reformatée pour des raisons très naturelles et pragmatiques de l'économie géopolitique : bénéfiques ou non. 

Israël mène activement des dialogues non affichés avec des dizaines de pays. C'est pourquoi il est à supposer dès aujourd'hui que d'autres pays arabes et musulmans suivront l'exemple des EAU et normaliseront leurs relations avec Israël avec le temps. Avec notamment au premier rang l'Oman, Bahreïn et le Soudan, selon les analystes.

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1949



4 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 11 septembre 10:43

    En fait, Israël et les EAU n’ont fait que formaliser une complicité qui n’est pas nouvelle, mais restait implicite, et cet article montre bien les remous que cela provoque dans le monde arabe dont certains représentants considèrent qu’il s’agit d’une trahison envers la cause palestinienne.

    Par contre, c’est une victoire tactique importante pour Netanyahu qui a su monnayer un échange qui serait inéquitable si on s’en tenait à ce qui est dit : renoncer à une annexion potentielle et problématique en échange d’une garantie de soutien de sa politique nationaliste. Mais c’est surtout un succès pour Trump dont les électeurs et donateurs pro-sionistes se souviendront lors des prochaines présidentielles.

    Si cet accord met fin à une annexion qui ne se serait pas produite de toute façon, on ignore quelle est la contrepartie pour les EAU, maisles derniers évènement relatés par l’auteur de cet article révèlent les lignes de forces.


  • vraidrapo 11 septembre 15:44

    Maintenant le Yanki n’a plus le prétexte de la susceptibilité arabe pour ne pas installer ses bases en Israël.

    Le Yanki n’a plus le prétexte de sa base Incirlik en Turquie pour ménager le « New-Sultan ».

    Les Rosbifs discrets possèdent 2 bases aéronavales à Chypre, Hé oui, mais il semble que la Reine ne soit pas préteuse...

    Ah ! La Politique... que des lignes tordues pour des esprits retors.


  • Odin Odin 11 septembre 17:00

    Bonjour,

    « C’est un événement unique d’un point de vue historique. »

    « percée historique vers une véritable paix au Proche-Orient… »

    Je pense plus à diviser pour mieux régner en arrimant les pays sunnites à l’hégémonie sioniste via l’AIPAC, l’État Profond U$ et U€ pour renforcer la politique isola-$ioniste vers les chiites pour mieux mettre en place le plan Oded Yinon (du Nil à l’Euphrate). Sur le plan historique pour la paix au Proche-Orient cela devrait commencer en premier par l’arrêt de cet apartheid ethnique envers les palestiniens.
    « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. »

     


    • vraidrapo 11 septembre 17:19

      @Odin
      Comme déclarait Michel Collon sur le Plateau de Frédéric Taddéï :
      « L’Amérique veut la dernière goutte de pétrole... »
      L’Iran a beaucoup de réserves et, le boycott les préserve... pour le moment opportun !


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