Attirée par les étoiles...
La couleur "rose", qui ouvre cette chanson célèbre d'Alain Souchon, évoque bien un monde factice, artificiel, celui qui nous est proposé dans nos sociétés de perpétuelle consommation : une "vie en rose" qui n'est qu'une façade : une vie où il s'agit "d'avoir" des "quantités de choses".
Le mot "avoir" répété sous différentes formes, verbale ou nominale souligne ce besoin avide de posséder toujours plus, qui caractérise nos sociétés... La reprise du nom "choses" renvoie aussi à cet univers d'objets qui nous envahissent.
Ces objets deviennent une quête incessante et cette recherche n'est qu'une illusion comme le soulignent le verbe "croire", les mots redondants,"dérision, dérisoires."
Le pronom indéfini "on", employé à plusieurs reprises, montre que nous subissons une sorte d'endoctrinement : "on nous propose, on nous fait croire, on nous inflige, on nous parle."
Et cet endoctrinement se fait de manière anonyme, dans une forme de consensus...
Plus loin, sont évoqués des cartons d'emballage, "des gens lavés, hors d'usage" : les gens en viennent à perdre leur âme, pour consommer et acheter quantités d'objets.
Et, au lieu du bonheur promis au début de la chanson, c'est le vocabulaire de la tristesse qui l'emporte :"tristes, affliger"... Par l'emploi du pronom "nous ", l'auteur montre que nous sommes tous abusés par ce monde de la consommation : le terme familier "cons" accentue cette tromperie généralisée...
Grâce à des néologismes formés sur des noms propres, Alain Souchon met en exergue, aussi, l'importance que prennent les marques et certaines personnalités dans nos sociétés : "On nous Claudia Schieffer/On nous Paul-Loup Sulitzer/Oh le mal qu'on peut nous faire."
Le choix de ces deux noms propres n'est pas dû au hasard : la mode, le monde du business, de l'édition font de ces personnalités, des sortes d'icônes inaccessibles...
On crée, ainsi, des mythes qui servent à favoriser la consommation, qui anéantissent l'individu et le rendent malades, ce que révèle le champ lexical de la souffrance : "mal, ravager, pâles."
Le refrain vient souligner l'aspiration à un idéal qui manque à nos sociétés : "les étoiles, les voiles"sont évoquées, éclatants symboles d'infini, de liberté...
La foule a besoin de sentiments, d'évasion, elle a besoin d'échapper à cette consommation effrénée, dans laquelle elle est, irrémédiablement, entraînée.
On le voit : cette chanson dénonce, avec une grande acuité, l'essentiel de nos modes de vie basée sur la croissance, le consumérisme, la soif de conquérir toujours plus de richesses et de biens.
La mélodie, qui s'adoucit dans le refrain, avec des sonorités de finales féminines donne envie de s'évader de ce monde qu'on nous impose.
Cette chanson qui date des années 90 reste, plus que jamais, d'une brûlante actualité, car notre monde de consumérisme s'accélère.
Alain Souchon met bien en évidence les tares et les travers de nos sociétés fondées sur l'avoir, sur l'argent : un univers déshumanisé, sans âme, qui conduit au désespoir : l'homme est oublié et perdu.
Il serait temps, sans doute, de retrouver des idéaux, un humanisme, une vraie créativité.... Il serait temps de se tourner vers une société plus humaine, vers un véritable bonheur, un monde où l'argent n'est pas la valeur essentielle, un monde plus simple, plus harmonieux et plus juste.
Voilà une magnifique dénonciation de ce qu'est devenu notre univers, cerné par les objets et la marchandisation !
Lien vers la vidéo : https://youtu.be/7k9j7TQbNlg
Le blog :
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