mardi 31 janvier 2012 - par am30

Combattre les préjugés

De nos jours, les maladies mentales sont beaucoup mieux comprises par la société qu’auparavant. En effet, autrefois, on pouvait aller jusqu’à tuer quelqu’un parce qu’il était diagnostiqué ‘’fou’’. Maintenant, les préjugés disparaissent peu à peu, mais toutefois, certains ont encore des opinions plutôt mal placées sur le sujet, ne comprenant pas ces maladies mentales.

Récemment, une publicité du Gouvernement du Québec qui passait à la radio a attiré mon attention. La publicité en question portait sur la dépression. La voici :

« Très jeune enfant qui pleure : Parce qu'il a pris mon jouet.
Enfant qui pleure : Parce que j'ai tombé de mon vélo.
Adolescente qui pleure : On a perdu le championnat.
Jeune adulte qui pleure : Ma blonde m'a laissé.
Adulte qui pleure : C'est parce que... je ne le sais pas pourquoi...
Quand on est triste sans raison, c'est peut-être une dépression. La dépression est une maladie. » (source :http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/sante_mentale/index.php?accueil)

Cette publicité tente de nous informer sur les symptômes de la dépression mais je doute de son efficacité. En fait, je crois que le gouvernement a mal choisi ses mots. En entendant cette annonce, on pourrait croire que la dépression ne représente qu’un adulte qui pleure sans raisons. Je ne suis pas d’accord avec ceci parce qu’il y a de multiples raisons pour lesquelles un adulte pleurerait sans raisons apparentes et que ce ne soit toutefois pas une dépression. Je crois que le message est mal transmis car les gens pourraient être portés à croire que la dépression ne consiste qu’à pleurer sans raisons. Pourtant, cette maladie comporte tellement plus de facettes. Une dépression, ce n’est pas seulement être ‘’triste’’ sans raison, mais une maladie mentale.

Ayant moi-même souffert d’une dépression, je peux tout à fait comprendre que cette maladie peut faire vivre de nombreux mois de souffrance et qu’elle consiste à beaucoup plus que d’être triste sans raisons.

Pour terminer, le gouvernement a tenté de combattre les préjugés et d’informer la population sur cette maladie et je suis contente de cette initiative. Par contre, je crois que les gens, en entendant cette publicité, ne seront pas conscients du tout du mal que cette maladie fait autour d’elle, autant pour la personne qui en souffre que pour sa famille. Je proposerais plutôt quelque chose qui inciterait les gens à s’informer car on ne peut s’informer en quelques phrases sur une maladie aussi complexe.



8 réactions


  • Spip Spip 31 janvier 2012 19:16

    Comme message, c’est effectivement très léger, pour ne pas dire à côté de la plaque !

    Qu’un citoyen lambda dise à un dépressif « secoue-toi et ça ira mieux », comme on l’entend (trop) souvent c’est une chose. Qu’une agence gouvernementale, ayant à sa disposition des compétences qu’on peut supposer d’un certain niveau, ponde ce genre d’argumentaire c’est confondant de bêtise. Ca illustre bien ce qui arrive quand on laisse la barre aux « communicants » qui pensent depuis leur petit monde...

    La dépression, au sens clinique du terme, n’est pas un vague mal-être, c’est bien plus grave.


  • easy easy 31 janvier 2012 20:44


    J’ai une question à vous poser.

    Mettons que votre dépression ait donc semblé être sans raison, c’est bien ça ?
    En ce cas, cela vous est-il arrivé, dans un moment de grande douleur, mettons-y une majuscule, Douleur, de ressentir aussi, en vous regardant dans cette Douleur, tout de même pas ordinaire, pas banale, une sorte de fierté, de contentement, allez, de jouissance.

    Car si nous posons que Beethoven ou Mozart ou Jésus, ou Jacques Brel ou Renaut Séchan, ou Primo Lévi ou Napoléon à Sainte Hélène ou Hugo à Guernesey ou Roméo ou Abélard, Dostoïevski, ont ressenti des moments de Douleur et que ces moments les aient donc placés en dehors ou au-delà de l’espace commun, ne sommes-nous pas tentés de les rejoindre dans cet enfer et de ressentir du plaisir en ressentant enfin la Douleur ou la succion de la mort ?

    Enfer d’où ils sont entrés parfois quasiment volontairement, parfois involontairement, mais d’où ils sont souvent sortis et surtout qui les aura grandis, qui leur aura apporté un nouvel Oeil.

