lundi 4 février 2013 - par Pharmaleaks

Big Pharma et conflits d’intérêts cachés à l’ANSM : c’est reparti !

"Il faut que tout bouge, pour que rien ne change". Cette citation de Giuseppe Tomasi, duc de Palma, de Montechiaro, prince de Lampedusa, issue de son roman Le Guépard, décrit à elle seule la philosophie avec laquelle s'est reconstruite l'agence du médicament après le scandale du Mediator. Et effectivement, tout a bougé et rien n'a changé.
 

Pas question de revenir sur le nouveau fiasco des pilules de 3ème et 4ème générations ou de Diane 35, mais plutôt sur les liaisons incestueuses entre les experts de l'ANSM avec l'industrie pharmaceutique.

Gérard Bapt

Après avoir dénoncé les dérives de l'ancienne agence du médicament, le député de Haute-Garonne, Gérard Bapt, cardiologue, s'est retrouvé membre du Conseil d'Administration de la nouvelle Agence du Médicament, l'ANSM.

Chacun se souviendra que le député qui présidait la Mission d'enquête parlementaire sur le Mediator s'est fait pincer pour avoir créé et présidé un "club" de parlementaire financé par la firme GSK, le Club Hippocrate. La révélation de l'existence de ce club qui réunissait un peu plus d'une centaine de députés et de sénateurs pour discuter de politique de santé sous l'oeil bienveillant de la firme GlaxoSmithKline n'était pas du meilleur goût pour celui-là même qui dénonçait les conflits d'intérêts qui ont perverti le système de santé.

"Créé en janvier 2010, le club Hippocrate bénéficie d'un financement de 49.000 € dont 18.000 € viennent de GSK (le groupe anglo-américain, numéro 2 mondial de l'industrie pharmaceutique), 18.000 € de Malakoff Médéric (dont le délégué général est Guillaume Sarkozy, le frère du président) et 13.000 € de la Générale de santé. Un sponsoring qui fait mauvais effet dans le contexte actuel." (Source : Le Figaro)

Transparence oblige, Gérard Bapt fera discrètement disparaître son nom du Club Hippocrate qui devra vivre sans son président...

Toujours dans ce contexte de transparence, c'est le même Gérard Bapt qui verra sa fiche Wikipedia mystérieusement "nettoyée" de ce conflit d'intérêt gênant par une âme charitable grâce à un ordinateur du Sénat.

Comme tout membre du Conseil d'Administration de l'ANSM, Gérard Bapt se devait de déclarer tous ses liens d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique.

Le site de l'ANSM stipule : "Dans le domaine des produits de santé, la prévention des conflits d’intérêts repose sur la transparence avec une obligation de rendre publics les liens d’intérêts détenus par les experts qui participent aux travaux de l’Agence. (...) Sont ainsi concernés, lors de leur prise de fonctions, les dirigeants, personnels de direction et d’encadrement, membres des instances collégiales, des commissions, des groupes de travail et des conseils des autorités en charge de la sécurité sanitaire. (...) En outre, aux termes d’une jurisprudence désormais bien établie, les avis pris en méconnaissance du principe d’impartialité sont entachés d’illégalité et peuvent entraîner l’annulation des décisions prises sur cette base."

Alors que dit la déclaration des liens d'intérêts de Gérard Bapt ?

En qualité de député, participation non rémunérée à des réunions ou colloques sur des sujets relevant de mon activité parlementaire, pouvant faire l'objet de soutiens d'entreprises ou d'organismes d'assurance maladie. Par exemple congrès de la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) à Cannes courant septembre 2012

Et ... Le Club Hippocrate ? Il ne s'agit pas d'une simple participation à des réunions ou colloques relevant etc. ! Il a créé ce club et obtenu des financements d'une firme pharmaceutique (qui plus est a accepté de verser 3 milliards de dollars aux Etats-Unis pour ses pratiques douteuses) ! N'y a-t-il pas un lien d'intérêt ? En échange de ce service rendu par GSK, Gérard Bapt ne pourait-il pas se sentir redevable de quelque chose vis à vis de la firme pharmaceutique britannique ? N'est-ce pas là la définition d'un conflit d'intérêt ???

En tant que membre dirigeant de l'ANSM, les conflits d'intérêts ne se gèrent plus comme à l'Assemblée Nationale ! Il va falloir être transparent maintenant Monsieur le Député.

Continuons.

