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Comment l’Humanité est « Programmée » par les Crises politiques et économiques ? L’Algérie peut-elle s’inspirer des leçons de l’Histoire ? - AgoraVox le média citoyen
jeudi 31 décembre 2015 - par Hamed

Comment l’Humanité est « Programmée » par les Crises politiques et économiques ? L’Algérie peut-elle s’inspirer des leçons de l’Histoire ?

 Dans un précédent article, un internaute réagit et m’écrit : « Les rappels historiques n’ont de valeur que s’ils éclairent le présent et permettent de se projeter dans l’avenir. Ce n’est malheureusement pas le cas de cet article au demeurant bien écrit car beaucoup questions posées par des économistes algériens eux même restent sans réponse.

- Pourquoi un pays aussi vaste et immense avec les meilleures terres du Maghreb n’arrive pas à nourrir sa population ?

-Pourquoi un pays disposant de potentialités immenses n’exporte quasiment rien que des hydrocarbures 98% ?

-Ou sont passés les 800 milliards de dollars issus de la rente pétrolière ?

-En dépit des déclarations pourquoi le pays n’arrive pas à diversifier son économie ?

- Pourquoi le pays n’arrive pas à passer d’une économie de rente à une économie moderne ?

- Devant la crise énorme qui se projette du fait de l’effondrement des prix du pétrole pourquoi les dirigeants semblent démunis (pas de plan de rechange sauf une réduction drastique des dépenses qui serait catastrophique pour la population) ?

L’effondrement économique de l’Algérie serait catastrophique non seulement pour sa propre population mais aussi pour ses voisins et dans une certaine mesure pour l’Europe. » (1)

 Il est évident que cet internaute a tout à fait raison dans sa réflexion sur l’apport de l’histoire pour expliciter le présent, et se projeter dans l’avenir. Mais il est tout aussi évident que si l’Histoire avec un H majuscule ne parle objectivement qu’au passé, elle laisse néanmoins l’homme qu’il la fasse parler « subjectivement » au présent et au futur. Et c’est possible ce « subjectivement qui peut être relativement objectif », sinon l’histoire serait sans sens. Un peu comme un homme qui a subi une expérience et entend utiliser cette expérience pour se projeter dans l’avenir. Un homme qui a subi une expérience douloureuse, par exemple, et n’entend pas la recommencer. Ou s’il doit la recommencer, parce qu’il y est obligé, fera tout pour qu’elle le soit autrement. Se faisant, il fait l’histoire de son histoire. En d’autres termes, « il s’historicise », c’est-à-dire, mû par son intérêt, il cherche à se prémunir des aléas de l’histoire. Mais la question qui se pose à lui, pourra-t-il dépasser ces aléas qui s’opposent à lui ?

 De même, un peuple, ou une nation qui a subi une crise politique ou économique grave. Le même processus sauf que celui-ci est encore plus complexe. Un peuple ou une nation n’est pas un homme, mais une multitude d’hommes et de communautés souvent différentes de religions, de cultures, d’intérêts contradictoires. Et c’est là la différence entre un homme qui cherche à dépasser les vicissitudes de son existence et un peuple qui ne peut se transcender mais laisse les hommes dans leurs conflits contradictoires se transcender malgré eux.

 Mais pour pour l’un comme pour l’autre, c’est l’Histoire, avec un grand H qui se charge de donner un sens à leurs histoires. « Les hommes ont tendance à déifier ce qu’ils ne comprennent pas. En français, on déifie un concept en lui mettant une majuscule, comme vous le faites avec l’Histoire.  » (2) En effet, c’est parce que nous ne nous savons pas qui nous sommes, que nous sommes « humains », et sans savoir exactement notre portée d’existant, que nous déifions ce que nous ne comprenons pas. Et c’est pourquoi l’histoire de l’humanité ne peut être qu’un simple enchaînement d’événements qui se développent dans le temps. Il y a des forces historiques qui la meuvent sans qu’elle sache pourquoi.

 Ceci étant pour l’humanité, quel sens donner à une de ses composantes ? La crise politique et économique en Algérie ? Qui s’est compliquée avec la crise pétrolière en 2014 ? Et les conflits couvent toujours au Moyen-Orient. Comment comprendre les tenants et aboutissants de la crise en Algérie ? Et si on faisait parler encore l’histoire !

 

  1. La Révolution de 1789, « mère des révolutions contemporaines du monde »

 Auparavant, écoutons ce que dit un grand philosophe de l’histoire, Hegel : « L’esclave de l’antiquité n’était pas une personne libre, parce qu’il n’avait pas conscience de son être-esclave ». La liberté se crée en se conquérant à travers l’Histoire et « en s’incarnant » dans des constitutions politiques. « Les hommes n’ont pas à apprendre qu’ils sont libres  », ils ont à gagner leur liberté. Pour Hegel, les hommes sont « Les instruments aveugles du Génie de l’Histoire » ? Derrière l’apparence extérieure des événements, derrière tout ce que font les hommes, derrière tous leurs actes les plus absurdes ou les plus passionnels, se cache une Raison, un Esprit, qui mène le monde vers plus de liberté, plus de rationalité. Ceci est la pensée de Hegel sur l’Histoire de l’humanité.

