vendredi 28 août - par Michel J. Cuny

Ce que promettait le « corps cuirassé » de Charles de Gaulle… ayant échoué, Adolf Hitler y aura mis lui-même la main… (107)

Nous n’avons certes pas oublié que, moins d’un mois après la grande manifestation antifasciste du 14 juillet 1935, André Pironneau n’avait pas hésité à écrire, dans le numéro du 11 août suivant de L’Écho de Paris : « Or, nous sommes en période pré-révolutionnaire. Le Front populaire, voilà l’ennemi ; entre nous et lui, c’est maintenant une question de force. »

Malheureusement pour lui et ses semblables, les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 devaient justement offrir le pouvoir à… l’ennemi, et exiger, en quelque sorte, le recours à la force pour s’en débarrasser… et peut-être bien au moyen du… « corps cuirassé » du lieutenant-colonel Charles de Gaulle…

Ainsi ne sommes-nous pas très surpris d’apprendre que, dès le 4 juin 1936, celui-ci aura adressé le petit mot que voici à un Paul Reynaud qui apparaît comme très bien placé désormais pour tenir tête au nouveau gouvernement :
« Les choses vont vite. Si le vent ne tourne pas tout à coup, il faudra faire d’ici huit jours un gouvernement d’union nationale. » (Idem, page 404)

Rien que huit jours pour tout balayer !… Voilà donc un ton tout ce qu’il y a de plus martial… Mieux :
« C’est vous qui aurez à faire, et peut-être prochainement, le regroupement national. Or, on ne concentre un pays que sur un sentiment, celui du péril couru et, depuis que le monde est monde, ce sentiment n’a eu qu’une expression, la politique militaire. Antique instinct de la tribu qui cesse de se quereller pour des moutons ou pour des femmes quand elle entend la rumeur des ennemis et, soudain, saccorde à préparer les frondes et les épieux. Ne vous semble-t-il pas que le moment soit venu pour vous de jeter au premier plan la question de nos armes ? Hitler n’a pas fait autre chose pour rassembler l’Allemagne. » (Idem, page 405)

Décidément, le Führer est le modèle à suivre… et la guerre civile ou étrangère, le remède… Encore la litanie gaullienne ne fait-elle que commencer, mais nous verrons cela un peu plus tard…

Ce que nous pouvons faire immédiatement, c’est y opposer ce que déclare dix-neuf jours plus tard, à la Chambre des députés (23 juin 1936), un Henri de Kérillis qui vient tout juste de basculer de l’autre côté… alors que nous l’avions vu, jusque-là, ne pas s’éloigner d’un pouce, dans les colonnes de L’Écho de Paris, des positions politiques tenues par André Pironneau, et notamment en ce qui concernait Benito Mussolini…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k64264140/f1.image.zoom

De façon tout à fait remarquable, voici Henri de Kérillis qui se réfère à celui dont le procès pour une prétendue participation à l’incendie du Reichstag (27 février 1933) avait débouché – après la vague de répression sanglante initiée par Hitler contre les communistes, les socialistes et les démocrates en général – sur la mise en œuvre du concept de Fronts populaires rassemblant toutes celles et tous ceux qui voulaient se dresser contre le fascisme : Georgi Dimitrov.

Écoutons Henri de Kérillis :


« Messieurs, dans l’Humanité du 18 mai 1936, sous la signature de M. Georges Dimitrov, secrétaire général de l’Internationale communiste, on pouvait lire ces lignes :
« Jamais encore depuis 1914, la menace d’une guerre mondiale n’a été aussi grande qu’aujourd’hui. Il serait faux de croire que la guerre qui vient menace seulement l’Union soviétique ou, tout au moins, la menace en premier lieu. N’est-ce pas un fait que l’occupation rhénane par l’armée d’Hitler crée une menace directe pour la France, la Belgique et d’autres pays européens ? » » (page 1541)

Certes, cela ne signifie pas du tout qu’Henri de Kérillis se rallie au Front populaire pour autant qu’il signifierait un changement radical :
« Si je croyais – je pèse bien mes mots – qu’une révolution sociale pût refaire l’âme et les forces de mon pays, je serais du côté de la révolution sociale, mais j’ai la conviction profonde que la révolution sociale nous conduirait infailliblement et immédiatement à la défaite. » (page 1541)

