Ces analyses d’André Pironneau… que De Gaulle devait récuser pour pousser l’armée française vers une défaite retentissante (67)
Nous reprenons le fil de la copieuse analyse effectuée par André Pironneau, de semaine en semaine, dans les deux premières colonnes de la page 5 de L’Écho de Paris, journal dont il était le secrétaire général (= le rédacteur en chef). Nous l’y voyons s’efforcer de déterminer, avec une extrême précision, la structure générale de l’armée de terre allemande qui est alors en voie de reconstitution à partir des positions antérieurement définies par le général allemand von Seeckt.
Il s’agit, pour nous, de mesurer le décalage – finalement extraordinaire – qui peut être mesuré entre ce que le journaliste français défend ici, et ce que seront les positions prises – durant les mois suivants - par le lieutenant-colonel de Gaulle dont il sera devenu le promoteur et le principal soutien… et ceci jusqu’en juin 1940…
D’où vient qu’un tel basculement à 180 degrés ait pu se produire si soudainement, et pour aider la France à courir au désastre de la grande débâcle ?...
Comment le « plan de Gaulle », ainsi qu’il finira par le qualifier, a-t-il pu venir détruire tout ce qui faisait l’objet de ses préoccupations avant mai 1933… et pour produire une défaite retentissante qui devait, selon lui, offrir à Charles de Gaulle la place enviable d’interlocuteur privilégié d’Adolf Hitler entrant dans Paris ?...
Nous voici au numéro du 5 avril 1933…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k814769m/f5.item.zoom
Le titre nous conduit immédiatement vers ce « nombre » qui devait être l’objet principal de la campagne de dénigrement systématique mise au point par Charles de Gaulle pour démobiliser le peuple de France, et laisser toute la place à cette gloire certaine qui ne devait pas tarder à venir couronner les exploits retentissants du « corps cuirassé » et des seuls militaires de carrière…
« La réorganisation de l’armée - La doctrine allemande et la guerre du « nombre » »
Pour André Pironneau, impossible d’être plus affirmatif :
« Nous avons, dans notre dernier article, exposé la doctrine allemande telle qu’elle apparaît à la lumière du règlement, des écrits militaires et des faits, et nous avons conclu qu’elle préparait la guerre du « nombre ». »
Et aussitôt, nous pourrions croire que, déjà, il défiait De Gaulle sur un terrain précis…
« Mais, dira-t-on, comment, à l’âge de la machine, pouvez-vous soutenir le paradoxe du nombre ? »
Autrement dit : il ne serait guère approprié de conserver les vieilles casseroles, quand le tout nouveau matériel de cuisine permet de réaliser des miracles qui dépassent très largement la « popote à mémère »…
Vas-y, Dédé, explique-leur la chose…
« À l’objection, nous répondrons que jamais la doctrine de guerre allemande ne fut ésotérique. Dédaigneuse des subtilités aristotéliciennes, elle ne connaît que la force et cette force, le nombre est là qui la donne. Qu’est-ce, en effet, que mobiliser sinon réunir, équiper, encadrer un nombre d’hommes que l’ordinaire de leurs occupations appelle à d’autres fins ? Or, ce nombre existe, et c’est la population allemande. Il est équipé : parcourez l’Allemagne, sous des couleurs diverses, tout Allemand a son équipement militaire. Il est encadré : tout homme de la Reichswehr doit être un Chef, et ce n’est pas un mot. Prélevez en effet dans la Reichswehr et la Chupo [police de sécurité] les effectifs nécessaires en vue d’un vaste coup de main, et vous en aurez encore assez pour encadrer la nation allemande. Et quand nous disons « nation », nous nous trompons, car il s’agit de groupements contrôlés, disciplinés, instruits, équipés. Au surplus, le spectacle qu’offre la vie allemande se charge de prouver ce que nous avançons. »
Un petit quelque chose… qui aura donc échappé au champion de la « machine » à tout prix… Qui ne voit pas non plus ceci qui aurait pu en troubler plus d’un…
« Faut-il des hommes pour une manifestation ? D’un coup de baguette, la fée organisatrice vous en rassemble aujourd’hui plus de cent mille à Coblence, face à la France, et demain cent mille à Breslau, face à la Pologne. »
André Pironneau enfonce le clou, en y intégrant la « machine » justement…
« Faut-il des autos pour les manœuvres de la Reichswehr ? Les Automobile Clubs d’Allemagne fournissent les véhicules demandés. Tout est classé. Tout est catalogué. Tout est encadré. La mobilisation est parée. »
Croit-on que De Gaulle ait vraiment eu besoin d’André Pironneau pour savoir cela, et faire ensuite comme s’il ne le savait pas ?... Bien sûr, qu’il le savait !... Pourquoi donc a-t-il feint le contraire ?... Quels buts visait-il ?... Quels buts visaient – derrière lui - la partie du Haut-État-Major français qui ne parvenait plus à s’accommoder de la République parlementaire tellement honnie dans certains mess d’officiers qui y voyaient la préfiguration de la Révolution bolchevique ?...