 Et si on prenait pour étayer la philosophie de l’Histoire de Hegel, par exemple, la Révolution française de 1789 qui fut un des événements-phare de l’Histoire de l’humanité. Un événement qui a eu à bouleverser l’Europe et le monde. Essayons d’analyser ses éléments constitutifs.

 D’emblée, faut-il énoncer que la Révolution française, à la fin du XVIIIe siècle, pour emblématique qu’elle fût dans le développement du monde a eu au moins « trois éléments fondateurs ». Et si ces éléments n’avaient pas été « travaillés » par les forces historiques, la Révolution de 1789 n’aurait pu déboucher.

 Le premier élément fut les « idées nouvelles » nées principalement d’Angleterre et qui ont pris d’assaut les anciens régimes monarchiques. Il faut rappeler que la Révolution de 1789 avait déjà deux « devancières », la Révolution cromwellienne et celle de 1688 en Angleterre. Et les idées prônées par le philosophe anglais Locke érigeaient en dogme la « souveraineté du peuple » basée sur les droits innés de l’homme (droit à la liberté, droit à la propriété). Que le pouvoir politique issu et surveillé par le peuple doit respecter en vertu d’un contrat social. Le libéralisme qu’il énonçait entendait que « Les hommes de l’état de nature étant des propriétaires sont engagés dans des échanges économiques pour subvenir à ce qui leur manque. Le rôle de l’Etat est justement de garantir ces échanges, sans qu’il intervienne dans l’ordre naturel des échanges. Il suit que le pouvoir politique trouve son origine dans le consentement de ceux sur lesquels s’exerce son autorité. Il est au service de la société et exerce son droit de gouverner pour arbitrer et corriger ceux qui tendraient à lui nuire. »

 D’autres penseurs, philosophes et écrivains comme Voltaire qui dénonça les abus du pouvoir, Montesquieu qui prôna le régime constitutionnel dans « L’Esprit des lois », Jean-Jacques Rousseau qui réclama le gouvernement par le peuple dans le « Le Contrat social » et des économistes éminents de l’époque tels Quesnay, Turgot, Adam Smith qui jetaient les bases d’une nouvelle Économie politique, sont tous venus marquer cette époque-charnière de l’humanité… marquant le réveil des peuples.

 L’élément audacieux, novateur, révolutionnaire était là, annonciateur d’une nouvelle époque qui non seulement allait bouleverser l’Europe pendant deux siècles, mais « continue encore aujourd’hui à bouleverser la face du monde ». Dont les peuples musulmans qui luttent pour la démocratie (état de droit, liberté et contrôle du pouvoir politique), et les pays d’Afrique et d’Asie.

 Si les idées nouvelles, ferments de la révolution à venir, sont là, prêtes à impulser un tournant de l’histoire, un élément moteur est nécessaire pour enclencher une nouvelle phase de l’Histoire. D’où viendra cet élément-moteur ?

 Et c’est là où entre l’herméneutique historique ! Seules les « idées nouvelles » ne peuvent « matériellement » bouger les peuples ! Combien même le peuple français, et en particulier le « peuple parisien », dont le statut de serf n’avait pas totalement disparu et subsistait encore en France et dans toute l’Europe, ne pouvait suivre les idées même s’il est attentif à ce qui peut changer son statut. « Un serf n’est pas un esclave mais l’est presque. » S’il n’est pas considéré à une chose comme l’est l’esclave, il ne dispose toutefois pas de personnalité juridique. Mais alors d’où viendra l’élément enclenchant ?

 Il faut rappeler que la « Guerre de Sept ans » entre les monarchies européennes débuta en 1755. Elle eut pour cause un conflit sur la mainmise des colonies d’outre-mer. Une guerre qui débuta dans les colonies et mit en prise les colons français du Canada et de la Louisiane avec les colons anglais des États côtiers de la Nouvelle Angleterre, de Virginie, de Maryland, de Pennsylvanie… Et en Asie, en Inde, en Afrique… Ce conflit sur la possession de territoires dans les autres continents n’avait pourtant rien à voir avec les affaires internes européennes. Bien, au contraire, il augmentait l’« aura des monarques européens » sur la domination que leur puissance militaire leur octroyait sur les autres peuples colonisés et les richesses qu’ils retiraient de ces lointaines contrées. 

 Mais un pays perdant dans cette guerre coûteuse de Sept ans qui a duré jusqu’en 1763 a eu des répercutions néfastes sur l’économie de la France. Elle a entraîné malheur et misère à la classe paysanne et des artisans, tandis que la classe aristocratique trop fermée et trop couteuse saignait les finances publiques de la France. C’est le Tiers Etat qui payait cette situation d’extrême inégalité, le poussant dans la pauvreté, le dénuement, la famine et la mendicité.

 La « Guerre de Sept ans » et les « Idées nouvelles » suffisaient-elles à enclencher la « Révolution de 1789 » ? Certes les ingrédients sont là, la « misère » de la classe pauvre, mais cependant insuffisants pour enclencher la « révolution de 1789 », qui était appelé a devenir un ferment révolutionnaire mondial, un aiguillon pour toutes les révolutions humaines à venir.

