vendredi 14 janvier - par Degasse

Comment les dogmes radicaux s’imposent à l’université et verrouillent la liberté d’expression

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La liberté d’expression est-elle menacée dans l’enseignement supérieur français  ? Accusations de racisme envers des professeurs, tags, happenings visant à l’annulation de colloques ou de cours… Depuis plusieurs années, les campus sont victimes de plus en plus d’actions de la part d’étudiants se revendiquant du courant «  woke  ». Ces actions, parfois violentes, se font à l’encontre de professeurs et d’intervenants suspectés, pêle-mêle, de racisme, de sexisme, d’homophobie ou de transphobie. Une radicalité qui, loin de toucher uniquement les jeunes, s’impose aussi de plus en plus parmi les chercheurs et les professeurs d'université eux-mêmes.

Mis en lumière à la fois par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, le «  wokisme  » serait-il en train d’envahir nos universités  ? Si la situation reste loin d’être aussi catastrophique qu’aux États-Unis, où une parole de travers peut coûter une carrière, il reste que la situation devient de plus en plus préoccupante en France.

 

Quand la cancel culture américaine débarque en France

Importée des campus américains, les partisans de la cancel culture y voient une forme de revanche sur la société. Se considérant discriminés, ils n’hésitent plus aujourd’hui à lancer des appels à l’annulation de la venue de tel ou tel professeur, dont les propos auraient pu personnellement les choquer. Que les propos en question aient été pris dans leur contexte ou non, que l'auteur des propos ait été amené à s'expliquer ou non, seule la perception personnelle, l'émotion et le choc ont une importance. A tel point que les Américains ont inventé une expression pour décrire ces jeunes à la fragilité émotionnelle exacerbée : la génération flocon de neige, ou snowflake.

L’exemple d’Adolph Reed, professeur émérite de l’université de Pennsylvanie, soutien de Bernie Sanders (et accessoirement afro-américain), est éloquent. La venue de celui-ci à un important congrès du Parti Démocrate américain a été tout bonnement annulée pour une réflexion qui n'a pas plu à certains jeunes membres du parti. Celui-ci avait effectivement affirmé que, selon lui, la gauche américaine était trop focalisée sur les questions de race et pas assez sur les inégalités sociales. Une petite phrase qui a particulièrement choqué la frange la plus radicale du parti, en plein mouvement Black Lives Matter. Il n'en fallait pas plus pour demander l'annulation de sa venue, ce qui en dit long sur la vision du débat démocratique des militants en question.

Ce genre de méthode particulièrement infâme semble, malheureusement, avoir aussi trouvé un écho en France. Klaus Kinzler, professeur d’allemand à Sciences Po Grenoble, en fait les frais depuis mars dernier. Victime d’une véritable cabale, il a été accusé d'islamophobie par une poignée d’étudiants radicaux. Appel à licenciement, placardage de son nom sur les murs de l’école, diffamation et torrents de boue sur les réseaux sociaux… L'affaire a un tel retentissement qu'il a dû vivre un temps sous protection policière et que sa direction mécontente de ses propos l’attaque désormais pour « diffamation ».

De la même manière, en 2019, la venue de la philosophe Sylviane Agacinski à une conférence à l’université Bordeaux-Montaigne avait été annulée à la suite de la mobilisation de plusieurs associations LGBT. Celles-ci avaient dénoncé une militante «  réactionnaire, transphobe et homophobe  ». 

 

Les nouveaux hérauts français de l’anticapitalisme et de l’antiracisme

Outre les étudiants, ce sont parfois aussi les professeurs qui font preuve d’une radicalité à toute épreuve. Les campus français se sont ainsi trouvés de nouveaux porte-voix, plusieurs décennies après Pierre Bourdieu et Jacques Lacan. Anticapitalisme, antiracisme, critiques acerbes contre l’universalisme, l’État et les «  dominants  » … Parmi ces chercheurs sulfureux, qui donnent à la fois du grain à moudre à des théoriciens radicaux d’extrême gauche et à des partis d’extrême droite, on peut notamment citer Didier Eribon et Éric Fassin. Sociologues autoproclamés, ces derniers ont une grande responsabilité dans l’introduction, en France, des champs d’étude américains portant sur la race et le genre.

Eric Fassin est effectivement notamment connu pour avoir introduit les gender studies en France. Dans les années 1990, alors qu’il était directeur adjoint de l’Institute of French Studies, à New York, il découvre deux chercheuses particulièrement connues outre-Atlantique pour leurs travaux sur les questions de genre : Judith Butler et Joan W. Scott. À son retour en France, il sera l’un de leurs meilleurs promoteurs. Elles le lui rendront d'ailleurs plutôt bien puisque, près de vingt ans plus tard, elles feront partie du jury habilité à lui accorder l'habilitation à diriger des recherches (HDR), véritable graal de l'enseignement supérieur. Graal qui lui sera délivré contre toute attente, alors même qu'il n'a jamais réalisé de thèse de doctorat.

