samedi 1er décembre 2012 - par

Chronique de la première année d’exil de Nicolas 1er

Dans les pas de Patrick Rambaud qui a déjà publié cinq chroniques du règne de Nicolas 1er et dont nous attendons celle de son exil intérieur.

Après son abdication, Son Altesse[1] s’éleva conformément à son concept. Elle entra en exil dans son for intérieur et attendit sereinement des jours meilleurs. Elle observa l’agitation humaine à ses pieds.

Elle ne doutait pas que François II ne tarderait pas à décevoir le peuple qui l’avait porté sur le trône par un simple malentendu. Cet usurpateur n’aurait jamais réussi à le chasser sans le concours d’une presse servile au service de la pensée unique. Mais, dès l’été, ce petit gros qui se voulait normal se montra ridicule.

Son Altesse avait décidé de s’éloigner un peu des gens de son parti. Elle savait que les petits, les sans-grade, les militants souhaitaient tous ardemment son retour. Elle laissa donc ses barons et ses maréchaux se disputer son héritage et son soutien. Elle savait qu’ils ne pourraient éviter de se diviser.

Par ailleurs, des jaloux et des intrigants avaient introduit contre Son Altesse quelques procédures judicaires.

 

Pendant le temps du règne de Son Altesse, le parti impérial n’avait pas eu de président, mais un simple secrétaire général. Quand Son Altesse s’exila, les barons et les maréchaux crurent bon de restaurer cette ancienne fonction. Il fut décidé de nommer pour trois ans un président du parti impérial, au terme desquels une nouvelle élection serait programmée.

Une demi douzaine de prétendants se manifestèrent, jusqu’à la plume de Son Altesse, le chevalier de Gaino qui avait pris goût aux feux de la rampe. Un système de parrainage en découragea les deux tiers. Il réduisit les prétendants au nombre de deux, et stimula quelques prétentieux.

Avec le recul, on pourra se demander si ce n’est pas cette sélection excessive n’entraîna pas, in fine, les turbulences de fin novembre. En effet, les chances auraient été moindres de retrouver au soir de l’élection trois candidats avec chacun un tiers des voix, ou quatre avec chacun un quart.

Les deux finalistes étaient Monsieur de Sablé, principal collaborateur de Son Altesse pendant cinq ans, et Monsieur de Meaux, secrétaire général du parti impérial depuis deux ans.

Monsieur de Sablé avait un air de droopy et avait été dans sa folle jeunesse un hussard de Monsieur de Séguin. Il misait sur son côté rassurant et donnait l’impression de vouloir rompre avec les façons un peu rudes que Son Altesse avait empruntées à celui qu’il voyait comme son modèle, Napoléon Bonaparte.

Monsieur de Meaux, ancien spadassin du roi Jacques 1er, avait longtemps été un rival de Son Altesse. Beaucoup l’aurait imaginé sur les planches tenir le rôle de Iago. Mais qui aurait tenu le rôle d’Othello ? Qui celui de Desdemone ?

Son Altesse s’était longtemps défié de l’intrigant. Le pouvoir, s’il se délègue, ne se partage pas, et Son Altesse souffrait même de déléguer le sien. Il avait en mémoire l’exemple du roi François 1er, qui, au milieu de son règne, avait nommé principal ministre son meilleur ennemi, Monsieur Rocard ; et l’exemple du roi Jacques 1er qui s’était toujours refusé à le nommer à ce poste, lui, Nicolas, comte de Neuilly.

Alors, il s’était imposé par la force au roi Jacques comme le président du parti qu’on n’appelait pas encore impérial. Et pendant son propre règne, il avait décidé de tenir lui-même ce rôle de principal ministre que lui avait toujours refusé le Jacques 1er. D’où le titre de premier collaborateur qu’il avait attribué à Monsieur de Sablé.

