vendredi 2 septembre 2011 - par hommelibre

C’est quoi la liberté ?

La liberté fait partie des piliers de notre société. Le mot est inscrit dans la devise de la France et figure dans le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Elle semble évidente. Pourtant elle peut être interprétée de différentes manières.

Les libertés fondamentales

Selon Philippe Bénéton dans « Les fers de l’opinion », la liberté se définit d’abord par opposition la contrainte. Si nous pouvons décider de notre mode de vie, de nos choix politiques et intellectuels, religieux, affectifs, sans y être obligés par une personne ou par une armée, nous disposons des libertés fondamentales.

La première liberté est relative au corps et à sa libre disposition. En démocratie on ne peut pas être emprisonnés - donc limités dans l’usage de notre corps - pour nos opinions, notre religion, notre appartenance politique. On ne peut non plus contraindre deux personnes à se marier contre leur gré, ou obliger quelqu’un par la force à choisir un travail contre sa volonté.

Cette première liberté se réfère donc au corps et à ce qui en découle, comme la liberté de mouvement, de vote (notre corps prend le bulletin qu’il choisit sans contrainte pour le glisser dans l’urne), d’appartenance religieuse (notre corps se rend dans le lieu de culte de notre choix), etc. La contrainte qui s’oppose à la liberté devra agir sur le corps pour que la liberté soit réellement empêchée.

Une remarque cependant, et de taille : disposer de notre corps selon notre choix et notre volonté n’est pas illimité. Il y a la limite du corps de l’autre. Disposant dans les sociétés occidentales des mêmes droits à l’existence, les corps se limitent mutuellement. C’est la règle.


Conditions de la liberté

Le meurtre, ou toute atteinte au corps de l’autre, est prohibés parce que manifestant une contrainte qui empêche la liberté. Celle de l’autre ou la nôtre : la liberté est Une. En démocratie libérale la liberté n’est réalisée en tant que condition de vie que si elle est réciproque.

La liberté des corps n’est pas subordonnée à un pouvoir mais à un contrat. Le contrat implique des droits et devoirs, et une réciprocité dans le respect des dispositions prévues. Le mariage, l’adhésion à un parti politique, un emploi, sont encadrés dans des règles établies par contrat, donc avec l’assentiment et l’accord des deux parties. Les contrats sont eux-mêmes garantis par des lois édictées par l’Etat de droit, c’est-à-dire une forme d’organisation politique où la justice est en principe la même pour tous. En principe car il peut y avoir de la corruption ou des privilèges abusifs. Corruption et privilèges sont les produits de la psychologie humaine. Les privilèges abusifs agissent comme des contraintes, puisqu’il augmentent les droits des corps des uns en limitant les droits des autres par la place supplémentaires qu’ils prennent dans la vie sociale. Toutefois les privilèges ne sont pas tous abusifs (on les appelle alors des droits, comme le droit à un salaire supérieur pour le même travail selon l’ancienneté), et on ne peut comparer notre démocratie, même imparfaite mais qui fonctionne, à des régimes totalitaires comme on en a connu au XXe siècle et avant. Malgré les imperfections la liberté reste un pilier de notre culture philosophique et politique.
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Une autre condition de la liberté est aussi liée au corps : c’est la propriété. Que je sois propriétaire ou locataire de mon logement (le contrat de location me donnant des droits), les lois sur la propriété privée me garantissent une sécurité dans mon domicile. Personne ne peut venir me le prendre sans mon accord. De même les biens que j’acquiers par mon travail ne peuvent être saisis par vol ou par force. Mes biens sont le produit du travail de mon corps et toute atteinte comme le vol doit être considérée comme une atteinte au corps, bien qu’avec moins de gravité que dans le cas du meurtre.

La liberté est donc garantie par une matérialité, celle du corps, ou ayant un rapport au corps. L’empêchement à la liberté est une atteinte au corps. Sans contrainte corporelle ou liée au corps, pas d’empêchement à la liberté. Dans cette conception la contrainte psychologique ne peut exister que s’il y a un risque matériel : la menace de recours à la force ou de privation d’un élément légitime. Obtenir les faveurs affectives ou autres d’une personne en la menaçant de la priver de quelque chose qu’on lui doit est une contrainte matérialisée. Il y a un risque corporel ou de perte matérielle.


Et s’il n’y a pas de contrainte corporelle ?

Dans certaines situations on parle de contraintes psychologiques. Par exemple en ce qui concerne l’engagement dans un mouvement sectaire. L’adepte serait mis dans l’obligation de suivre le groupe. On invoque alors un ensemble de mécanismes de domination-soumission qui rendraient l’adepte incapable de décider par lui-même, par peur d’être rejeté par exemple, ou par l’entraînement des autres adeptes.

