lundi 22 juillet 2024 - par Emile Mourey

Chalon-sur-Saône au temps des empereurs gaulois, Postumus (260-269) et Victorinus (269-271)

Retour aux sources écrites :

Postumus, voyant qu'il était attaqué par les forces nombreuses de Gallien appela Victorinus à partager l'empire. Cet autre “Premier des Gaules”, également homme de guerre, prit le titre de César en s'alliant à Postumus (Trebellius Pollio, les trente tyrans)...

A cela s'ajoute un médaillon sculpté polémique d'époque que j'intitule : "Apocalypse sur la tour de Taisey". Taisey, c'est Chalon, la hauteur qui domine la ville et la protège.

        

Menacé par le feu de Dieu, l'empereur Postumus (à droite) s'est réfugié dans son palais de la Vigne-aux-saules. Non seulement il n'arrive pas à grimper à l'arbre généalogique des anciens rois d'Israël - ma thèse - mais ce n'est que par le serpent maudit qu'il est arrivé à se relier au rejet davidique resurgi en Gaule. Reconnaissable à sa barbe et à son corps d'Hercule, ses jambes sont animalisées par le péché. A ses pieds, le chien sculpté des chapiteaux extérieurs de la cathédrale de Chalon recule devant la colère de Dieu. 

Sur le horst de Mont-Saint-Vincent, le César de Postumus, Victorinus, cherche, lui aussi, à se raccrocher à l'arbre davidique royal. En vain, car la branche casse. Petit hercule que son ambition écartèle sur un Mont-Saint-Vincent/Bibracte/Augustodunum dont les deux hauteurs se séparent, il en perd son pantalon. Ces deux hauteurs, c'est le haricot de Mont-Saint-Vincent sur lequel se tient Bibracte dans les chapiteaux éduens des cathédrales gauloises de Chalon et d'Autun.

Ce médaillon nous dit que Postumus s'est installé dans l'importante villa de la Vigne-aux-saules dont on a retrouvé la trace au pied de la tour de Taisey. Inutile de faire d'autres fouilles pour retrouver le palais des empereurs quand ils venaient à Chalon ; leur palais, c'était celui-là. 

Ce médaillon nous confirme, aussi, que Bibracte était bien le Mont-Saint-Vincent.

La simple logique militaire explique, en effet, le role important qu'avait le port de Chalon pour accueillir l'immigration qui venait du Proche-Orient. La hauteur voisine de Taisey s'impose comme position forte pour que s'y installe, au minimum, une tour de garde et de défense. Un peu plus loin, le mont Saint-Vincent aux anciennes et redoutables fortifications s'impose comme capitale militaire et économique, véritable site de Bibracte.

La fortification aux trois tours du blason de Chalon, la mythique Orbandale, c'est Taisey, et la tour principale est toujours là.

 

En 271, l'assassinat de Victorinus dans une sédition militaire, révèle une population, mais surtout une armée diviséee. Désigné par une mystérieuse Victorina, mère des camps, Tetricus lui succède mais il siège à Bordeaux. En Gaule, le pouvoir est à Trèves, toujours romain. Constance Chlore, futur César, y construit notamment le temple.

En 274, première bataille des champs catalauniques, sur la hauteur de Taisey, au pied de la tour, entre l'armée romaine d'Aurelien et Tetricus, à la tête d'une armée gauloise divisée. Victoire romaine !

aurelien hommage du conseil de la ville de Chalon

Dans ce tableau magnifiquement sculpté sur ivoire, Aurélien reçoit l’hommage de la ville de Chalon. Il est assis sur le trône du palais impérial de La Vigne-aux-saules, à l’ombre de leur feuillage. Un légionnaire dresse le baldaquin tandis qu’un autre montre les chaînes brisées. On voit au loin l’évocation de trois villes libérées. A droite, deux femmes/populations et un Ancien viennent remercier l’empereur tandis qu’à gauche, les barbares enchaînés sont sous la surveillance d’un légionnaire. Tableau à la gloire de la légion. Art chalonnais du III ème siècle. Admirez la force et la détermination du légionnaire qui tient le drapeau blanc. Remarquez l’enseigne romaine et les hallebardes que dressent les combattants.

En 305, soit 31 ans après, Constance-Chlore, venant de Trèves, est accueilli à Bibracte/Mont-Saint-Vincent en tant qu'empereur. il s'installe, pacifiquement, dans le palais de Bibracte. Entre-temps, il y a eu la révolution bagaude qui a ravagé la ville d'Autun, puis une occupation romaine pacifique qui a vu les légions commencer à reconstruire le pays éduen (stations thermales, ville d'Autun à l'image de Rome). A Bibracte/Mont-Saint-Vincent, Eumène ne pouvait pas faire moins que d'accueuillir Constance-Chlore avec tous les honneurs dûs à un empereur (cf mon précédent article).

