Après la crise... - AgoraVox le média citoyen Site en travaux

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lundi 10 novembre 2008 - par Bernard Dugué

Après la crise...

La crise financière va quitter le champ médiatique. Et d’ailleurs, les soubresauts de la bourse n’ont pas vocation à occuper la une de l’actualité d’autant plus que tout va rentrer gentiment dans l’ordre. Quel devrait être le cours du monde ces prochains mois ?

La crise financière a occupé le devant de la scène au point que la question des banlieues soit devenue résolue. Plus rien, plus aucune incivilité, juste quelques courses-poursuites, parfois avec une fin tragique. Plus d’insécurité. Pas comme en 2002. Les gens voyaient des voyous partout et votaient Le Pen. En 2008, les gens ont peur pour leurs sous et voient des banquiers partout. En vérité, les gens voient ce que donnent à voir les médias. Et très récemment, du beau spectacle, des émotions et des larmes, un suspense délicatement entretenu bien que l’affaire eut été pliée depuis un mois. L’élection d’Obama. Et ce fameux plan Paulson qui court, avec les plans décidés par les Européens sous l’égide de notre hyperactif président. Et la bourse qui continue à vaciller, mais n’a pas plongé aussi bas que les prophètes de 1929 voulaient bien l’annoncer.

En démocratie, les gens votent et, après, les gouvernants font ce qu’ils veulent. Et tout le monde trouve que c’est ainsi que doivent se dérouler les choses. C’est ça ou bien la dictature qui est la même chose sauf que les gens ne votent pas. Bon, c’est caricatural, mais un peu de caricature ne nuit pas à l’entendement des choses. Le plus important dans une démocratie, c’est la liberté d’expression, même s’il faut se farcir les propos des ânes et les analyses des Joe les bavards. Ce n’est pas un gage de progrès et de vérité, loin s’en faut. Les médias présentent les choses comme il leur semble bon ou conforme de les présenter. Conforme selon quelles normes ? Celles qu’ils ont décidé d’adopter. Et le bon ? C’est vague, mais c’est une manière pour la presse de se rassurer sur son action bénéfique au service de l’information. Dé-on-to-lo-gie !

Au final, nous ne savons pas beaucoup de choses sur des questions présentées comme très importantes. Celles portant sur l’économie. Mais nous sommes très bien informés sur des choses sans importance. Hélas, il semble bien que, pour le monde des finances, comme pour celui des conflits et des actions militaires, nous ne sachions pas tout et même en fait bien de peu de choses. Mais nous connaissons tous les mesures gouvernementales, le taux du livret A, le montant de nos revenus, les opérations à accomplir dans notre job, les factures à payer, le prix de l’essence, le montant des taxes, le prix des denrées, les principales lois de la République. Le reste, est-ce que cela nous regarde vraiment, tant qu’il y a du boulot et de quoi consommer un peu ?

Même si le reste nous regardait, nous ne sommes pas informés de ce qui a été décidé par les gestionnaires sans nous consulter, nous citoyens qui ne sommes que des machines à faire tourner le système. Et d’ailleurs, qu’aurait pu bien faire le citoyen face à cette crise dont il ne sait rien, à part rester zen. Plan Paulson, plan Sarkozy, plan X ou Y. Des milliards de dollars et d’euros créés ex nihilo et injectés on ne sait où. Y a-t-il des parlementaires pour vérifier où est parti cet argent, qui en bénéficie, si c’est légitime ou bien un arrangement entre copains ? La presse s’intéresse-t-elle à ces mouvements financiers concrets, mais opaques ? Et nos parlementaires ont-ils les moyens de contrôler tout cela vu que de vrais professionnels, à la Société générale et à l’Ecureuil, se sont fait berner par les Kerviel ? Bref, le renflouement est décidé sans aucun contrôle parlementaire. Nous ne savons rien sauf que, par petites touches, nous allons payer collectivement ces opérations. Mais comme nous ne sommes pas sur la paille, nous consentons, nous qui sommes des gens de peu de moyens et de savoir sur le système. La croissance ne sera pas bonne, même négative, mais quelle importance. Il y a bien des années que les gens ne profitent pas de la croissance, sauf les mieux placés et les rentiers. C’est l’occasion de nous recentrer sur d’autres horizons que les biens matériels. Quant aux pauvres, aux précaires, nous ne pouvons rien faire. Les élites nous ont dépossédé des moyens de contrôler le système et de le rendre plus juste. D’ailleurs, que font quelques citoyens du net, ils focalisent sur les tenues de Rachida Dati, les Rolex de Sarkozy et le petit copain de Claire Chazal. C’est leur seul point d’ancrage sur le pouvoir. A quoi cela peut-il servir ? Rien, sauf entretenir un ressentiment de révolte qui pourrait éventuellement se traduire dans la rue, une rue de secours quand la démocratie ne fonctionne pas. Mais l’on sait bien comment finissent les insurrections ou les élections, la vie reprend ses droits et tout recommence, avec quelques nuances.

