mardi 27 novembre 2018 - par Lucchesi Jacques

Attention, une manif peut en cacher une autre

Le week-end dernier, Gilets jaunes et Foulards violets ont déferlé dans les rues de Paris, mais pas pour les mêmes raisons. Et comme il est de règle dans ce cas, une manifestation a fait écran à l’autre.

 

 Noble cause que la lutte contre les violences faites aux femmes. C’est certainement un combat de première importance dans un pays aussi machiste que la France. Un pays où il y a tant de violeurs impunis, tant de femmes harcelées dans les rues et les transports en commun, où une femme – comme le dit un spot gouvernemental bien connu – meurt tous les deux jours sous les coups de son compagnon. Un pays où il y a encore un écart de salaire de 10% entre les hommes et les femmes ; où la parité s’arrête au seuil des conseils d’entreprise, où le temps de parole des députées est inférieur à celui de leurs collègues masculins à l’Assemblée Nationale. Notez bien qu’on peut compter sur Marlène Schiappa pour corriger, d’ici la fin du quinquennat Macron, ce sinistre tableau. Après quoi, si elle est encore là, elle s’occupera peut-être des violences que les femmes font subir aux hommes, ne fut-ce que pour justifier le mot « égalité » qui entre dans l’appellation de son secrétariat d’état. 

 

Donc, les femmes – pas que des femmes, d’ailleurs – sont descendues massivement dans la rue, ce samedi 24 novembre, jour de la sainte Flora (Tristan ?). Des femmes jeunes et moins jeunes qui ont répondu à l’appel du collectif féministe Nous toutes, décidé cette fois à frapper un grand coup. Et comme il faut désormais une couleur spécifique pour être visible dans les médias, ces dames ont choisi le violet – couleur froide par excellence – pour décorer leurs foulards et leurs calicots. A Paris, c’est un défilé aussi chic que pacifique de 12 000 personnes qui s’est ébroué, place de l’Opéra, pour rallier celle de la République. Voilà un évènement qui aurait dû faire la une de toutes les rédactions : eh bien non !

Car, dans le même temps, ce sont 8000 Gilets jaunes qui, venus de toute la France, ont fait voile vers Paris pour le deuxième week-end consécutif. Loin de rester bien sagement sur le Champ de Mars, où le pouvoir voulait les cantonner, ils se sont dirigés vers les Champs Elysées, sans doute pour être plus près du palais présidentiel, des fois que Macron daignerait entendre leurs doléances. Et ce qui devait arriver arriva. Face aux bataillons de CRS qui leur barraient le chemin, les esprits se sont échauffés et les plus costauds, parmi les manifestants, ont déterrés les pavés et renversé les barrières, ripostant ainsi aux lances à eau et aux grenades lacrymogènes, tout au comme au bon vieux temps de leurs soixante-huitards de parents.

Ce fut une drôle d’empoignade, émaillée de dégradations de commerces, avec des blessés et des interpellations par dizaines. Tout ce qu’il faut, en somme, pour intéresser les télés publiques et privées. Du coup, Nous toutes et leurs copines féministes ont été reléguées au second plan. Sans le vouloir, les Gilets jaunes leur ont volé la vedette. Et certaines, bien entendu, de s’en plaindre amèrement. Quoi ! Ces bouseux qui ne pensent qu’à leur porte-monnaie, ces esprits rétrogrades manipulés par l’extrême-droite à qui on accorde plus de temps d’antenne qu’à nous et à notre bel idéal de justice. Un scandale ! On préfère toujours la violence des casseurs à la force des idées dans ce pays. Et en plus, ils étaient moins nombreux que nous. Si ce n’est pas une preuve de la persistance du patriarcat et de l’invisibilité des femmes dans notre société, ça !

 

Mais Nous toutes est-elle une association représentative de toutes les femmes françaises ? Ce n’est pas si certain. Pour peu qu’elles aient digéré leur amertume, ces passionarias auront pu voir qu’il y avait aussi de nombreuses femmes parmi les Gilets jaunes aux abords des Champs Elysées. Des femmes venues soutenir leurs compagnons dans leurs revendications ; des femmes qui redoutent davantage les fins de mois difficiles que les frotteurs dans le métro ; des femmes qui se soucient plus de l’éducation de leurs enfants que de la féminisation de l’orthographe. Bref, des ingrates et des traîtresses, indifférentes à la grande révolution féministe qui se déroule actuellement – mais pas à la contre-révolution libérale qu’on leur impose insidieusement. Comme quoi, chacun.e continue de voir midi à sa porte.

 

Jacques LUCCHESI



4 réactions


  • Jelena Jelena 27 novembre 2018 10:18

    >> Notez bien qu’on peut compter sur Marlène Schiappa pour corriger (...)

    Shiappa qui a mis en place « la majorité sexuelle à 5 ans » est du coté des femmes battues ? ... Dans le même ordre d’idée, on pourrait dire que Macron est du coté des smicards.


  • eric 27 novembre 2018 13:07

    Vous me rassurez, j’avais vu dans les médias plusieurs dizaines de milliers de participant (e-s x). violet...

    Il y a une grosse différence. J’ai écouté les porte paroles ; Elles veulent du fric ( public) pour les associations. « Condition indispensable pour faire des progrès ».

    Les gilets jaunes veulent plus de services publics pour le prix de leurs impôts et la possibilité de vivre.

    Leurs matériel de propagande violet est payé avec notre argent. Les gilets jaunes ont puisé dans leur coffres et leurs propre porte monnaie.

    Il ne faut pas s’y tromper. Les deux manifs parlent exactement de la même chose :

    Qu’est qu’on fait de l’argent du social, on aide les pauvres ou on arrose les associatifs professionnels qui ne voudraient pas perdre leur temps et leurs santé dans des boulots difficiles, pénibles, ou pire, comme tous le monde !

    Ce sont des curés ; Ils veulent « produire du sens » pour la société et à ses frais.

    Ce sont des prédateurs sociaux. Si on voulait être gentil, on dirait des parasites. Ce n’est pas interdit par la loi. On a aussi le droit de voter contre ceux qui les financent.


  • jmdest62 jmdest62 27 novembre 2018 16:35

    Salut l’auteur

    Bien vu votre texte....un point cependant :

    Sans le vouloir, les Gilets jaunes leur ont volé la vedette.

    °

    Les gilets jaunes n’ont volé la vedette à personne , ce sont les journaleux de BFM et Cnews qui , en relayant les infos de Castaner , ont fait en sorte de focaliser l’attention sur les violences des champs-Elysées.

    N’en déplaise à Schiappa , il était plus urgent , ce jour là , pour le gvt dont elle fait partie , de tenter de décrédibiliser le mvt GJ que de parler des femmes battues et de l’égalité des sexes.

    @+


  • zygzornifle zygzornifle 27 novembre 2018 17:41

    Un président peut en cacher un autre , n’est ce pas les mougeons ? ....


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