Assis sur la tour de Taisey, les pieds posés sur la ville de Chalon, le Christ de Chalon exorcise l'empereur de Rome aux dieux multiples, debout sur le Colisée.

Moi dans le tonneau de Diogène, ravalant la façade de la tour de Taisey.

Emile Mourey, 20 juillet 2024 , droits d'auteur possibles, à suivre si mon état de santé et mon âge le permettent.    



11 réactions


  • JPCiron JPCiron 17 octobre 2024 17:17

    Bonjour Monsieur Mourey,

    En tombant sur l’image d’une petite lampe à huile avec ménorah du III siècle, en France, j’ai pensé à vous et à vos travaux : la lumière met parfois du temps à parvenir à ceux qui sont encore dans les ténèbres.

    https://www.aphg.fr/IMG/pdf/proposition_pedagogique_empreintes_juives.pdf


    • Emile Mourey Emile Mourey 19 octobre 2024 03:12

      @JPCiron,

      Bien reçu, votre commentaire. Bien lue votre proposition et bon courage. Quant à moi, je fatigue ; je viens de proposer un nouvel article Agoravox. Cordialement, E. Mourey


  • Antenor Antenor 15 décembre 2024 22:24

    Une fantastique monnaie de Postumus « Restitutor Gallia ». Non seulement, elle est magnifique du point du vue artistique mais également sur le plan symbolique. A droite, Postumus s’appuie sur une longue tige représentant l’axe Saône-Rhône. A gauche et contrairement à ce qu’indique la légende, ce n’est pas sur un prisonnier qu’il pose son pied mais bien sur une sorte de marche-pied (végétal ?). Or, vu du ciel, le contour de Mont-Saint-Vincent est précisément celui d’une empreinte de pied ! Le chapiteau de Gourdon aux Sciapodes est la preuve que les autochtones en avait bien conscience. Postumus prend appui sur Bibracte pour restaurer la Gaule.


    • Antenor Antenor 4 mai 2025 00:17

      Le même marchepied végétal sur un chapiteau d’Autun ! Ici, c’est Samson qui renverse le temple. Ce qui renvoie aussi à la « malfaçon » de la monnaie de Postumus au temple. Derrière les travaux d’Héraklès, Postumus a camouflé des scènes bibliques. Autre exemple, le taureau crétois, c’est le veau d’or. A Mont-Saint-Vincent, on peut se demander pourquoi l’épisode peu connu de la biche de Cérynie a été représenté. Possible réponse : la biche était l’emblème de la tribu de Nephtali, celle qui occupait la Galilée...

      Ce chapiteau de Samson est intéressant. Le personnage sur le marchepied semble protester contre la destruction du temple par Samson. Il fait écho à celui de la chouette monstrueuse dont la bouche est visée par le Sagittaire. Ils illustrent un conflit religieux interne à la cité éduenne. Une réconciliation semble amorcée sur le chapiteau de l’Arche de Noé où Bibracte au sommet de sa montagne est remise en état comme demandé dans les Actions de Grâce des habitants de Flavie et illustré sur cette monnaie de Constantin à la chouette.


    • Antenor Antenor 23 mai 2025 14:35

      Ce marche-pied végétal a même donné son nom à la cathédrale. Il s’agit d’un surgeon, un néser en hébreu, christianisé en Saint-Nazaire. Il se trouve sur le chapiteau d’un nazir : Samson. Le lancement de la construction de ce qui est aujourd’hui la cathédrale Saint-Lazare est peut-être même à attribuer aux empereurs gaulois dans le but de rivaliser symboliquement avec Gallien.

      Détail troublant, le temple renversé par Samson est symbolisé par un porche qui n’est pas sans rappeler celui de Mont-Saint-Vincent. Cela pourrait s’expliquer par la prise de pouvoir des Chrétiens entre le début des travaux de l’actuelle Saint-Lazare et la sculpture des chapiteaux à leur achèvement. Ironie de l’histoire, alors que Postumus se faisait représenter en Héraklès / Samson sur ses monnaies, c’est son oeuvre qui devient à son tour la cible des nouveaux Samson chrétiens !

      Pour mieux comprendre, il faut retourner à Mont-Saint-Vincent et expliquer en particulier le chapiteau de la biche de Cérynie. Si ce travail méconnu d’Heraklès est représenté au côté du lion de Némée et de Cerbère, c’est pour une raison bien précise. Il s’agit du premier travail de l’Heraklès / Juda du Testament des Douze Patriarches retrouvé à Qumran. A l’origine, l’auteur de ce texte évoquait sans doute de manière allégorique une conquête de la Galilée réelle ou projetée par sa « secte ».

