La photo est saisissante : de loin, on confondrait la scène avec celle de l’explosion du volcan islandais. C’est celle de l’incendie de la plateforme du Golfe du Mexique. Elle était belle, pourtant, et quasi neuve, cette Deepwater Horizon, quand on l’a amenée sur place (ici son clone, la Nautilus), un modèle de type flottant donc. Construite classiquement, la plateforme de forage d’un côté les deux flotteurs juste à côté... jamais on n’aurait imaginé ça, une fois en place, chez BP comme ailleurs. Ni qu’elle ne s’effondre ainsi. Une fois le malheur arrivé, de loin, déjà, on se doutait des conséquences que cela aurait. Que l’on devrait se battre contre ceci. Alors que s’est-il donc passé dans ce Golfe du Mexique ? Une catastrophe majeure, sans aucun doute. Or, sur le sol des Etats-Unis, hormis les tornades dévastatrices et les incendies de Californie, qu’y a-t-il eu, comme catastrophes de cette ampleur ? L’ouragan Katrina, et les attaques du 11 septembre 2001. Or, bizarrement, la conjonction de différents événements fait que ce terrible événement nous a semblé plus proche du second que du premier... Pourquoi donc, c’est ce que je vous propose de découvrir aujourd’hui : vous allez voir, c’est fou ce qu’il y a comme éléments intrigants, et c’est fou comment des enchaînements de calendrier particuliers ont précédé la catastrophe. Retour sur la Louisiane dévastée et bleuie au pétrole, qui n’a jamais autant mérité son surnom de Blue Bayou... dur, pour ceux qui y sont nés....
Techniquement parlant, l’engin de 560 millions de dollars qui a coulé après avoir brûlé était plutôt d’une technologie évoluée, et même à la pointe du progrès, datant d’un peu moins de 10 ans seulement : elle a été construite par les chantiers Hyundai, en Corée du Sud, à Ulsan... de 1988 à 2001 et était arrivée par bateau spécialisé, le Black Marlin, puis avait été remorquée sur les côtes américaines. Le Black Marlin (et son sister ship le Blue Marlin), lui aussi remanié dans les chantiers Hyundai, est bien connu des lecteurs d’Agoravox. Ce
bateau presque complètement submersible, équipé d’
énormes ballasts, c’est plus
un dock flottant avec une proue et une poupe qu’autre chose. Sa taille gigantesque lui avait fait ramener aux Etats-Unis
l’USS Cole, endommagé par un
attentat terroriste attribué à Abd al-Rahim al-Nashiri.
Arrivée sur un gisement où elle n’était pas la seule, cette fameuse plateforme battant pavillon des Marshall Islands. En fait, c’était un engin de forage et non pas d’exploitation : elle fore, donc, fait surgir le pétrole, et laisse ensuite le travail à une autre, fixe, cette fois, pour exploiter véritablement le gisement. C’est donc bien pour ça qu’elle était prévue mobile : c’est un engin autonome qui se déplace de nouveau gisement à vérifier et à mettre en œuvre en nouvel emplacement vierge de toute intrusion. Forer, donc, mais dans des conditions assez impensables il y a quelques années encore : c’est à 1500 m du fond, pour une nappe située elle même à plus de 4000 m de profondeur. On est dans les records là, pas dans de l’exploitation ordinaire. Le 2 septembre 2009, la Deepwater Horizon établissait un record sur le champ de Tiber (au Brésil) en creusant verticalement à une profondeur record de 10 685m sous 1259 m d’eau.... impensable encore il y a trente ans.
Se déplacer, donc, pour atteindre le bon site, grâce à deux pontons submersibles munies d’hélices. Une idée relativement récente dans le genre, qui n’est pas tombée dans l’oreille d"un sourd, celui de l’armée américaine, chez qui a germé l’idée saugrenue d’en faire un support à son énorme radar de veille en "Phase Array X-Band". Juché sur un
e plateforme similaire, et embarqué par le
petit frère du Black Marvin, de Corpus Christi (Texas) à Pearl Harbor (Hawaï), en chemin vers Adak, Alaska, dans les
îles Aléoutiennes, puis
remorquée lui aussi vers son lieu définitif d’installation. Pour beaucoup d’observateurs, l’installation d’un radar aussi coûteux sur une telle plateforme est une hérésie militaire :
ultra-visible, fort difficile à protéger, attaquable par l’ai
r et par l’eau, elle n’a
que des désavantages. Les dépenses du Pentagone sont parfois irrationnelles, mais là, semble-t-il c’est flagrant : on a installé ce coûteux appareillage sur un "véhicule" qui est une proie bien trop facile pour une armée comme pour une action terroriste ! Pour l’instant, on en retiendra que l’armée américaine connaît donc parfaitement les moindres recoins de ce type d’engin...
