jeudi 21 mai - par

Armées : dramatique accident de plongée

Dans la nuit du 4 au 5 mai 2026, le sergent Bin Chen du 1er Régiment étranger de génie de Laudun (Gard) et le caporal-chef Axel Deplanque du 6e Régiment du génie d'Angers « en fin de formation de plongeurs de combat » sont morts lors d'un exercice dans la Maine. Une dizaine de sapeurs participait à l’exercice qui avait débuté vers 23 heures pour une durée prévue de 4 heures. « Les militaires plongeaient par binôme, chacun des binômes restant en lien avec une l’embarcation dans laquelle se trouvaient un pilote et un moniteur plongeur ». Les deux sapeurs «  étaient le dernier binôme à réaliser leur mission : un palmage d'infiltration suivi d'une plongée à faible profondeur ».

Le contact a été perdu avec les deux plongeurs vers 02 h 20. « Les deux militaires présents dans cette embarcation, qui communiquaient avec les deux plongeurs par le moyen d’une bouée, qui se déplaçait lorsqu’ils sont en activité, ont constaté qu’ils ne répondaient plus et que la bouée restait immobile. Des appels au secours auraient été entendus par les deux militaires de l’embarcation. (...) Le plongeur moniteur a effectué une première recherche et constaté la présence d’une cavité dont aucun des plongeurs ne connaissait l’existence, sans y trouver immédiatement les deux plongeurs ». Les pompiers arrivés à 03 h 30 ont découvert les plongeurs en arrêt cardio-respiratoire par 6 mètres de profondeur à la hauteur du pont de la basse chaîne à Angers (Maine-et-Loire). Leur décès a été constaté à 04 h 30 par le service hospitalier. « Les deux plongeurs pourraient s'être noyés après avoir été coincés dans la cavité d'une pile d'un pont enjambant la rivière ».

Une première enquête a été ouverte du chef d’homicide involontaire par le parquet d’Angers qui s’est dessaisi au profit de celui de Rennes qui a compétence militaire. Les deux plongeurs âgés de 24 et 30 ans avaient suivi une « formation très rigoureuse, précise et longue. Ces plongeurs étaient déjà assez confirmés. Ils devaient effectuer 56 plongées à l’oxygène. Celle d’y hier était la 55e et avant-dernière plongée ». Le général Arnaud de Richoufftz de Manin. « Il ressort des auditions des militaires sur place qu’au cours de l’exercice, l’embarcation de sécurité a perdu contact avec les deux plongeurs ». Les investigations ont été confiées à la brigade des recherches de la gendarmerie d’Angers. Le magistrat a déclaré que « les autopsies auront lieu dans les jours à venir. (...) Les matériels utilisés ont été saisis et seront analysés par des experts. (...) Une plongée est également prévue pour explorer la cavité, le lieu de l’accident. (...) Selon les premiers renseignements, les cavités sous-marines peuvent représenter un danger du fait d’éventuels appels d’air ou courants fluviaux et en raison des difficultés qui peuvent survenir pour retrouver la sortie, la visibilité restant très réduite ». 

Lors d'un accident les enquêteurs recueillent tous les éléments hydrographiques (débit du fleuve, crue), météorologiques (pluviométrie) et vérifient les visites d'entretien du pont. La nuit du drame la lune était en premier quartier 9e jour (visibilité de la bouée). Il suffit parfois d'un incident pour qu'une plongée nocturne tourne au drame. La perte du masque, de l'embout, d'un palme, l'absorption de chaux sodée provenant de la cartouche épuratrice, l’essoufflement propre au plongeur respirant de l'O2 pur peut être à l'origine d'un sur-accident ou d'une noyade. Les enquêteurs consignent tout matériel manquant et vérifient la pression dans la bouteille (autonomie de 4 heures), le gilet NC, la présence ou non du lest, de la sangle reliant le binôme (menotte de 2 ou 5 m). Le laboratoire analyse ensuite la teneur en O2 et CO2 du sac respiratoire (l'hyperoxie semble exclue, profondeur 6 m) et le fonctionnement du matériel. Les plongeurs disposaient-ils d'un signal jour/nuit (fumigène / Bengale) ? Les plongeurs civils utilisent une lampe à éclats (stroboscopique), une lampe torche ou un bâton lumineux de type Cyalume ® pour se signaler.

