mardi 25 janvier 2011 - par Fatma Benmosbah

Comment Ben Ali croyait se rire de nous

Jamais depuis des siècles, on n’a vu pareille révolution. Les experts en études sociopolitiques parlent déjà de cas d’école.

Fait unique en son genre, la révolution tunisienne fait partie de celles que l’on citera dans les livres d’histoire.

Spontanée, imprévisible, foudroyante, inattendue… les qualificatifs ne suffisent plus à la décrire.

Spontanée… elle l’a été et seule la soif de liberté l’a soulevée.

Foudroyante … Ben Ali et ses acolytes vont pendant longtemps en faire les frais.

Inattendue …Pas si sûr. En opérant un retour en arrière, on peut comprendre comment dans sa vanité, il avait créé lui-même l’abîme dans lequel ce peuple qu’il méprisait, a fini par le jeter. 

Retour sur quelques-unes des stratégies de manipulation que Ben Ali et son pouvoir avaient mises en place et que les nous avons ont réussi à déjouer. 

Il exigeait des médias écrits et audio visuels à sa botte de nous inonder d’informations insignifiantes pour nous abrutir et nous embrigader.

Nous nous sommes branchés sur les chaines satellitaires orientales et occidentales pour s’informer de ce qui se passait ailleurs, comprendre et comparer.

 A travers un déluge de distractions inutiles, il croyait avoir transformé nos différents festivals et manifestations en un laboratoire artistique pour des clowns en mal de succès commercial. Nous avons malgré tout maintenu le niveau de la barre intellectuelle et culturelle en encourageant des festivals tels que celui de la Médina, du Jazz, des journées cinématographiques de Carthage, des rencontres littéraires organisées dans les librairies…

Il pensait captiver notre attention par des sujets sans impact réel sur le développement de notre société tel le football ou les talk shows pour nous empêcher de nous intéresser aux sujets essentiels tels que la science, l’économie, la sociologie.

Tous nos corps de métier ont continué à avancer, à se classer parmi les meilleurs dans le domaine de la médecine, de la biologie, de la technologie, du droit, de l’agriculture, de la communication, de l’aéronautique… Il faudrait remplir des pages pour nommer tous ces Tunisiens, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui ont réussi à sortir la Tunisie de l’ombre

Il avait laissé se développer la violence urbaine et particulièrement dans les stades pour que nous nous adressions à sa police pour « assurer » notre sécurité.

Nous avions compris que la violence était le fait de ses sbires pour semer le désordre et la terreur en chacun de nous.

Il avait fait appel à notre émotionnel pour profiter de notre compassion et notre générosité par le biais de son fonds de solidarité.

Nous savions qu’il l’avait créé pour mieux nous ponctionner et si nous y avons contribué, nous l’avons fait sous la menace, contraints et forcés.

Il nous présentait le parti Ennahdha comme l’arme de destruction massive, nous convainquant que lui seul allait l’empêcher d’anéantir le pays.

Nous avions bien saisi le subterfuge utilisé pour installer l’appareil le plus répressif au monde car nous étions conscients qu’Ennahdha n’avait aucun programme viable ou concret à nous présenter, et que quand bien même il serait passé, sur l’échiquier géopolitique, ce parti anti-démocratique n’avait aucune chance de durer. 

Il avait stigmatisé les barbus et les voilées, les présentant comme nos ennemis jurés.

Devant ce qu’il leur a fait endurer (emprisonnement, torture, privation de citoyenneté, familles éclatées, isolement social avec menace pour celui ou celle qui aurait voulu les aider…), nous avons ressenti de la compassion et nous avons réalisé que le véritable danger venait de la mafia qui l‘entourait, de sa police civile, de ses gangs, de ses milices et du RCD. 

Il a nous a fait croire qu’il conservait les acquis en matière d’éducation alors qu’il n’a fait que progressivement en dégrader le niveau pour maintenir nos enfants dans l’ignorance et la stupidité.

Nous sous sommes saignés pour leur donner ce qu’il y avait de meilleur comme enseignement. Nous leur avons appris le désir de l’excellence en les encourageant à faire partie des élites.

Il avait fait de la censure l’une de ses armes favorites pour nous museler, fermant tous les sites et empêchant l’entrée des médias étrangers susceptibles de le dénoncer.

Nous avons contourné cet enfermement en échangeant toutes sortes de proxy et de techniques qui nous permettaient de surfer sur la toile en toute liberté.

Il nous encourageait à nous complaire dans la médiocrité, croyant nous avoir convaincus que le mieux pour nous était de se laisser vivre et de le remercier de nous assurer des conditions de vie bien meilleures que celles de nos voisins.

Nous avons compris le stratagème. Nous nous en sommes détournés pour observer de loin ceux qui étaient tombés dans son piège et en tirer silencieusement les conclusions nécessaires. 