    Pour peu que nous ayons plus ou moins conscience de ce fait. Pour peu que nous ressentions comme une envie de fraterniser ou communier avec ces personnalités dotées de ce troisième Oeil qu’on acquiert qu’en Enfer, pour peu qu’au nombre de ces Revenants il s’y trouve quelque ancêtre ou parent, nous nous retrouverions alors devant deux options.
    Soit nous nous dirigerions assez franchement vers cet enfer pour les y retrouver (Alors que je doute que nous ayons envie de les retrouver au paradis, paradoxalement)
    Soit nous profiterions de chaque passage vraiment involontaire en Enfer pour nous y attarder un peu et y contempler la Douleur.

    Je suis bien en train de dire que tout compte fait, l’Enfer bourré de sentiments intenses nous attire bien plus que le Paradis ataraxique.

    Je sais que je suis en train de raconter là quelque chose d’étrange qu’à ma connaissance personne n’a jamais dite et j’aimerais beaucoup avoir votre avis dessus.


    • Annie 31 janvier 2012 20:59

      Je dois dire Easy que j’ai vraiment du mal à adhérer à votre commentaire.
      Je vais être obligée d’être personnelle, mais je vis depuis 3 ans avec quelqu’un qui souffre de dépression et de stress post traumatique. Comme avec la poule et l’oeuf, il est impossible de savoir si la dépression a provoqué l’émergence de ce stress post traumatique qui était latent ou le contraire.
      Je peux vous assurer d’une chose. Il n’y a aucun plaisir dans la dépression, à vivre, partager ou supporter. Juste une immense douleur qu’il est possible d’intellectualiser à moins qu’on en soit éloigné, un enfer bourré de sentiments intenses qui vous ferait fuir en courant si vous aviez la moindre idée de la souffrance avec laquelle les dépressifs doivent vivre. Je dirai presque qu’à la limite votre commentaire est une gifle, pour les dépressifs et ceux qui les entourent. Quand mon mari en sortira grandi, je changerai peut-être d’avis.


    • easy easy 31 janvier 2012 23:09

      Merci Annie

      Mais je ne posais pas la question aux personnes qui voient le dépressif. Je la pose à ceux qui la vivent

      Et j’explicite peut-être un peu plus.

      Chez les personnes dépressives avec une raison (genre perte d’une bien aimée) il y a des moments de Douleur. Mais comme chacun se voit ou se regarde en tout ce qu’il fait, toute personne ressentant cette Douleur (avec raison), au point de pleurer en regardant la puie tomber derrière une vitre pendant qu’un ami joue une Gymnopédie, peut se regarder Souffrir et ressentir alors et enfin une communion avec ceux qui sont réputés avoir Souffert. On se voit en Enfer et le spectacle n’étant pas ordinaire, on peut se féliciter d’avoir la chance de le vivre, d’y retrouver tous les autres qui ont terriblement souffert. On n’est vraiment pas seul en Enfer.

      Ca c’est une chose certaine chez les personnes qui Souffrent pour une raison précise. J’en sais quelque chose.

      Mais chez les dépressif sans raison, je ne sais pas s’il existe ce plaisir paradoxal et c’est d’eux que j’espère une réponse.


    • deborah30 1er février 2012 10:44

      Easy,

      Il est clair que vous n’avez jamais connu un proche souffrir de dépression, parler de jouissance c’est vraiment être à côté de la plaque.

      J’ai « soutenu » une ami qui a souffert de dépression durant un an. C’était une personne joyeuse et pleine d’humour jusqu’à ce que cette dépression arrive « sans » raison. Je l’ai vue tourner en rond, pleurer, j’ai lu le désespoir et un mal être impossible à décrire.

      Elle a reçu des soins, et un an après, elle n’a plus jamais connu la souffrance, ni rien d’autre d’ailleurs, elle s’est défenestrée parce que c’était trop dur et elle en est morte.

      Arrêter de parler de jouissance, de fierté.


    • easy easy 1er février 2012 11:57



      J’ai dit et répété que je posais la question à ceux qui semblent « dépressifs sans raison »

      L’avis des autres est régulier, je le connais depuis longtemps et je ne peux plus en être curieux.