S’il peut être difficile de résister à un groupe ou à une personne à laquelle on donne un pouvoir sur soi, il n’y a pas pour autant d’empêchement à la liberté s’il n’y a pas de contrainte ou de menace physique. Tout engagement sera considéré comme un choix personnel réfléchi et lucide. On part du principe que les individus sont autonomes affectivement et ne se mettent pas volontairement en dépendance de quelqu’un d’autre. Ils ne donnent pas de pouvoir à quelqu’un sur eux. Plus facile à dire qu’à faire ? Et bien c’est ce vers quoi il faut tendre. Si l’on dédouanait chacun de ses choix, même erronés, même inspirés par une soumission qui n’a pas été contrainte matériellement, on encouragerait à l’irresponsabilité et l’on ne favoriserait pas une société libre et indépendante. La contrainte physique ou matérialisée, ou la menace ayant une incidence matérielle à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, sont nécessaires pour parler d’empêchement à la liberté.

Judiciariser la vie dans tous les domaines, donner à l’instrument judiciaire un pouvoir pour régler à ma place ce qui est au fond de mon ressort, c’est m’empêcher de grandir et de trouver ma place sur Terre. C’est maintenir les individus et la société dans un état d’enfant dépendant du parent.

Considérer que l’on est manipulé par un groupe ou un gouvernement est d’une part encourager une vision paranoïaque du monde c'est ruiner notre libre disposition de nous-mêmes. D’autre part c’est déconsidérer notre capacité à dire non et à poser nos limites. Quoi qu’il nous en coûte nous devons considérer nos choix et notre pensée comme étant sous notre stricte responsabilité. Et donc, à nous d’anticiper, de réfléchir, et de ne pas aliéner notre pouvoir sur nous-mêmes.

 

A suivre : préjugés, liberté intellectuelle, liberté économique.



14 réactions


    • hommelibre hommelibre 2 septembre 2011 12:23

      Bertrand,

      En fait tout dépend de la définition que l’on donne à la notion de liberté.

      La liberté absolue serait, par exemple, de n’avoir plus aucune limites. Ce qui paraît au mieux irréaliste, au pire dangereux. Ou aussi très imaginaire : on pourrait par exemple voler sans ailes, se défaire de la gravitation. Ou de la génétique.

      La liberté demande donc une définition au moins un peu raisonnable. En la reliant d’abord au corps, dans des conditions sociales données, elle n’est plus absolue, mais elle est réaliste.

      Je pense aussi que sa définition varie selon la culture d’origine ou ses conditions de vie, ou le degré d’évolution sociale du pays où l’on vit. Quand un certain niveau de liberté est acquis, un autre se profile et prend le relais.

      Personnellement je ne crois pas à une liberté absolue - ou alors en terme d’état d’âme - et encore. Ou alors sur un plan purement psychique. Mais cela se discute aussi. Car d’une part il y a coupure d’avec le corps, et le corps reste une référence première dans notre expérience de vie, et d’autre part une liberté psychique totale le serait encore part rapport à des contraintes externe. Sans cela ce pourrait être une absence totale de repère, voire une forme de folie.

      Je trouve intéressant que la notion de liberté soit accolée à celle de limites. Histoire de recadrer le mythe de la liberté absolue.


    • Dominitille 2 septembre 2011 14:28

      Bonjour Bertrand
      La liberté pour un Bushman ? excellente question ! demandez donc au gouvernement botswanais ce qu’il en pense.
      C’est presque ironique de mettre en face de ce Bushman la liberté d’un Occidental.
      Ne croyez-vous pas, vous, qui taper en toute liberté sur votre clavier ?
      Pour certains, sur cette planète, la notion même de liberté est utopique, voire une notion abstraite.


    • Dominitille 2 septembre 2011 15:23

      Bertrand,
      Euh... les habitants de l’Australie sont les Aborigènes les autres ceux qui sont venus après sont d’infâmes colonisateurs. Ils ont ramenés leur « culture » ,pour être polie, chez des êtres humains qui avaient déjà la leur. Donc Bushman et Aborigène même éternel combat pour la liberté.
      Je ne suis aucunement vexée, c’était juste le rapprochement entre l’Occidental et le Bushman qui m’a posé pb ;


  • Gabriel Gabriel 2 septembre 2011 09:55

    Bonjour homme libre,

    Je pense, mais peut être suis-je dans l’erreur, que la liberté, d’un point de vue physique est une chimère inutile car l’individu dépend de la collectivité et ne peut espérer de survie sans elle, donc obligé de se plier à ses règles. Intérieurement cependant, d’un point de vue philosophique, elle peut s’acquérir et se cultiver au jour le jour par une attitude d’impermanence et de détachement vis-à-vis des évènements perturbateurs. Ne pas succomber à la pitié mais faire preuve de compassion, être impermanent mais pas indifférent … voilà peut-être des attitudes qui nous rapproche d’un sentiment de liberté. Pour ma part, je crois que la liberté c’est la paix intérieure. Merci pour cet article.


