Cause toujours...
Il ne sera pas dit que les propositions n’existent pas...
Le Président, imitant Roosvelt, organise des causeries et veut nous parler. Il est hélas loin d’avoir la marge de manoeuvre de l’ancien Président américain.
Tout aurait donc été dit sur cette crise ? Pour certains c’est une fatalité, un malheur venu de Ciel ou presque et il faudrait simplement exorciser certains démons de la finance, faire accepter des sacrifices au plus grand nombre pour qu’avec le temps, les banquiers s’en étant confortablement remis, on ait une chance de percevoir l’ombre d’une amélioration.
D’autres oiseaux de malheur nous ressassaient des « vieilles lunes » auxquelles on n’osait plus croire. Ainsi le capitalisme ne produirait plus que de la finance et n’enrichirait plus que des spéculateurs.C’était des institutions financières qui gouvernaient le monde et non plus des états... Mais où avaient-il été pêché ça ? Marx, Engels, Lénine et son Impérialisme, stade suprême du capitalisme… Cachez-moi ça : c’est vieux, ça pue, et par la même occasion, arrêter de dire des vérités qui nous font de la peine, disent encore certains.
Quoique…
De l’autre côté on croit parfois entendre le discours du Maréchal après la défaite de 1940. On en a trop profité. On a dépensé sans compter. Et maintenant on est puni. Ce « on » laisse quand même songeur car personnellement je n’ai pas le sentiment d’avoir fait trop d’excès. Tout au contraire, alors que les prix augmentaient, j’avais l’impression d’économiser, d’être devenu « écolo »… J’ai même maigri.
On en arrive à se demander si les banquiers ne sont pas plus nuisibles qu’utiles.
Le mien - mais enfin, lui, ce n’est pas Madoff ! - habite tout près. Je le vois dans son jardin avec son sécateur, couper avec attention les branches de ses bougainvilliers. Il n’a pas l’air méchant. Quand on lui parle de crise, révolution, il fait « bof ». On devient renard en face d’un gros dindon et finalement on le voit plus efficace en horticulteur qu’en banquier. Aux champs ! Le pire - ça se sent - c’est qu’il n’y serait même pas opposé, tout au contraire.
Enfin la situation est-ce qu’elle est :
1) Les marchés sont saturés et l’économie s’arrête. La Bourse dégringole. Les bulles succèdent aux bulles et on arrête de temps en temps un spéculateur qui faisait pourtant son travail de voleur - depuis des années - en toute honnêteté.
2) Les remèdes proposés de relance de la consommation, en injectant encore plus de liquidités sur les marchés, ne font qu’accentuer cette crise qui s’alimente justement d’une prolifération des liquidités. Ces liquidités, « sphère financière », représenteraient 50 fois la « sphère de l’économie » réelle dit Monsieur Jospin sur France Inter ce dimanche.
3) Beaucoup d’économistes prévoient la banqueroute d’un grand état comme la Grande-Bretagne pour ce prochain printemps. Celle d’états des Etats-Unis pour cet été (*) finalement, compte tenu des déficits, un krach obligataire pour cette année 2009. Et le FMI contrairement à ce qui est parfois espéré ne pourra alors rien faire.