    • deborah30 1er février 2012 14:06

      Vous semblez sous-entendre qu’un dépressif devrait s’expliquer sur la raison de son mal comme si quelque part, il avait choisi de l’être.

      Vous posez-vous cette question concernant les autres malades comme les diabétiques ou les hémophiles ?


    • easy easy 1er février 2012 17:04


      Vos préjugés vous égarent mais je pense pouvoir vous ramener à ma juste question
      Je ne sous-entends pas « qu’un dépressif devrait s’expliquer sur la raison de son mal comme si quelque part, il avait choisi de l’être »

      Non, selon moi, dans toutes les sortes de dépression (avec ou sans raison apparente) la chose est essentiellement subie. Reste à déterminer ce que l’Homme fait de ce qu’il subit, et d’abord s’il en fait quelque chose (volontairement, involontairement, c’est à voir après encore)

      Du côté des déprimés suite à la perte d’une bien-aimée, je ne me vois pas leur demander de s’expliquer sur leurs raisons.
      Du côté de ceux qui semblent déprimés sans raison, je ne me vois pas non plus leur demander de s’expliquer sur leurs raisons.

      Je ne suis pas du tout intéressé par les raisons sur ce fil et je n’ai jamais dit vouloir les connaître.

      Je ne m’intéresse ici qu’aux sentiments, émotions, ressentis et selon le pré requis issu de mon expérience que les sentiments ne sont pas forcément fait d’une seule pièce d’une seule couleur.
      En particulier, j’explore la Douleur qui me semble moins monolithique qu’on semble le croire. Il me semble qu’elle pourrait comporter des facettes paradoxales.

      Je questionne les dépressifs du deuxième groupe pour leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils ressentent. Une intense Souffrance, en première lecture et explicitation c’est évident. Mais ne remarquent-ils pas, en se regardant Souffrir (Se regarder me semble important dans cette histoire), qu’ils éprouvent concomitamment, en arrière plan, une sorte de contentement. Ce contentement né de la Douleur ne pourrait pas se comparer au contentement né de l’abondance. Non, il s’agirait d’un contentement bizarre ne pouvant surgir que dans une intense Douleur (et cela sans rapport aucun avec le masochisme) et d’essence strictement intellectuelle (Où il me semble qu’il faut tout de même avoir à la base une sorte d’envie de communier avec ceux qui, avant nous, ont la réputation d’avoir beaucoup souffert ; Je répète qu’on ne s’y sent pas seul mais au contraire dans la meilleure des compagnies)

      Comme vous semblez très étonnée, je vous ramène à des cas finalement très ordinaires où l’on pleure de joie d’avoir réussi un examen qu’on croyait avoir raté.

      Pleurer de joie, ne se produit en fait que lorsqu’une annonce heureuse survient à la suite d’une impression de défaite certaine. Ce qui se passe alors est tout de même plus étrange, moins linéaire et facile à expliquer que le banal fait de pleurer face à une perte avérée.
      Je suis curieux de fouiller ces sentiments doubles et paradoxaux

      Pendant longtemps, comme tout le monde, j’ai cru ne ressentir, à l’occasion, que de la douleur, sans mélange. Puis, un jour de Douleur, j’ai découvert quelque chose d’autre qui vacillait certes assez faiblement mais qui était vraiment inverse. Au point que j’ai été surpris et que j’ai eu envie d’y retourner pour revisiter cet étrange espace que je n’avais jamais perçu jusque là. Hélas cette visite très spéciale ne peut pas se commander et je suis bon pour devoir attendre la prochaine occasion.

      Pour le dire autrement. Si Jésus en était resté au banal sentiment de Douleur pendant qu’il étouffait sur la croix, il n’aurait pas été ce personnage fabuleux. Il a fallu qu’il ressente une sorte de contentement qu’il a exploité, développé au maximum pour finalement nous sourire, nous bénir, nous caresser, (sans exclure ses bourreaux) et cela très paradoxalement.

      Si de l’homme on ne remarque pas les paradoxes et à quel point ils sont capitaux, on n’a aucune chance d’en comprendre les profondeurs.


      J’envisage que les « déprimés sans raison » ne ressentent pas ce fantôme de contentement au-delà de leur Souffrance. Mais sait-on jamais. Je dois tout de même le vérifier en les interrogeant précisément.


      (Dans la joie aussi, j’ai découvert la concomitance de sentiment inverse, eux aussi situés sur un arrière-plan difficile à saisir)


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