samedi 14 mai 2016 - par folamour

Commentaire : Pourquoi l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN n’est pas dans l’intérêt des États-Unis

Le ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, Pavlo Klimkin, s’entretient avec Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères de la Belgique, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN au siège de l'Alliance à Bruxelles, en Belgique, le 2 décembre 2015.

Reuters/Eric Vidal

Les relations entre les États-Unis et la Russie sont déjà dans un mauvais état, et les diplomates américains l’enveniment en envoyant des messages contradictoires sur les relations futures de l'Ukraine avec l'OTAN.

Tout d'abord, l'OTAN et Kiev ont signé une lettre d'intention en février pour la coopération entre leurs forces d'opérations spéciales. Deux mois plus tard l’ambassadeur américain et l’actuel secrétaire général adjoint de l'OTAN, Alexander Vershbow, a dit qu'il était temps d'amener l'armée ukrainienne « à être en conformité avec les normes de l'OTAN ». A peine une semaine plus tard, cependant, l'ambassadeur américain à l'OTAN a exclu une expansion de l'OTAN dans les « prochaines années ».

Ces messages confus ne provoquent que de la confusion, provoquant la Russie tout en étant potentiellement un faux espoir pour l'Ukraine. Pour cette raison, il est temps pour Washington de préciser que l'adhésion ukrainienne à l'OTAN n’est actuellement pas sur la table. Voici pourquoi.

Tout d'abord, l'OTAN ne possède presque aucune capacité pour défendre l'Ukraine. La Russie a 270.000 soldats et 700 avions de combat positionnés sur les frontières sud et ouest de l'Ukraine. Et comme la Russie l’a démontré, en 2015, quand elle a envoyé 150.000 soldats pour entourer l'Ukraine, Moscou peut rapidement mobiliser ses forces armées en cas de conflit.

Pendant ce temps-là la Crimée, quant à elle, est devenue une forteresse russe après son annexion. Moscou a fortifié la péninsule avec 25.000 soldats, de nombreux navires et sous-marins, ainsi que ses meurtriers missiles air-sol S400 - une arme qui pourrait abattre à 250 miles de distance plusieurs avions de l'OTAN. En outre, comme la récente campagne syrienne de la Russie l’a démontré, son armée possède maintenant le même type de missiles de croisière de précision de pointe que ceux utilisés par les États-Unis, ce qui fournit encore une autre arme que Moscou pourrait déployer contre l'OTAN si une guerre autour de l'Ukraine et de la mer Noire venait à éclater. Enfin - et peut-être le plus troublant - La Russie affirme même le droit de déployer des armes nucléaires en Crimée.

Compte tenu de la force militaire massive que Moscou peut déployer autour de l'Ukraine, tout stratège américaine préconisant d’intégrer Kiev à l'OTAN devrait répondre à certaines questions militaires difficiles :

Des jeux de guerre récents ont révélé que l'OTAN perdrait une guerre dans les pays baltes face à la Russie dans les 36 à 60 heures, et il est difficile d'imaginer autre chose qu'un résultat similaire en Ukraine.

En outre, Washington affronte des obstacles militaires non seulement importants dans la défense de l'Ukraine, mais fait également face à un écart significatif entre les enjeux russes et américains dans le pays. Comme l'invasion de Poutine en Crimée et l'escalade ultérieure dans l'est de l'Ukraine l’a montré, l'orientation géopolitique de Kiev est un intérêt national extrêmement important pour la Russie. En revanche, le refus du président américain Barack Obama de fournir à l'Ukraine des armes létales, et encore moins de déployer des troupes de combat en Ukraine, indiquent que les intérêts de Washington sont périphériques au mieux.

Pour comprendre pourquoi cela est le cas, ceux qui veulent que l'Ukraine adhère à l'OTAN devraient revenir en arrière, et lire l’allocution du 18 mars 2014 du président Vladimir Pountine, discours annonçant l'annexion de la Crimée. Arguant que la Russie a été contrainte d'annexer la Crimée pour prévenir la possibilité que l'Ukraine ne rejoigne l'OTAN, M. Poutine a affirmé que l'Occident « nous avait menti à plusieurs reprises. Ce qui est arrivé avec l'expansion de l'OTAN vers l'Est. ... L'OTAN demeure une alliance militaire. Je ne veux pas être accueilli à Sébastopol par les marins de l'OTAN ».