Mais si Didier Eribon et Eric Fassin ont particulièrement sévi dans les facultés de sociologie ces dernières années, leur premier fait marquant a en réalité lieu dans les années 1990. Ils avaient alors tenté de cancel la sociologue et chercheuse au CNRS Irène Théry. Sollicitée initialement par le gouvernement Jospin pendant les débats sur l’adoption du PACS, son seul tort avait été de ne pas avoir intégralement repris les propositions des militants LGBT de l’époque.

Les facs de sociologie ne sont malheureusement pas les seules à avoir enfanté de nouveaux rebelles. Pourtant réputées conservatrices, les universités en droit sont elles aussi touchées. On peut par exemple citer Jean-Baptiste Vila, professeur à l’Université Bordeaux-Montaigne. Ce dernier s’est fait un nom aussi bien auprès de l’extrême gauche que de l’extrême droite pour ses envies de renationalisation des autoroutes. Il n’hésite d’ailleurs pas à se servir de son aura de maître de conférences et d’universitaire pour avancer ses thèses militantes sur le sujet.

Ses propositions radicales, mais formulées sous le couvert de la recherche universitaire, lui ont valu une certaine forme de reconnaissance, puisqu’elles ont été reprises à la fois par le candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon et à la fois par Marine Le Pen  ! Le plus surprenant reste qu’un personnage aussi sulfureux soit invité à participer à un colloque au Sénat, en février prochain, portant justement sur les concessions autoroutières. 

 

Des méthodes d’action américaines couplées à une idéologie pas si étrangère

Si les méthodes d’action ont été plutôt importées des États-Unis, l’idéologie derrière n’est pas vraiment étrangère à la France. Même s'il est vrai que les études de genre et les études intersectionnelles ont connu essor phénoménal aux États-Unis ces vingt dernières années, c’est bien en France qu’est né le terreau idéologique de ces courants.

Apparue aux États-Unis dans les années 1970, la «  French Theory  » est un corpus de thèses et théories s’inspirant de philosophes, sociologues et chercheurs en sciences sociales français, tels que Pierre Bourdieu, Michel Foucault ou encore Jacques Derrida.

Après être passé par le continent nord-américain, ce corpus idéologique est revenu comme un boomerang sur les campus français. Ces dix dernières années, de nombreuses universités, telles que Paris-VIII ou Lyon-II, ont développé de nombreux cursus se fondant sur ces nouvelles théories. Le Figaro Étudiant en rapportait récemment un exemple édifiant : l'inauguration, à Sciences Po Poitiers, d'un cours de «  sociologie de la race  ». Au programme, des séances portant sur «  l’approche qualitative de la racialisation  » ou encore la «  blanchité dans l’hégémonie raciale  ». Difficile de ne pas voir derrière ce charabia sociologisant l'influence d'une idéologie américaine radicalisée et hors de propos dans le contexte français. 

En mettant à part la légitimité de l'existence de ces cours, ce qu’on peut véritablement regretter, ce sont les tentatives de censure de tous les propos ne rentrant pas dans le cadre de la pensée "woke". Le débat démocratique, la liberté académique et la liberté d’expression doivent perdurer dans nos universités. Que cela plaise ou non à une frange radicalisée de la jeunesse française…



8 réactions


  • Yann Esteveny 14 janvier 13:41

    Message à tous,

    L’Université est soumise au Régime qui souhaite que des personnes conformes à son idéologie ou déficientes intellectuellement. La culture woke est donc largement promue.


  • lecoindubonsens lecoindubonsens 14 janvier 14:10

    Pour les libertés totales de pensée et d’expression.

    Mais puisque à tout pouvoir, il faut un contre pouvoir ...

    c’est la liberté de pensée et d’expression de ceux qui pensent différemment qui sera le contre pouvoir, d’ou l’intérêt de laisser tout le monde s’exprimer.

    Et pour ceux qui « ne disent que de réelles co.....es », elles seront dénoncées par ceux qui ont un peu plus de bon sens. Chacun étant libre de définir qui dit le bon sens, qui dit la « c.....ie ». Mais si une grande majorité qualifie de c....ie les propos de certains, c’est auto destructeur, celui qui parle et écrit se discrédite tout seul, c’est cela le contre pouvoir.


  • L'apostilleur L’apostilleur 14 janvier 18:31

    Tout cela pourrait n’être que péripéties si des politicards usés en perte de fidèles ne répétaient pas ces idioties de fumeurs pas de Havane pour sortir du trou.


  • La scandaleuse mascarade du débat parlementaire et du prétendu « contrôle » du Conseil constitutionnel.....

    Vous allez me dire : et la conformité de la loi vis-à-vis des traités et conventions internationales ratifiés par France ?

    Eh bien cher peuple, les fameux « sages » ne vérifient pas que les articles de la loi respectent les traités internationaux et conventions internationales ratifiés par la France. Il a décidé que ce n’était pas son rôle dans l’arrêt n° 74-54 DC du 15 janvier 1975 relatif à la loi IVG.

    Donc, en résumé, de nombreux articles composant ces lois sont appliqués alors qu’ils violent scandaleusement la Constitution et/ou les traités et conventions ratifiés par la France.
    Voilà la démocratie du monde macroniste !