Les interventions des Plongeurs de l'Armée de Terre, exceptés les nageurs de combat du CPEOM (nageurs de combat de la DGSE), concernent les plans d'eaux intérieurs (fleuves, canaux, lacs, estuaires, lagunes, étangs, carrières, égouts, émissaires) visant : l'évaluation des franchissements de cours d'eau et des berges, reconnaissance, infiltration par les réseaux souterrains inondés, déminage, destructions subaquatiques, mise en œuvre d'explosifs, actions offensives, renseignement dans la profondeur, actions spécialisées, guidage d'unité, travaux subaquatiques, recherche de matériels, participation à la protection lors de grands évènements JO, G8, sommet de l’OTAN, etc.

Plusieurs régiments de l'Armée de Terre disposent de « plongeurs de combat ». Les : 3e régiment du génie (Charleville-Mézières), 6e RG (Angers), 13e RG (Valdahon), 17e RGP (Montauban), 19e RG (Besançon), 31e RG (Castelsarrasin), 1er et 2e REG. Forces spéciales : 1er régiment de parachutistes d'infanterie de marine, 13e régiment de dragons parachutistes, 2e régiment de hussards (Haguenau), 2e régiment étranger de parachutistes (Calvi) et le centre national d'entraînement commando (Montlouis).

Les PAT sont formés à l'Ecole Supérieure et d'Application du Génie à Angers (Maine-et-Loire). La Division Formation des Plongeurs (ex Cours de Plongeurs de l'Armée de Terre) accueille chaque année près de 200 stagiaires placés sous la férule de dix-sept instructeurs plongée de l'école qui organise deux sessions par année. Pour être PAT il faut être volontaire, apte médicalement (SIGYCOP) et réussir les tests de sélection qui se déroulent sur 4 jours et 3 nuits : tractions, pompes, abdominaux, cordes, course à pied, 800 mètres Palmes Masques Tuba, 500 mètres bloc de plongée capelé, 200 mètres sauvetage mannequin, palmer durant 6 heures, apnée 15 mètres, course d’orientation, marche commando de 8 km avec sac de 11 kg suivis d'un entretien individuel.

La sélection réussie, l'impétrant part pour l'Ecole de Plongée de la Marine Nationale à Saint-Mandrier dans le Var pour y suivre le stage plongeur de bord (cinq semaines) et celui de travaux sous-marins : relevage, renflouement, tronçonnage, soudage, perçage, découpage, soudage (deux semaines). De retour à l'ESAG, il y reçoit une formation de Spécialiste des Techniques Subaquatiques (STS) formation technique à la plongée à l’air en eaux intérieures (programme proche des anciens plongeurs d'aide au franchissement), instruction génie, reconnaissance, infiltration, renseignement d'une durée de 3 semaines.

Le Certificat Technique Élémentaire en poche, différentes qualifications sont ouvertes aux hommes du rang, sous-officiers et officiers. Chef d'équipe plongeur : responsable de 6 plongeurs, durée 2 semaines. Moniteur de mise en œuvre subaquatique : explosifs durée 2 semaines à Saint-Mandrier Directeur de plongée : planifier, conduire une plongée et gérer un incident ou accident de plongée, mise en application des textes réglementant les activités nautiques et subaquatiques, durée 2 semaines à Angers (officiers, sous-officiers). Directeur de mise en œuvre subaquatique : organiser et engager son détachement en qualité de chef de détachement. Oxygène : plongée avec recycleurs, formation tactique, navigation sous-fluviale, durée 6 semaines à Angers et 3 semaines à Saint-Mandrier.

Reconnaissance offensive : chef d’équipe d’intervention offensive commandement d'un détachement de plongeurs infiltrés ; durée 4 semaines à Angers (Officiers, Sous-officiers). Cours exigeant : 1 semaine de présélection, privation de sommeil pendant 60 heures. Une douzaine de candidats sur une vingtaine est sélectionnée, et une sizaine, environ, obtiendront la qualification Plongeur de l’Armée de Terre et d’Intervention Offensive.

Stages complémentaires Brevet de parachutiste militaire à l'ETAP, secourisme, Commando » (Mont-Louis)commando. Qualifications d’aéro-cordage sur un hélicoptère (descente en corde lisse, de la grappe, descente en rappel), permis bateau. Solde pour un militaire du rang célibataire, sans enfant : 1362 € net/mois dès l’affectation (1982€ après 1 an de service pour EVAT), 9 semaines de permissions annuelles, prime de combattant terrestre : 105 € / mois, Indemnités de plongée 280 € / mois, prime de saut 500 € / mois, indemnités de sujétions (astreintes) d’absence opérationnelle 39 € / jour, en OPEX (opération extérieure) la solde de base est multipliée par 2,5.