Les paroles de Poutine ne sont pas de la simple rhétorique. L'Occident a longtemps sous-estimé la profonde humiliation ressentie par Moscou à la suite de l'expansion de l'OTAN vers les frontières de la Russie, dans les décennies après la chute de l'ex-Union soviétique, et même le commandant en chef de la marine américaine en Europe admet que la Russie considère aujourd'hui l'OTAN comme une « menace existentielle ». Pour faire une analogie historique, la Russie considère l'OTAN pour l'Ukraine, de manière similaire à la façon dont le président américain John F. Kennedy a vu le déploiement de missiles soviétiques à Cuba, en 1962. Étant donné que l'OTAN était - et reste - une alliance militaire dirigée contre la Russie, rejeter les sentiments de Moscou à ce sujet comme étant de la simple « paranoïa » est trop simpliste.

Les partisans de l’adhésion de l’Ukraine à l'OTAN soutiennent que la Russie ne doit pas recevoir un droit de veto sur l'orientation géopolitique de l'Ukraine. Moralement cela est correct - surtout compte tenu du fait que l'annexion par Poutine de la Crimée était une violation flagrante du droit international. En outre, la décision de l'Ukraine d'identifier officiellement la Russie comme un ennemi est la bonne décision, et il est facile de voir pourquoi Kiev voudrait l'aide américaine dans sa lutte permanente avec Moscou.

Les États-Unis, cependant, reçoivent également un vote sur l'expansion de l'OTAN, et peu importe combien les États-Unis peuvent admirer la volonté de l’Ukraine post-Maidan de les voir modifier leur trajectoire, avant de conclure une alliance militaire, les décideurs de Washington doivent toujours se poser la question suivante : est-ce que cet engagement augmentera ou diminuera la sécurité nationale des États-Unis ? Considérant l’absence de volonté de Washington de vouloir jouer à un jeu nucléaire avec Moscou, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN affaiblirait la sécurité nationale américaine plutôt que de l'améliorer.

Pour être clair, rien de tout cela ne signifie que les États-Unis devraient fournir à la Russie un droit de veto absolu sur l'avenir de l'Ukraine, et l'Ukraine doit rester libre de développer une relation économique avec l'Occident si elle le souhaite. Kiev a déjà signé un accord d'association avec l'Union européenne, ce qui signifie un engagement à long terme de l’intégration de l'économie de l'Ukraine avec l'Europe et Washington devrait pousser les Européens à mettre l’adhésion de Kiev à l'UE sur une voie rapide.

En outre, l'Occident devrait poursuivre son soutien non militaire en cours pour l'Ukraine. Sur le plan politique, les sanctions occidentales sur Moscou devraient rester en place jusqu'à ce que la Russie honore l'accord de Minsk II en retirant ses troupes de la région du Donbass, et en terminant le soutien militaire aux séparatistes. Alors que la Crimée reste presque certainement perdue pour l'Ukraine, l'Occident ne doit pas reconnaître que la péninsule fait partie de la Russie en l’absence d' une solution mutuellement satisfaisante sur la Crimée, directement entre Moscou et Kiev. Les États-Unis ont utilisé la même politique pendant la guerre froide, lors de l'annexion des États baltes par l'Union soviétique, ce qui signifie qu’un précédent pour cette approche existe.

L'Occident devrait également continuer à soutenir l'Ukraine financièrement, en particulier ses militants civils courageux déterminés à briser l'emprise des fonctionnaires prédateurs de Kiev. En outre, alors que le président Barack Obama, à juste titre, résiste à envoyer des milliards de dollars d'armes létales à l'Ukraine, Washington devrait continuer à acheminer une aide non létale. Enfin, les États-Unis et ses alliés européens devraient augmenter de manière significative l'aide humanitaire à l'Ukraine, alors que Kiev se bat pour nourrir et soigner des millions de réfugiés internes victimes de la guerre dans le Donbass.

