mercredi 8 juillet 2009 - par NOUVEL HERMES

Après le spectacle

En conclusion de son livre "Après la démocratie", Emmanuel Todd écrit :
 
"La démocratie planétaire est une utopie. La réalité c’est, à l’opposé, la menace d’une généralisation des dictatures. Si le libre-échange engendre un espace économique planétaire, la seule forme politique concevable à l’échelle mondiale est la "gouvernance", désignation pudique du système autoritaire en gestation."
 
Il est vrai que la démocratie occidentale s’essouffle par ce qui fut son poumon : l’économie. Il y eut un modèle d’expansion des richesses qui s’accommodait d’un progrès humain - le fordisme par exemple - à un moment de l’histoire où le profit se développait sur un modèle de consommation généralisée qui générait l’individu comme richesse et comme finalité.
 
Nous en sommes loin.
Même si de ceci subsiste ce fantôme qui s’acharne à vouloir gouverner le monde dans son mode souriant : « Les droits de l’Homme. »
Même si la critique de ce modèle reste à faire pour les désastres écologiques qu’elle a produits, les frustrations d’un déséquilibre Nord/Sud dont l’effet ne cesse de se faire sentir et que le néo-libéralisme hérité de Reagan et de Thatcher n’a fait qu’accentuer. 
 Mais ce modèle fut, dans l’intérêt de ceux qui le promurent , à un moment historique précis et dans un cadre géographique limité, une phase de progrès pour le monde occidental .
 
Le monde est désormais sans projet et ne se donne pour avenir qu’un présent perpétuel dont Sarkozy, en France, est l’image. Mais peu importe celle-ci : notre univers gravite désormais autour d’idoles médiatiques qui occupent le devant de la scène avec la dépouille de Mickael Jackson ou toutes ces singularités que sont les pipoles . Artistes ou politiques, l’illusion est complète.
 
Et l’on se laisse bercer dans cette hallucination collective d’un monde warholien qui se rêve un début, une extension sans limite à laquelle nous faisons corps car il nous promet ce présent éternel de la célébrité …quand il n’est qu’une fin !
Que se passe-t-il après la célébrité, une fois que les feux de la rampe s’éteignent et que le spectacle s’achève ? Le rêve ou l’hallucination collective laisse place à la réalité.

Certes, celle-ci se dérobe à toute conscience, à toute visibilité : on se veut riche quand on est pauvre comme on se pense libre dans son aliénation. On accepte d’être aveugles - puisque c’est là une religion - Et on s’accommode fort bien d’un reflet, d’une conception somme toute très platonicienne du monde tandis que d’autres cultures, asiatiques ou africaines, plus collectives, plus soudées dans des rituels plus anciens, renvoient désormais notre occident dans les limites d’un modèle périmé.
Non pas dans celui d’un progrès matériel qui reste d’actualité dans un monde encore dominé par la misère mais dans celui d’une hypostase de l’humain comme sujet : cet univers warholien à sa fin se lit désormais dans sa répétition incessante, dans l’acmé d’un sujet décérébré et artiste à la fois, lieu d’extinction de « l’intellectuel ».
 
 Et on a beau, à Shanghai, s’encanailler dans les queues de comète de « l’art contemporain » occidentalisé jusqu’à la caricature, on sait bien que cet « homme occidental est désormais en voie de dépassement économique et culturel.
Il nous faudra donc, au-delà des figures de l’intellectuel, de l’artiste et du sujet dominant dans une société jusqu’ici dominatrice, anticiper ce nouveau sujet occidental post démocratique, constructeur d’un savoir partagé.
Rien n’est moins sûr que l’homme occidental soit prêt à cet abandon de pouvoir.
Au contraire, il est à craindre que les dernières cartouches de l’homme occidental soient à l’origine d’un carnage qu’il aura lui-même déclenché pour avoir eu peu de l’avenir.

 C’est maintenant qu’il faut lire notre Histoire pour l’écrire avec « l’Autre ». Selon d’autres partages, d’autres religions, d’autres économies, d’autres politiques. Sans repentance ni revanche. Selon une autre lecture, un autre regard.

De tout ceci nous en sommes si loin ,qu’hélas, notre échec semble déjà programmé. Tant que nous n’aimerons le lointain que dans un désir d’exotisme qui n’est que l’idéalisation de cet Autre qu’en réalité nous refusons, nous nous interdirons de comprendre ce monde qui s’achève.
Car le spectacle prend fin : il va falloir ouvrir les yeux !
 
 


3 réactions


  • sisyphe sisyphe 8 juillet 2009 16:25

    Excellente analyse, qui dit l’essentiel, et mériterait même des développements.

    Entièrement d’accord avec l’auteur ; la prédiction warholienne marquait l’ère de la société-spectacle, derrière le rideau de laquelle se délite tout lien social, toute vision de l’avenir, toute anticipation.

    Le présent est devenu mortifère, et les serviteurs du système en place n’ont plus pour objectif que de le faire durer, dut-il, comme c’est le cas, signer sa propre mort, dans des dégâts irréversibles pour la plupart des citoyens du monde.

    Les lendemains risquent de chanter gravement faux....


  • herbe herbe 8 juillet 2009 21:15

    "Au contraire, il est à craindre que les dernières cartouches de l’homme occidental soient à l’origine d’un carnage qu’il aura lui-même déclenché pour avoir eu peu de l’avenir."

    Pour moi Hadopi en est clairement un début d’illustration et si certain trouvent ça outrancier c’est que l’outrance appelle l’outrance ...


  • Mohammed MADJOUR (Dit Arezki MADJOUR) Mohammed 9 juillet 2009 15:54

    Tout ce que vous dites est bien vrai. L’homme « national » et même « continental » a fait sa mutation, il est devenu l’Homme planétaire ! L’Histoire-Géographie qui a façonné ce monde jusqu’à cette chose appelée « mondialisation » semble aujourd’hui ne plus évoluer, rien n’a plus d’effet sur rien, le Monde est devenu une roue folle !


    « Les droits de l’Homme. » n’ayant jamais gouverné le monde parce que précisément le problème a été pris à l’envers dès l’origine, il est plus que clair que la conclusion
    d’Emmanuel Todd prenne toute sa justification et même qu’elle doit susciter la plus grande réflexion ! La démocratie est un concept faussé et même dénaturé dès sa naissance ! La vraie démocrtaie est la plus grande mais aussi la plus légitime et la plus intelligente idéologie humaine, elle n’a pas pour vocation d’assurer les droits mais plutôt de contraindre au devoir : voilà pourquoi les scrutins faussement universels qui ressemblent de plus en plus aux cirques ne font que développer plus la corruption et donc par voie de conséquence l’anarchie !

    Il est temps en effet de sortir des schémas périmés des idéologies restreintes, l’Occident devenu à l’image de la France « Le tombeau des droits de l’Homme » doit se racheter en promulguant (puisque il est à lui seul l’ONU) la « DECLARATION UNIVERSELLE DES DEVOIRS DE L’HOMME », seul texte legislatif qui puisse contraindre les Politiques à assumer pleinement leurs responsabilités ! 

    Quand les responsables politiques feront leurs devoirs de manière impartiale, il en resultera l’abondance des droits pour l’ensemble des peuples ! Il n’y a pas une autre façon d’expliquer le sens du mot b« Démocratie » ! Vous voyez bien qu’il n’a rien à voir avec les ridicules promesses des plus que ridicules campagnes électorales !

    La démocrtaie n’est pas encore née ! Il faudra sans doute une intelligence collective et une prise de conscience plus répandues...

    Mohammed.
     


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