Centrafrique, intervention risquée ?
Notre président après l’intervention Serval au Mali qui s’est traduite par un succès pour l’instant inachevé, a décidé d’une nouvelle intervention en Centrafrique, cette fois dans un contexte à la fois plus compliqué et plus risqué.
Tout d’abord, il faut resituer l’affaire : cette intervention intervient dans un pays qui en est à sa deuxième révolution en quelques années. La coalition au pouvoir : la Séléka contient bien des éléments islamiques, mais ils ne sont pas majoritaires (même s’il semble que des islamistes commencent à arriver dans le pays).
La situation de ce pays de 5 millions d’habitants est complexe : 80 % de chrétiens (50 % protestants et 30 % catholiques), 10 % de musulmans et 10 % d’animistes. La majorité chrétienne ne voit pas toujours d’un très bon œil la Séléka pourtant intégré au gouvernement après la révolution, et surtout les exactions de cette dernière (qui ne sont pas entachées de parti pris religieux).
La France a donc bien reçu mandat de l’ONU pour intervenir dans ce pays où la situation semble se détériorer, mais elle n’aura encore une fois qu’un appui symbolique de ses partenaires européens pour jouer le gendarme de l’Afrique, alors que les troupes locales originaires d’autres pays africains, venues pour le maintien de la paix ont le plus grand mal à assurer l’ordre.
L’opération en cours qui devrait compter 1600 hommes semble avoir l’approbation des populations locales lassées des exactions des milices armées, mais rien ne dit que nous n’aurons pas affaire cette fois-ci à des difficultés ultérieures. Sans compter que ce pays est connu pour ses diamants de guerre (500 000 carats de production officielle pour autant de production clandestine).
Cette mission malgré l’aval de l’ONU ressemble tout de même fort à une immixtion dans les affaires intérieures d’un état souverain. Il est d’ailleurs à noter que la France n’a pas été appelé par les autorités locales et que la présence d’éléments étrangers (contrairement à ce qui s’était passé au Mali) n’a pas été relevé depuis.
L’opportunité de cette intervention se pose aussi : nous ne sommes pas intervenu lors de la 1ére révolution du début des années 2000, nous ne sommes pas intervenu au Congo, ni au Zaïre (3 millions de morts) et nous avons attendu quasiment 10 ans avant d’intervenir en Côte-d’Ivoire (d’où 30 000 de nos compatriotes, arrivés après l’indépendance avaient été chassés quelques années plutôt sans que nous bougions l’ongle du petit doigt).
Avons-nous encore les moyens de cette politique africaine ? Le Président Hollande a parfaitement raison de soutenir la mise en place de forces africaines capables d’intervenir dans ce type de conflit, car ce continent se doit à terme de pouvoir au moins assumer une partie des interventions nécessaires.
Ensuite, se pose désormais la question de la place des Anglo-saxons et des chinois dans la région. Les premiers sont très présents dans les mines et le secteur des hydrocarbures et les seconds sont désormais les premiers exportateurs vers l’Afrique. Mais les uns comme les autres sont aux abonnés absents lors de ce genre de crise …
La France a certes un devoir moral et un rôle historique dans la région, mais elle ne peut et ne doit tout assumer seule !