Située à cheval sur un voisin géant, l'Ukraine est une victime classique de « la revanche de la géographie ». De Robert Kaplan. Essayer de résoudre ce problème pour Kiev en l'invitant à adhérer à l'OTAN n’est pas dans les intérêts nationaux américains. Mais alors que les États-Unis devraient exclure toute adhésion à l'OTAN pour Kiev, ils ne doivent pas abandonner l'Ukraine à son sort.

(Josh Cohen est un ancien officier de projet USAID impliqué dans la gestion des projets de réforme économique dans l'ex-Union soviétique. Il tweets @jkc_in_dc Les opinions exprimées sont les siennes.)

 

Source(s) : Crashdebug.fr via Reuters.com sur la piste de notre Contributeur anonyme

Traduction : folamour 
Corrections :  chalouette 

Informations complémentaires :



10 réactions


  • Phoébée 14 mai 2016 18:08

    Qui connaît les intérêts des Etats-Unis ?

    Certes ses Etats semblent Unis, mais combien d’intérêts divergents dans l’Etat profond pour un seul Empire ?

    Il pourrait arriver aux US, ce qu’ils souhaitent à la Russie et à la Chine : Une implosion ethnique.

    Le cas de L’Ukraine est déjà réglé. Ce territoire est et sera scindé en deux. L’Ukraine rejoindra les poubelles de l’Histoire. 


  • Alren Alren 14 mai 2016 19:34

    Les analystes US ont compris que s’’appuyer sur les fascistes ukrainiens ou les terroristes islamistes pour s’imposer économiquement et politiquement était coûteux et inefficace aujourd’hui.
    La Russie est militairement trop puissante, la Chine est économiquement trop puissante.
    Sans doute Hillary Clinton ne l’a pas encore compris mais si elle est élue, le lobby suprême US la fera obéir et agir comme il l’entend pour maintenir son système.


  • Laurent 47 14 mai 2016 19:44

    La Crimée annexée par la Russie ? Celle-là on me l’avait jamais faite !
    Il faut arrêter de lire Tintin au pays des soviets, l’Express, ou l’Aurore, ça rend malade !
    Un petit conseil : relisez la Charte de l’ONU sur la liberté des peuples de disposer d’eux-mêmes, car c’est celle ( la même que pur le Kosovo ), qui a permis le référendum reconnaissant l’indépendance de la Crimée à une majorité écrasante ( référendum surveillé par 52 observateurs internationaux ).
    La seule intervention de la Russie a été celle des marins de la base de Sébastopol, qui ont désarmé sans aucune violence les militaires ukrainiens présents ( à ne surtout pas confondre avec les miliciens néo-nazis qui pourchassaient les russophones du Dombass et les ont obligés à se réfugier en Crimée en appelant la Russie au secours ).
    Vous pouvez tenter de tordre les bras à la vérité, celle-ci est têtue !


  • alinea alinea 14 mai 2016 20:39

    Et pourtant, elle est russe ! elle n’a jamais été ukrainienne comme vous le savez sans doute !
    Vous devriez savoir que les Russes ont depuis 1954 une base militaire en Crimée, avec un potentiel de 40 000 hommes ; comme vous le dîtes fort justement, il n’y en a que 25 000.
    Le droit international n’a pas été bafoué puisque c’est le peuple criméen qui a fait un référendum ; pas du tout le même cas de figure qu’au Kosovo, comme vous avez l’air de le suggérer !


  • Pierre Pierre 14 mai 2016 20:39

    @ L’auteur,Voudriez-vous nous dire si vous relayer un article de Reuters ou si cet article a été rédigé par vous ?

    Je ne relèverai que deux points.
    - « ...la profonde humiliation ressentie par Moscou à la suite de l’expansion de l’OTAN vers les frontières de la Russie... » Ce n’est pas de l’humiliation en ce qui concerne ce point précis. Il s’agit d’une menace existentielle pour la Russie et c’est pour cela que cela risque de devenir un conflit armé entre la Russie et l’Ukraine et ses alliés et qui dit conflit avec la Russie, dit aussi risque de guerre nucléaire en Europe.
    - « ... que l’annexion par Poutine de la Crimée était une violation flagrante du droit international. » Pourriez-vous préciser sur quels traité, charte ou convention internationale vous vous basez pour affirmer cela. 
    Pouvez-vous citer les articles qui confirment sans ambiguïté votre affirmation.
    Je vous rappelle que pour être d’application, un traité doit être ratifié par les parlements.