 Manque donc un élément capital pour terminer le processus révolutionnaire en préparation. D’où viendra-t-il, le « troisième élément  » ? Il viendra précisément de l’entêtement de la caste aristocratique du système politique monarchique. L’esprit nouveau dans une génération manquant de direction était ouvert à tous les possibles ! D’autant plus qu’un premier mouvement révolutionnaire contemporain à cette époque a éclaté dans les « treize colonies anglaises d’Amérique » qui, après une guerre contre l’Angleterre, ont proclamé l’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776.

 Le prestige royal ruiné par les défaites militaires, le roi de France Louis XVI, pour combler le déficit de l’Etat, nomma l’intègre économiste Turgot, qui proposa d’enlever aux classes privilégiées, l’immunité de l’impôt. Une cabale de cour le fit renvoyer. Necker, un banquier de Genève, eut le même sort pour le même motif. Il fut remplacé par l’incapable Calonne qui, après des gaspillages considérables, finit par demander lui aussi une égale répartition des charges, la « subvention territoriale ». Une « assemblée de notables » fut convoquée, mais refusa sa proposition. L’archevêque Loménie de Brienne, d’abord antagoniste, reprit pourtant le projet de ses prédécesseurs, mais la caste des notables s’opposa et dégénéra en rixes. Alors Louis XVI rappela Necker et convoqua, à sa demande, les états généraux en 1788. Mais, cette année, la France est en plein désastre économique. L’état de banqueroute est proclamé, l’Etat français cesse ses paiements. C’est « la crise » en France, c’est-à-dire l’« appel du peuple français via ses élites », c’est le « troisième élément constitutif ».

 Le 5 mai 1789, s’ouvriront en France les états généraux, c’est-à-dire les représentants des trois ordres (noblesse, clergé, Tiers état), et par là même, la « Révolution française ». On connaît le reste. Prise de la Bastille le 14 juillet 1789, décrets révolutionnaires prononcés : égalité devant l’impôt, liberté individuelle, liberté de la presse, abolition du servage et corvée royale, suppression de lettre de cachet (ordre du roi permettant l’incarcération sans jugement, exil ou internement…). Le mouvement révolutionnaire en France est désormais irréversible. Et on a vu ce qui s’ensuivit au XIXe et XXe siècle, en Europe et dans le monde.

 

  1. La révolution de 1789, une « nécessité herméneutique historique »

 Que peut-on dire conclure de cet événement historique majeur dans l’histoire de l’humanité ? Que la « Révolution française » peut être considérée comme « la mère des révolutions du monde ». Par son processus révolutionnaire, elle est unique et dépasse de loin la révolution cromwellienne, la deuxième révolution anglaise de 1688. Quant à la révolution américaine, bien plus, la « Révolution de 1789 » vient l’« éclairer », la « consolider » parce que cette révolution se joue dans le cœur même de l’Europe des puissances.

 Sur un plan herméneutique, on peut considérer les faits et éléments qui ont joué dans le déclenchement de la Révolution française comme un écheveau programmé, signifiant une avancée dans l’histoire de l’humanité. Non que les hommes ont opéré des avancées, et cela on ne peut en douter, la Révolution française a été une véritable avancée civilisationnelle, mais que celle-ci, pour se réaliser, a nécessité à la fois des événements historiques contingents comme la Guerre des Sept ans, ou l’entêtement de la caste aristocratique française qui n’a pas voulu partager le fardeau financier qui pesait sur le peuple français, et qui ont provoqué « la crise ».

 D’autre part, sans l’élément fondateur de la Guerre de Sept ans qui a provoqué l’affaiblissement du régime monarchique, la révolution française n’aurait pu s’opérer. Les conflits outre-mer entre les puissances monarchiques européennes entraient comme une « herméneutique historique nécessaire » dans l’écheveau qui tendait vers la destruction du système politique monarchique.

 De même, la caste aristocratique qui, à chaque fois, se posait en obstacle aux réformes ne pouvait pas savoir « qu’elle creusait sa tombe ». Elle ne comprenait pas que son système arrivait à une fin de l’histoire, et ce combien même cette fin de l’histoire est relative puisque la monarchie en France est revenue, plus tard. Mais le système est désormais irréversiblement touché.

 Si la caste aristocratique savait ce qui allait se passer, la famille royale guillotinée, de même pour une partie des nobles, ou fuyant en exil, il est certain qu’elle aurait accepté les réformes, ce qui lui aurait évité la mort ou l’exil. Mais la noblesse française n’étant pas avertie, « a provoqué la crise », une « situation herméneutique nécessaire ». 

 Ce qu’on a énoncé comme le premier élément, c’est-à-dire les « Idées nouvelles », relève d’une lente maturation du monde. L’Esprit du monde insuffle aussi l’esprit des hommes sinon pourquoi cette révolution n’a pas eu lieu au Xe siècle, ou au XVe siècle ? Comme d’ailleurs pourquoi l’énergie nucléaire n’a été découverte qu’au début du XXe siècle, et non au XVIIe siècle ?

 Donc, l’histoire relève d’un enchaînement de faits et événements causaux. Ceci simplement pour dire, que le progrès n’appartient pas à l’homme, mais lui vient d’un long cheminement de causes à effets dans le temps. Si le « servage » comme l’« esclavage », ou la « colonisation » ont été une «  nécessité » puisqu’ils ont existé, et « tout ce qui existe est une nécessité », il revient que la « libération » de l’homme est aussi une « nécessité ».