Sur place, donc, il y avait déjà d’autres plateformes, notamment d’exploitation. Telle la
ThunderHorse, de BP également, submersible, mais sur une
embase presque carrée de 155,95 m sur 113,88 m (pour un poids de 132 000 tonnes), et non deux flotteurs séparés : elle aussi "
baladée" de la même façon, la
ThunderHawk est similaire, avec un cadre ouvert sous l’eau et non plus un ponton complet. La
ThunderHorse a nettement
moins bien résisté à l’ouragan Dennis de 2005 : pour une raison inconnue, elle s’est
couchée sur le côté mais a pu être redressée. En 2005 pourtant on avait encensé sa
"nouvelle technologie"... ancrée au fond par des
cordages de nylon. Et non plus des lourds chaînes habituelles. Elle avait coûté 5 milliards de dollars à BP. A l’époque, c’était la plus grande plateforme de pétrole au monde, inaugurée par la secrétaire à l’intérie
ur, Gale Norton. Une vraie
ville flottante ! Et elle, une chaude partisane des forages off-shore. On raconte que lorsqu’elle a été nommée, elle a fait changer les posters de son bureau représentant les principaux parcs naturels du pays (son poste l’oblige à s’occuper de l’environnement) par des photos de derricks et de plateformes pétrolières... bonjour l’ambiance !
En fait il y a plusieurs sortes de forages, résumés dans
ce très bon schéma. Les américains
n’ayant pas de stations en béton reposant sur le fond, comme en Mer du Nord, leurs plateformes sont soit posées auprès des côtes sur un treillis type tour eiffel en acier, soit flottantes, avec plusieurs variantes, mais dans ce cas toutes attachées sur le fond via des câbles, les plateformes possédant des moyens à bord pour se positionner toujours au dessus de la tête de puits quel que soit le temps. GPS, positionnement satellites et ordinateurs couplés à des moteurs et des hélices permettent d’occuper un point virtuel constant à quelques décimètres près. Les plateformes qui se hissent elles-mêmes le long de leur supports
tripodes sont caractéristiques de l’endroit : ce sont les plus anciennes, utilisables en bord de côte seulement, en eau peu profonde. Dans ma Bible techno que représente ma collection de "Mécanique Populaire", on trouve trace la première fois de ce type, présenté alors comme un "
quai flottant qui s’amarre tout seul" dont on "
espère utiliser cette invention pour des opérations militaires, le forage de puits en pleine met et divers usages commerciaux". C’est dans le numéro de Septembre 1953. Le procédé a donc plus de 50 ans aujourd’hui !
La question qui vient à l’esprit, aussitôt, est celle de la sécurité différente sur les plateformes de la Mer du Nord, semble-t-il, qui, en cas d’incendie, ne voient pas tout le puits se mettre à brûler (à quelques exemples près) ou à se répandre dans la mer (ce qui aurait pu changer
avec ceci),. La réponse est simple, et ce n’est pas uniquement parce qu’elles sont en béton posées au fond de l’eau. Le pot aux roses a été révélé
il y a peu par la presse US. "Le Wall Street Journal a rapporté la semaine dernière que les plates-formes de Statoil en mer du Nord sont tenus par la loi à présenter des "vannes acoustiques" qui arrêtent complètement les opérations (et à distance) dans le cas d’une éruption ou d’une explosion. Le service des mines des Etats-Unis sous la direction du ministère de l’industrie et de l’environnement de l’administration Bush a décidé que les installations d’exploitation dans les eaux américaines n’avaient pas besoin d’installer ces vannes parce qu’elles étaient "trop coûteuses". Voilà déjà un début d’explication intéressant : la catastrophe s’est produite car on n’a pas voulu investir dans un système de sécurité : ça porte un nom, ça. C’est de l’irresponsabilité ! Totale, sans vouloir faire de jeu de mots ni d’allusion à un autre grand pollueur.
