lundi 5 février 2018 - par rosemar

Carnaval, Saturnales et parodie...

Dans l'antiquité, les Saturnales, fêtes en l'honneur du Dieu Saturne se déroulaient quelques jours avant la fin du mois de décembre. C ’était une sorte de carnaval évoquant l’âge d’or, sur lequel régnait Saturne.

Symbole d'un âge d'or associé au bonheur, à la prospérité, à l'harmonie, cette fête renversait l'ordre de la société. Les esclaves pouvaient momentanément jouer le rôle des maîtres, et inversement : c'était l'occasion d'un défoulement qui permettait une forme canalisée de subversion. On contestait l'ordre établi, on le remettait en cause, pendant quelques jours.

Les Saturnales faisaient donc intervenir le thème du renversement ou de l'inversion.

L'esclave pouvait se déguiser en maître et l'on voit bien la relation avec nos carnavals modernes où l'on se travestit, où l'on change de rôle.

Au Moyen-âge, les fêtes du carnaval offraient, même, l'occasion d'élire un roi et de le détrôner à la fin des festivités : là encore, on retrouve ce thème de l'inversion.

De fait, comme les Saturnales dans l'antiquité, le carnaval permet de se distraire, d'oublier les contraintes de la vie ordinaire et quotidienne, d'échapper, pendant quelque temps, à la morosité ambiante.

Le carnaval, coloré, bariolé est un divertissement qui nous fait oublier les tracas de notre monde, c'est une parenthèse constituée de rires, de danses, de défilés animés.

Le carnaval est bien la fête du rire et du défoulement !

On ne s'étonnera pas de constater que les Saturnales, le carnaval soient proches de ce que l'on appelle la parodie littéraire. Certains disent même, que la parodie trouve ses origines dans les Saturnales de l'antiquité.

La parodie est une imitation burlesque d'un texte qui passe par l'inversion, la dérision, l'exagération, la caricature : on renverse les valeurs pour les dénoncer, en montrer le ridicule, on s'amuse d'un genre littéraire que l'on détourne.

On peut, ainsi, parodier une fable, un texte épique.

 Dans le Virgile travesti, Scarron, auteur du XVIIe siècle, réécrit L'Énéide, l'épopée antique de Virgile, dans un registre de langue familier.
Dans Ubu-roi, Alfred Jarry reprend la tragédie Œdipe-Roi de Sophocle et dénonce, de manière caricaturale, la tyrannie du pouvoir.


Dans La cigale, de Jean Anouilh, on voit bien, dès le début du texte, en quoi consiste l'inversion parodique de la célèbre fable de La Fontaine : la cigale qui appartient au monde du show-biz a accumulé tant d'argent qu'elle éprouve le besoin de le placer...
 
 "La cigale ayant chanté 
Tout l’été, 
Dans maints casinos, maintes boîtes 
Se trouva fort bien pourvue 
Quand la bise fut venue. 
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite, 
Dans plusieurs établissements. 
Restait à assurer un fécond placement. 
Elle alla trouver un renard, 
Spécialisé dans les prêts hypothécaires 
Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard, 
Tout enfantine et minaudière, 

Crut qu’il tenait la bonne affaire."
 
La suite de la fable montre tout le cynisme de la cigale, elle est bien à l'inverse du personnage de la fable de La Fontaine, le contraire de l'insouciance, c'est l'image même de la cupidité.
Au passage, Anouilh égratigne le monde des artistes et du show-biz âpre au gain, attaché à l'argent facile gagné dans des placements.
 La parodie se veut distrayante, amusante mais elle fait, aussi, appel à des références, à une culture littéraire : pour comprendre la parodie et l'apprécier, il faut connaître le modèle original.
 
Saturnales, carnaval, parodie, on perçoit, là, une continuité dans le rire, la dérision, la subversion...

La parodie peut être un simple jeu littéraire mais elle permet aussi de critiquer la société, d'en montrer les absurdités, les incohérences, les injustices.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/article-saturnales-carnaval-et-parodie-122587478.html

Vidéo :



21 réactions


  • Diogène diogène 5 février 2018 11:41

    Le (vrai) carnaval allait bien au-delà de la parodie ou même de la satire, c’était le « monde à l’envers », un psychodrame mimant la libération, d’autant plus puissant que l’aliénation était forte et qu’il nous est impossible d’imaginer et de ressentir. Nos petits carnavals modernes en sont les héritiers, mais ils sont aussi symboliques que le symbole de la communion chrétienne est symbole de sacrifice humain et d’anthropophagie. Mager le corps et boire le sang étaient autre chose que de recevoir une hostie insipide dans le bec !