Et voici comment cet homme d’une droite qu’on peut dire radicale lit la situation internationale telle qu’elle s’est établie derrière les manœuvres menées par Pierre Laval…
« Attaque de l’Allemagne contre la Tchécoslovaquie ! Pourquoi ? Parce que c’est, pour l’Allemagne, le moyen de cristalliser presque automatiquement un bloc d’alliances. Contre la Tchécoslovaquie, l’Allemagne a l’espoir d’entraîner la Pologne, la Hongrie. Elle a également la volonté de supprimer, en Tchécoslovaquie, les bases aériennes éventuelles de l’Union des républiques socialistes soviétistes. Elle voit un moyen de démanteler l’Europe centrale, d’ouvrir les routes vers l’Europe orientale, d’ouvrir les chemins du pétrole vers la Roumanie. Que fera le Gouvernement, que fera la France, si cette éventualité se produit dans les mois, dans les semaines ou, peut-être, dans les jours qui vont suivre ? » (page 1541)

Lui emboîtera-t-elle le pas, tout en se donnant le moyen de calmer le Front populaire en faisant parler cette force dont l’usage est revendiqué autant par Pironneau que par De Gaulle : le corps cuirassé ?...

Saisi d’une lucidité de plein usage, Henri de Kérillis interroge la représentation nationale sur les prochaines étapes du déferlement allemand… Et c’est déjà Munich (septembre 1938) qui se trouve dénoncé par avance !...
« Nous sommes liés par un traité avec la Tchécoslovaquie. Le dénoncerons-nous ou tiendrons-nous notre parole ? » (page 1541)
« J’entends dire : Il faut que l’Allemagne explose quelque part, qu’elle trouve son expansion. Elle étouffe. Laissons-la éclater sur d’autres que nous, vers l’Est.  » (page 1541)
« Si demain l’Allemagne est maîtresse de l’Europe centrale, comment serons-nous à même de lui résister, quand, agrandie, fortifiée, ivre de victoire, elle se tournera vers nous pour nous réclamer l’Alsace-Lorraine et nos colonies ? Comment concevez-vous la vie de la France, dans une Europe où l’Allemagne aura doublé son dynamisme ? » (page 1541)


« Il se pourrait que M. Hitler, dont le silence inquiétant rappelle celui qui précéda la journée du 7 mars, pense à faire son coup sur l’Autriche. Êtes-vous décidés à empêcher l’Anschluss ? Êtes-vous résignés à l’Anschluss ? » (page 1541)
« Mais il n’est pas dit du tout que l’Allemagne ne songe qu’à la Tchécoslovaquie ou à l’Autriche.
Il est parfaitement possible que le chef du gouvernement songe à se jeter sur nous. » (page 1541)
« M. Hitler, aussi bien que M. Rosenberg, M. Goebbels, et tous les doctrinaires du parti national-socialiste ont pris soin de nous prévenir de leurs intentions, de nous indiquer qu’ils considéraient la France, gendarme de l’Europe, comme l’ennemi à abattre, qu’une fois le compte de la France réglé, le sort de l’Europe serait à la merci de l’Allemagne, que, par conséquent, régler le sort de la France, c’était régler le sort de l’Europe.  » (pages 1541-1542)

Et tandis que De Gaulle tient tellement à s’inspirer de la doctrine hitlérienne de la guerre civile pour régler la question sociale, Henri de Kérillis montre quel intérêt le Führer trouverait à pouvoir obtenir – de lui-même, s’il le faut – d’étouffer dans le sang tout ce qui semble s’approcher, d’une façon ou d’une autre, du communisme…
« M. Hitler, lui, a toujours déclaré que le communisme était son ennemi et qu’il était arrivé au pouvoir pour le terrasser. S’il craint le communisme à Moscou, le communisme lointain, il craint encore plus, vous le pensez, le communisme installé à Paris. Il y voit une menace d’encerclement politique, d’encerclement militaire, d’encerclement idéologique. Le 7 mars, il tenait des propos qui ne laissent aucun doute sur ses intentions et qui ne peuvent prêter à aucune équivoque :
« La révolution – disait-il – peut s’installer demain en France. C’est une possibilité dont je suis obligé de tenir compte, comme homme d’État allemand responsable. Dans ce cas, Paris ne serait plus que la succursale de l’Internationale communiste. Les conséquences, nous le regrettons, en seront très graves.  » » (page 1542)

Autrement dit : si l’auteur de Vers l’armée de métier (1934) ne parvient pas à faire valoir, à l’intérieur de son propre pays, le fameux « corps cuirassé », il va bien falloir que je vienne, moi-même, y mettre la main… On connaît la suite.

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY




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