 Et tous ces faits et événements s’inscrivent dans une conjonction synergique de ces éléments, c’est-à-dire une dynamique dialectique de l’histoire. Et l’homme ne peut que se féliciter des avancées qu’il opère à chaque séquence de son histoire. Comme il sait qu’il ne saura jamais assez de sa finalité. Et c’est là tout le sens que prend la connaissance herméneutique de l’histoire.

 

  1. Le XXe et XXIe siècle : un monde nouveau s’érige pour l’homme

 Prenons un autre événement-phare de l’Histoire de l’humanité, qui aura aussi bouleversé l’Europe et le monde. Et essayons d’analyser ses éléments constitutifs. Comment s’est opérée « la destruction du Mur de Berlin en novembre 1989 et de l’Union soviétique en décembre 1991 ? » Là aussi sont entrés des faits et événements majeurs qui ont changé le cours de l’histoire. Tout a démarré en 1945, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Dans un monde en ruine, deux superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique, en sont sorties victorieuses. Puis devenues à parité nucléaire au début des années 1950.

  L’herméneutique de cette époque envoyait ce message au monde : « On détruit tout et on recommence l’humanité à zéro ». Effectivement, ce recommencement de l’histoire qui est allé de pair avec le « renouvellement et le développement » comme l’humanité « ne l’avait jamais connue auparavant » allait changer les « règles de l’existence ». Finie la charrue, finis l’âne, le mulet, le cheval ou la vache qui la tracte ou qui transporte l’homme, finis les trains qui toussotent à la vapeur (au charbon), ou les vieilles voitures et vieux camions bringuebalants. Le monde entre dans le modernisme, le monde s’accélère dans l’ultrason, dans le nucléaire (centrales électriques), dans le transport aérien, maritime , routier et ferroviaire trains à grande vitesse TGV), dans Internet, dans les télécommunications (par satellite), dans la conquête spatiale, dans la santé (utilisation des rayons X et gamma, radiographie et radiothérapie dans les traitements des cancers, scanner, greffes d’organes humains, tentative de clonage animal), dans le psychologisme qui cherche à réduire le psyché de l’être et à opérer une nouvelle représentation du monde.

 L’être humain est partout numérisé, et son existence est conditionnée par le cours vertigineux de la vie moderne. Et surtout la vie moderne est aujourd’hui indissociée des principes démocratiques qui régissent les relations entre le pouvoir et le peuple. Dans les principes de la souveraineté populaire, la liberté d’expression et de presse, le multipartisme et donc l’alternance au pouvoir et l’état de droit. Ce à quoi avaient demandé les penseurs du XVIIIe siècle (Locke, Montesquieu, J.J. Rousseau…), et bien avant Jean Bodin, au XVIe siècle, père fondateur de la théorie de la souveraineté moderne (formulation des théories économiques et des principes du « bon gouvernement »). Et toutes ces avancées en Occident ont fait de ces pays un phare pour les autres peuples. On comprend d’ailleurs pourquoi les migrants aujourd’hui viennent, au péril de leur vie, en Europe et aux Occidentaux car ils sont assurés dans leur inconscient qu’ils sont assurés d’y trouver un soutien humain. Ce qui pose un grand problème d’humanisme pour les pays d’accueil.

 Forcément, ces avancées ont aussi « des inconvénients ». La vie spirituelle prend un coup, laissant place à l’incroyance, à l’athéisme, et on comprend le saut dans la libération sexuelle, les mariages gays, etc. L’homme n’est pas ce qu’il est, mais « est ce qu’il devient ». Peut-il changer sa destinée ? Non, il ne le peut pas ! Dans ce saut dans le monde moderne, la science ne peut plus être ce qu’elle était, désormais la science, les découvertes, vont plus vite que l’homme. Il y a cette impression que ce n’est pas l’homme qui découvre la science mais la science qui le découvre et en fasse son objet.

 On comprend dès lors pourquoi l’homme change et avec lui l’humanité. Et si l’homme est « désormais programmé, à son insu ? » Dans ses faits et gestes, dans son histoire ? La science, et son existence par les avancées scientifiques rendent l’humain baignant dans une forme religieuse d’existence scientifique époustouflante, saine et naturelle, et toujours plus élevé, et lui octroie une infinie de possibilités. Au point que l’être humain n’avance plus, mais mue dans une « voie de mutation existentielle.  »

 Ces tabous qui éclatent, ce vertige des avancées scientifiques et des principes démocratiques arrivés à un point de non retour et surtout s’étendent à l’échelle de la planète, nous fait dire que l’humanité est en mutation. C’est le « premier élément constitutif » de ce nouveau tournant de l’histoire, à l’instar des « Idées nouvelles de la Révolution de 1789 ».

 Un tournant qui passe par la « fin herméneutiquement programmée du Mur de Berlin et de l’Union soviétique ». Evidemment, cette affirmation de l’« herméneutisme historique » peut ne pas être acceptée par l’homme critique, et c’est juste à raison. Or, en y croyant, en acceptant cet herméneutisme, l’Histoire ne serait pas alors totalement fermée. Elle aurait moins de sens caché. L’histoire se découvrirait du moins en partie à l’homme. Et c’est là l’intérêt de l’herméneutisme historique, ou de la connaissance de la raison hégélienne dans l’Histoire.