Joseph Emmerich

Le Professeur Emmerich est le Chef de Service de Médecine Vasculaire à l’hôpital Européen Georges Pompidou. Il a été "placé" à l'ANSM par son beau-frère, Jean-François Bergmann lorsqu'il était vice-président de la Commission d'AMM. Nous avons déjà eu l'occasion de traiter des liens d'intérêts du Professeur Bergmann, probablement l'un des ex-dirigeants de l'ANSM les plus sponsorisés par l'industrie pharmaceutique.

Revenons au Professeur Emmerich.

Joseph Emmerich a été placé à la tête de la "Direction des Médicaments en cardiologie, endocrinologie, gynécologie, urologie". Les enjeux sont énormes. En effet, toutes les plus grandes firmes pharmaceutiques se positionnent sur un nouveau groupe de médicaments : les anticoagulants par voie orale. L'ambition de Big Pharma est de détrôner des anticoagulants anciens et bon marché, les héparines, par ces nouveaux médicaments : Pradaxa, Xarelto, etc.

Et que nous apprend la Déclaration Publique d'Intérêts du "Directeur des médicaments en cardiologie" ? Tout simplement qu'il a des liens d'intérêts avec toutes les firmes qui commercialisent ou vont commercialiser ces médicaments.

Dans sa déclaration du 20/06/2012, nous apprenons qu'il a travaillé pour : Bayer, BMS, Schering, Boehringer Ingelheim, Astra-Zeneca, Euthérapie (une firme détenue par Servier)...

Dans Le Figaro du 08/05/2011, il préparait déjà le terrain à ces nouveaux médicaments sur lesquels il a travaillé et sur lesquels il est amené à donner un avis "impartial" dans le cadre de ses fonctions à l'Agence du Médicament : « Le développement de nouveaux outils diagnostiques et l'arrivée de nouveaux traitements ont permis d'améliorer significativement la prise en charge de l'embolie pulmonaire », souligne le Pr Joseph Emmerich, chercheur Inserm et responsable de l'unité de médecine vasculaire de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris.

Nous vous invitons aussi à lire le dossier sur "Les nouveaux anticoagulants" paru dans Impact Santé, une revue très largement financée par ... l'industrie pharmaceutique.

Les bonnes vieilles héparines ont du soucis à se faire... Leurs successeurs arrivent et ils ont des appuis bien placés !

Avec un nouveau membre du Conseil d'Administration de l'Agence du Médicament qui cache délibérément ses conflits d'intérêts et le Directeur des médicaments en cardiologie qui est directement rémunéré par les firmes qui les commercialisent, la santé des français est entre de bonnes mains.

Source :

Enquête sur Mediator : les parlementaires effacent discrètement leurs conflits d’intérêt d’un site internet compromettant, Agoravox, 18/03/2011

Rapport des déclarations d'intérêts de M. Gérard BAPT, membre du Conseil d'Administration de l'ANSM, ANSM

Déclaration Publique d'intérêts de M. Joseph EMMERICH, Directeur des Médicaments en cardiologie, endocrinologie, gynécologie, urologie, ANSM

ANSM : le poisson pourrit toujours par la tête, Agoravox, 23/10/2012

Les nouveaux anticoagulants, Joseph Emmerich, Impact Santé, 11/07/2011



4 réactions


  • leypanou 4 février 2013 16:32

    C’est un travail de tous les instants ces travaux de dénonciation. Certes, sur agvx, l’efficacité est minimale car ce sont les décideurs qu’il faut convaincre. Mais encore faut-il qu’ils soient au courant, à moins qu’ils soient ...complices, selon le vieux principe du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » (un conflit d’intérêt bien « médiatisé » peut être efficace même si le verrouillage est permanent).

    Quand les médias publics appartiendront vraiment au public qui les financent, alors les téléspectateurs n’auront plus le cerveau lessivé et auront l’esprit critique pour ne pas tout prendre pour de l’argent comptant.


  • pourquoi garde t on un député comme G BAPT QUI N EST MEME PAS DIGNE D ETRE UN

    CITOYEN( hippocrate)


  • lionel 5 février 2013 13:01

    Grand merci à Pharmaleak pour sa veille éthique, citoyenne. 


  • lulupipistrelle 5 février 2013 16:34

    Pourtant Gérard Bapt est un des députés les plus engagés contre ce vaccin anti-papillomavirus à destination des adolescentes. C’est aussi le seul député qui m’ait jamais répondu par mail, personnellement ... 

     Et l’agitation autour du gardasil a fini par payer puisque maintenant : 


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