      Le fait de retrouver la biche de Cérynie à Bibracte signifie que les commanditaires avaient des lectures « qumraniennes » ! Le chapiteau en V indique qu’il y a possiblement cinq niveaux de lectures des chapiteaux à Mont-Saint-Vincent. J’en vois trois  : les masques de Métis, les travaux d’Héraklès / Juda et une sorte de genèse néo-platonicienne (influence de Plotin ?). A Gourdon, certains travaux d’Heraklès sont représentés de manière beaucoup plus explicite, en particulier « la folie » et « la captivité chez Omphale ».


    • Antenor Antenor 6 juin 2025 22:00

      Lu de droite à gauche comme de l’Hébreu, aedui devient iudea et dans le nom de Cabillo, on peut phonétiquement retrouver celui de Iacob. Pur hasard ou pas ? Je propose d’effectuer le même exercice avec Bibracte et d’y lire Keter Rabbi, la couronne du maître.

      Si dans une vision de type platonicienne, les Arvernes ont pu voir la constellation du Dragon dans la montagne de la Serre soutenant Gergovie, les Eduens ont pu voir celle de la Couronne Boréale dans la forme du sommet de Bibracte. Dans le ciel, la Couronne Boréale se trouve à proximité de la tête d’Hercules. Or que voit-on sur le chapiteau de la « folie d’Héraklès » à Gourdon ? Thésée qui d’une main dissuade l’alcide de mettre fin à ses jours et qui de l’autre tient un objet qui ressemble fort à une... couronne. Etonnante coïncidence.

      Dans une Cité dont la ville principale s’appelait Cabillo, est-ce surprenant de trouver des appellations de type cabalistique ? A Bibracte / Mont-Saint-Vincent, si la biche de Cérynie évoque la tribu de Nephtali, il est plus que probable que le lion de Némée désigne celle de Juda et Cerbère pour Benjamin. On l’oublie souvent mais Jérusalem se trouvait sur le territoire de cette dernière. La Gaule apparaissait-elle alors au yeux de certains Juifs comme une nouvelle Galilée où guetter l’arrivée du Messie ?


    • Antenor Antenor 23 juin 2025 17:03

      Le chapiteau de la « folie d’Hérakles » à Gourdon illustre un tournant dans la vie religieuse éduenne. A gauche, le clergé judéo-druidique « Juda-Herakles » est en perdition, au bord de l’autodestruction. Au centre, l’aristocratie éduenne représentée par Thésée, roi d’Athènes, ville d’origine de la famille d’Eumène d’Autun, lui retire la couronne et semble la rapprocher du personnage de droite. Il s’agit d’Eurysthée, le frère jumeau d’Héraklès, un autre courant judaïque. Peut-être celui des Chrétiens qui jusqu’ici n’était pas considéré comme un fils de Dieu par les Eduens.

      Mais les choses pourraient bien changer. Le sculpteur a laissé le flou sur l’objet que tient Eurysthée. On peut y voir le rocher de Simon-Pierre mais aussi et surtout un récipient d’eau. Héraklès est sommé de nettoyer les écuries d’Augias. Dans sa folie Héraklès a tués ses enfants. Ce qui signifie ici que le clergé éduen a massacré ses branches dissidentes et est fortement incité à faire le ménage en particulier chez ses zélateurs à Cabillo.

      Dans le ciel étoilé, Thésée (Taisey ?) est la constellation du Bouvier qui lâche ses chiens de la main droite pour s’emparer de la Couronne Boréale. Eurysthée fait penser au Verseau pour le récipient mais sa posture courbée rappelle la forme de la Balance symbolisant la Justice qu’il incite Hérakles à faire respecter.

      A Autun, le chapiteau du « Sagittaire et Basilic » est le reflet chrétien légèrement ultérieur des évènement représentés à Gourdon. Le sagittaire est un centaure archer, c’est à dire Chiron, le maître d’Achille. Car c’est bien le jeune Achille et son bouclier qu’il faut voir dans le petit personnage de gauche. Au Juda-Herakles essénien, les Chrétiens ont symboliquement opposé un David-Achille pour affronter la divinité monstrueuse de Bibracte. Chiron représente la chevalerie éduenne ralliée aux Chrétiens. On notera que la couronne a finalement atterri sur la tête de Constantin.

      Une autre traduction possible de Bibracte est Keter Birah, la forteresse couronnée. Les quatre animaux (chouette, lion, loup, biche) représentent peut-être également les quatre vertus cardinales et il n’y a pas à douter que pour les Païens peu instruits, il s’agissait de divinités gauloises (Cernunnos...). 