 C’est la raison pour laquelle l’homme arrive difficilement à établir son historicité. Un peu comme s’il se remettait en cause et cherchait à comprendre sa finalité par sa seule pensée pensant sa présence d’être. Dans le sens qu’en transcendant sa nature humaine, il se pose la question : « qui est-il ? ». « Pourquoi existe-il ? » puisqu’il est éphémère et appelé à disparaître. Et historiciser son vécu serait chercher sa « sa propre vérité d’être ». Ce qui n’est point facile, difficilement donné à sa conscience. Mais l’homme pour avancer, pour comprendre le sens de sa trajectoire dans l’existence, comprendre les problèmes du monde dans leur expression dont il n’en sait que par sa conscience, se retrouve à expliquer et s’expliquer dans une vaste historicisation de l’histoire de l’humanité (3).

 Le but est de rationaliser le vécu de l’homme dans la succession des stades de son histoire. Et les avancées dans ce XXe et ce début du XXIe siècle sont suffisantes pour projeter l’homme loin dans le passé pour lui permettre d’aborder sur la base de ces avancées les temps à venir. D’autant plus que le monde nouveau qui s’érige aujourd’hui pour l’homme, et qui n’a que très peu de ressemblance avec les temps passés, doit l’inciter à réfléchir. Et se dire pourquoi ? 

 

  1. L’« islamisme » dans le conflit soviéto-afghan, un « processus attendu par l’Histoire » ?

 En revenant au tournant de 1989, et qui vient deux cents ans plus tard après la Révolution de 1789, et que l’on peut considérer par une « fin herméneutiquement programmée du Mur de Berlin et de l’Union soviétique », pense-t-on que ce premier élément basé sur la mutation du monde suffirait-il à expliquer la chute du « Mur de Berlin » ? Manifestement, la science peut certes faire avancer l’humanité, mais seule ne pourrait changer le cours historique.

 En effet, le monde, après s’être reconstruit des destructions de la guerre, a beaucoup évolué. Des continents ont été libérés de la colonisation, un grand nombre de pays se sont édifiés et participent à l’évolution du monde. Les deux superpuissances ne pouvaient espérer durer plus que le temps nécessaire imparti à leur existence. Des puissances ont existé par le passé et ont disparu. Et chaque puissance qui émerge a un rôle dans l’histoire. 

 C’est ainsi que le système bipolaire, à son tour, est mis à mal par des crises économiques, financières et monétaires en cascade dès le début des années 1970. L’abandon du dollar-or en 1971 et donc la fin de Bretton Woods, suivi de deux grandes crises pétrolières, en 1973 et 1979, amenèrent la Réserve fédérale américaine (Fed) à relever le taux d’intérêt directeur à des niveaux inconnus jusque là. Les conséquences ont été terribles. Des continents entiers se sont trouvés endettés. L’âge d’or est relégué au passé. L’Afrique, une partie de l’Asie, le bloc Est et l’Amérique du Sud ont vu leurs dettes brusquement s’envoler, au début des années 1980. Les régimes politiques militaires sud-américains se sont affaissés et des pouvoirs civils démocratiques ont pris le relais pour lutter contre l’endettement.

 L’Union soviétique et les pays de l’Europe de l’Europe centrale et de l’Est, perdant leurs marchés avec une Afrique, une Asie et une Amérique du sud endettées et en crise, et une industrie peu compétitive, se sont trouvés à leur tour piégés par l’endettement. La crise financière et monétaire mondiale s’érigeait en « deuxième élément constitutif » annonciateur de la destruction du Mur de Berlin et la chute de l’Union soviétique.

 Cependant, peut-on penser que « les deux éléments constitutifs énoncés » suffisaient-ils à expliquer la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’Union soviétique ? Avant de traiter cette question, revenons à la multitude d’Etats africains et asiatiques qui ont accédé à l’indépendance après la fin du Deuxième Conflit mondial. Cette « digression sur la décolonisation » aura pour intérêt de montrer que les mêmes constantes reviennent, le même triptyque qui a causé la « Révolution de 1789 » est de nouveau en action dans le processus de changement.

 Le « premier élément nouveau » dans la décolonisation a été les « idées émancipatrices » de Locke, Montesquieu, Rousseau… auxquelles il faut leur ajouter « le coup de tonnerre que fut la révolution bolchévique », en Russie, en octobre 1917, au cours de la Première mondiale, et l’avènement de l’URSS. Un pays totalement anti-impérialiste et prône la libération des peuples.

 Le « deuxième élément » fut les deux Guerres mondiales qui se sont succédées et entraînées l’affaiblissement des puissances européennes et japonaise coloniales, à l’image de la Guerre de Sept ans pour la révolution de 1789. Des guerres qui ont causé des destructions considérables en Europe et en Asie.