Il résolut deux ans avant son abdication de garder Monsieur de Sablé comme principal collaborateur ; et de permettre à Monsieur de Meaux de prendre le secrétariat général du parti impérial.

Son Altesse observa la campagne pour la présidence du parti impérial. Il remarqua que son premier collaborateur prenait la posture de son ancien mentor, le cardinal Balladur. Tous deux étaient issus de la bourgeoisie, contrairement à lui qui s’était fait tout seul et contre tous.

A la fin du siècle dernier, Son Altesse avait soutenu le cardinal dans sa lutte contre celui qui allait devenir le roi Jacques 1er. Pendant longtemps, le cardinal avait été porté par les sondages, puis il s’était écroulé dès le premier tour. Les commentateurs avaient créer un nouveau verbe pour décrire ce phénomène : « balladuriser ».

Le même phénomène avait touché l’austère Jospin sept ans plus tard.

Son Altesse s’était interrogé : le même sort pouvait-il toucher Monsieur de Sablé ? Il n’en était pas certain et il ne pouvait pas prendre le risque de le laisser l’emporter trop largement. Il se garda donc bien de lui apporter son soutien. De plus, Monsieur de Sablé semblait tenté de revendiquer un droit d’inventaire.

Au contraire, Monsieur de Meaux semblait avoir jeté la rancune aux orties et n’en finissaient pas de se montrer comme le fidèle héritier de Son Altesse. Il convenait peut-être de ne le pas décourager. Certains affirment que Son Altesse est intervenue directement en faveur de Monsieur de Meaux. Mais ils n’apportent aucune preuve et ils oublient que Son Altesse s’était élevée au dessus de la mêlée, conformément à son concept (comme on l’a déjà dit) et qu’elle ne se serait jamais abaissée à intervenir dans une affaire de police et de manipulation.

Le soir du dimanche 18 novembre, Son Altesse vit la tête de Monsieur de Sablé. Il se souvint de ce soir, dix sept ans plus tôt, quand le cardinal avait soupiré devant ses partisans : « Je vous demande de vous arrêter ». Et il se souvint que des plaisantins lui avaient déjà imaginé un nouveau patronyme : « Ballamou ».

Toisant son ancien collaborateur principal et s’attendant à le voir rendre les armes, Son Altesse eut ce mot un peu cruel : « Là, carrément, il se ballamouise  ».

Elle avait tendance à le mépriser un peu, ce « François Fuyons », ainsi que l’avaient rebaptisé des esprits moqueurs.

En revanche, Son Altesse finissait par trouver sympathique ce Monsieur de Meaux qui cherchait tant à lui ressembler. Elle commençait même à se demander si elle pouvait faire un bout de chemin vers le pouvoir avec cet ancien féal du roi Jacques.

Elle en était là de ses réflexions quand, 27 novembre, Monsieur de Sablé sembla franchir le Rubicon. Elle se souvint qu’on lui avait raconté les folies dont avait été capable, dans sa jeunesse, son ancien collaborateur.

Il avait déjà été exclu provisoirement deux fois : d’un collège privé de province pour avoir jeté une ampoule lacrymogène en plein cours, d’abord, puis d’un lycée du Mans « pour avoir mené un rassemblement d'élèves demandant la démission d'une professeur d'anglais, qu'il jugeait incompétente ».

À suivre



[1] Depuis son abdication, Nicolas 1er a bien voulu changer une nouvelle fois, et de changer de titre : Sa Majesté, pendant son exil intérieur, accepte qu’on l’appelle Son Altesse.

 



2 réactions


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 1er décembre 2012 12:59

    Je ne puis qu’approuver cette décision de prolonger encore les chroniques Naboleoniennes de l’illustre Patrick Rambaud, qui nous gratifia naguère au travers de son prix Goncourt d’un très grand roman , « La Bataille » .
    Ia Orana et merci .


  • Richard Schneider Richard Schneider 1er décembre 2012 16:41

    J’attends la suite ...


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