mardi 26 mai 2009 - par
Au fil du rasoir
La lame du rasoir glisse sur la peau en vagues légères. Les yeux clos, la tête légèrement renversée et le menton levé, je m’abandonne volontiers à la douceur de la main du vieux barbier à la blouse blanche. Ainsi, je nage à nouveau dans l’euphorie de sensations cloîtrées depuis tant d’années au tréfonds de moi-même, mais que ma mémoire n’avait jamais voulu enterrer.
Large serviette fermée autour du cou, je me laisse aller. Le relâchement de tous les muscles, nerfs et cerveau au repos. La soumission volontaire. Cette détente qui permet de rêvasser. Telle que je l’avais vécue mainte fois, voilà plus d’un demi-siècle et que j’avais recherché en vain depuis, à travers les salons de coiffure de toutes les grandes cités de ce monde, que l’on dit moderne, traversées professionnellement et où, seul le cheveu avait droit de cité.
Exilé volontaire depuis plus de dix ans dans une petite ville d’un petit pays, trois fois la semaine je m’assois dans une petite échoppe, sur un petit fauteuil de cuir patiné, pour offrir ma vieille petite peau parcheminée à la main experte du petit bonhomme de blanc vêtu.
Pour la modique somme de 80 centimes d’euro, massage facial, friction, eau de toilette et sourire compris, la séance de somnolence provoque à chaque fois en moi, la ruée ordonnée d’un tas de réflexions qui se croisent sans jamais se heurter, se déversent sans turbulences et surtout sans m’inquiéter car, compte tenu de mon âge, aujourd’hui je ne crains plus l’avenir. J’en suis privé.
Permettez-moi de vous en livrer quelques unes, surgies au fil du rasoir.
La crise ? Malheur à nous d’avoir cru que, s’agissant de l’agonie du système capitaliste pur et dur, les « grands penseurs et décideurs » de ce monde en profiteraient pour inventer une façon de vivre toute neuve avec plus d’équité, de justice, d’harmonie, bref de bonheur, entre tous. Raté encore une fois. Pas de surprise pour moi, vu que j’ai passé ma vie à avaler de telles couleuvres venues de gauche comme de droite.
La crise ? Un dégraissage gigantesque organisé par les vautours sous de faux prétextes. Sans écorner le moindre de leurs privilèges, ou à peine seulement, ils ont pu se débarrasser, à l’échelle planétaire et à moindre fais, de millions de pauvres hères, esclaves des temps modernes qui auraient pu mettre en danger le pourcentage de leurs profits, s’ils avaient continué à bosser pour eux.
Se sachant intouchables, culottés en diable, ils n’ont de cesse de tendre la main vers les planches nationales à fabriquer dollars et euros, sans jamais payer le montant de leurs turpitudes. Faux jeton, l’un d’entre eux a eu culot de déclarer récemment, du côté de l’Italie et de Turin qu’après avoir avalé un grand constructeur automobile amerloque il se proposait de dévorer également Opel en promettant, la main sur le cœur, que pour se faire il ne jetterait pas sur le pavé plus de… 10.000 ouvriers teutons. Et dire que Fiat était sur le bord de la faillite, il y à quelques années.
En évoquant les vautours que penser de celui qui vient de se gaver grâce à une amitié « haut, très haut placée ». Ayant vécu un passé plus que trouble, côté manipulation financière, le voilà déclarant à droite, plutôt qu’à gauche qu’il avait fréquentée un temps, être sur le point d’acquérir une équipe de foot (encore !!!) ou même le Club Méd.
La crise ? Mais où est-elle ? La télé nous ressort à longueur d’émissions, la Bourse, l’économie, la consommation, les bouchons et les vacances (huit semaines annuelles pour certains sans compter les « week-ends » et jours fériés) et le crédit, cette arme maudite. Sur ce sujet une banque française a même crée et vanté la carte qui vous permet de payer cash ou grâce à un crédit qui vous est aussitôt consenti par elle (Crédit Agricole). C’est fort, non ? Et dire que les gaulois utilisent actuellement près de 67% de leurs revenus pour faire face à « leur endettement ».
Ce même petit écran vous dévoile également, au petit matin sur une chaîne « publique », les inventions sublimes destinées à changer votre vie. Tel un stylo « traducteur ». Histoire peut-être de ménager le cerveau plus que fragile des potaches en délicatesse avec leurs versions ou thèmes. Merde alors ! Si j’avais eu ce stylo entre les doigts, je l’aurai eu ce foutu baccalauréat label des années 50 qui… ne m’aurait servi à rien pour me faire une place, toute petite, au soleil, comme cela a été le cas.