    • Antenor Antenor 4 juillet 2025 22:22

      « Le poète a toujours raison ». Il suffit de regarder les tableaux inspirés de l’épisode d’Héraklès chez Omphale pour comprendre que le personnage de gauche est Cupidon comme le rappelle son arc en forme de C. Son caractère incontrôlable est manifesté par ses ailes qui dépassent largement le haut du cadre du chapiteau.

      A droite, revêtue de la Léonté, Omphale, population éduenne révoltée, est l’ancêtre de nos Marianne au lion. Au centre, la classe dirigeante, Héraklès, a été remise à sa juste place au service de la population. Cupidon semble expliquer à la servante représentant les classes les plus défavorisées qu’une élite dirigeante laborieuse n’en ait pas moins aimable.

      Héraklès est devenu le jouet de Cupidon. Ce dernier pourrait-il symboliser des Chrétiens devenus faiseurs de rois ? Il n’est pas évident de dater très précisément la construction de l’église de Gourdon. Cependant, cet Héraklès n’est pas sans rappeler dans l’apparence et l’attitude, l’éphémère empereur Magnence.


  • Emile Mourey Emile Mourey 16 décembre 2024 05:48

    [email protected]

    Chalon-sur-Saône coiffée de la tour de Taisey ?


    • Antenor Antenor 21 décembre 2024 22:00

      @ Emile

      La comparaison de la scène monétaire avec le chapiteau de Chalon dit de « Marie-Madeleine au pied du Christ » est éloquente, c’est la même structure. La femme agenouillée, le dieu sur terre, l’arbre. A la différence que Jésus lévite au-dessus du sol. Et si le nom de Marie de Magdala a particulièrement marqué la tradition chrétienne par rapport à sa faible place dans les textes, c’est sans doute en grande partie parce qu’elle a remplacé les anciennes déesses tourelées. Magdala signifie la tour en hébreu.

      On voit comment le Christianisme a repris les anciens codes impériaux pour les réadapter à sa doctrine. Sur le chapiteau de Chalon, ce n’est plus un général en chef triomphant au pied duquel s’agenouille la population mais un messie martyr ressuscité. Il faut probablement également y voir la reine Brunehaut incitant les Chalonnais à rester fidèle à la lignée de Sigebert symbolisée par l’arbre.

      S’il faut attribuer un temple éduen à Postumus, je pense qu’il s’agit de celui de Gourdon. Le thème des chapiteaux de Gourdon est les travaux d’Hercules tout comme une large partie du monnayage de l’empereur gaulois. Sur le chapiteau dit de « la Tentation », c’est bien un sanglier qu’Heraklès tient dans sa main droite. Il s’agit de celui d’Erymanthe et le serpent est le fleuve Acheloos. A Gourdon, Heraklès est représenté sous forme humaine quand il capture ses adversaires et sous forme de lion quand il les tue.

      Quant à Mont-Saint-Vincent, la mystérieuse divinité habitant ces lieux est probablement Métis. Le chapiteau de la chouette qui accueille le visiteur représente la naissance de Minerve / Athéna. Métis a le don de métamorphose, elle est sculptée sous forme de différents masques. Le ou plutôt la commanditaire de ce temple est sûrement Victoria, l’éminence grise de l’Empire gaulois qui ironie de l’histoire, est devenue pour les historiens presque aussi insaisissable que la déesse qu’elle a voulu honorer.


    • Antenor Antenor 12 janvier 2025 13:45

      Lus au premier degré, le thème principal des chapiteaux de Mont-Saint-Vincent est constitué des travaux d’Héraklès. Déjà pourvu de la peau du lion du Cithéron, il combat le lion (gros nasaux) de Némée. Sous forme humaine, il capture Cerbère le chien (petits nasaux) cracheur de feu. A nouveau représenté comme un lion, il tue (ou capture selon les versions) la biche de Cérynie dotée de ses étranges cornes. Sur le coté, apparaît le visage d’un paysan catastrophé par les dégâts causés par l’animal selon Euripide. La biche de Cérynie faisait partie d’un groupe de cinq.

      Outre le chapiteau aux chouettes, Metis est aussi représentée sur ce sobre chapiteau de manière « interactive ». La finesse de la sculpture n’est-elle pas destinée à faire perler une goutte d’eau ? C’est sous cette forme que Zeus l’a avalée. Il est probable que les jours de pluie, les pèlerins se plaçaient sous le chapiteau la bouche ouverte pour eux aussi avaler Metis. Les chapiteaux de Mont-Saint-Vincent sont particulièrement abscons. A Gourdon, la suite des travaux est un peu plus facile à lire. Des emissions de télévision sur Métis, Omphale, Victoria ou Brunehilde nous changeraient des sempiternelles Marie-Antoinette et Cléopâtre.


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