Que s'est-il passé ? La Maine, rivière navigable de 12 km qui traverse Angers n'a pas de source, elle résulte de la confluence du Loir, de la Sarthe et de la Mayenne avant de se jeter dans la Loire à Bouchemaine. La Maine, dénivelé moyen de 0,01 m d'altitude tous les kilomètres pour un pourcentage moyen de 0,68 %, présente des fluctuations saisonnières avec les hautes eaux en hiver (débits mensuels moyens en janvier de 271 m3/s, février 278). Le débit diminue progressivement à partir du mois de mars. Les basses eaux en été (août, juillet 46,7 m3/s, août 35,4 m3, septembre 39,8 m3).

Toutes interventions sans connaissance sur les ouvrages d'art : ponts, tunnels, canaux aménagés, barrages, centrales, etc., où à proximité reste une gageure. La ville d'Angers est traversée par une douzaine de ponts dont l'architecture n’est pas négligeable. Certains ponts anciens reposent sur des pieux en bois et il n'est pas rare lors d'une visite de pont de découvrir une cavité. Le Delta de pression ou renard est la hantise des plongeurs habilités en travaux subaquatiques. J'invite le lecteur concerné à se reporter à l'articulet du 18/09/25 https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/grands-travaux-du-canal-a-l-ecluse-263303. L'affouillement est dû à l'arrachement et au transport des sédiments du lit sous l'action érosive de la veine liquide ce qui peut entraîner une perte de portante voire menacer la structure d'effondrement.

Culées et piles de pont sont destinées à transmettre au sol les contraintes mécaniques. Elles se caractérisent par leurs dimensions (longueur, largeur, hauteur,) leur forme, la présence ou non d'une semelle, d'un radier et leur type de construction. Des ouvrages d'art disposent d’évidements dans la partie aérienne des piles (écluses, dégueuloires) pour gérer l'écoulement des eaux lors de crues. Les branches, troncs et autres débris transportés par le fleuve s'y amoncellent. La poussée exercée par la vitesse courant dépend du profil du fleuve, du charriage, de la nature du fond tandis que les culées et piles de pont ont elles un impact sur les lignes d'eau au niveau de l'avant bec (avancée maçonnée côté amont) et des enrochements. Le pont de Verdun, par exemple, crée un effet de barrage et on observe, selon le débit, une différence de niveau de 35 à 50 cm entre l'amont et l'aval du pont.

Le pont de la Basse-Chaîne franchit la Maine à Angers entre le quartier de la Doutre et le Château d'Angers foisonne de dangers pour les plongeurs. L'ancien pont suspendu ancré au sol achevé en septembre 1838 franchissait la Maine d'une seule travée s'était rompu le 16 avril 1850 entrainant la mort de 220 soldats ! Les travaux de démolition entrepris pour dégager la partie du fleuve avant la construction d'un nouveau pont en arc voûté en pierre constitué de cinq travées inauguré le 15 avril 1856 ont oublié de nombreux vestiges immergés... En 1960 un nouveau pont à poutres a remplacé l'ancien pont. Le fond du fleuve reste jonché de débris... Une correction, une précision, une remarque ?

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4 réactions


  • karibo 24 mai 09:57

    Bonjour . La formation de nageur de combat est une des plus difficile et dangereuse, cet article interessant nous laisse sur notre faim/fin qu’ ils analysent le débit, la température ou autre diversion ou subterfuge ne donnent aucune réponse sur la cause réelle de leur mort et c’ est bien ça qui nous intéresse, afin de ne pas faire pareil ! De préciser qu’ avant leur dernière plongée, ils étaient DEJA aguerris !


  • Et hop ! 24 mai 14:16

    Fait divers qui n’a aucun intérêt, tous les jours il y a des accidents du travail qui tuent en dehors de l’armée, dans le Bâtiment, l’Industrie, l’Agriculture, la Pêche, etc..


    • karibo 25 mai 13:21

      @Et hop !

      Vous faites un jugement de valeur aucun intérêt pour vous . On n’ entre pas dans le bâtiment, la pèche ou l’ agriculture comme on devient nageur de combat ! Ce n ’ est ni la même chanson ni limonade chez les cosmonautes ou pilotes de ligne aussi il y a des accidents ... Cette discipline demande des qualités exceptionnelles que les autres ne demandent pas : incomparable !


    • ACR26 25 mai 18:08

      @karibo

      Bonjour, inutile de répondre à ce genre de propos. Lui ne risque ni accident du travail ni mort en service commandé depuis son canapé avec sa bibine, son joint et son Iphone. Bonne soirée.


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