samedi 20 décembre 2025 - par Christophe Bugeau

BRICS Pay, mBridge et l’érosion silencieuse du dollar

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le système monétaire international repose sur un pilier central : le dollar américain. D’abord adossé à l’or, puis flottant depuis 1971, le billet vert est devenu à la fois unité de compte, moyen de paiement international et réserve de valeur. Cette hégémonie a conféré aux États-Unis un privilège exorbitant : financer leurs déficits en émettant la monnaie du monde. Or, depuis quelques années, un phénomène discret mais structurant est à l’œuvre : les pays des BRICS construisent patiemment les briques d’un système monétaire alternatif.

Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’un projet brutal de remplacement du dollar par une “nouvelle monnaie miracle”. La stratégie est plus pragmatique, plus technique — et donc potentiellement plus efficace. Elle repose sur trois piliers : des infrastructures de paiement indépendantes, des règlements en monnaies nationales, et l’émergence d’une unité de compte commune.

BRICS Pay : sortir du réseau occidental

Le projet BRICS Pay vise à créer une infrastructure de paiement transfrontalière reliant les systèmes nationaux existants (CIPS chinois, SPFS russe, UPI indien, etc.). L’objectif est clair : réduire la dépendance à SWIFT, réseau occidental devenu un instrument géopolitique à part entière depuis les sanctions massives imposées à la Russie.

Ce point est fondamental. La guerre financière a révélé une réalité simple : toute transaction passant par le dollar ou SWIFT peut être bloquée. Pour les pays émergents, cela a agi comme un électrochoc. La souveraineté monétaire ne se limite plus à battre monnaie ; elle implique la maîtrise des tuyaux.

mBridge : la technologie comme levier

Le projet mBridge, piloté avec la Banque des règlements internationaux, va encore plus loin. Il s’agit d’une plateforme de règlements interbancaires utilisant des monnaies numériques de banques centrales (CBDC). Concrètement, elle permettrait à des banques centrales de régler des transactions internationales en temps réel, sans passer par le dollar ni par les chambres de compensation occidentales.

Ce n’est pas un gadget technologique. C’est une remise en cause directe de l’architecture monétaire héritée du XXᵉ siècle. Là où le dollar impose des délais, des coûts et des intermédiaires, mBridge promet rapidité, traçabilité et neutralité géopolitique — du point de vue des BRICS.

Une unité de compte, pas une monnaie

Contrairement aux fantasmes médiatiques, la future “monnaie des BRICS” ne serait pas une monnaie au sens classique. Les analyses les plus sérieuses évoquent plutôt une unité de compte utilisée pour les échanges commerciaux et énergétiques, éventuellement indexée sur un panier de monnaies ou de matières premières.

C’est une approche prudente, inspirée du DTS du FMI, mais hors du contrôle occidental. Elle permettrait de facturer le commerce international sans passer par le dollar, sans exiger une intégration monétaire irréaliste entre des économies très différentes.

Le dollar menacé ? Pas encore… mais moins incontournable

Il serait excessif d’annoncer la fin imminente du dollar. Les marchés financiers américains restent profonds, liquides et attractifs. Mais l’essentiel est ailleurs : le dollar cesse progressivement d’être incontournable.

Chaque transaction réglée en yuan, en rouble ou via une plateforme alternative est une brique retirée à l’édifice dollar-centré. Ce processus est lent, fragmenté, mais cumulatif. L’histoire monétaire montre que les systèmes hégémoniques ne s’effondrent pas : ils s’érodent.

Conclusion

Le projet monétaire des BRICS n’est ni une révolution spectaculaire ni un simple symbole politique. C’est une construction patiente, technique, presque ennuyeuse — donc redoutablement sérieuse. Il ne s’agit pas de remplacer le dollar, mais de le contourner. Et dans le monde de la finance internationale, contourner vaut souvent mieux que confronter.