4) Cette perspective de banqueroute, plutôt sombre, va nous faire passer de la déflation à une rapide hyperinflation quand la crise atteindra un moment critique. Elle ne se déroule pas comme un spectacle qu’on regarde à la télé ou sur internet mais nous touche dans notre quotidien, atteint notre survie elle-même. Cela veut dire plus de salaires pour les fonctionnaires et plus de retraites entre autres choses. Il ne reste plus alors que les biens matériels d’usage auxquels on veut se raccrocher pour en faire une valeur d‘échange. Et c’est ainsi que se développe une hyperinflation. Un exemple de banqueroute et de ses conséquences sur la vie quotidienne nous est donné par ce qui s’était passé dans les années 90 dans la nouvelle Russie de Eltsine :
« Du jour au lendemain, les économies de la majorité des Russes se trouvent dévaluées pour cause d’inflation galopante. Par exemple, la somme qui suffisait, fin 1991, à acheter une voiture ne couvrait plus le prix d’un vélo début 1992. De même, l’argent mis de côté pour acquérir un téléviseur ou un réfrigérateur permettait-il tout juste de se payer un kilo de saucisson. Parallèlement, le niveau de vie se dégrade vertigineusement. […] Evidemment, les fortunes des gens bien renseignés [anciens ou nouveaux nomenklaturistes, jeunes loups issus du Komsomol – la jeunesse communiste –, membres des services secrets et du milieu criminel] avaient été converties en valeurs sûres ou en devises bien avant la dévaluation du rouble. Une fracture sociale irréductible émerge soudain au grand jour : près de 80% de la population a été rejetée sans ménagement en dessous du seuil de pauvreté tandis que l’essentiel des richesses du pays se trouve détenu par 5 à 7% [2 à 3% d’après le défunt général Lebed] des Russes »
(Hélène Blanc, « KGB Connexion") Une telle crise n’aurait sans doute pas laissé nos aïeux sans réplique. Ils avaient sans doute moins cette mentalité d’assistés qui s’est largement répandu grâce à l’Etat Providence, notamment après la seconde guerre mondiale. Sur le plan matériel qui s’en plaindrait de cet état-providence ? Pas moi. Reste les séquelles. Reste qu’ un type comme Proudhon avec ses mutuelles et ses coopératives rencontrerait aujourd’hui, malgré la crise, sans doute moins d’échos qu’il en a rencontré à son époque. Les travailleurs avaient un idéal. Normal on en a tous un. Mais celui, un peu douteux sur les bords - la révolution bolchevique et l’URSS - qu’on leur avait alloué, avait fait lui aussi une faillite catastrophique et rententissante. Ce après quoi les libéraux pouvaient crier alors leur victoire apparemment définitive et la fin de l‘Histoire. On voit bien que la suite leur prouve que non.
Pour redonner cependant un peu d’espoir, je me permets donc de communiquer un programme finalement pas très nouveau mais qui semble capable de résoudre toute la crise actuelle. Pas moins.
I) En ce qui concerne la production de biens de consommation (alimentation, électro-ménager…. )
A. Une mise en relation directe
Le principe est de mettre en relation, le plus directement possible, les « producteurs » et les « consommateurs.
Cette relation se fait sur des bases fédéralistes très simples de la localité à la région, jusqu’à l’échelle nationale et européenne. Il s’agit tout d’abord localement d’évaluer les besoins. On se sert autant que possible de l’imformatique et d’internet.
Il faut pouvoir parallèlement évaluer, de façon constante, les forces de production et les possibilités d’une localité ou d’une région. Chacun y participe, apportant à cette évaluation ses propres compétences et ses savoir-faire.
B. Comment sont organisés les producteurs ?
Par lieu de production d’abord. Par exemple les travailleurs de la fabrique de pâtes de Trifouilly sur Goin (parmi lesquels est resté le patron « parce que de toutes façons il était au bord de la faillite, sans avoir un rond, même pour délocaliser ») se fédérent avec les travailleurs de la fabrique de semoule de blé et de pâtes jadis concurrente de Château-la-Dèche. Ces deux entreprises sont les seules de la région mais ont une capacité de production bien supérieure aux besoins régionaux. On répercutera donc cette information à la Fédération Nationale des Producteurs et à la Fédération Nationale des Consommateurs dans le but de mieux répartir ce surplus.
C. Comment sont organisés les consommateurs
Comme aujourd’hui parfois, mais cette fois de façon plus formelle, ils font partie d’une association fédérale locale, régionale, nationale, européenne. Cette fédération de consommateurs évalue les besoins et transmet ses rapports à la fédération des producteurs. Ceci de l’échelon local à l’échelon nationale. Encore une fois la transmission de l’information et son traitement sont facilités à l’extrème grâce à internet et au traitement informatique.
Par exemple, à Radinerie-sous-Bois, la fédération locale, vue la consommation de pâtes dans les supermarchés - collectivisées par les gens du coin bien sûr - a évalué celle-ci à une quantité donnée. Mais dans cette région on n’en produit pas assez pour satisfaire les besoins. On fera donc appel au surplus que gère la fédération régional ou nationale des producteurs. Et on essaiera d’ajuster au mieux la production locale pour éviter d’être trop éloigné des centres de production. A noter, qu’hormis les retraités, les malades, les enfants, la plupart des consommateurs sont aussi des producteurs
D. Pourquoi la pénurie est impossible
La grande objection qui est souvent avancée ici est le spectre de la désorganisation totale de l’économie et des échanges et surtout une pénurie engendrée entre autre par la spéculation, fin de la libre-entreprise qui signifierait la fin de toute motivation personnelle dans le travail.