 Enfin le « troisième élément » fut la crise qui a opposé les peuples colonisés qui, endurant longtemps les exactions, les spoliations et la domination coloniales, et relégués au statut d’indigènes pauvres, sans-droits, misérables, considérés non-civilisés, sauvage ou barbare, sauvage ou semi-barbare, ont à travers leurs élites révolutionnaires appelés à l’indépendance. Cette action synergique de trois éléments constitutifs a constitué le départ d’un grand mouvement de décolonisation du monde. Plus de cent nations sont nées en l’espace de moins de trois décennies. Entre les années 1940 à 1970.

 Et c’est ce qui est incroyable, on retrouve une parfaite similarité entre les événements révolutionnaires de 1789 – où le peuple français dénonçait le manque absolu de liberté, enserré dans le servage et la corvée du roi, le manque d’égalité entre une caste noble et un clergé allié à la noblesse et un tiers état pauvre, misérable, touché souvent par la famine – et les événements révolutionnaires des années post-1945. Et là encore, surgit cette impression que le monde est « programmé », et ne diffère que le facteur temps.

 En revenant à « la chute du Mur de Berlin », un « troisième élément constitutif » devait donc se greffer aux deux autres éléments constitutifs. Comme ce qui s’est passé pour la révolution de 1789 et de la décolonisation des années 1940-1970, D’où viendra-t-il ? 

 Il faut se rappeler la révolution islamiste en Iran par Khomeiny, en 1979, qui motivera l’entrée en guerre de l’Union soviétique en Afghanistan, un pays musulman. A cette époque, les États-Unis, après leur débâcle au Vietnam et la montée en puissance de l’URSS, ont opté pour une stratégie basée sur la théorie de l’ « arc de crise vert », pour contrer toute percée soviétique sur les richesses pétrolières du Moyen-Orient. Et cette « arc de crise vert » sous la forme de « ceinture islamiste » au Sud de l’URSS eut un résultat inespéré ! En effet, tout était ouvert à l’ayatollah Khomeiny jusqu’à sa résidence dans la capitale française. Un imam prestigieux qui croyait lancer une révolution islamiste en Iran, et il l’a lancé, mais grâce à la stratégie de l’arc de crise vert.

 L’URSS, prise dans l’engrenage des « contingences de l’Histoire » (3), cherchaient à desserrer l’« étau islamiste » qui pesait sur les républiques musulmanes soviétiques du Sud de l’URSS. Le danger que la révolution islamiste iranienne fasse tâche d’huile sur le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan, l’Azerbaïdjan, et les territoires autonomes du Daguestan et la Tchétchénie, était réel. Près 40% de l’URSS était menacé.

 Une question cependant, pourquoi les Etats-Unis ont opté pour l’ « islamisme radical  » ? Pour cela rappelons ce qui s’est passé au cours de la Guerre de Sept ans et avant la décolonisation, c’est-à-dire avant 1939. Les conflits qui opposaient les puissances se réglaient directement par les armes, par la guerre. Mais, depuis l’avènement de l’« arme absolue », c’est-à-dire l’ « arme nucléaire », et l’équilibre de la terreur ou la « destruction mutuelle assurée », interdit désormais tout conflit armé direct entre les grandes puissances. Ainsi se comprend pourquoi l’« islamisme » apparaît un subterfuge idoine pour régler leurs conflits dans la domination du monde.

 Sauf que les décideurs soviétiques ne savaient pas que, croyant se défendre de la subversion islamiste, et cherchant à installer de force un régime allié en Afghanistan, ont en fait « accéléré un processus inverse  ». D’ailleurs, la chute du régime soviétique se précisait de plus en plus dans les années 1980. Une gérontocratie gouvernait l’URSS, d’abord par une fin de règne de Léonid Brejnev, vieillissant et malade, mort en plein exercice en 1982, remplacé par Iouri Andropov, mort lui aussi en plein exercice en 1984, remplacé par Konstantin Tchernenko, mort aussi en plein exercice en 1985.

 Ce que les dirigeants soviétiques appréhendaient s’est finalement réalisé. Non seulement les républiques musulmanes ont regagné leur indépendance mais l’Union soviétique s’est disloquée et a fini d’exister en 1991.

 

  1. La chute du « Mur de Berlin » et la fin de l’URSS, un produit de l’Histoire ?

 On peut même se poser des questions, au-delà de la triptyque historique, pourquoi le système soviétique basé sur l’idéologie communiste a atteint des limites dans la gouvernance mondiale. Quand Karl Marx prônait de renverser le capitalisme par le prolétariat, c’est-à-dire par la masse ouvrière comme cela fut en Russie tsariste ou le prolétariat rural, comme cela fut en Chine de Mao, ce prestigieux penseur n’a pensé que la prise de pouvoir par les travailleurs sur la classe riche. L’idée était de renverser le sommet par la base, par le peuple.

 Si ce renversement du sommet par la base a porté des fruits, il s’est ensuite dénaturé. Engels qui a parlé d’un concept marxiste de dépérissement de l’Etat est un concept certes judicieux non comme il l’a pensé, c’est-à-dire que la société communiste peut à la fin se gouverner sans application de lois coercitives, approche relevant d’une vision idéale, utopique sans prise de réalité de la nature humaine, mais parce que simplement ni Marx ni Engels n’ont pensé à instaurer des garde-fous dans l’exercice du pouvoir. Un contrepouvoir était nécessaire pour tout régime politique, dusse-t-il être prolétarien, pour contrôler et empêcher les dépassements qui sont néfaste à la direction politique d’un peuple.