Il pensait avoir réussi à nous mener à nous auto-dévaluer, à culpabiliser face à notre manque d’intelligence et de capacités

Nous lui avons prouvé que nous étions intelligents, et cultivés, responsables et civilisés

 Il pensait nous faire intégrer que nous méritions ce qui nous arrivait parce que dans notre couardise, nous étions incapables, de formuler même la moindre critique ou idée encore mois de nous soulever.

QUAND LA COUPE A DEBORDE, EN MOINS D’UN MOIS NOUS LUI AVONS CRIE DEGAGE, NOUS L’AVONS DEGOMME EN FAISANT DE LUI LA RISEE DU MONDE ENTIER.

Fatma BENMOSBAH

 



13 réactions


  • Harfang Harfang 25 janvier 2011 11:25

    Il clair que la France n’a pas de leçons à vous donner.
    Peut être en revanche pourriez-vous donner des leçons à la France.

    Mon respect et mon admiration vous accompagne.


  • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 25 janvier 2011 13:29


    Informez-vous !

    Vous vous méprenez gravement sur la nature des évènements en Tunisie...

    Révolution spontanée, inattendue, imprévisible ?

    Bien sur que non ! Organisée de longue date (mais pas par le peuple tunisien), soigneusement orchestrée, déclenchée au bon moment... c’est la patte de l’Empire, une révolution colorée de plus, une guerre de basse intensité comme dans le manuel.

    Et puis attendez donc un peu... ça n’est pas fini.

    Réfléchissez...


  • volpa volpa 25 janvier 2011 13:46

    Faites quand même attention car celà n’ a été possible que grâce au soutien passif de l’armée.

    Peut être aux ordres de la CIA.

    On en reparle dans six mois.

    Bonne chance à vous.


  • Henri François 25 janvier 2011 14:46

    Meci pouyr cette leçon que sur laquelle bien des peuples devraient devraient réfléchir. A présent il vous faut patienter et surtout vous armer de courage et de vigilance. Le tunisien dans son ensemble doit apprendre à être un véritable citoyen.
    Utilisez votre intelligence et votre instruction pour vous préserver de toute ingérence intérieure comme extérieure, politique comme religieuse. Je suis certain que vous avez dans ce pays qui est aussi le mien tout pour inventer une démocratie à nulle autre pareille au sein de laquelle vos traditions séculaires auront largement leur place.
    Bon courage.


  • Yvance77 25 janvier 2011 14:53

    Salut,

    Attention et vigilence voilà ce qui doit guider le peuple tunisien à présent.

    La Roumanie a connu ce même type de révolution mais non terminée, et le peuple en paix encore le prix de nos jours.

    Que les Tunisiens ne lachent rien de rien, la victoire est à portée de fusil, et celle-ci sera dans les livres pour l’éternité.


  • worf worf 25 janvier 2011 15:34

    Révolution, non, elle n’est pas encore commencée. Tout au plus des manifestations et des révoltes (orchestrées ou pas, à découvrir) qui ont déjà abouti à un premier résultat.
    Reste à savoir si ce n’est pas pour retomber dans les mêmes travers ; laisser la porte ouverte à des éléments extérieurs qui vont y mener des opérations terroristes de déstabilisation ou se tourner vers la « belle démocratie occidentale », celle qui devrait en fait s’appeler maintenant plus oligarchie que démocratie.


  • herbe herbe 25 janvier 2011 21:58

    L’ironie mordante serait, dès que vous serez en mesure de le faire, de proposer votre savoir faire smiley


  • ddacoudre ddacoudre 26 janvier 2011 01:50

    bonjour fatma

    en te lisant je me demandais si tu avais conscience que ce que tu décrivais concernant la Tunisie, et ce qui sait développé dans tous les pays occidentaux et leurs satellites,

    l’existence est en principe aléatoire, ce qui veut dire que nous ne pouvons être assuré que demain sera ce que nous avons pensé, mais nous nous essayons en permanence par souci de prévoyance de déterminer les lendemains. or quand l’on regarde comment se déroule la démocratie dans tous les pays occidentaux qui sont au quatre coins de la planète et devraient marquer des différences significatives, ne serait ce que par leur culture et leur géographie, nous y trouvons des structurations analogues, présentant quelques degrés de différentiations sur leur application.

    en fait la Tunisie pratiquait en plus accentué ce qui se pratiques un peut partout, c’est à dire une main mise sur l’information, un contrôle policier très actif basé sur la demande de sécurité, une collusion d’intérêt économique et politique qui va comme en Tunisie jusqu’à la corruption, alors que la pratique la plus admise et le « soudoiement » et le lobbyisme, le développement d’une sous culture comme tu l’expliques très bien. nos pays sont dirigés par des oligarchies multicéphales suivant les pays, en France ils sont le plus habile car ils le font, j’allais dire démocratiquement, et je le garde car je n’ai pas de mots pour définir la malice qu’elles utilisent.