L’accident aurait-il donc pu être évité ? Oui, si ces vannes avaient été effectivement posées :
"Un de ces dispositifs de sécurité nécessaires, est un obturateur contrôlé par une télécommande qui avec les autres équipement de sécurité requis, aurait automatiquement coupé l’arrivée de l’huile (du pétrole) quelques minutes avant l’explosion. Si ce dispositif avait été installé lors de la construction de cette plate-forme pétrolière ; nous aurions seulement affaire à quelques milliers de gallons d’huile, et non pas des millions de gallons de pétrole comme ceux à qui nous sommes maintenant confrontés. La principale objection à ce dispositif et ses équipements supplémentaires, a été qu’il aurait ajouté environ 700 000 dollars au coût de la construction de chaque plate-forme pétrolière nouvelle (un petit prix à payer pour éviter une catastrophe écologique de cette ampleur, ne pensez vous pas ?)" appuie avec regret
"The dyslectic atheist"...
Salon, encore, qui enfonce le clou à sa manière : "ce qui rend la Norvège si différente des États-Unis - Et plus encore que le fait d’installer des technologies préventives - est que l’Etat norvégien peut imposer les valeurs du public sur les producteurs de pétrole sans avoir à combattre les lobbyistes et les politiciens véreux, parcequ’il possède et contrôle les ressources pétrolières. Plutôt que le "style Halliburton" de contrôle de l’environnement par le gouvernement , le système norvégien fonctionne fonctionne de façon inverse. Il n’est pas parfait, comme tout les environnementalistes des pays nordiques vous le diront, mais ses résultats sont nettement meilleurs que les nôtres." Aux USA, le lobby du pétrole a imposé sa loi au gouvernement, sur l’exploitation des ressources pétrolières en Golfe du Mexique, et ce dernier n’a rien eu à dire, même pas sur la sécurité". Le "style Halliburton", dit Salon, bien remonté sur l’affaire : pas que le style, comme nous allons le voir très bientôt. Et une défaillance de l’état qui a un nom : Dick Cheney, et son cabinet entièrement soumis aux diktats des magnats du pétrole comme nous le verrons plus loin.
En tout cas c’est très clair : en 2003, les vannes ont bien failli être imposées, pourtant.
"En 2003, le MMS (Minerals Management Service ) a proposé l’introduction de dispositifs de contrôle de l’arrêt sur toutes les plates-formes du Golfe. Ces commutateurs acoustiques, qui agissent comme une protection de dernier recours en cas d’événements catastrophiques, sont requis par la loi au Canada, le Norvège et au Brésil. Sous la forte pression des compagnies pétrolières, le plan a été mis à l’écart". La catastrophe aurait pu être évitée si un gouvernement ne s’était pas mis à genoux devant les compagnies pétrolières. Dick Cheney possède bien une énorme responsabilité dans cette catastrophe.
L’autre problème évident de l’emplacement de ces plateformes géantes, en fait, c’est aussi la présence dans le Golfe du Mexique de cyclones à répétition, qui augmente également les coûts de réalisation, par surcroît de protection obligatoires à prévoir. Les dommages de ces incessants cyclones sont en effets conséquents : pour Katrina et Rota, deux tempêtes de catégorie 5 avec des vents de plus de 280 km/h, ce sont près de 3 000 plateformes de pétrole qui avaient subi des dégâts, 52 plateformes ont été gravement endommagées, 19 plateformes submersibles arrachées de leur ancrage, 115 détruites, et 8 têtes de captage broyées, 535 sections de pipeline abîmées. Le bilan est lourd : forer dans cet endroit est un risque certain. Comme de forer ailleurs, remarquez, car le forage est dangereux en lui-même : de
2001 à 2007, il a eu 1 443 accidents graves de forage pétroliers dans le monde, ayant provoqué 41 morts, 302 blessés et 356 fuites de pétrole, note le NYT... La profondeur phénoménale du gisement choisi cette fois-ci (1,5 km) n’arrangeant rien...(si on compte à la louche 1 bar tous les 10 m, on est à 150 fois la pression atmosphérique au fond) et fait poser la question qui fâche : qui
a bien pu autoriser pareille folie ? Qui s’est chargé de vérifier si toute la sécurité était assurée dans l’environnement en cas de pépin grave ? Ou plutôt, qui a laissé faire les pétroliers ? Encore une fois, on retombe sur la même équipe ou le même responsable.
Ce responsable en chef,
c’est G.W.Bush, lui même ancien foreur (raté) de pétrole. Une tradition familiale, serait-on tenté de dire... en 1958, une jeune société pétrolière de forage s’installait sur le
Sal Cay Bank dans l’Est du golfe du Mexique, aux Bahamas. Ces îles avaient été louées l’année précédente au supporter de Nixon et entrepreneur Howard Hughes, très lié on le sait à la CIA, et ont ensuite été utilisées comme bases pour les raids de la CIA contre Cuba. La société
s’appelait Zapata, et le nom de code de l’opération de la Baie des Cochons "Operation Zapata". Deux bateaux serviront aussi : l’un s’appelait Zapata, encore et l’autre Barbara, première dame des États-Unis de 1989 à 1993 : la femme de
Georges Walker Bush, 41eme président des États-Unis. Zapata
avait été créée dès 1953 par
Thomas J. Devine, issu du sérail de la CIA. Foreurs et CIA ont toujours été très proches !