 Néanmoins, nonobstant, cette absence de contre-pouvoir dans la dictature du prolétariat qui est défini comme un « pouvoir conquis par la lutte des classes » et qui fait de l’élite du prolétariat, par l’intermédiaire du parti unique, la classe dirigeante exerçant le pouvoir sur le peuple et qui n’est liée par aucune loi coercitive, engendre forcément des démesures, ne serait-ce que dans la formation d’une classe dominante dans le système, au-dessus des lois. Cependant une Nomenklatura constituée fait que ce pouvoir sans contre-pouvoir s’érige aussi « en contre-pouvoir à la société capitaliste occidentale ». Et c’est là « l’intérêt historique de la dictature prolétarienne » en Union soviétique, en Chine et dans les pays relevant de près ou de loin de cette idéologie, dans le concert des nations avec les pays de l’Ouest. Ce qui fait des dictatures communistes un moindre mal que s’ils n’existaient pas du tout, laissant le champ libre à la l’Occident de dominer le monde.

 Mais avec la politique de détente entre les deux blocs Est et Ouest, l’essoufflement du système productif socialiste dans le monde, et le parasitisme de la Nomenklatura, c’est-à-dire l’« ascenseur social » réservée aux hommes triés sur le volet – système basé sur la cooptation et non par les valeurs –, c’est-à-dire l’ensemble des personnes privilégiées qui bénéficiaient voire détournaient et accaparaient à leur profit les avantages matériels et les postes de direction du système politique. Et par ce processus de distribution par cooptation, crée une masse clientéliste, ne pouvant qu’à la longue créer une déliquescence du système. Une situation qui rappelle une cour du roi, et ce contre quoi la plèbe s’est insurgée après usure.

 On comprend qu’une telle situation qui dégrade un système politique ne peut que le ruiner avec le temps. Les trois forces historiques sus-énoncés qui ont « travaillé » ensemble, intégraient cette déliquescence du système soviétique arrivé à une situation de non retour. Le système s’effondrait et avec lui le KGB, le gardien du temple, un nouveau monde émergeait, une nouvelle histoire s’annonçait…

 

  1. L’Algérie peut-elle prendre de l’histoire ?

 Sujet qui n’est pas développé mais pourra être développé dans une prochaine analyse.

Cependant, les éléments de réponse donnés dans cette analyse sont suffisamment éclairants pour que l’Algérie en prenne acte, qu’elle s’en inspire pour le bien de la nation. Mais d’emblée, on peut dire dire avec regret que l’Algérie ne fera pas exception. Ce qui nous fait dire qu’il faut que l’histoire algérienne se fasse. Ce n’est pas une fatalité, mais la nature humaine étant ce qu’elle est, il revient aux forces historiques de remédier à l’ordre politique et économique. Et qui doit s’inscrire dans un dépassement de ce qui se passe aujourd’hui.

 L’avenir de l’Algérie est donc «  programmé » au même titre que celui des autres nations. Et l’Algérie doit évoluer, elle a encore des possibilités, mais ce qu’elle doit retenir, c’est qu’« être une puissance régionale » ne signifie nullement qu’elle est à l’abri des bouleversements à venir. A voir ce qui s’est passé pour la superpuissance soviétique. Bien, au contraire, plus un pays est puissant ou relativement puissant, plus il se ferme aux autres puissances en s’érigeant en système politique autarcique qui se suffit à lui-même par son seul statut de pays monoexportateur. Plus un système politique est inégalitaire, plus il n’offre pas d’avenir aux générations montantes. Plus il se retrouve déstabilisé économiquement à chaque chute durable du prix du pétrole, malgré les embellies qu’il retire des conjonctures économiques pétrolières. Et ces traits caractérisent l’Algérie.

 Et le danger potentiel n’est même pas l’islamisme, ni même la crise pétrolière – à voir seulement la Tunisie qui n’a pas de pétrole et s’en sort démocratiquement bien – mais dans l’action même du système politique autarcique. Le système doit à défaut de changer évoluer pour une meilleure prise de conscience des enjeux qui se jouent aujourd’hui dans l’histoire présente et à venir dans le monde.

 La crise pétrolière peut même avoir un effet salvateur parce qu’elle amène une remise en cause des certitudes du pouvoir dans le sens de sortir de cette euphorie tout au plus provisoire de cette richesse artificielle qu’octroie le commerce des hydrocarbures. Une remise en cause du système politique et économique nous fait dire que « cette programmation a commencé pour l’Algérie » eu égard à l’évolution politique tumultueuse tant intérieure qu’extérieure. Cette évolution n’est pas particulière à la seule Algérie mais concerne l’ensemble des pays arabo-musulmans. L’Iran et l’Arabie saoudite ont commencé la mue de leurs systèmes politiques. Bien que timidement et malgré la forte l’opposition des forces conservatrices au sein de leurs États. Et ceci est un signal fort pour le système politique algérien.