1) Les forces de production sont importantes.
En Russie, au début du siècle - c’est en général le contre-exemple que l’on nous donne - les forces de production sont insignifiantes par rapport à ce qu’elles sont aujourd’hui. Industrialisée, mécanisée au maximum, la production de biens de consommation, même si elle a été en partie délocalisée à l’étranger, peut très facilement satisfaire les besoins, en permettant même une diminution importante du temps de travail engendrée par une organisation plus rationnelle des échanges.
2) La spéculation est impossible.
Par une démonétarisation progressive des échanges permettant aussi une stabilité des revenus. Il faudrait y revenir plus en détails. Pour ce qui est de la consommation individuelle chacun possède une carte magnétique.
3) La motivation est vivifiée
La plupart des petites entreprises ayant une utilité sociale - elles sauront s’adapter pour en avoir une, esprit d’entreprise oblige - continuent d’exister dans un esprit autogestionnaire. Certaines - les plus en pointe - fonctionnent déjà avec un tel état d’esprit de démocratie directe, le patron n’étant qu’un membre - prééminent sans doute - de l’équipe. Tout au contraire, un atelier de graphistes, par exemple, doit pouvoir continuer à créer, à avoir des commandes, et voir surtout ses employés bénéficier d’un revenu stable. On peut se servir du modèle des scops pour ce qui est de la création ou de la pérennité de beaucoup de petites entreprises.
II) L’organisation des services publics.
A. Les services de santé.
Là encore l’initiative d’une réorganisation doit être laissée à ceux qui travaillent sur le terrain.
Les technologie de pointe, de mécanique de précision, aux mains des travailleurs de ces branches, doivent être mis à la disposition des personnels de santé ou hospitalier comme il a été précédemment expliqué.
Même chose pour ce qui est de l’évaluation des besoins.
B. L’éducation et la formation.
Un redéploiement est nécessaire en relation avec des besoins que l’on a alors clairement évalués, dans l’intérêt général. On a surtout besoin de techniciens, de spécialistes de l’environnement, d’agriculteurs soucieux de la qualité de leur produits.
C. Les transports
Une politique écologique encourageant l’usage du chemin de fer est mise en avant, incitant les usagers à délaisser leur automobile personnelle. Les véhicules utilisent désormais des carburants non polluantsde substitution au pétrole.
D. Les énergies
La recherche permet de connaître aujourd’hui des sources d’énergie non polluante qu’il suffit de généraliser. A noter que les transports de biens et de personnes ayant été rationnalisés - recentration de la production notamment- la dépense en énergie, surtout pour les transports, ne pourra être qu’en diminution.
III) Financement et échanges internationaux
A. Les services de l’Etat
S’ils restent sous le contrôle des deux fédérations, ils n’en subsistent pas moins, leurs budgets - recadrés eux aussi - permettant notamment le paiement des retraites et des fonctionnaires.
B. Echanges internationaux et conclusion
Les échanges commerciaux internationaux ont aujourd’hui acquis une telle importance qu’il devient difficile d’imaginer une société moderne fonctionnant en autarcie. Et là encore on avance le contre-exemple de la Russie bolchevique encerclée et l’échec du capitalisme d’état en URSS. Il est vrai que le rapport de force au niveau international doit être changé, l’impérialisme affaibli sinon abattu, si l’on ne veut pas que ce projet de nouvelle société libertaire capote.
Un projet autogestionnaire d’ampleur insuffisante ne fait que s’intégrer au capitalisme dominant, à son modèle de société. En Argentine, depuis la crise de 2002, plus de 180 entreprises fonctionnent en réseau de manière autogestionnaire. Cependant malgré l’initiative et le courage des Argentins, on en perçoit les limites dans un environnement international capitaliste foncièrement hostile. Toutefois un tel projet, même s’il ne voit le jour que dans un seul pays comme la France - il faut bien commencer quelque part - aura des répercussions internationales plus importantes ne serait-ce qu’au niveau de l’Europe. Et on a une chance raisonnable de convaincre.
Oui, nous le pouvons.
(*)« Vers la Grande crise« , article de Jean-Christophe Mounicq octobre 2002
« Létalité des USA et du Royaume-Uni - Banqueroutes d’Etat avant l’été 2009 : Islande, Hongrie, Lituanie, Californie, USA... » Par Thomas, le Cimbre, le 26 décembre 2008.