Lien : https://france-vigilante.fr

 



1 réactions


  • Étirév 20 décembre 2025 11:22

    AbracadaBRICS !

    Robert Lattès, membre du Club de Rome (financé par Rockefeller), écrivait (dans Le Nouvel Économiste n°3 du 27/10/1975) : « Sans un nouvel ordre monétaire mondial, il n’y aura pas de nouvel ordre économique, tant le premier commande au second. ».
    Le magazine « The Economist » avait, dès 1988, « informé » le public du fait qu’un panier de monnaies, le « Bancor » cette devise internationale originellement proposée par le « Fabian » Keynes en tant qu’étalon monétaire international, allait, tel un « phénix », renaître de ses cendres autour des années 2018 (voir la couverture de « The Economist »).
    L’avènement de cette monnaie mondiale, appelée alors « DTS-Bancor » (DTS = Droits de Tirages Spéciaux) a été préparé, dans le secret par les « puissances d’argent », c’est-à-dire les principaux propriétaires de capitaux de la planète, et leurs divers affidés, notamment les banquiers centraux, lesquels se réunissent au sein de la Banque des Règlements Internationaux (B.R.I.), qui est la banque centrale des banques centrales.
    Aussi, F.D. Roosevelt, Président américain durant la Seconde Guerre mondiale (discrètement au courant des manœuvres de « l’Etat Profond »), disait : « En politique rien n’arrive par hasard. Chaque fois que survient un événement, on peut être certains qu’il avait été prévu pour se dérouler de cette façon. »
    C’est pourquoi, actuellement, nous assistons à de grandes manœuvres géopolitiques consistant en la « démolition contrôlée » (devenue une habitude depuis un fameux mois de septembre) du dollar par l’entremise, plus ou moins adroite, de remise en cause de la suprématie américaine sur les échanges internationaux.
    La Chine et la Russie, qui sont, rappelons-le, membres de la B.R.I., sont parties prenantes de cette stratégie : la Chine en tant que moteur principal des DTS tandis que la Russie a raccroché les « wagons du train » de la monnaie mondiale.
    Aussi, et sous l’égide de la B.R.I., la prochaine étape de la stratégie, jusqu’ici gagnante, des « puissances d’argent » sera la mise au point d’une monnaie mondiale. Cette future monnaie, qui chapeautera toutes les monnaies du monde, devra circuler sous forme exclusivement dématérialisée.
    Une fois en place, cette monnaie dématérialisée contrôlera parfaitement et définitivement la vie privée de tous ses utilisateurs, alors même que personne ne pourra échapper à cette dématérialisation monétaire pour les échanges nécessités par la vie courante.
    « Celui qui contrôle la monnaie d’un peuple, contrôle ce peuple. », disait le président des États-Unis, J.A. Garfield, farouche partisan d’un « argent honnête », élu en 1880... et assassiné en 1881.
    Par conséquent, celui qui contrôlerait la monnaie du monde contrôlerait le monde.
    C’est pourquoi l’avènement de cette monnaie mondiale sera le premier pas institutionnel vers le gouvernement mondial oligarchique.
    Rappelons que les oligarques à la manœuvre sont précisément ceux qui ont organisé et profité de toutes les formes que l’esclavage a pris ces 400 dernières années. Ils ont aujourd’hui conquis les pouvoirs politiques de la quasi-intégralité des pays du monde par le contrôle qu’ils ont pris sur les monnaies et sur le système économique mondial. Ce contrôle a pris la forme de la corruption élevée au rang légal par les Anglo-saxons : le « lobbying » est la transcription juridique, et donc la légalisation, de ce que le droit traditionnel appelait « corruption d’agents publics ».
    Le Fonds pour l’Environnement Mondial (très lié au pseudo « réchauffement climatique ») est l’un des mécanismes clés dans le cadre du financement de la future monnaie mondiale.
    Du contrôle de la monnaie à la monnaie de contrôle


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