  • Jonas 15 janvier 18:45

    Merci pour cet article qui décrit rapidement ce concept « Woke » sorti des universités américaines et dont ce sont accaparés , l’extrême gauche , et certains intellectuels radicaux,.

    Pour comprendre ces intellectuels radicaux et certains cerveaux dérangés , il suffit de citer quelques déclarations afin de situer leur pensée et les dégâts qu’ils peuvent causer parmi les jeunes et les moins jeunes. 

    1. Dans une émission sur Arte , « 28’ le sociologue Eric Fassin après les agressions dont ont été victimes , les femmes allemandes à la gare de Cologne en 2016, déclare pour justifier la violence des voyous. << Ce n’est pas parce que ces gens sont musulmans qu’ils ont commis ces actes. Il y a une finalité politique . À qui s’en sont-ils pris ? A des femmes allemandes blanches . Ils ne sont pas allés violer les prostituées . Cela donne le sens de leur violence.>> Ce qui a rendu furieuse l’animatrice de l’émission, Elisabeth Quin. Donc , c’est normal de violer des femmes blanches. Elles sont responsables de la couleur de peau. 
    2. Et l’Algérienne , née a Constantine , ayant opté pour la nationalité française, Houria Bouteldja , cette islamiste qui a pris dans sont filet Mélenchon , e trouve normal ceci : << Si une femme noire est violée par un Noir , c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger sa communauté .>> Dans le livre » Français malgré eux " Sami Biasoni et Anne -Sophie Nogaret .Ed L’artilleur.2020 . Le viol en Algérie , Egypte , Irak , Syrie , Iran , Turquie etc ainsi que l’inceste sont plus nombreux dans les pays musulmans que dans les pays occidentaux. A cause des tabous sexuels et de la promiscuité. 
    3. Alice Coffin : Elue EELV de Paris . << Ne pas avoir un mari , ça m’expose plutôt à ne pas être violée , ne pas être tuée , ne pas être tabassée. Et ça évite que mes enfants le soient aussi . Faut-il rappeler quelques chiffres  sur les pères ,c’est un peu dramatique qu’on brandisse cette référence.>>
    4. L’ancienne présidente de Unef , Caroline Hass ( qui a reconnu, les nombreux viols des militantes de son organisation ) a pourtant déclaré le 14 février 2018, dans un entretien à L’obs : << Un homme sur deux ou trois est un agresseur.>> 
    5. Le seul viol , qu’il faut condamner est celui des mâles blancs hétérosexuels les autres viols sont excusables , ils sont commis par des dominés. 



  • Ecométa Ecométa 17 janvier 14:27

    Répondre à du radicalisme par un autre radicalisme ; c’est du radicalisme ++++


    Où est l’intelligence ? Où ert l’entendement ?

    On est dans une situation de frustration : de « frustrants » contre « frustrés » !

    Il faut réagir, c’est évident et même urgent, mais l’université ne doit pas être un lieu de pugilat, mais un lieu de réflexion ! Ceci ne peut pas se faire dans la rancœur mais dans l’élaboration d’une réalité avec des « raisons » et des « logiques » accessibles et acceptables par tous !


    Il est évident que ceci ne se fera pas avec les méthodes habituelles, avec le « dogme  », la « dichotomie  », la « logique du tiers exclu  » des mathématiques ou l’« individualisme méthodologique de la science  » toutes ces logiques qui nous ont conduits là où nous en sommes !
    Avec tous ces mots en « isme » qui sont comme autant de « paroxysmes » nous avons développé une civilisation de « paroxysme », de « radicalismes », qui abusent tout ! Nous abusons la « Nature » et les « états de nature » : dont notre propre nature humaine !

    Une sérieuse remise en cause épistémologique s’impose ; et c’est à l’Université qu’elle devrait s’opérer... mais là il y a un sérieux problème ! 


  • Jonas 17 janvier 18:40

     L’islamo-gauchiste Mélenchon , converti au « wokisme par la foldingue déconstruite , Sandrine Rousseau. 

    En novembre 2021 ,, le 15 novembre plus exactement , l’islamo-gauchiste Mélenchon lors de son passage à l’université de Lille , a plaidé  devant un amphithéâtre d’ étudiants pour inscrire dans la Constitution française la liberté du choix du genre . 

    Il avait appelé à » déconstruire le faux genre humain « , car l’homme serait violent par construction, il faudrait s’appuyer sur les études du genre » un travail de sociologue , d’anthropologue , de psychologue« , face aux »ignorants grossiers « . Il faut former les profs , pour qu’ils fassent face à quelque chose qui va à rebrousse-poil de la construction genrée de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui. 

    Trotskiste , socialiste , islamiste et maintenant wokiste , le pauvre Mélenchon , ne sait plus où il habite. 

    Je suis sûr , que l’islamiste Houria Bouteldja , dont l’islamo-gauchiste Mélenchon est le butin de guerre ne soit pas d’accord avec lui. Car en tant que musulmane , elle rejette , selon le Coran dont elle est imprégnée , le  » genre", les homosexuels , les lesbiennes , les transgenres etc,   


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