Comment déterminer l’âge exact d’un dinosaure ?
Deux candidats se sont affrontés pour la présidence de leur parti lors d'une élection directe. Il en est sorti un imbroglio dont on ne voit pas de solution possible.
J'ai lu récemment sur Internet la réflexion d'un philosophe qui présentait le problème de la façon suivante.

Nous sommes dans un musée et le guide montre un squelette de dinosaure et dit qu'il est vieux de 70 millions d'années et cinq ans. Quelqu'un lui demande comment il sait pour les cinq ans ? C'est simple, répond le guide, quand j'ai commencé mon travail, on m'avait dit qu'il était vieux de 70 millions d'années et nous sommes cinq ans plus tard...
La philosophie de l'histoire est la démonstration par l'absurde que quelques dizaines de voix à l'avantage de l'un ou de l'autre candidat n'ont pas de sens, la marge d'erreur est trop grande.
On disait aussi dans l'article que plus on mettait de moyens (donc d'argent) dans l'organisation d'une élection, plus juste sera le résultat mais toujours sans atteindre une fiabilité de 100 %.
Concrètement, en plus des voix « oubliées », des éventuels bourrages d'urnes et des erreurs d'additions, est-on sûr que certains n'ont pas voté deux fois, que tous les votants étaient en règle de cotisation, qu'on n'a pas payé de nouveaux adhérents pour voter pour un candidat déterminé ou, qu'avec des procurations, on n'a pas fait voter des morts ?
Pour moi, avec une si faible avance, on ne peut pas déclarer un candidat vainqueur. Autant le nommer au tirage au sort, à pile ou face...
Tout le monde a encore en mémoire la tragi-comédie de l'élection présidentielle étasunienne de 1999, quand Georges W Bush a été déclaré vainqueur par la Cour suprême alors que le décompte en Floride n'était pas terminé. Al Gore avait accepté le verdict et finalement on avait appris, des mois plus tard, que le vainqueur, c'était lui. Les membres de son parti lui ont longtemps reproché d'avoir renoncé trop tôt et il n'a plus jamais eu sa chance dans son parti.
François Fillon, en renonçant à la présidence de l'UMP, a le comportement le plus approprié aux circonstances. Il me semble clair que ce n'est pas pour cela qu'il accepterait la victoire de son adversaire. Il attend le même comportement de lui.
L'idéal serait que l'un s'efface pour l'autre mais ce serait trop leur demander, une des deux ambitions présidentielles serait définitivement éteinte.
Accepter un arbitrage neutre pourrait départager les deux candidats mais là aussi il y a des problèmes.
La commission nationale des recours est discréditée aux yeux des partisans de François Fillon pour avoir « oublié » les 1300 voix des votes d'outre-mer et aussi pour être présidée par un proche de Jean-François Copé. A mon avis, ils ont raison. Une commission sérieuse n'a pas à proclamer un vainqueur quand le résultat est aussi serré et incertain vu la marge d'erreur.
Quant-aux partisans de Jean-François Copé, ils n'ont pas confiance en Alain Juppé qu'ils soupçonnent d'être favorable à François Fillon et, là aussi, ils ont sans doute raison.
Une autre solution serait qu'on revote mais dans le climat délétère actuel, ce serait un suicide collectif pour l'UMP.
Une solution raisonnable serait une présidence tricéphale menée par Alain Juppé et de refaire des élections plus tard, quand les esprits se seront apaisés. Malheureusement pour les deux autres, cela relancerait les ambitions et les chances d'Alain Juppé comme candidat à la prochaine présidentielle. Alain Juppé est-il prêt à annoncer maintenant qu'il ne briguera pas la présidence l'UMP dans un an ? J'en doute.
Il reste aussi le retour de Nicolas Sarkozy. Là, le problème, c'est qu'il aura sans doute à répondre de certaines affaires devant les juges dans les mois à venir et rien ne dit qu'il en sortira blanchi.
Il y a aussi la possibilité de confier la direction du parti à une personne neutre, sans ambition personnelle. Avis aux candidats !
C'est dommage que Dominique de Villepin manque de soutiens dans son parti. Un président flamboyant et plutôt gaulliste pour l'UMP, ça aurait de la gueule !
Finalement, sans être devin, je crois qu'une scission du mouvement a le plus de chances de se réaliser. Ce serait d'ailleurs plus sain et plus clair pour les Français. Dans l'intérêt de la France, beaucoup d'élus de l'UMP n'approuvent pas l'opposition agressive que veut mener Jean-François Copé.
Qui avait dit que la France a la droite la plus bête du monde ?
On a ouvert la boîte de Pandore de la contestation des résultats d'élections dans d'autres parties du monde comme par exemple en Côte d'Ivoire où ces même caciques de l'UMP ont ignoré la décision du Conseil constitutionnel ou en Russie où il aurait fallu un bourrage d'urne de 10 millions de bulletins pour inverser le résultat de la présidentielle au profit... du candidat communiste.
Les voila maintenant mis devant leurs responsabilités. Leurs turpitudes du passé leur reviennent dans la figure comme un boomerang. On parle aujourd'hui de Mafia, de bourrages d'urnes et de fraudes à l'UMP. Heureusement qu'il ne s'agit que d'une élection à la présidence d'un parti !
Cela nous permet de méditer sur ce proverbe ironique bien connu de tous.
- Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
Puissent-ils vite retrouver la sagesse qui semble tant leur manquer aujourd'hui !