  • Scual 2 septembre 2011 10:41

    La liberté c’est le pouvoir.


    • hommelibre hommelibre 2 septembre 2011 12:56

      Oui. En partie. A mon avis, pas seulement. Mais cela peut en faire partie : le pouvoir de décider de sa vie est bien un pouvoir. Mais on trouve aussi des gens disposant de peu de pouvoir, et se comporter en être libres.


    • Scual 2 septembre 2011 13:58

      Oui mais ils n’ont pas eu le choix généralement. Il sont libres dans les limites que leur confère leur pouvoir.

      Pour moi la liberté des uns s’arrêtant la où commence celle des autres, seuls le pouvoir de priver les autres de leur liberté permet de jouir d’une liberté absolue.

      C’est d’ailleurs pour ça que notre système libéral nous contraint de plus en plus là où les plus puissants eux, jouissent de plus en plus de libertés... à moins que ça soit le pouvoir qui le leur permet... Bref au fond c’est pareil.


  • Piotrek Piotrek 2 septembre 2011 11:30

    La liberté ne peut exister sans conscience. Et le problème c’est que la conscience est absolument relative. Il devient donc évident que entre l’expérience d’un nord-coréen, d’un français et d’un américain, la définition même de la liberté sera différente.

    Parlons donc de la liberté absolue.

    La première liberté est relative au corps et à sa libre disposition. En démocratie on ne peut pas être emprisonnés - donc limités dans l’usage de notre corps - pour nos opinions, notre religion, notre appartenance politique.

    Et pourtant, la prostitution est interdite. N’est ce pas une limitation du droit à disposer de son corps ? Vous pouvez me dire qu’il s’agirait d’une atteinte à l’ordre public, mais si la prostitution est effectuée dans des conditions qui ne troublent pas l’ordre public, il s’agit donc bien d’une limitation de la liberté.
    Que dire du suicide, et plus particulièrement du suicide assisté.

    La principale idée derrière les limitations des libertés du corps c’est qu’il faut protéger certaines personnes de leurs propres décisions. C’est une décision arbitraire qui ne fait qu’essayer d’endiguer un phénomène récurrent. Bien que la contrainte ne soit pas efficace pour solutionner le problème, elle a l’avantage d’être facile à mettre en place : une loi suffit sachant que le système dispose déjà d’une infrastructure coercitive.

    Maintenant si on y regarde de plus près. La loi n’essaie pas de résoudre le problème du suicide, de la prostitution ou de toute autre tentative à disposer de son corps. Elle se borne juste à effacer les conséquences visibles face à la norme sociale ambiante.
    La loi qui adresserait véritablement le problème sans limiter la liberté serait de la forme « choisissez en connaissance de cause ». Bien sur, elle s’avérerait extrêmement difficile à mettre en place, comment s’assurer que celui qui décide de se suicider ou de se prostituer fait le bon choix en toute liberté ?

    Mon avis est que la liberté n’est pas quelque chose de simple et d’acquis, on préfère laisser à la majorité le choix de décider de ce qui est libre ou pas, au lieu de former l’individu à la liberté et de décider par lui même.

    Gabriel, vous dites que nous ne sommes pas libres car nous dépendons de la société pour vivre. En fait je vais préciser : On fait le choix de troquer un morceau de sa liberté pour gagner en confort. Il est possible de vivre comme un hermite presque absolument libre, mais à quel prix...

    Quelques exemples d’hommes libres
    http://www.details.com/culture-trends/career-and-money/200907/meet-the-man-who-lives-on-zero-dollars
    http://www.guardian.co.uk/environment/video/2010/jan/25/mark-boyle-no-money-man

    Donc dans l’absolu, pour rebondir sur la prostituée, se prostitue-t-elle pour le plaisir ou pour survivre ? Et si il s’agit de survivre, n’est ce pas en fonction d’un manque de conscience de ses choix ?

    Bien sur ce que je dis est totalement théorique, cependant je pense que c’est cohérent. Il existe un prix pour la liberté, et il est fondamental d’être conscient de cette contrepartie pour comprendre ce qu’est la liberté et peut-être... être libre.