Les plans de relance. En Chine, en Europe, aux Etats-Unis. Quel sera leur impact véritable. Il faudrait savoir de qui il s’agit. Nous ne savons rien. Qui va bénéficier des sous déployés par les Etats ? Des industries, des bons copains ? Des dadas technologiques des décideurs bureaucratiques ? Bof, les Etats ne font pas moins bien que les entrepreneurs privés, tant qu’ils interviennent de manière marginale. Nous n’allons pas revenir aux Soviets ! Restons calme. Le citoyen n’a pas les moyens de juger une politique économique. Ni même les parlementaires. Mais il faut chaque fois voter pour des candidats qui assument leurs erreurs passées ou leurs erreurs futures. On ne sait pas pour quoi on vote. Mais on sait pour qui. Untel défend plutôt les entrepreneurs, les banquiers, les médecins, les petits artisans, les parvenus, une autre défend les fonctionnaires, les travailleurs, ouvriers qualifiés et techniciens, les intermittents du spectacle. Et voilà.

La cote de Sarkozy a remonté de 7 points paraît-il. Les gens aiment l’agitation. Ils pensent que plus on s’agite plus on est efficace. Grand bien leur fasse, ce fardeau qu’ils portent depuis des décennies, ce fardeau de croire aux gesticulations des puissants. Pour 51 % des Français, Ségolène Royal ferait un bon chef du PS. Ils en savent quoi ces Français du destin du PS. Rien ! Mais ils répondent aux questions du sondeur. Sans doute sont-ils flattés qu’on s’intéresse à eux. Le jour où les gens seront devenus mûrs, ils se gausseront des sondeurs et, à chaque question, ils répondront non. Les gens auront au moins les moyens de pourrir ce système des sondages, du moins lorsque les questions concernent la politique politicienne. Car, sur d’autres sujets, le sondage peut être utile, servir d’indice sur des questions de société comme Edvige, par exemple, ou l’écologie.

Les sondages vont continuer, les fêtes approchent, les gens vont acheter des cadeaux, aller dans les magasins, la crise va vite être oubliée, éteinte par les lumières de la ville et les arbres enguirlandés. Les élites ont bien joué. Le bon diagnostic n’a pas été fait. Le système va devenir un peu plus encadré, mais pas plus juste qu’auparavant. En fait, les gouvernants n’ont pas eu peur pour tous ces gens qui crèvent et ne savent plus où trouver le salut. Ils ont eu peur pour le système, mais c’est pour ça qu’ils ont été placés au pouvoir. Pas pour faire le bien universel, mais pour gérer les affaires et les crises. Un pilote d’avion sait qu’un jour, il lui faudra affronter un violent orage. Cette crise, c’est l’occasion manquée pour tout remettre sur la table. Mais que de Joe les bavards pour livrer leur analyse, y compris Rocard qui, visiblement, ne s’est pas remis de son AVC. Et le modèle de développement économique, technique, social, culturel ? Attendons alors la prochaine crise qui devrait se produire d’ici sept ans. Pour l’instant, le G20 veille aux affaires et laisse croire à l’opinion qu’ils ont les moyens et la volonté de changer la donne financière afin d’éviter que l’économie ne soit livrée aux pilleurs de la finance, des gens sans vergogne pour qui seul le gain et la mise comptent, peu importe où et quand. Mais ce n’est qu’un phénomène au côté de l’autre processus, celui de la paupérisation des gens, un processus qui engendre le niveau matériel des classes supérieures tout en servant les classes moyennes. Bref, c’est, pour le dire franchement, un fucking problème, pas noir ou blanc, sans bon ni méchants, une sorte de fatum anthropologique à l’ère de la technique, une vraie question de philosophie politique que je n’ai pas voulu aborder parce que c’est complexe, ça fâche et que, de plus, ça ne servirait à rien. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

En écoute pour rédiger ce billet, Acte II de Martin Circus



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