    L’intangibilité des frontières est une invention doctrinale de l’Union européenne pour ne pas avoir à gérer l’inextricable problème des minorité nationales qui sont souvent des majorités régionales. Cela ne concerne pas les autres pays du monde.
    Il y a un point important dont vous ne parlez pas : un pays est tenu de faire reconnaître ses frontières par l’ONU or l’Ukraine ne l’a jamais fait. Je ne sais pas pourquoi mais le résultat est que nous nageons dans un flou juridique et que cela entraîne aussi une menace sur sa frontière ouest où de nombreuses régions ont été arrachées aux pays frontaliers après la Deuxième Guerre mondiale. 

    • folamour folamour 14 mai 2016 23:07

      @Pierre bonsoir pierre l’article est de reuters c’est marqué sur la source, nous n’avons fait que la traduction,

      Amicalement,

      f.


  • JP94 14 mai 2016 22:38

    A propos d’annexion, l’expansion des USA en à peine 80 ans depuis 1783 sur des « territoires non réclamés » ( terres indiennes - non réclamées par une autre puissance esclavagiste s’entend ) , l’extension de ses frontières « pour se protéger de menaces extérieures » , l’achat avec l’or gagné par le sang des esclaves de territoires à d’autres puissances ... , ou par la guerre contre le Mexique ...puis l’annexion de Panama qui était une province de la Colombie ... tout cela semble le plus naturel du monde ... 


    A présent cette conquête impérialiste continue mais bute encore aux portes de la Russie ...
    Qu’à cela ne tienne, il s’agit encore de se prémunir d’une menace extérieure - la Russie, ou l’immigré mexicain - tout en combattant une menace intérieure , le salarié US, le Noir pauvre, le communiste , le syndicaliste ... 

    L’entrée de l’Ukraine, territoire russophone , au sein de l’espace US est une visée stratégique prônée de longue aux USA ... 

    Vous osez dire que les troupes russes devraient se retirer du Donbass et ne respectent pas les accords de Minsk 2 ( que bien sûr les néo-nazis respectent - ils se contentent de tuer qui bon leur semble) : mais montrez donc un document avec l’Armée russe au Donbass !

    cela est une affirmation des néo-nazis au pouvoir à Kiev et encore ... visant à couvrir leurs crimes qu’ils commettent en toute impunité . Le TPI semble bizarrement aveugle .
    Vous situez-vous de ce côté ? sachez qu’en France, la propagande nazie est interdire !



  • Osis Oxi gene. 15 mai 2016 08:20

    Justement...
    Ça tombe bien l’ Ukraine, bizarrement vient de gagner l’Eurovision...

    Oseraient-ils nous prendre pour des cons ?


    • Pierre Pierre 15 mai 2016 09:51

      @Oxi gene.
      Je ne regarde jamais ce genre de connerie mais ici le résultat fut tellement politisé que cela vaut la peine d’en dire deux mots.

      Le vote des spectateurs a plébiscité le candidat russe et c’est le vote du jury professionnel qui a fait gagner la candidate ukrainienne. 
      Cela en dit long sur le motif de propagande politique qu’est devenu cet événement. 


  • roman_garev 15 mai 2016 10:39

    « Pendant ce temps-là la Crimée, quant à elle, est devenue une forteresse russe après son annexion... »

    Tout y est, dans cette seule phrase. « Normalement » (selon les Ricains) la Crimée devait devenir une forteresse avant-poste étasunienne contre la Russie (et elle à failli de quelques semaines, ou même jours, en devenir), donc ce fut un échec capital pour l’OTAN (облом en russe, vraiment intraduisible). D’où cette rage et ces hurlements de Washington de « ne jamais reconnaître » cette soi-disante annexion.
    Pourtant la Crimée n’a guère devenue une forteresse russe, elle l’a redevenue. Un statu quo enfin rétabli.

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