 Et l’internaute qui m’a interpellé (1) sur l’Algérie, il a tout à fait raison de s’interroger. « Pourquoi un pays aussi vaste et immense avec les meilleures terres du Maghreb n’arrive pas à nourrir sa population ? Pourquoi un pays disposant de potentialités immenses n’exporte quasiment rien que des hydrocarbures 98% ? Pourquoi le pays n’arrive pas à passer d’une économie de rente à une économie moderne ? » Et cet internaute termine en énonçant : « Devant la crise énorme qui se projette du fait de l’effondrement des prix du pétrole, pourquoi les dirigeants semblent démunis (pas de plan de rechange sauf une réduction drastique des dépenses qui serait catastrophique pour la population) ? L’effondrement économique de l’Algérie serait catastrophique non seulement pour sa propre population mais aussi pour ses voisins et dans une certaine mesure pour l’Europe  »

 En effet, l’effondrement économique de l’Algérie serait catastrophique pour l’Algérie comme pour ses voisins immédiats. Mais force de dire que si effondrement il y aura, il entre aussi dans une nouvelle gestation historique d’un nouveau système politique et socioéconomique à venir. Tout système politique défaillant s’autcorrige par les forces historiques qui le traversent. Comme ce qui s’est passé pour ses voisins et pas forcément dans la violence.

 Ceci étant, en dépassant le cadre de l’Algérie, et en revenant au concept que l’humanité est « programmée » par les crises politiques et économiques et les guerres. Et comme on l’a déjà énoncée, les crises politiques et économiques et les guerres façonnent réellement l’humanité. Et cette affirmation de l’« herméneutisme historique programmant l’humanité » peut ne pas être acceptée par l’homme critique, et c’est juste à raison. Car si les hommes pensaient que l’humanité n’est pas « programmée » par un ordre supérieur sur le monde, l’Histoire humaine ne perdrait pas « sa raison cachée », c’est-à-dire cet herméneutisme qui la rend si complexe. Et cette inconnaissance permettrait à l’homme d’agir sans chercher à savoir ce pourquoi il agit, ce qui serait suffisant pour l’homme de mener son existence terrestre.

 Or, en y croyant, en acceptant cet herméneutisme programmant, l’Histoire ne serait alors pas totalement fermée, aurait moins de sens caché. L’histoire se découvrirait du moins en partie à l’homme, et c’est là l’intérêt de savoir l’herméneutisme historique ou la connaissance de la raison hégélienne dans l’Histoire. Ce qui serait une forme nouvelle d’exister, de savoir en partie ce pourquoi on existe. Et faire sien ce mouvement des contingences (3) qui dépasse les hommes. Ce serait un nouveau départ pour l’homme nouveau s’il arrivait à « historiciser son histoire ». En comprenant mieux son existence et, en « agissant dans le sens historique, il se pacifierait plus avec lui-même ». Moins de souffrances pour l’humanité.

 D’autant plus, qu’aucun siècle ne ressemble à l’autre. L’humanité est en perpétuelle gestation, en perpétuelle renaissance, chaque génération revit le monde autrement que la génération qui a précédé. Et c’est sur ce point que se termine cette analyse, en espérant qu’elle ait apporté à l’homme une nouvelle vision du monde, « qu’elle ait répondu au moins partiellement à l’internaute qui a réagi au précédent article ». (1)

 Enfin, un dernier point et celui-ci est radical. L’homme, dès sa naissance, naît pour ensuite mourir. Sait-il quand il doit mourir ? Peut-il reculer le jour de sa mort ? Sait-il pourquoi il doit mourir ? Et l’humanité n’est-elle pas appelée à mourir ? N’est-elle pas appelée à changer, à se régénérer totalement ? Aucun être humain ne peut changer son destin ! Et cela est déjà unanimement parlant que l’homme existant « pour l’existence et la mort » est déjà une « programmation humaine en soi ». L’homme et donc l’humanité sont « programmés dans leur être ».

 En énonçant cette « terrible destinée de l’homme », elle est terrible parce que l’homme ne veut pas mourir, il veut toujours vivre, mais il ne le peut pas, précisément pour que l’homme se rapproche de lui-même. Pour qu’il sache que tout est éphémère, que la beauté, la laideur, la richesse, la célébrité, la pauvreté, la maladie, la mort, ne sont que des états transitoires qui doivent l’inciter à réfléchir. A prendre conscience de son état d’infériorité devant les événements du monde. A rechercher cette humilité devant le grandir. Bien qu’il soit tout petit dans sa pensée devant ce formidable univers, il est grand quand il est humble.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

www.sens-du-monde.com

 

Note de renvoi :

1. « Algérie : Les phases historiques critiques post-indépendance. Vers un cours du baril de pétrole à 20 dollars voire à 10 dollars », par Medjdoub Hamed. Le 17 décembre 2015
www.sens-du-monde.com

Article publié aussi dans ;www.lequotidien-oran.com et www.agoravox.fr

2. Commentaire dans l’article « L’herméneutique de l’alliance du monde de l’Islam et de la première puissance du monde  », par Medjdoub Hamed. Le 10 août 2013
www.elwatan.com

Article publié aussi dans : www.sens-du-monde.com et www.agoravox.fr

3. Commentaire dans « Valeur et sens de l’ « islamisme » dans le nouvel ordre mondial », par Medjdoub Hamed. Le 28 juillet 2013, paru dans http://www.lematindz.net

Article publié aussi dans : www.sens-du-monde.com et www.agoravox.fr



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