"En effet, les rapports annuels de Zapata dépeignent une gamme étonnante d’activités mondiales, au Moyen-Orient, en Asie et dans les Caraïbes (y compris au large de Cuba) qui semblent hors normes pour la taille de la modeste compagnie. Dans son autobiographie, Bush déclare que lorsqu’il est arrivé à la CIA, il avait une certaine connaissance générale de la façon dont elle fonctionnait et que ses "contacts à l’étranger comme homme d’affaires" justifiaient amplement que le président Nixon le nomme ambassadeur à l’ONU, une décision qui fut à l’époque très controversée". La famille Bush est étroitement liée à la CIA et à son "
gouvernement invisible".
Le fils, lui, s’acoquinera avec un dénommé Salem Ben Laden, frère de l’autre, avec lequel il s’associera en 1977 dans une société texane de... recherche de pétrole,
nommée Arbusto, aidée par les fonds de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) qui fera une faillite retentissante en 1991. Salem ben Laden se tuant en avion en 1988 en fonçant tout droit au décollage de son ULM dans des lignes électriques, dans un accident toujours jugé totalement incompréhensible. Arbusto deviendra Bush Exploration, avant de se faire absorber par Spectrum 7, société créée par William DeWitt et Mercer Reynolds, deux fervents supporters de Reagan et de Bush senior. Spectrum sera lui même inclus plus tard dans Harken Energy, en 1986, une société qui débutera des forages marins à Bahrain, qui ne donneront en fait pas une goutte de pétrole. A ce moment là, l’investisseur principal de G.W. Bush était un certain James R. Bath, un vieux copain des Texas Air National Guard. Tous deux en relation avec le sheik Khalid bin Mahfouz (
décédé en 2009), un des hommes
les plus riches du monde à l’époque (au 214 eme rang en 2009). Un
e polémique éclatera entre des journalistes français et lui, les premiers l’ayant accusé d’avoir des liens avec Al-Qaida. Bath, nous serons amené à en parler un peu plus tard ici : l’homme derrière G.W.Bush a eu bien des choses à cacher ; de l’argent, mais aussi des avions, dont beaucoup mouillés dans le trafic de drogue aux alentours de Miami.
Il détenait notamment un Gulfstream II sous le nom de
Skyway Aircraft et loué à l’ Abu Dhabi National Oil CoSkyway Aircraft dirigée par le Sheik Zayed bin Sultan an-Nahayan, Président des Emirats Arabes Unis et de la B.C.C.I. Bath se retrouvera aussi derrière Southwest Airport Services, qui fournit en kérosène, en tant que société privée (?), les tankers de l’armée US. Un marché fort juteux ! Rappelons ici aux lecteurs d’Agoravox que Skyway Aircraft était aussi derrière "
Cocaïne One", ce DC-9 N900SA
rempli de drogue (5,5 tonnes réparties dans 128 valises noires) décoré aux armes d’une agence de l’Etat US du Homeland Security découvert à Mexico... on nage en eaux troubles là, et ce n’est pas une pollution qui en est responsable...
Pour certains c’est simple en effet : les USA, grâce à la famille Bush, ce sont
"The United States of oil" ! Le pays de la stratégie de l’essence pas chère comme système politique. Celui, comme dit Salon.com, de la "
fusion entre le pétrole et la politique". Un pays où sa ministre des affaires étrangères, ou son équivalente, Condoleezza Rice, avait il n’y a pas si longtemps encore son nom inscrit à la proue d’un bateau pétrolier ! Mais Bush Junior n’est pas le principal bénéficiaires des autorisations qu’il avait accordées. Et c’est là que ça devient effectivement intéressant... Bush, et ces décisions aberrantes :
"jai été profondément attristé quand ce chrétien crétin et ignorant GW Bush, a décidé d’étendre le forage en mer pour le pétrole, et ce malgré tous les avertissements sur les dangers présentés par des scientifiques, car en faisant ça, cela ne faisait que créer une catastrophe à retardement" nous dit fort justement John_poson26.. en résumant parfaitement la question : s’il y avait bien un endroit où il ne fallait pas tenter le diable, c’était bien au pays des hurricanes ! Au pays du diable, celui qu’on rencontre à chaque
croisement de route !