    j’ai fais trois articles sur la Tunisie ils sont sur mon bloc que j’ai vu que tu avais visité (merci de ton passage) ils dénotent par rapport à l’enthousiasme normal des révolutionnaires (je ne vais pas te disputer le terme) car l’enjeu n’est pas seulement celui que vivent les tunisien et auquel tu as activement participé. 
    l’espérance que je portes à ce que vient de réaliser la population tunisienne à une porté bien plus grande que ce que vous imaginer peut-être ou peut-être tu en sais autant que moi je l’ignore, mais je vais m’expliquer en essayant d’être bref.

    en 1976 dans les discutions avec le patronat (entend les oligarchies économiques) nous abordions déjà le problème qu’un salariés suivant les emplois ne serait plus productif dés 40 ans.
    en 1978 nos abordions le problème des conséquence de la fin des trente glorieuses, et le constat était « que nous avions fini de manger notre pain blanc » des solutions furent trouvés mais toutes se sont essoufflé les unes après les autres, détruisant au passage la citoyenneté, infantilisant les populations, dénonçant en permanence des boucs émissaires jetés en pâture aux populations.
    le fond du problème auquel font face les oligarchies est, que les ressources assurant notre développement produisent plus de nocivités, ne peuvent être étendu à tous les peuples, qu’elles sont en voie de réduction et les nouveaux produits et production de remplacement susceptibles d’assurer un plein emploi au niveau de vie qu’est celui des occidentaux n’est pas effectif avant longtemps du fait que ces mêmes oligarchies attendent de ces produits et productions un taux de profit, ce qui a deux effets au minimum, un de se battre pour se distribuer la rareté, deux d’éliminer des solutions efficaces mais coûteuses.
    globalement nous avancons lentement, trop lentement par rapport à l’augmentation de la population mondiale et plus particulièrement les nôtres.

    tous ceci pour te dire que les oligarchies savent qu’elles auront a faire face a la grogne, la fronde, l’insurrection, ou la révolution des populations, elle ont donc mis en place cette structure que tu dénonces si bien, dans tous les états.
    il ne faut as imaginer qu’il y a des comploteurs ou un chef quelconque, c’est plus subtil , c’est nous qui y en appelons, c’est nous les population qui nourrissons le serpent qui nous mord.

    c’est pour cela qu’il y a de forte chance pour que votre révolution vous échappe, car une pandémie de celle-ci serait catastrophique pour ces oligarchies, et leur ôterait tout contrôle
    c’est pour cela que je te disais que ce que vous faites dépasse largement l’enjeu des tunisiens, et que mes articles dénotent un peu avec l’engouement ingénue.
    j espère que ceux qui mènent cette révolution ont la clairvoyance de cela car vous n’aller pas cessé d’être provoqué pour réinstaller le processus de contrôle des populations, je vais dire à la française.
    actuellement il n’y a pas d’issus en dehors de la « loi du marché » ou du capitalisme qui sait imposé universellement. il est indispensable que nous trouvions une nouvelle vie ’civilisationnelle", il y a çà et là des pistes, mais rien de structurer pour servir d’idéal. tous cela est en gestation et vous y concouraient malgré vous, qui sait ce qu’il en sortira même si je ne suis pas trop optimiste car la Tunisie face aux oligarchies financières et militaires, elle ne pèse pas lourd.
     nous l’avons vu avec l’Irak.
    voilà en bref, je vous souhaite du courage et de la lucidité.
    http://www.agoravox.fr/ecrire/ ?exec=articles&id_article=87673.http ://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=86740.
    cordialement

    ceci n’est pas le fruit du hasard 


  • Montagnais Montagnais 26 janvier 2011 10:20
    En 60 articles, à propos de la Tunisie, Agoravox, comme tous les autres media, s’est complaisamment couché dans le lit du storytelling, ne laissant entendre que peu de voix dissidentes ou simplement intelligentes (Philippe Sage, Frida, cependant). 

    Aujourd’hui, 26 janvier, il est désormais permis d’entrevoir quelques éléments nouveaux de vérité. 

    Cela ne détruira pas le puissant « meme » populaire qu’est devenu cette affaire, enfoncé à grands coups de pieux médiatiques dans la tête des spectateurs.. L’Iraq, la Roumanie, la Lune, le 9-11, mai 68, on en oublie, resteront comme lui gravés dans la mémoire des consommateurs avec la force, la simplicité et la précision figurative des images de première communion. 

    Mais enfin, c’est rafraîchissant après le régime jasmin sucré de rigueur, quelques voix différentes se font entendre, qui interrogent.. Worf, Alexis_Barecq, Volpa, ddacoudre ici. 

    Ailleurs aussi : 


    Bon courage l’Auteur.


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