    • Diogène diogène 5 février 2018 11:54

      @diogène

      s’il fallait rapprocher le carnaval antique (et non pas celui du moyen-age édulcoré par le catholicisme), d’un genre littéraire, il faudrait faire référence à la (vraie) pornographie, celle du Marquis de Sade, sacrilège et libératrice.

    • rosemar rosemar 5 février 2018 13:25

      @diogène



      Difficile de se faire une idée précise de la fête des Saturnales... une fête très libre, sans doute...http://www.cosmovisions.com/$Saturnales.htm

    • rosemar rosemar 5 février 2018 13:27

      @diogène

      Une reconstitution de musique antique :




    • Gollum Gollum 5 février 2018 13:45

      @rosemar

      La clé de ces Saturnales est bien évidemment Saturne. Qui est planète maîtresse du Verseau. Bien que ces saturnales aient lieu autour du solstice d’hiver il suffit de connaitre la symbolique de ce signe pour avoir la clé des saturnales. 

      Renversement des valeurs, inversion, il s’agit de façon claire d’une image du Paradis qui est l’inverse du monde réel, habituel. D’où licence, orgie, etc… Bref, un moment où tout est permis, où il n’y a plus de lois, comme à l’époque de l’âge d’Or mythique (voir Virgile qui lie Saturne à l’âge d’Or), avant la Chute toujours plus descendante des cycles...

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 février 2018 14:35

      @Gollum


      Si nous devons inverser les valeurs actuelles, nous deviendrions austères, sobres ou moines,.....

    • V_Parlier V_Parlier 5 février 2018 14:53

      @diogène
      Je lis : « s’il fallait rapprocher le carnaval antique etc... »
      On se rapprocherait certainement d’une enième décadence, pour à nouveau et encore plus de troubles, de violence et de malheur, avec la satisfaction d’être « libéré » de la morale religieuse. On connait... D’ailleurs il semble qu’on y vient.


    • V_Parlier V_Parlier 5 février 2018 14:55

      @rosemar
      Très « libre », ouaip. Comme le chantait impunément le « révolutionnaire » Fugain : « Le vin et les femmes sont gratuits ». Ca ne colle pas tellement avec votre quête féministe. Bien que maintenant plus rien ne m’étonne.


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 6 février 2018 06:43

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Très juste !


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 février 2018 14:39

    il n’y a plus rien à transgresser. Le monde est bouffi et le mardi maigre serait de rigueur.


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 février 2018 17:39

    Du fait du terrorisme, les mascarades ne sont plus autorisées. Il convient que le visage soit à découvert,..Je limite ma réflexion ici, car certains n’hésiteront pas en rentrer droit dans le sujet, ce qui n’est pas mon intention,...


  • paco 5 février 2018 18:21

     Et les Touloulous, vous en pensez quoi ?


  • rosemar rosemar 5 février 2018 18:37

  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 février 2018 18:43

    Les fautes,...@rosemar


    Absolument Chère Rosemar. J’ai une superbe vidéo du carnaval de Strasbourgs. Le but est plûtôt de magnifier la venue du printemps. Une certaine forme de transgression peut se lire entre les lignes, mais sublimée par la symbolique. https://lunesoleil23.wordpress.com/2017/02/27/carnaval-de-strasbourg-2017/

  • Jason Jason 5 février 2018 19:02

    Les vraies saturnales en Europe, ce sont les périodes électorales. L’esclave (citoyen, sujet, électeur) est le maître et le candidat devient l’esclave. Mais, comme toute fête, comme chacun sait, ça ne dure qu’un temps.


    Je milite pour que les mandats ne durent qu’un an. Vive les saturnales !

  • papijef papijef 6 février 2018 07:22

    Quand je lis les articles de rasemottes, je repense souvent à Roland Barthes « C’est parce qu’il n’y a pas de pensée sans langage ... »
    Elle est, par ses nombreux articles, la preuve vivante qu’il peut y avoir langage sans pensée. Mais bon ...

    J’ai, au demeurant, beaucoup de mal à comprendre comment une fervente catholique pratiquante puisse faire l’apologie de Saturne, le monstre qui fit de nombreux enfants à sa propre soeur, dans les colonnes de ce respectable journal. Ou alors c’est la féministe qui parle ? De plus, la mère des enfants de Saturne tuait ses propres fils, ce qui est un « hommicide » avéré. Mais rasemottes préfère nous parler des féminicides ...

    Il est vrai que Frère Jean des Entommeures, le héros de rasemottes, ne nous parle guère des filles de Loth (dans la Bible on parle de leur Loth en plein sommeil) dont l’abbé Pellegrin nous dit que l’amour a vaincu Loth, d’Abraham, Ruben, Adam ...


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