Et puis les Commerce Equitable et Bio – sans conservateurs ni chimie, c’est juré - dont se sont emparés les plus vils des rapaces, à savoir les machines à fric que sont les grandes surfaces, la « grande distribution » comme on dit. Ce même Bio qui, ne se contentant pas d’avoir niché dans un yaourt, a fait dorénavant la conquête des produits de beauté. Et oui ma chère, la crème pour visage « à la laitue » ou à « la carotte », à la « pomme » et j’en passe. Le potager de la Bettencourt et son « vous le valez bien » dont les milliards d’euros sont gérés par Florence Woerth… épouse d’Eric, notre ministre du budget.
Et cette publicité insolente diffusée en boucle sur une chaîne télévisée européenne. On y présente en grande pompe les « atouts » dont peuvent jouir les investisseurs en Macédoine, atouts dont le plus attractif est un salaire mensuel national qui ne dépasse pas… 400 euros bruts.
Question Union Européenne, pas mal le poste de député : 28.000 euros mensuels par tête de pipe. 7 mille de plus environ que nos députés ou sénateurs à nous. On comprend maintenant qu’en période de crise (pour les autres, pas pour eux) ils tiennent tant à leur job pépère.
Et si on évoquait, à peine, ce tintouin fait autour d’une grippe « porcine » ou « mexicaine » qui aurait fait (vous avez remarqué l’emploi du conditionnel, toujours important en matière de média) 80 morts environ à travers le monde. Remarquez que nous sommes 6 milliards 500 millions sur cette planète que l’on dit « bleue ».
Au fait, que penser d’Obama et Sarko et même de Bernard Thibault de la CGT ? Des hommes de pouvoir. Et oui, tous les trois. Le premier, considéré voilà peu tel un « messie », voit son aura quelque peu écornée. Chez lui (les Banques, l’automobile, Guantanamo et ses prisonniers) comme ailleurs (Corée du Nord et sa bombe, ses vues sur l’Union Européenne à travers la Turquie ou bien Israël et son entêtement). Les ennuis commencent à enfler.
Pour Nicolas Sarkozy dont le nom ne s’inscrira pas en lettres d’or sur les dictionnaires du pays, tant il a du mal à lui faire adopter « ses » réformes à lui, le surnom de « chouchou » lui irait comme un gant depuis qu’il fait circuler sur le net une vidéo le montrant dans l’intimité, entourée de femmes, se faire complimenter et caresser par son épouse qui le salue de ce diminutif qui lui va si bien : « chouchou ». De toute façon il semble que notre Président, comme ses prédécesseurs, va avoir beaucoup de mal à faire les doux yeux à la Justice, l’Education Nationale et même l’Insécurité, sujets récurrents depuis des lustres en France.
Et voilà qu’à son tour, notre syndicaliste aux cheveux longs se laisse charmer par les sirènes du pouvoir. Maître de la CGT depuis 10 ans il aurait l’intention de demander à ses troupes de le reconduire à son poste pour un nouveau mandat. C’est qu’entre autres privilèges, la voiture de luxe avec chauffeur et la fréquentation des palais de la République doivent avoir des charmes auxquels il est difficile de résister, n’est-ce pas ?
Puisque nous sommes au rayon des questions, pourquoi ne pas demander où en sont les enquêtes d’initiés concernant EADS (Airbus) dans lesquelles sont impliqués pas mal de cols blancs ? Et les patrons de banques ? Mais, pour moi dont la curiosité a fait partie de mon métier, le plus important des points d’interrogation concerne Israël.
« Mais qu’est donc devenu depuis 2006, date son hospitalisation, Ariel Sharon… ou ce qu’il en reste ? » Aux dernières nouvelles, qui datent d’un an déjà, il serait l’hôte du Centre Médical Chaim Sheba et ne se trouverait plus dans « un coma profond » mais seulement « léger ». Trois ans, cela commence à compter.
Il a eu des prédécesseurs célèbres. Francisco Franco, général de triste mémoire qui, en Espagne au milieu des années 75, avait été maintenu artificiellement dans le coma assez longtemps, période au cours de laquelle il avait… « Officiellement signé la peine de mort envers huit de ses sujets ». Ou bien encore Josip Proz dit Tito, le chef de la Yougoslavie, qui avait su dire « merde » à Staline en 1948 et était devenu le champion des pays non-alignés avant de succomber à une thrombose en mai 80 après cinq mois de coma.
Le rasoir, au cours de sa moisson a fait un léger écart. Evitant ainsi le « naevus », le grain de beauté, qui a fleuri depuis peu sur l’une de mes joues, cet écart a suffi pour me suggérer de ne plus m’installer devant la télé, ni de lire les journaux, Internet… et ni même Agora Vox. J’ignore si je vais pouvoir tenir.