Pour mieux nous assurer de l’importance du « nombre », nous dit André Pironneau, prenons l’exemple de la Grande Guerre…
« Les écrivains militaires les plus autorisés d’Allemagne sont unanimes à souligner l’insuffisance numérique des armées allemandes mises en œuvre au début de la guerre. En août 1914, les Allemands disposaient, sur le front français, de 97 divisions. En octobre, ils y réalisaient un effectif de 106 divisions ; c’était trop tard, les divisions qui avaient fait défaut à la bataille ne pouvant plus obtenir la décision après. Les Allemands reconnaissent qu’ils ont été courts d’au moins 10 divisions sur le front ouest. Dix divisions de plus, c’était leur aile droite étoffée, le râteau jusqu’à la mer, la mainmise sur les bases franco-anglaises du canal, l’enveloppement automatique de la gauche française. »
Au contraire, s’il s’agit de perdre… sans doute faut-il bannir le « nombre », et tout spécialement le « nombre » dûment préparé, armé, coordonné et commandé selon les règles de l’art militaire le plus avancé… Alors qu’avec rien que 100.000 hommes de l’armée de métier, etc… on gagnera, bien sûr, de façon magistrale… Par conséquent, pour quelle raison aller réveiller le « nombre », lui remettre les armes les meilleures, etc ?... C’est qu’il pourrait très bien s’emballer un peu en constatant – comme en 1871 – qu’on ne cherche qu’à le faire tuer pour qu’il n’en vienne pas à tenir tête aux… Prussiens de Bismarck qui affamaient la population parisienne…
Quant au Pironneau du printemps de 1933, il a le mérite de n’en pas démordre…
« Reprenons les chiffres. En août 1914, il eût fallu aux Allemands 106 divisions pour agir avec bonheur sur un front d’opérations de 480 kilomètres, de Bâle, par Metz, à Anvers. Dans l’avenir, les dimensions n’auront pas changé : il s’agit donc de trouver 106 divisions pour « meubler » convenablement et indiscutablement le théâtre d’opérations. »
Oui, mais, tout de même, avec son « corps cuirassé », les 480 kilomètres de la prochaine guerre, notre De Gaulle peut venir les couvrir à la vitesse de l’éclair… comme chacun sait. Alors, où est le problème ?...
Mais l’ami Dédé persiste et signe…
« La question qui se pose alors est celle-ci : les Allemands peuvent-ils mobiliser et concentrer sur le front ouest 106 divisions ? Ils ont le nombre et les cadres. Ils ont aussi le cadre mobilisateur. Comparez une carte d’avant-guerre montrant les régions de corps d’armée et une carte d’après-guerre montrant la zone des 21 régiments d’infanterie. La concordance est singulière : dans chaque zone, le régiment d’infanterie est articulé en 3, 4, généralement 5, parfois 6 divisions distinctes, véritables centres mobilisateurs de la nation armée. Joignez à cela les détachements de schupos et… ce que nous ne connaissons pas. La mobilisation est prête. Aussi bien, le cadre mobilisateur est le même qu’en 1914. Il est capable de la même mobilisation en hommes. Et ce cadre avait été fixé par Schlieffen pour un effort plus grand. Mobiliser demain au point de vue des effectifs ce qui avait été prévu voici trente ans par Schlieffen n’a donc rien d’une acrobatie. »
Dédé : c’est que tu n’as décidément pas vu à l’action les acrobates du fameux corps cuirassé « De Gaulle »…
Mais ça continue à pleuvoir comme à Gravelotte… et pour donner un dernier avertissement à cette France qui va se laisser embrouiller par les apprentis sorciers qui la conduiraient à la catastrophe magistrale de mai-juin 1940…
« Vingt et une zones de régiments d’infanterie doivent pouvoir donner naissance à 42 corps d’armée à 2 divisions, soit 84 divisions, du premier jet, auxquelles on peut ajouter une vingtaine de divisions, nées des organisations frontières ouest, le plus beau produit de la zone démilitarisée ! Cela fait 104. Les chiffres ne coïncident pas, mais l’ordre de grandeur y est. La chose paraît donc possible. »
Ainsi que le montre sa conclusion, André Pironneau s’inscrit, par avance, dans une opposition stricte au délire futur d’un De Gaulle, et c’est lui qui souligne…
« En résumé, nous pouvons écrire : Avec plus ou moins de matériel, mais avec tous les perfectionnements de la chimie et de l’aviation, l’Allemagne prépare la guerre du nombre. Sans nuire en rien à la mobilisation générale, l’Allemagne peut déclencher un coup de main de grande envergure, mené par des forces régulières, ou d’apparence irrégulières. La menace prendra toute son acuité quand les travaux d’aménagement du réseau ferré allemand seront achevés. En attendant, prête à entrer dans les rouages de cette machine formidable, se tient toute la jeunesse allemande rêvant de jours meilleurs, bercée par le souvenir des victoires passées, accessible à un nouveau : « Soldats, vous êtes nus et mal nourris… Les riches plaines de la Lombardie… », éprise, en dehors de ses appétits, d’une haute idée stoïcienne du Devoir, et élevée dans le culte de la maxime d’antan : Toujours prêt au combat. Jederzeit kampfbereit. »
Il citait ainsi, au profit des Allemands, le discours de Napoléon Bonaparte lançant la campagne d’Italie…
Mais, à l’inverse, pour quelle raison, André Pironneau devait-il jeter, tout à coup, à la poubelle ses mises en garde tellement documentées, et se rallier à la trahison dûment initiée par… le lieutenant-colonel de Gaulle ?...
Nous ne devrions pas tarder à le savoir.
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny
