Armes : lutte contre les mines marines
« Nous commençons maintenant le processus pour dégager le détroit d'Ormuz comme faveur pour des pays à travers le monde, y compris la Chine, le Japon, la Corée du Sud, la France, l'Allemagne, et bien d'autres. (...) De manière incroyable ils n'ont pas le courage ou la volonté de faire le travail eux-mêmes ». Samedi 11 avril 2026 alors que deux destroyers lance-missiles de l'USN franchissaient ce passage contrôlé par l'Iran dans le cadre « d’une mission plus large visant à s’assurer que le détroit est entièrement débarrassé des mines marines précédemment posées par les Gardiens de la Révolution iraniens », Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom). En pleins pourparlers entre les deux pays au Pakistan, Donald Trump a déclaré : « Nous balayons le détroit, et en plus de cela, nous négocions. (...) Le détroit d’Ormuz s’ouvrira et cela va aller rapidement. Si ce n’est pas le cas, on résoudra ce problème d’une façon ou d’une autre ». Selon le New York Times, l'« Iran n'aurait pas répertorié l'emplacement de toutes les mines déposées le mois dernier. Les Gardiens de la révolution ont annoncé deux routes maritimes, selon eux sécurisées ».

Les mines marines représentent une menace majeure : blocage des routes maritimes, des passages stratégiques et l'accès à des ports. Une simple menace de minage, de bluff ou de mines factices suffit à produire son effet. Aucun armateur, assureur, compagnie ne prendra le risque de perdre l'équipage, la cargaison et le navire. Le lecteur non familiarisé avec les différents types de mines marines pourra se reporter à l'article : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/armes-mines-marines-dans-le-267460
La densité d'un champ de mines dépend de la taille des bâtiments ciblés, de leur manœuvrabilité, de la profondeur, de la nature et du relief du fond, du type de mines, des conditions de mer (courant, marée, houle). Un maillage en quinconce tous les cents mètres c'est déjà une centaine de mines par kilomètre carré et cela uniquement pour le trafic de surface ; la guerre des mines se déroule dans un espace en 3D. Prenons l'exemple du Barrage des îles Orcades jusqu'en Norvège pendant la Première Guerre mondiale. Ce barrage qui devait empêcher les sous-marins de s'attaquer au trafic transatlantique nord constituait une aire de 370 km de long et 24 km de large sur une profondeur de 270 m comprenait 400 000 mines ! Des rangées de mines destinées à endommager les navires de surface étaient posées à -24 m, d'autres par 49 et 73 mètres de profondeur pour d'endommager les sous-marins. « Il y avait en théorie 66 % de chances qu’un sous-marin en surface déclenchât une mine, et 33 % de chance pour un sous-marin en plongée ».
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les dragueurs de mines, navires de faible tonnage à coque amagnétique et à faible tirant d'eau, remorquaient un « brin de drague » adapté au type de mine attendu : une drague mécanique pour cisailler les orins des mines à contact ancrées sur le fond avant de les détruire en surface au canon. La drague magnétique composée de deux câbles divergents dans lesquels circulaient un courant de plusieurs milliers d'ampères sous une centaine de volts, l'eau de mer étant conductrice, le courant électrique générait un puissant champ magnétique alentour. Le courant pouvait être modulé pour se rapprocher de la signature magnétique d'un certain type de navire. La boucle était remorquée à la profondeur désirée grâce à un panneau de plongée et à des flotteurs. La surface d'une boucle pouvait atteindre plusieurs milliers de m². Existait également une drague magnétique à partir d'un bobinage (solénoïde) contenu dans un corps profilé (poisson) remorqué loin derrière le bâtiment permettant ainsi une vitesse de remorquage plus élevée. Dans les dragues actuelles, on procède à des inversions de sens du courant afin qu'une seule drague magnétique puisse faire exploser les mines sensibles au champ magnétique vertical, et les mines au champ magnétique horizontal. Pour traiter les mines acoustiques, le dragueur remorquait un « bruiteur » de plusieurs centaines de kilos capable d'émettre des bruits et des tonalités avec un volume sonore assourdissant de façon à déclencher les mines acoustiques à la plus grande distance possible.
Les dragueurs ne détectaient pas vraiment les mines, ils se contentaient de les activer et travaillaient à « l'aveugle ». C'étaient des bâtiments robustes construits à partir de matériaux amagnétiques (bois, métaux non ferreux) pourvus de boucles de démagnétisation et relativement silencieux. La Calypso du commandant Cousteau était un ancien dragueur de mines. Tout bâtiment naviguant dans une zone supposée minée adoptait des mesures d'autoprotection : « boucles » d'immunisation pour réduire sa signature magnétique à quelques milligauss (2 i / r en mètres), navigation en mer profonde, à marée haute ou par courants forts capables de « coucher » les mines à orin sous la surface. La profondeur d’immersion d'une mine ludion flottant entre deux eaux est assurée par « un dispositif de contrôle hydrostatique qui la maintient à la profondeur prédéterminée indépendamment de la montée et de la baisse de la marée ».