  • Taverne Taverne 2 septembre 2011 11:31

    Cette théorie de la liberté rejoint la mienne. Pour moi la liberté se définit selon trois paramètres : le mouvement, le cadre, l’exercice ou es moyens.

    Le mouvement : c’est purement ici l’application des lois physiques. Forces d’attraction, de poussée, entraves, conditionnement le niveau de liberté de mouvement. Fasciné par un leader, vous cédez à la force d’attraction. Poussé à agir sans vous en rendre compte, vous n’êtes pas complètement libre. Mais ces limites au mouvement sont souvent moins visibles que les entraves sur lesquelles nous focalisons notre attention. Le pouvoir tire profit de cette faiblesse...

    Le cadre : c’est ce que vos appelez les conditions. C’est-à-dire en gros : les interdits, les impératifs, la loi, les contrats...De sales égoïstes peuvent ainsi proclamer leur droit à la liberté absolue mais la société est là pour leur rappeler qu’au nom de la Liberté ils ne peuvent pas tout se permettre, qu’ils confondent leurs libertés avec la Liberté.

    L’exercice de la liberté ou les moyens : c’est l’argent par exemple, mais aussi le niveau d’éducation. Dans notre société une juste redistribution des revenus par l’impôt notamment et une éducation de qualité favorisent l’exercice de la liberté.


    • Taverne Taverne 2 septembre 2011 11:52

      J’ai parlé de la pression extérieure mais il existe aussi des pressions intérieures. Par exemple, si votre bulletin de vote est guidé par la seule haine de l’autre ou la peur savamment entretenue par le pouvoir, agissez-vous librement ? Oui, si vous assumez pleinement : « je vote par haine de l’étranger ». :->


    • hommelibre hommelibre 2 septembre 2011 12:54

      D’accord aussi sur l’exemple du bulletin de vote. S’assumer contribue à se sentir libre, même si c’est par haine. Après il y a d’autres contingences morales, sociales, qui peuvent intervenir, et qui peuvent remettre en question notre choix. Cela ne remet pas en cause la liberté. Haïr n’empêche pas la liberté. Une société libre doit laisser la place même à ce qui peut heurter nos propres convictions. Ce sont certaines conséquences éventuelles de la haine, comme la violence physique à l’encontre d’une personne ou d’un groupe, qui peuvent empêcher la liberté.

      Je trouve que les débats politiques actuels sont beaucoup trop violents (j’allais dire : passionnés). On en vient très vites aux attaques de personnes, et c’est difficilement compatible avec la liberté.

      On peut très bien être politiquement très à gauche, ou très à droite, à la limite c’est le choix (en principe libre) de chacun. On peut débattre des idées mais on n’a pas à juger les gens sur leur appartenance politique. C’est leur liberté, peut-être leur conviction, et cela devrait être respecté. Par contre la liberté fait que l’on peut bien sûr analyser et poser une critique sur un choix ou un positionnement.

      La limite à la liberté est ce qu’un mouvement politique en fera. Je propose un exemple concret.Le FN est connoté en référence aux partis fascistes des années 30. Rien pourtant dans son programme ne prévoit de modifier les institutions au point de vouloir instaurer une dictature. Pareil à gauche : le parti de Gauche, ou le parti anticapitaliste, ne prévoient pas d’instaurer la dictature du prolétariat. Leur vision de la société peut ou non être partagée mais on ne peut leur faire un procès d’intention uniquement parce qu’ils se rapprochent de partis qui à une époque ont établi des dictatures.

      Après, c’est à chacun d’être vigilant : nous sommes tous dépositaires et « gardiens » de la liberté.


  • Taverne Taverne 2 septembre 2011 12:19

    Il y aussi, selon moi, une notion qui conditionne la liberté et dont je souhaite parler. C’est la notion d’ordre et de désordre. Trop d’ordre et vous n’êtes pas libre. Trop de désordre et vous n’êtes pas libre. Ma théorie paraît se vérifier au niveau pratique de tous les jours aussi bien qu’au niveau des organisations. Entre le l’ordre excessif et le désordre, la liberté prend une infinités de formes et son caractère est de ne pas se laisser bien définir.


    • hommelibre hommelibre 2 septembre 2011 12:32

      Ce que vous dites est applicable aussi bien pour une société dans son ensemble que pour un individu. La relation entre liberté et ordre est un aspect intéressant de la réflexion. Je n’ai rien de plus à en dire tout de suite mais je partage votre pont de vue.


  • vinvin 3 septembre 2011 01:37

    La liberté n’ existe pas., car tant qu’ il y aura des humains sur terre, il y en aura toujours qui feront chier les autres !



    A méditer.....




    VINVIN.

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