Les dragueurs de mines travaillaient en formation visant à réduire au maximum les risques encourus pour les hommes et les bâtiments. Avec la formation en « coin », un dragueur ouvrait la route suivi par deux autres dragueurs se tenant chacun à l'extrémité du chenal ouvert afin de l'élargir. Dans la formation en échelon, le premier dragueur était suivi sur son extrémité draguée (bâbord ou tribord) par un deuxième dragueur qui était à son tour suivi par un troisième dragueur. Chacun draguait une bande qui se devait de chevaucher la bande draguée par le bâtiment qui le précédait afin de s'assurer qu'aucune mine n'avait échappé au dragage. Les dragueurs procédaient à de véritables « coup de rabot » en se tenant à la limite extérieure de la zone dangereuse. En ce qui concernait les mines à compter, les dragueurs n'avaient d'autre choix que de procéder à plusieurs passages. La détection des mines à dépression posait un réel problème et nécessitaient de naviguer à très faible allure pour ne pas les activer.
Les dragueursne tardèrent pas à être remplacés par des chasseurs de mines capables d'affronter les mines modernes à partir des années soixante. La France compte une dizaine de chasseurs de mines (M 642 à M 653) propulsée par un moteur « silencieux ». Caractéristiques : longueur 51 m, largeur 9 m, déplacement 684 tonnes, vitesse 15 nœuds, équipage 45 marins dont 6 plongeurs démineurs. Ces bâtiments modernes ont pour mission de détecter, identifier, classifier et neutraliser les mines immergées, voire d'agir en éléments précurseurs d'opérations amphibies ou pour les recherches d'épaves, de débris lors d'accidents maritimes ou aériens.
Lors d'une campagne de prospection, le chasseur de mines explore la zone en remorquant un sonar latéral ou un magnétomètre pour localiser tout objet suspect pouvant laisser penser à une mine. Le sonar latéral est remorqué entre deux eaux pour émettre des ultrasons, non plus dirigés vers le fond, mais obliquement et latéralement en forme d'un éventail afin de rendre possible le repérage d'objet en relief (détails d'une trentaine de centimètres) reposant sur le fond (principe de la photographie en lumière rasante). Dans un fond « déchiqueté » ou recouvert de sédiments, la mine peut passer inaperçue ou se confondre avec le fond. En présence d'un objet métallique le gradient du champ magnétique terrestre décroît comme la quatrième puissance de la distance.
L'objet localisé, il faut lever le doute. Si la profondeur et les conditions de mer le permettent, on envoie des plongeurs-démineurs ou une caméra de télévision qui fournit des images en temps réel. La variation de contraste et de la luminosité peuvent faire apparaitre des détails peu visibles. La position de l'objet suspect est matérialisée par une balise et de l'enregistrement des coordonnées en vue du pétardement. A noter que les chasseurs de mines sont équipés d'un système d'ancrage dynamique (calage satellitaire), balises radioélectriques ou ultrasonores.
Les opérations de dragages de protections (assainissement d'une zone afin de permettre la navigation) ne sont jamais fiables à 100 %, on parle de probabilité de nettoyage d'un chenal dragué. Certaines mines sont « coriaces » : activation à distance, mines à systèmes combinés, plage d'activation aléatoire... Un type de mine est capable de se déplacer pour aller frapper sa cible. Un hydrophone capte la signature du navire, le localise, et la mine, guidée par l'« éco-goniomètre » va à la rencontre de sa cible dans un rayon de 1.000 mètres. Il devient ainsi possible de miner les abords d'une zone protégée...
La classification, l'identification et la destruction des mines font appel de plus en plus aux drones qui permettent au chasseur de mines de se tenir à distance de la zone dangereuse. Les premiers poissons auto-propulsés utilisés par la MN pour se substituer aux plongeurs-démineurs ont fait leur entrée en service en 1977. Le PAP, un engin filoguidé propulsé par deux moteurs électriques piloté par un joystick à partir de son navire support peut déposer une charge explosive à proximité d'une mine. Caractéristiques : longueur 2,70 m, largeur 1,14 m, poids 700 kilos, rayon d'action 600 m, immersion max. 120 m, vitesse max 5 nœuds. Le drone ou AUV (Autonomous Underwater Vehicle) est autonome, contrairement au ROV (Remotely Operated Vehicle) qui lui est filoguidé (fibre optique) depuis le navire de soutien et qui achemine les informations en temps réel. Avec un AUV il faut attendre que celui-ci soit de retour en surface (liaison radio) ou à bord (récupération des données) pour en prendre connaissance.
La Marine Nationale devrait recevoir huit drones sous-marins A18M d’Exail (sonar Thales) entre 2028 et 2030 (commande passée en novembre 2024). Cet AUV de 5 mètres pour 500 kg, capable de plonger à 300 mètres avec une autonomie de dix-heures fera partie du Système de lutte anti-mines futur (SLAM-F). La MN a également commandé, au mois de juin 2025, cinq gliders (planeurs) SeaExplorer auprès de la société ALSEAMAR. Ces véhicules sous-marins autonomes pourvus d'un ballast capables d'atteindre la profondeur de 1 000 mètres et de se déplacer lentement (0,5 nœud) disposent d'une autonomie de trois mois.
La France, la Belgique et les Pays-bas ont acquis une expérience bien supérieure à celle des États-Unis. Si « la marine des Gardiens de la révolution dispose de l’autorité totale pour gérer le détroit d’Ormuz », elle ne dispose pas des moyens ni de l'expertise pour relever les mines. Irons-nous nettoyer les écuries d'Augias ? « Rien n'est à exclure concernant une éventuelle participation de la France à une opération de déminage dans le détroit d'Ormuz, mais la France ne compte pas aller seule » dixit la ministre des Armées, Catherine Vautrin, le 9 avril 2026 à BFM TV. Une correction, une précision, une remarque ?
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